{"id":192367,"date":"2026-09-22T13:01:17","date_gmt":"2026-09-22T17:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-leurope-veut-la-puissance-en-a-t-elle-les-moyens\/"},"modified":"2026-09-22T13:01:17","modified_gmt":"2026-09-22T17:01:17","slug":"elyes-ghariani-leurope-veut-la-puissance-en-a-t-elle-les-moyens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-leurope-veut-la-puissance-en-a-t-elle-les-moyens\/","title":{"rendered":"Elyes Ghariani: L\u2019Europe veut la puissance. En a-t-elle les moyens?"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9armement, souverainet\u00e9 et nouveaux partenariats: l\u2019Union europ\u00e9enne cherche \u00e0 transformer ses ambitions strat\u00e9giques en capacit\u00e9 d\u2019action.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Introduction \u2014 Le monde ouvertement hostile<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pendant longtemps, l\u2019Union europ\u00e9enne a construit sa puissance sur l\u2019ouverture: le commerce, l\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique, la circulation des capitaux et la force de ses normes. Elle a privil\u00e9gi\u00e9 la n\u00e9gociation au rapport de force, la coop\u00e9ration \u00e0 la confrontation et le droit \u00e0 la logique de puissance.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le a contribu\u00e9 \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 du continent. Mais il supposait un environnement pr\u00e9visible, o\u00f9 les r\u00e8gles sont respect\u00e9es et o\u00f9 les d\u00e9pendances \u00e9conomiques ne se transforment pas en instruments de pression. Cet environnement n\u2019existe plus.<\/p>\n<p>La guerre men\u00e9e par la Russie contre l\u2019Ukraine, la rivalit\u00e9 entre Washington et P\u00e9kin, l\u2019incertitude concernant l\u2019engagement am\u00e9ricain en Europe, les tensions commerciales et la comp\u00e9tition technologique ont chang\u00e9 la donne. L\u2019Union d\u00e9couvre qu\u2019elle peut \u00eatre \u00e9conomiquement puissante tout en demeurant strat\u00e9giquement vuln\u00e9rable.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019Ursula von der Leyen a prononc\u00e9, le 16 septembre 2026, son discours sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019Union. Le message est clair: l\u2019Europe ne peut plus se contenter de d\u00e9fendre son mod\u00e8le; elle doit se donner les moyens de le prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore du bouclier, qui traverse le discours, renvoie autant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 militaire qu\u2019\u00e0 la r\u00e9silience des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, \u00e0 la protection des technologies critiques et \u00e0 la capacit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes \u00e0 r\u00e9sister aux crises.<\/p>\n<p>Reste une question de fond: l\u2019Union est-elle en train de devenir une v\u00e9ritable puissance, ou demeurera-t-elle une puissance incompl\u00e8te \u2014 riche en ressources, mais peinant \u00e0 les mobiliser collectivement?<\/p>\n<p><span><span><strong>Le bouclier s\u00e9curitaire<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La guerre en Ukraine a profond\u00e9ment remis en cause l\u2019id\u00e9e d\u2019une paix durable en Europe et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les limites d\u2019une architecture dans laquelle les Europ\u00e9ens d\u00e9pendent largement des capacit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines, tout en assumant une responsabilit\u00e9 directe dans la s\u00e9curit\u00e9 de leur continent.<\/p>\n<p>Les menaces, du reste, ne sont plus seulement militaires. Cyberattaques, campagnes de d\u00e9sinformation, sabotages d\u2019infrastructures critiques et instrumentalisation des flux migratoires appartiennent d\u00e9sormais au m\u00eame continuum strat\u00e9gique. La fronti\u00e8re entre guerre et paix s\u2019estompe, tandis que les instruments de confrontation se diversifient.<\/p>\n<p>La Commission propose <strong>un protocole europ\u00e9en de s\u00e9curit\u00e9 d\u2019urgence,<\/strong> pr\u00e9sent\u00e9 comme un compl\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 4 de l\u2019OTAN. Il s\u2019agirait de permettre une consultation rapide entre \u00c9tats membres d\u00e8s qu\u2019une menace grave se profile, avant qu\u2019elle ne se transforme en crise ouverte.<\/p>\n<p>Tout d\u00e9pendra cependant de la port\u00e9e r\u00e9elle du m\u00e9canisme: quelles menaces pourraient le d\u00e9clencher? Qui prendrait la d\u00e9cision? Dans quels d\u00e9lais? Et quels engagements concrets les \u00c9tats membres seraient-ils pr\u00eats \u00e0 prendre?<\/p>\n<p>Un m\u00e9canisme de consultation ne constitue pas une garantie de d\u00e9fense. Il ne remplace pas l\u2019OTAN, mais pourrait contribuer \u00e0 renforcer le pilier europ\u00e9en de la s\u00e9curit\u00e9 euro-atlantique, notamment dans des domaines o\u00f9 l\u2019Union doit pouvoir agir par elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Le projet de Conseil europ\u00e9en de s\u00e9curit\u00e9,<\/strong> associant notamment le Royaume-Uni, la Norv\u00e8ge, l\u2019Ukraine et le Canada, s\u2019inscrit dans la m\u00eame logique. Il vise \u00e0 d\u00e9passer les fronti\u00e8res institutionnelles de l\u2019Union pour construire un espace de concertation fond\u00e9 sur des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques partag\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette approche traduit une r\u00e9alit\u00e9: la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne ne se joue pas uniquement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l\u2019Union. Elle d\u00e9pend aussi de l\u2019\u00e9volution de la guerre en Ukraine, de la stabilit\u00e9 de son voisinage, de la s\u00e9curit\u00e9 maritime, de l\u2019Arctique et de la capacit\u00e9 \u00e0 coordonner les r\u00e9ponses avec des partenaires ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>La hausse des d\u00e9penses de d\u00e9fense europ\u00e9ennes traduit une prise de conscience r\u00e9elle. Mais l\u2019argent ne suffit pas. Il faut \u00e9galement des capacit\u00e9s industrielles, des moyens de renseignement, une mobilit\u00e9 op\u00e9rationnelle et une volont\u00e9 politique commune.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable d\u00e9fi sera de transformer l\u2019addition de budgets nationaux en capacit\u00e9 strat\u00e9gique europ\u00e9enne. Sans coordination des \u00e9quipements, sans mutualisation et sans clarification des priorit\u00e9s, l\u2019augmentation des d\u00e9penses risque de reproduire les fragmentations existantes plut\u00f4t que de cr\u00e9er une autonomie r\u00e9elle.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le bouclier g\u00e9o-\u00e9conomique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne a longtemps consid\u00e9r\u00e9 le commerce comme un facteur de stabilit\u00e9. Les crises r\u00e9centes \u2014 pand\u00e9mie, d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et rivalit\u00e9 sino-am\u00e9ricaine \u2014 ont toutefois montr\u00e9 que l\u2019interd\u00e9pendance pouvait \u00e9galement devenir un instrument de coercition.<\/p>\n<p>La Chine illustre cette ambigu\u00eft\u00e9. Elle est \u00e0 la fois un partenaire commercial majeur, un concurrent industriel et un acteur disposant d\u2019un levier important sur les terres rares et les mati\u00e8res premi\u00e8res critiques. Le d\u00e9ficit commercial europ\u00e9en vis-\u00e0-vis de P\u00e9kin, \u00e9voqu\u00e9 dans le discours \u00e0 environ un milliard d\u2019euros par jour, souligne l\u2019ampleur de cette asym\u00e9trie.<\/p>\n<p>L\u2019objectif europ\u00e9en n\u2019est pas n\u00e9cessairement la rupture, mais le de-risking: r\u00e9duire les d\u00e9pendances les plus dangereuses, diversifier les fournisseurs et pr\u00e9server la capacit\u00e9 de d\u00e9cision de l\u2019Union. Cette approche se distingue du d\u00e9couplage, qui supposerait une s\u00e9paration beaucoup plus radicale des \u00e9conomies.<\/p>\n<p>Pour l\u2019Europe, la difficult\u00e9 consiste \u00e0 prot\u00e9ger ses int\u00e9r\u00eats sans renoncer aux \u00e9changes dont d\u00e9pend une partie de sa prosp\u00e9rit\u00e9. La cr\u00e9ation d\u2019une <strong>structure europ\u00e9enne d\u00e9di\u00e9e aux mati\u00e8res premi\u00e8res critiques<\/strong> va dans ce sens. Mais une politique de s\u00e9curisation des approvisionnements ne peut se limiter \u00e0 la recherche de nouveaux fournisseurs. Elle suppose \u00e9galement le recyclage, la constitution de r\u00e9serves strat\u00e9giques, le d\u00e9veloppement de partenariats de long terme et le renforcement des capacit\u00e9s industrielles europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>C\u2019est un terrain qui concerne directement la Tunisie. La r\u00e9organisation des cha\u00eenes de valeur et la recherche de partenaires fiables peuvent ouvrir des opportunit\u00e9s industrielles, \u00e0 condition de disposer d\u2019une strat\u00e9gie capable de positionner le pays dans les secteurs o\u00f9 l\u2019Europe cherche \u00e0 diversifier ses approvisionnements et \u00e0 rapprocher certaines productions.<\/p>\n<p>La s\u00e9curisation \u00e9conomique passe aussi par le renforcement du march\u00e9 int\u00e9rieur, encore fragment\u00e9 dans les services, les capitaux et les technologies. L\u2019union de l\u2019\u00e9pargne et de l\u2019investissement constitue une r\u00e9ponse \u00e0 cette faiblesse.<\/p>\n<p>Une Europe qui r\u00e9glemente sans investir suffisamment, qui innove sans parvenir \u00e0 industrialiser ses innovations, restera d\u00e9pendante d\u2019acteurs ext\u00e9rieurs. La souverainet\u00e9 \u00e9conomique ne signifie pas l\u2019autarcie: elle consiste \u00e0 pouvoir choisir ses d\u00e9pendances, les diversifier et disposer d\u2019alternatives en cas de crise.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le Canada: une nouvelle g\u00e9ographie des partenariats<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus significatifs du discours est la proposition d\u2019ouvrir au Canada la voie vers un <strong>statut de premier membre associ\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne<\/strong>.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agirait ni d\u2019une adh\u00e9sion classique \u00e0 l\u2019Union, ni d\u2019un simple accord de libre-\u00e9change comme le CETA, qui encadre principalement les relations commerciales et \u00e9conomiques entre l\u2019Europe et le Canada. Le statut de membre associ\u00e9 n\u2019existe pas dans les trait\u00e9s actuels. Sa cr\u00e9ation exigerait un accord des \u00c9tats membres et soul\u00e8verait des questions institutionnelles importantes concernant les droits, les obligations et la participation canadienne aux m\u00e9canismes europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>La port\u00e9e politique de la proposition n\u2019en est pas moins r\u00e9elle. Elle s\u2019inscrit dans une possible Alliance pour l\u2019avenir, couvrant notamment la d\u00e9fense, l\u2019\u00e9nergie, les mati\u00e8res premi\u00e8res critiques, l\u2019intelligence artificielle et l\u2019Arctique.<\/p>\n<p>Le Canada n\u2019est donc plus envisag\u00e9 uniquement comme un partenaire commercial, mais comme un acteur avec lequel l\u2019Union pourrait partager des int\u00e9r\u00eats de s\u00e9curit\u00e9, des pr\u00e9occupations \u00e9nerg\u00e9tiques et une vision commune de certains espaces strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Cette initiative intervient dans un contexte de red\u00e9finition des relations transatlantiques. Sans signifier une rupture avec Washington, elle t\u00e9moigne de la volont\u00e9 de Bruxelles et d\u2019Ottawa de diversifier leurs partenariats et de renforcer leur capacit\u00e9 d\u2019action dans un environnement international plus incertain.<br \/>Pour l\u2019Europe, cette d\u00e9marche pose une question de fond: peut-elle construire une puissance qui ne soit pas exclusivement centr\u00e9e sur son voisinage continental, mais qui s\u2019appuie \u00e9galement sur des partenariats structur\u00e9s avec des acteurs partageant certaines de ses priorit\u00e9s?<\/p>\n<p>Pour la Tunisie et les pays du Sud, cette \u00e9volution m\u00e9rite attention. Si l\u2019Union d\u00e9veloppe des partenariats strat\u00e9giques diff\u00e9renci\u00e9s avec des acteurs comme le Canada, elle pourrait \u00e9galement \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 red\u00e9finir ses relations avec ses voisins m\u00e9diterran\u00e9ens. Cette perspective invite ces derniers \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux conditions permettant de renforcer leur place dans les priorit\u00e9s europ\u00e9ennes en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019\u00e9nergie, de mobilit\u00e9 et de stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><span><span><strong>R\u00e9silience climatique et souverainet\u00e9 technologique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le discours \u00e9largit la notion de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 des domaines longtemps consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9conomiques ou environnementaux. Les vagues de chaleur, les incendies et les inondations affectent d\u00e9sormais les infrastructures, l\u2019agriculture et les finances publiques. Les propositions concernant une <strong>alliance europ\u00e9enne de l\u2019assurance<\/strong> et un <strong>plan de r\u00e9ponse aux vagues de chaleur<\/strong> s\u2019inscrivent dans cette approche.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est la question technologique qui p\u00e8se le plus directement sur le rapport de force international. Intelligence artificielle, semi-conducteurs, informatique quantique, donn\u00e9es et infrastructures num\u00e9riques constituent d\u00e9sormais des secteurs d\u00e9terminants.<\/p>\n<p>Celui qui contr\u00f4le ces technologies dispose d\u2019un levier \u00e0 la fois \u00e9conomique, politique et militaire. Or l\u2019Europe souffre d\u2019un \u00e9cart persistant entre sa capacit\u00e9 \u00e0 fixer des normes et sa capacit\u00e9 \u00e0 produire \u00e0 grande \u00e9chelle les technologies qu\u2019elle entend encadrer.<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 technologique ne signifie pas qu\u2019il faudrait tout produire seul. Elle suppose de ma\u00eetriser les technologies essentielles, de s\u00e9curiser les infrastructures, de prot\u00e9ger les donn\u00e9es, de soutenir la recherche et de conserver des marges de man\u0153uvre dans les secteurs d\u00e9cisifs.<\/p>\n<p>Pour les partenaires m\u00e9diterran\u00e9ens, cette transformation ouvre des perspectives: proximit\u00e9 g\u00e9ographique, comp\u00e9tences humaines et besoins europ\u00e9ens de diversification peuvent favoriser le d\u00e9veloppement de nouvelles cha\u00eenes de valeur. Mais rien n\u2019est automatique. Ces opportunit\u00e9s d\u00e9pendront de la qualit\u00e9 des infrastructures, de la formation, de la stabilit\u00e9 r\u00e9glementaire et de la capacit\u00e9 \u00e0 inscrire les partenariats dans une vision de long terme.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion \u2014 La puissance comme discipline de r\u00e9alisation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Bouclier s\u00e9curitaire, bouclier g\u00e9o-\u00e9conomique, r\u00e9silience climatique et souverainet\u00e9 technologique: ces dimensions se tiennent. Une Europe militairement d\u00e9pendante reste vuln\u00e9rable; \u00e9conomiquement expos\u00e9e, elle ne peut garantir durablement son autonomie politique; technologiquement d\u00e9pendante, elle risque de perdre la ma\u00eetrise de ses choix strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>L\u2019Union dispose d\u2019atouts consid\u00e9rables: un march\u00e9 de grande dimension, une puissance r\u00e9glementaire, des ressources financi\u00e8res, des comp\u00e9tences scientifiques et un r\u00e9seau de partenariats \u00e9tendu. Son principal obstacle r\u00e9side moins dans l\u2019absence de moyens que dans la difficult\u00e9 \u00e0 les mobiliser de mani\u00e8re coh\u00e9rente, entre fragmentation des int\u00e9r\u00eats nationaux et divergences persistantes sur les priorit\u00e9s strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>L\u2019autonomie strat\u00e9gique ne signifie pas l\u2019isolement. Elle ne consiste pas \u00e0 se couper du monde, mais \u00e0 \u00e9viter qu\u2019une d\u00e9pendance critique ne se transforme en vuln\u00e9rabilit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Elle suppose de choisir ses partenaires, de diversifier ses relations et de disposer de capacit\u00e9s propres lorsque les circonstances l\u2019exigent.<\/p>\n<p>Pour la Tunisie, cette \u00e9volution appelle une lecture attentive. L\u2019Europe de demain sera plus exigeante en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, de cha\u00eenes de valeur, de transition \u00e9nerg\u00e9tique, de technologies et de mobilit\u00e9s. Le partenariat euro-tunisien ne pourra donc plus reposer uniquement sur les m\u00e9canismes traditionnels de coop\u00e9ration ou sur les \u00e9changes commerciaux.<\/p>\n<p>Pour la Tunisie, l\u2019enjeu consiste \u00e0 mieux identifier ses int\u00e9r\u00eats, \u00e0 anticiper les transformations europ\u00e9ennes et \u00e0 construire une offre strat\u00e9gique coh\u00e9rente. Il ne s\u2019agit plus seulement de s\u2019adapter aux nouvelles priorit\u00e9s de l\u2019Union, mais de chercher \u00e0 y inscrire activement ses propres enjeux: d\u00e9veloppement industriel, transition \u00e9nerg\u00e9tique, formation, mobilit\u00e9, s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale et modernisation \u00e9conomique.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Elle dispose des ressources n\u00e9cessaires pour devenir une puissance, mais la puissance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas: elle se construit par la coh\u00e9rence des choix, la continuit\u00e9 de l\u2019action et la capacit\u00e9 \u00e0 agir collectivement.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu n\u2019est plus de savoir si l\u2019Europe veut devenir une puissance, mais si elle saura agir comme telle.<\/p>\n<p><strong>Elyes Ghariani<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38470-elyes-ghariani-l-europe-veut-la-puissance-en-a-t-elle-les-moyens\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9armement, souverainet\u00e9 et nouveaux partenariats: l\u2019Union europ\u00e9enne cherche \u00e0 transformer ses ambitions strat\u00e9giques en capacit\u00e9 d\u2019action. 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