{"id":192361,"date":"2026-09-22T13:01:12","date_gmt":"2026-09-22T17:01:12","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/abdelwaheb-ben-ayed-une-lecon-post-mortem\/"},"modified":"2026-09-22T13:01:12","modified_gmt":"2026-09-22T17:01:12","slug":"abdelwaheb-ben-ayed-une-lecon-post-mortem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/abdelwaheb-ben-ayed-une-lecon-post-mortem\/","title":{"rendered":"Abdelwaheb Ben Ayed: une le\u00e7on post-mortem"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Fredj Bouslama<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>La valeur du temps<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>30 janvier 2017. Il est autour de 18 h 30. Je rentre de la salle de sport. Il fait gris, il pleut. Je pense \u00e0 une seule chose: pr\u00e9parer quelque chose \u00e0 manger et regarder un film. Une soir\u00e9e parfaitement ordinaire.<\/p>\n<p>Trois jours plus t\u00f4t, Leaders avait publi\u00e9 un article que j&rsquo;avais \u00e9crit: \u00ab\u00c9ducation, formation, emplois et m\u00e9tiers: qui pr\u00e9parera la Tunisie pour la 4\u00e8me r\u00e9volution industrielle?\u00bb<\/p>\n<p>Mais ce soir-l\u00e0, je ne sais m\u00eame pas encore qu&rsquo;il est en ligne. Je jette un coup d&rsquo;\u0153il fugitif \u00e0 ma bo\u00eete mail. Un exp\u00e9diteur: a.benayed. Sans grand enthousiasme, j&rsquo;ouvre le message en me disant: encore un mail commercial\u2026<\/p>\n<p>Eh bien non. Je lis la premi\u00e8re ligne:<br \/>\u00abBonjour si Fredj,\u00bb<\/p>\n<p>Puis la suite:<br \/>\u00abJe viens de lire votre article. Je le trouve fort int\u00e9ressant, il exprime tout simplement notre amer constat. Poulina commence \u00e0 vivre la 4\u00e8me r\u00e9volution industrielle dans l&rsquo;esprit et dans le r\u00e9el. Il me serait agr\u00e9able de vous avoir au t\u00e9l\u00e9phone.\u00bb<\/p>\n<p>Et au bas du message, son num\u00e9ro direct et sa signature:<br \/>Abdelwaheb Ben ayed<br \/>Poulina Group Holding<\/p>\n<p>Je regarde \u00e0 nouveau l&rsquo;\u00e9cran. Je d\u00e9couvre presque au m\u00eame instant que mon article est paru\u2026 et que le fondateur de Poulina vient de le lire.<\/p>\n<p>Il ne m&rsquo;\u00e9crit pas pour des f\u00e9licitations convenues. Ce mot \u2014 \u00abnotre amer constat\u00bb \u2014 dit toute la lucidit\u00e9 et l&rsquo;inqui\u00e9tude d&rsquo;un b\u00e2tisseur pour son pays.<\/p>\n<p>Puis il laisse son num\u00e9ro. Il veut que nous parlions. Pourquoi moi?<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, je suis inspecteur p\u00e9dagogique en \u00e9ducation physique et sport, doctorant en sciences de l&rsquo;\u00e9ducation, formateur. Je lis beaucoup, j&rsquo;\u00e9cris, je cherche. Le formateur en moi est encore en \u00e9bullition. Mais je ne suis ni consultant d&rsquo;un grand groupe ni une figure du monde \u00e9conomique. Je ne fais pas partie de son r\u00e9seau. Personne ne lui a parl\u00e9 de moi.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce d\u00e9tail qui, presque dix ans plus tard, me frappe. Ce n&rsquo;est ni un conseiller, ni un tableau de bord qui l&rsquo;a ramen\u00e9 vers moi.<\/p>\n<p>Une intention. Un mot. Une intuition. Quelque chose dans cet article avait rencontr\u00e9 quelque chose qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez lui.<\/p>\n<p>Une question: Qui pr\u00e9parera la Tunisie ? Je ne pr\u00e9tendrai pas aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il \u00e9tait le seul dirigeant tunisien \u00e0 se poser cette question. Je sais seulement une chose: il a \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 m&rsquo;appeler.<\/p>\n<p><span><span><strong>Quarante-cinq minutes<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Je prends mon t\u00e9l\u00e9phone. Je l&rsquo;appelle.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;attends \u00e0 quelques minutes de politesse. Nous parlerons pendant pr\u00e8s de quarante-cinq minutes. Nous parlons de l&rsquo;article, de formation, d&rsquo;\u00e9ducation, de l&rsquo;entreprise, de cette r\u00e9volution technologique qui arrive. Nous parlons surtout de la Tunisie et de cette interrogation commune malgr\u00e9 tout ce qui nous s\u00e9pare en \u00e2ge, en exp\u00e9rience et en parcours: comment pr\u00e9parer les hommes et les femmes \u00e0 un monde qui change plus vite qu&rsquo;eux?<\/p>\n<p>Puis la voix s&rsquo;alourdit. De son parcours de combattant, men\u00e9 en premi\u00e8re ligne avec ses \u00e9quipes et par lui-m\u00eame en personne.<\/p>\n<p>Il me parle de son grand r\u00eave: cr\u00e9er l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;ing\u00e9nieurs de Poulina. Former l&rsquo;\u00e9lite technique dont le pays a un besoin vital, anticiper l&rsquo;avenir, construire une institution d&rsquo;excellence.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, il me confie ce qui p\u00e8se. Il avait engag\u00e9 des d\u00e9marches actives, multipli\u00e9 les dossiers, frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat ne lui avait jamais oppos\u00e9 de refus formel. On ne disait pas non \u00e0 Abdelwaheb Ben Ayed.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;autorisation ne venait jamais.<\/p>\n<p>Dans sa voix, ce soir-l\u00e0, il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;aigreur, juste la peine d&rsquo;un b\u00e2tisseur qui se heurte au silence et \u00e0 l&rsquo;inertie.<\/p>\n<p>La conversation se prolonge et, \u00e0 un moment, quelque chose d&rsquo;\u00e9trange se produit. Une sorte de fusion intellectuelle. Pendant quelques instants, j&rsquo;oublie qui est mon interlocuteur. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un homme de 78 ans, un demi-si\u00e8cle de r\u00e9alisations derri\u00e8re lui, fondateur d&rsquo;un groupe embl\u00e9matique. De l&rsquo;autre, moi. Et pourtant, pendant ces quarante-cinq minutes, les titres, l&rsquo;\u00e2ge, les fonctions s&rsquo;effacent derri\u00e8re les id\u00e9es.<\/p>\n<p>Puis vient le moment de raccrocher. Il me dit simplement:<br \/>\u00abLa balle est dans ton camp.\u00bb<\/p>\n<p>Nous raccrochons. Et je reste l\u00e0. Dix minutes. Peut-\u00eatre quinze. \u00c0 regarder mon t\u00e9l\u00e9phone et \u00e0 essayer de comprendre ce qui vient d&rsquo;arriver. Chez nous, il existe une expression qui raconte parfaitement ce genre de moment:<br \/>\u00abBiben el Janna t&rsquo;hallou.\u00bb Les portes du paradis venaient de s&rsquo;ouvrir. Et qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai fait? Rien. Je ne l&rsquo;ai jamais rappel\u00e9.<\/p>\n<p>Pas parce que cette conversation ne comptait pas. Exactement l&rsquo;inverse: elle comptait trop.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais peur. Je ne savais pas quoi faire de cette balle. Je ne savais pas ce qu&rsquo;il attendait, ni ce que je pouvais lui proposer. Et peut-\u00eatre surtout que je ne savais pas encore ce que j&rsquo;\u00e9tais capable de devenir.<\/p>\n<p>La vie a continu\u00e9. Abdelwaheb Ben Ayed est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 4 avril 2019.<\/p>\n<p>La porte s&rsquo;\u00e9tait referm\u00e9e. D\u00e9finitivement.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, j&rsquo;ai regard\u00e9 cette histoire avec cette question tenace: Et si\u2026?<\/p>\n<p>Je n&rsquo;aurai jamais les r\u00e9ponses. Mais quelque chose avait boug\u00e9 en moi. J&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 lire, \u00e0 me former, \u00e0 chercher. De l&rsquo;apprentissage, je suis all\u00e9 vers le comportement, les \u00e9motions, la d\u00e9cision sous stress, le cerveau. Les neurosciences sont entr\u00e9es dans ma vie et ont r\u00e9orient\u00e9 ma trajectoire.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, j&rsquo;ai pens\u00e9 avoir rat\u00e9 ce rendez-vous. Aujourd&rsquo;hui, je le formule autrement: J&rsquo;ai rat\u00e9 le rendez-vous. Mais je n&rsquo;ai pas rat\u00e9 le virage.<br \/>Pendant des ann\u00e9es, ce silence m&rsquo;a hant\u00e9. C&rsquo;est seulement bien plus tard, en passant des mois entiers \u00e0 concevoir des programmes p\u00e9dagogiques, que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 percevoir ce qu&rsquo;il m&rsquo;avait donn\u00e9 sans le savoir.<\/p>\n<p><span><span><strong>Qu&rsquo;est-ce qui nous arrive?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Nous sommes en 2026. Je viens de passer des mois entiers \u00e0 concevoir des programmes, \u00e0 r\u00e9diger des dizaines de pages de recherche appliqu\u00e9e, \u00e0 choisir chaque mot, chaque outil, chaque geste p\u00e9dagogique. Avec parfois cette sensation \u00e9trange de tisser du fil d&rsquo;or, fragile et pr\u00e9cieux, en essayant de ne rien laisser au hasard.<\/p>\n<p>Puis le travail est l\u00e0, termin\u00e9. Et une question me traverse, presque brutale: Fredj\u2026 qui va lire tout cela?<\/p>\n<p>Je me mets \u00e0 la place du dirigeant ou du DRH qui re\u00e7oit ce travail.<\/p>\n<p>Il ouvre. Regarde la couverture. Lit quelques lignes. Puis son regard cherche d\u00e9j\u00e0 une issue rapide: une image, un chiffre, un sch\u00e9ma, un encadr\u00e9. Est-ce pour moi? Combien de temps? Combien \u00e7a co\u00fbte? Quel r\u00e9sultat? Et une d\u00e9cision commence \u00e0 se former avant m\u00eame que le raisonnement n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 parcouru.<br \/>Ce constat me d\u00e9range, pas pour mon ego d&rsquo;auteur, mais parce qu&rsquo;une question plus grave s&rsquo;impose: Et moi, est-ce que je lis encore les cinquante pages des autres?<\/p>\n<p>Combien de fois ai-je saut\u00e9 directement \u00e0 la conclusion? Combien de fois ai-je cherch\u00e9 le r\u00e9sum\u00e9? Et surtout: combien de fois ai-je demand\u00e9 \u00e0 une intelligence artificielle: \u00abR\u00e9sume-moi \u00e7a\u00bb?<\/p>\n<p>Qu&rsquo;avons-nous fait, collectivement, de notre attention?<\/p>\n<p>On a longtemps cru que notre cerveau avait r\u00e9gress\u00e9 sous le poids des \u00e9crans. C&rsquo;est faux. Nous sommes capables de deux heures de film, d&rsquo;une nuit \u00e0 parler.<br \/>Ce n&rsquo;est pas notre cerveau qui a chang\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est notre environnement qui s&rsquo;est construit pour fragmenter ce que le cerveau cherche \u00e0 pr\u00e9server: la continuit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais notre attention est d\u00e9sormais mise aux ench\u00e8res \u00e0 chaque seconde.<\/p>\n<p>Pour les professionnels les plus expos\u00e9s au travail num\u00e9rique, les sollicitations tombent en moyenne toutes les deux minutes. Mails, WhatsApp, KPI, r\u00e9unions, urgences.<\/p>\n<p>Or \u2014 et ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 la neurocognition le savent \u2014 il faut de longues minutes d&rsquo;immersion ininterrompue pour que notre attention ex\u00e9cutive quitte le mode de r\u00e9action r\u00e9flexe, s&rsquo;installe dans un probl\u00e8me complexe et commence v\u00e9ritablement \u00e0 produire une pens\u00e9e profonde.<br \/>Faites le calcul. Le vertige est imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Nous exigeons du discernement et des d\u00e9cisions strat\u00e9giques d&rsquo;hommes et de femmes \u00e0 qui notre organisation du travail refuse pr\u00e9cis\u00e9ment les quelques minutes indispensables pour peser une id\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais lui \u2014 cet homme de 78 ans que j&rsquo;aurais d\u00fb rappeler \u2014 il m&rsquo;avait donn\u00e9 quarante-cinq minutes. Sans agenda. Sans notification. Il \u00e9tait simplement l\u00e0.<\/p>\n<p>Nous parlons sans cesse de gestion du temps, de concision, de productivit\u00e9. Tout doit \u00eatre plus court, plus rapide. Mais nous confondons deux choses: \u00e9conomiser du temps et donner de la valeur au temps.<\/p>\n<p>Un dirigeant ne peut pas donner quarante-cinq minutes \u00e0 tout le monde. Mais sa grandeur r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre les rares moments o\u00f9 il faut justement s&rsquo;arr\u00eater et les donner. La valeur du temps ne se mesure pas seulement \u00e0 ce que l&rsquo;on produit sur l&rsquo;instant, mais \u00e0 ce qu&rsquo;il continue de f\u00e9conder des ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Ces quarante-cinq minutes ont presque dix ans. Et elles continuent de me transformer.<\/p>\n<p><span><span><strong>Il avait lu<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Et c&rsquo;est \u00e0 ce moment que j&rsquo;ai arr\u00eat\u00e9 de penser \u00e0 ce que j&rsquo;aurais d\u00fb faire. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre ce qu&rsquo;il m&rsquo;avait r\u00e9ellement donn\u00e9. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;Abdelwaheb Ben Ayed me revient.<\/p>\n<p>Pendant presque dix ans, je n&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 ces quarante-cinq minutes. \u00c0 sa disponibilit\u00e9, \u00e0 son \u00e9coute, et \u00e0 cette phrase: \u00abLa balle est dans ton camp. \u00bb Mais aujourd&rsquo;hui, je r\u00e9alise que j&rsquo;avais commenc\u00e9 l&rsquo;histoire trop tard. Avant le coup de fil, un acte infiniment plus rare s&rsquo;\u00e9tait produit: Il avait lu.<\/p>\n<p>\u00c0 78 ans, apr\u00e8s des d\u00e9cennies de combats \u00e9conomiques et de r\u00e9ussites \u00e9clatantes, il aurait pu \u00eatre le candidat id\u00e9al \u00e0 un travers fr\u00e9quent du leadership : la certitude.<\/p>\n<p>\u00abJe connais mon m\u00e9tier, je connais mes \u00e9quipes, je connais la Tunisie. Je fais cela depuis quarante ans.\u00bb L&rsquo;exp\u00e9rience produit l&rsquo;expertise, mais elle peut aussi r\u00e9tr\u00e9cir l&rsquo;horizon.<\/p>\n<p>Lui n&rsquo;\u00e9tait pas enferm\u00e9. Il a pris le texte d&rsquo;un inconnu, beaucoup plus jeune, sans r\u00e9seau ni notori\u00e9t\u00e9. Il l&rsquo;a lu pour de vrai. Il a reli\u00e9 cette pens\u00e9e \u00e0 ses propres d\u00e9fis, il a cherch\u00e9 l&rsquo;auteur, il a d\u00e9croch\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone et il a \u00e9cout\u00e9 pendant quarante-cinq minutes.<\/p>\n<p>Il avait laiss\u00e9 ouverte cette possibilit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire, qui est la marque de la v\u00e9ritable humilit\u00e9 intellectuelle: Quelqu&rsquo;un qui a moins d&rsquo;exp\u00e9rience que moi a peut-\u00eatre pens\u00e9 quelque chose que je n&rsquo;ai pas encore pens\u00e9. Et pendant ces quarante-cinq minutes, je n&rsquo;ai pas le souvenir d&rsquo;un homme distrait ou interrompu. Il \u00e9tait l\u00e0. Enti\u00e8rement pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Cela n&rsquo;avait rien d&rsquo;\u00e9vident. Il aurait pu d\u00e9l\u00e9guer. Il aurait pu lire le r\u00e9sum\u00e9. Il aurait pu, aujourd&rsquo;hui, demander \u00e0 une machine: \u00abDis-moi ce que pense ce jeune sur la formation.\u00bb Il ne l&rsquo;a pas fait.<\/p>\n<p>Il m&rsquo;a lu. Il m&rsquo;a \u00e9cout\u00e9. Il m&rsquo;a donn\u00e9 du temps comme on reconna\u00eet une valeur rare.<\/p>\n<p>Nous confondons gestion du temps et valeur du temps. Lui savait la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Un dirigeant ne peut pas donner quarante-cinq minutes \u00e0 tout le monde. Mais ce qui le rend rare, c&rsquo;est sa capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre les moments o\u00f9 il faut justement s&rsquo;arr\u00eater.<\/p>\n<p><span><span><strong>La balle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Abdelwaheb Ben Ayed ne savait probablement pas qu&rsquo;il \u00e9tait en train de m&rsquo;enseigner tout cela. Et moi, je ne savais pas que je l&rsquo;apprenais. Les grands leaders transmettent souvent par leur mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre des le\u00e7ons qu&rsquo;ils ignoraient donner.<\/p>\n<p>Le 30 janvier 2017, il m&rsquo;a dit: \u00abLa balle est dans ton camp.\u00bb J&rsquo;ai longtemps cru que je l&rsquo;avais laiss\u00e9e tomber par doute ou par peur. Aujourd&rsquo;hui, je d\u00e9couvre qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais quitt\u00e9 mon camp.<\/p>\n<p>Dans un monde satur\u00e9 d&rsquo;\u00e9crans, d&rsquo;algorithmes et d&rsquo;urgences factices, la question n&rsquo;est plus de savoir si nous avons huit secondes d&rsquo;attention. La vraie question est celle qu&rsquo;un homme de 78 ans m&rsquo;a l\u00e9gu\u00e9e sans un mot d&rsquo;explication:<\/p>\n<p>Sommes-nous encore capables d&rsquo;accorder \u00e0 une id\u00e9e, \u00e0 un homme ou \u00e0 une intuition, quarante-cinq minutes de vraie pr\u00e9sence? Je ne vous ai jamais rappel\u00e9, Si Abdelwaheb.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, je l&rsquo;ai regrett\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, je pr\u00e9f\u00e8re vous dire merci.<br \/>Merci d&rsquo;avoir lu.<br \/>Merci d&rsquo;avoir appel\u00e9.<br \/>Merci d&rsquo;avoir \u00e9cout\u00e9.<br \/>Vous m&rsquo;aviez dit que la balle \u00e9tait dans mon camp.<br \/>Elle y est toujours.<br \/>Allah yarhmek, Si Abdelwaheb.<\/p>\n<p><strong>Fredj Bouslama\u00a0<\/strong><br \/><span><em>Neuroformateur\u00a0<br \/>Inspecteur p\u00e9dagogique principal en \u00e9ducation physique et en sport<br \/>Doctorant en sciences de l&rsquo;\u00e9ducation.<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38079-abdelwaheb-ben-ayed-l-eclat-d-un-leadership-humaniste-au-dela-des-frontieres-du-temps\" target=\"_blank\"><strong>\u2022<\/strong> Abdelwaheb Ben Ayed: l\u2019\u00e9clat d\u2019un leadership humaniste au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du temps<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31519-les-memoires-d-abdelwaheb-ben-ayed-dieu-m-a-fait-batisseur\" target=\"_blank\">\u2022 Les m\u00e9moires d\u2019Abdelwaheb Ben Ayed : \u00abDieu m\u2019a fait b\u00e2tisseur\u00bb<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31587-les-memoires-d-abdelwahab-ben-ayed-l-exaltant-parcours-d-un-capitaine-d-industrie-hors-normes\" target=\"_blank\"><strong>\u2022<\/strong> Les m\u00e9moires d&rsquo;Abdelwahab Ben Ayed : l&rsquo;exaltant parcours d&rsquo;un capitaine d&rsquo;industrie hors-normes\u00a0<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26836-abdelwaheb-ben-ayed-est-decede-made-in-poulina\" target=\"_blank\"><strong>\u2022<\/strong> Abdelwaheb Ben Ayed est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 : Made in Poulina<\/a><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38466-abdelwaheb-ben-ayed-une-lecon-post-mortem\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Fredj Bouslama La valeur du temps 30 janvier 2017. 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