{"id":192840,"date":"2026-10-05T13:02:18","date_gmt":"2026-10-05T17:02:18","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mourad-bourehla-le-7-octobre-la-faillite-de-netanyahu\/"},"modified":"2026-10-05T13:02:18","modified_gmt":"2026-10-05T17:02:18","slug":"mourad-bourehla-le-7-octobre-la-faillite-de-netanyahu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mourad-bourehla-le-7-octobre-la-faillite-de-netanyahu\/","title":{"rendered":"Mourad Bourehla: Le 7 octobre, la faillite de Netanyahu"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Mourad Bourehla. <em>Ancien ambassadeur<\/em> &#8211;<\/strong><\/span><\/span> Ce que Netanyahu savait, ce qu\u2019il a fait \u2014 et ce que le 7 octobre pourrait changer en Isra\u00ebl. Trois ans apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration du 7 octobre 2023, une question continue de tarauder le d\u00e9bat politique en Isra\u00ebl: comment un \u00c9tat dot\u00e9 de l\u2019un des appareils militaires et de renseignement les plus sophistiqu\u00e9s au monde a-t-il pu \u00eatre pris \u00e0 ce point au d\u00e9pourvu?<\/p>\n<p>Une nouvelle enqu\u00eate men\u00e9e durant dix-huit mois et publi\u00e9e par Haaretz apporte de nouveaux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 cette interrogation. Selon les informations recueillies, le pr\u00e9sident des \u00c9mirats arabes unis, cheikh Mohammed bin Zayed, aurait appel\u00e9 Benjamin Netanyahu une dizaine de jours avant l\u2019attaque pour l\u2019alerter sur la pr\u00e9paration par le Hamas d\u2019une op\u00e9ration de grande ampleur.<\/p>\n<p>Netanyahu aurait alors estim\u00e9 que les intentions du Hamas concernaient principalement la Cisjordanie et aurait rassur\u00e9 son interlocuteur sur la capacit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 faire face \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9. Surtout, il n\u2019aurait pas transmis le contenu de cette conversation aux responsables militaires et aux services de renseignements.<\/p>\n<p>Le bureau du Premier ministre a toutefois cat\u00e9goriquement d\u00e9menti ces informations, qualifiant l\u2019enqu\u00eate de \u00abmensonge absolu\u00bb. Leur v\u00e9racit\u00e9 devra donc \u00eatre \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Mais leur port\u00e9e d\u00e9passe d\u00e9j\u00e0 la pol\u00e9mique autour d\u2019un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique. Elles viennent s\u2019ajouter aux nombreux \u00e9l\u00e9ments qui ont fait appara\u00eetre l\u2019existence de signaux d\u2019alerte avant l\u2019attaque et remettent en lumi\u00e8re les failles d\u2019une strat\u00e9gie isra\u00e9lienne qui, avant le 7 octobre, semblait consid\u00e9rer le Hamas comme un adversaire contenu et largement ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p>Elles posent surtout une question plus profonde: le 7 octobre fut-il seulement un \u00e9chec du renseignement isra\u00e9lien ou celui d\u2019une conception enti\u00e8re de la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl?<\/p>\n<p><span><span><strong>I. L\u2019illusion de la dissuasion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le premier enseignement du 7 octobre est peut-\u00eatre moins l\u2019absence de renseignements que l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 en mesurer correctement la port\u00e9e.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019attaque, plusieurs r\u00e9v\u00e9lations ont montr\u00e9 que des signaux d\u2019alerte existaient. L\u2019\u00c9gypte aurait notamment transmis des informations alarmantes concernant les pr\u00e9paratifs du Hamas. Des \u00e9l\u00e9ments recueillis par les services isra\u00e9liens eux-m\u00eames faisaient \u00e9galement appara\u00eetre des comportements inhabituels du mouvement palestinien.<\/p>\n<p>La nouvelle enqu\u00eate ajoute l\u2019intervention suppos\u00e9e de Mohammed bin Zayed. Si les informations publi\u00e9es par Haaretz sont confirm\u00e9es, le pouvoir politique isra\u00e9lien aurait ainsi re\u00e7u, \u00e0 quelques jours de l\u2019attaque, un avertissement provenant d\u2019un dirigeant arabe disposant de canaux de communication privil\u00e9gi\u00e9s avec Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Pourtant, la menace aurait \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers une grille de lecture devenue manifestement inad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, Isra\u00ebl avait d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie fond\u00e9e sur la sup\u00e9riorit\u00e9 technologique, la surveillance permanente de Gaza et la dissuasion. Le Hamas \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme suffisamment affaibli et d\u00e9pendant de l\u2019ouverture \u00e9conomique de Gaza pour \u00e9viter une confrontation g\u00e9n\u00e9rale. N\u00e9anmoins, le 7 octobre a montr\u00e9 les limites de cette analyse.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs heures, l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne \u00e9tait incapable de reprendre le contr\u00f4le de plusieurs localit\u00e9s attaqu\u00e9es. Le choc fut donc double : Isra\u00ebl avait \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 plusieurs signaux d\u2019alerte, mais n\u2019avait pas anticip\u00e9 la nature, l\u2019ampleur et le calendrier de l\u2019offensive.<\/p>\n<p>Cette faillite ne fut pas uniquement celle des moyens de renseignement. Elle fut aussi celle d\u2019une certaine lecture de l\u2019adversaire, la puissance technologique avait donn\u00e9 le sentiment que tout pouvait \u00eatre observ\u00e9, tandis que la sup\u00e9riorit\u00e9 militaire semblait garantir que rien de v\u00e9ritablement strat\u00e9gique ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Or la dissuasion ne fonctionne que si l\u2019adversaire partage, au moins en partie, la perception du risque de celui qui veut le dissuader. Le Hamas avait manifestement une autre lecture.<\/p>\n<p>Cette faille dans l\u2019anticipation conduit naturellement \u00e0 une seconde question : une fois l\u2019attaque d\u00e9clench\u00e9e, quelle strat\u00e9gie le gouvernement Netanyahu allait-il privil\u00e9gier?<\/p>\n<p><span><span><strong>II. Des otages \u00e0 la guerre: le choix sanguinaire de Netanyahu<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse du gouvernement fut imm\u00e9diate: transformer le choc du 7 octobre en une guerre visant \u00e0 d\u00e9truire les capacit\u00e9s militaires et politiques du Hamas. Mais les premi\u00e8res heures avaient \u00e9galement fait appara\u00eetre une autre possibilit\u00e9: celle d\u2019une n\u00e9gociation rapide sur les otages.<\/p>\n<p>Selon l\u2019enqu\u00eate de Haaretz, les interm\u00e9diaires qataris auraient tent\u00e9, d\u00e8s le soir du 7 octobre, une m\u00e9diation et menac\u00e9 Hamas d\u2019expulsion si les otages civils n\u2019\u00e9taient pas lib\u00e9r\u00e9s. Le Hamas \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 les lib\u00e9rer sur-le-champ.<\/p>\n<p>La port\u00e9e exacte de ces \u00e9changes devra \u00eatre \u00e9tablie. Mais ils soul\u00e8vent une question devenue centrale en Isra\u00ebl : fallait-il privil\u00e9gier une n\u00e9gociation rapide sur les otages ou engager imm\u00e9diatement une campagne militaire contre le Hamas?<\/p>\n<p>Le gouvernement Netanyahu a choisi la seconde voie, la voie guerri\u00e8re, brutale et destructrice \u00abencourag\u00e9\u00bb en cela par la position de la Maison Blanche qui n\u2019a pas exerc\u00e9 la pression n\u00e9cessaire pour contraindre Netanyahu \u00e0\u00a0 n\u00e9gocier et n\u2019a jamais conditionn\u00e9 la fourniture d\u2019armes \u00e0 Tel-Aviv \u00e0\u00a0 la conclusion d\u2019un accord. En outre, les \u00c9tats-Unis ont oppos\u00e9\u00a0 \u00e0\u00a0 six reprises leur veto \u00e0\u00a0 des r\u00e9solutions du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9clament un cessez-le-feu et la lib\u00e9ration des otages.<\/p>\n<p>Au fil des mois, ce choix a aliment\u00e9 la contestation des familles des otages et accentu\u00e9 les divisions au sein de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne. Il a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 prolonger la guerre, avec un co\u00fbt humain consid\u00e9rable \u00e0 Gaza et une pression internationale croissante sur Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>L\u2019ampleur des destructions et le nombre de victimes palestiniennes ont conduit de nombreuses organisations internationales et plusieurs \u00c9tats \u00e0 qualifier les op\u00e9rations isra\u00e9liennes de violations extr\u00eamement graves du droit international, qualifi\u00e9es de g\u00e9nocide d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. La Cour p\u00e9nale internationale a, pour sa part, d\u00e9livr\u00e9 un mandat d\u2019arr\u00eat contre Netanyahu pour des crimes all\u00e9gu\u00e9s relevant de sa comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>La question des otages est ainsi devenue indissociable du d\u00e9bat sur la strat\u00e9gie de guerre et, plus largement, sur le leadership de Netanyahu.<\/p>\n<p>Cette orientation militaire a \u00e9galement eu des cons\u00e9quences qui d\u00e9passent largement le th\u00e9\u00e2tre de Gaza. Elle a replac\u00e9 la question palestinienne au centre de la diplomatie r\u00e9gionale, fragilis\u00e9 la dynamique des Accords d\u2019Abraham et compliqu\u00e9 les relations d\u2019Isra\u00ebl avec ses principaux partenaires occidentaux.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis se sont eux-m\u00eames trouv\u00e9s confront\u00e9s \u00e0 un dilemme difficile entre leur soutien strat\u00e9gique \u00e0 Isra\u00ebl, la pression de leur opinion publique et la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ampleur de la crise humanitaire \u00e0 Gaza.<\/p>\n<p>Ainsi, le d\u00e9bat n\u2019est plus seulement celui des d\u00e9cisions prises dans les premi\u00e8res heures de la guerre. Il porte d\u00e9sormais sur le mod\u00e8le strat\u00e9gique qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 7 octobre et sur celui qui lui a succ\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p><span><span><strong>III. Le 7 octobre, crise du mod\u00e8le Netanyahu<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pendant une grande partie de sa carri\u00e8re, Netanyahu a construit sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur sa capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger Isra\u00ebl de ses ennemis.<\/p>\n<p>L\u2019attaque a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les limites d\u2019un syst\u00e8me qui reposait sur la technologie, le renseignement, la dissuasion et la conviction que le Hamas pouvait \u00eatre contenu sans r\u00e8glement politique du probl\u00e8me palestinien. Cette conception avait permis \u00e0 Netanyahu de d\u00e9fendre une approche privil\u00e9giant la gestion du conflit plut\u00f4t que sa r\u00e9solution.<\/p>\n<p>Les Accords d\u2019Abraham avaient parall\u00e8lement nourri l\u2019espoir qu\u2019une normalisation progressive entre Isra\u00ebl et plusieurs \u00c9tats arabes pourrait marginaliser la question palestinienne.<\/p>\n<p>Sign\u00e9s en 2020, ces accords avaient marqu\u00e9 une rupture historique: les \u00c9mirats arabes unis et Bahre\u00efn avaient normalis\u00e9 leurs relations avec Isra\u00ebl, suivis du Maroc, tandis que le Soudan s\u2019engageait lui aussi dans le processus. Leur logique reposait sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019une nouvelle architecture r\u00e9gionale pouvait se construire autour des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, de la coop\u00e9ration technologique et s\u00e9curitaire et d\u2019une convergence face aux ambitions r\u00e9gionales de l\u2019Iran, sans attendre le r\u00e8glement de la question palestinienne.<\/p>\n<p>Pour les \u00c9tats arabes signataires, le massacre \u00e0 Gaza a consid\u00e9rablement augment\u00e9 le co\u00fbt politique de leur rapprochement avec Isra\u00ebl. La normalisation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remise en cause formellement, aucun des principaux signataires n\u2019a rompu ses relations diplomatiques avec Isra\u00ebl, et les \u00e9changes \u00e9conomiques ainsi que certaines coop\u00e9rations strat\u00e9giques ont continu\u00e9. Mais la dimension politique de la normalisation s\u2019est consid\u00e9rablement r\u00e9tr\u00e9cie.<\/p>\n<p>Le cas des \u00c9mirats est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur. Abu Dhabi avait fait des Accords d\u2019Abraham un instrument de son influence r\u00e9gionale, tout en d\u00e9veloppant avec Isra\u00ebl des relations commerciales, technologiques et s\u00e9curitaires importantes. Or la guerre a plac\u00e9 les dirigeants \u00e9miratis devant une contradiction : pr\u00e9server les b\u00e9n\u00e9fices strat\u00e9giques de la normalisation tout en tenant compte d\u2019une opinion publique arabe profond\u00e9ment hostile \u00e0 la poursuite de la guerre \u00e0 Gaza.<\/p>\n<p>Cette logique doit toutefois \u00eatre distingu\u00e9e du cas \u00e9gyptien. L\u2019\u00c9gypte n\u2019est pas issue des Accords d\u2019Abraham. Elle entretient avec Isra\u00ebl une relation beaucoup plus ancienne, fond\u00e9e sur le trait\u00e9 de paix de 1979. La guerre a paradoxalement renforc\u00e9 le r\u00f4le du Caire, en raison de sa proximit\u00e9 g\u00e9ographique avec Gaza, de son influence sur le dossier palestinien et de ses canaux de communication avec Isra\u00ebl et les diff\u00e9rentes composantes palestiniennes.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9gypte est ainsi redevenue un acteur incontournable de toute tentative de r\u00e8glement du conflit, notamment dans les n\u00e9gociations sur les cessez-le-feu, les otages et l\u2019avenir de Gaza.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est encore plus profond pour l\u2019ambition am\u00e9ricaine d\u2019\u00e9largir les Accords d\u2019Abraham. Avant le 7 octobre, Washington esp\u00e9rait notamment parvenir \u00e0 une normalisation entre Isra\u00ebl et l\u2019Arabie saoudite, qui aurait constitu\u00e9 la pi\u00e8ce ma\u00eetresse d\u2019une nouvelle architecture r\u00e9gionale. La guerre a rendu cette perspective beaucoup plus complexe.<\/p>\n<p>Riyad a plac\u00e9 la question palestinienne et la perspective d\u2019un \u00c9tat palestinien au c\u0153ur de ses conditions, tandis que les gouvernements arabes signataires sont devenus beaucoup plus prudents face \u00e0 toute initiative susceptible d\u2019\u00eatre per\u00e7ue comme un soutien politique au gouvernement Netanyahu.<\/p>\n<p>C\u2019est probablement l\u2019un des effets g\u00e9opolitiques les plus importants du 7 octobre. Le Hamas a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9montrer que la question palestinienne ne pouvait \u00eatre durablement marginalis\u00e9e au profit d\u2019une recomposition r\u00e9gionale fond\u00e9e principalement sur les int\u00e9r\u00eats s\u00e9curitaires et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Pour Netanyahu, cette \u00e9volution constitue un \u00e9chec strat\u00e9gique suppl\u00e9mentaire. La politique consistant \u00e0 renforcer les relations avec le monde arabe, tout en maintenant le statu quo sur le dossier palestinien, semblait offrir \u00e0 Isra\u00ebl une voie permettant de normaliser progressivement son environnement r\u00e9gional sans concessions majeures.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques semaines des \u00e9lections l\u00e9gislatives isra\u00e9liennes du 27 octobre, les nouvelles r\u00e9v\u00e9lations prennent d\u00e8s lors une port\u00e9e politique particuli\u00e8re. La question \u00e9lectorale est d\u2019autant plus sensible que Netanyahu doit maintenir l\u2019unit\u00e9 d\u2019un camp nationaliste et religieux profond\u00e9ment fragment\u00e9. La comp\u00e9tition avec l\u2019opposition ne porte plus seulement sur le bilan du gouvernement ; elle touche d\u00e9sormais au monopole politique que Netanyahu avait longtemps d\u00e9tenu sur la question de la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute la relation avec Washington. Donald Trump demeure un alli\u00e9 essentiel d\u2019Isra\u00ebl, mais son administration cherche d\u00e9sormais \u00e0 peser directement sur l\u2019avenir de Gaza et sur l\u2019architecture r\u00e9gionale qui doit \u00e9merger de la guerre. Le Board of Peace, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative du pr\u00e9sident am\u00e9ricain, s\u2019inscrit dans cette volont\u00e9 de construire un cadre politique pour l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution place Netanyahu devant une contradiction difficile \u00e0 r\u00e9soudre. Une partie de sa coalition r\u00e9clame le maintien d\u2019une pr\u00e9sence militaire isra\u00e9lienne durable \u00e0 Gaza et refuse toute formule pouvant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une concession au Hamas. Washington, de son c\u00f4t\u00e9, cherche \u00e0 faire avancer un processus de d\u00e9sarmement du Hamas, de r\u00e9organisation de la gouvernance de Gaza et de stabilisation progressive du territoire.<\/p>\n<p>Netanyahu doit donc pr\u00e9server \u00e0 la fois sa coalition et sa relation avec Trump. Or les exigences de l\u2019une peuvent de plus en plus entrer en contradiction avec les attentes de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Si Netanyahu venait \u00e0 perdre le pouvoir lors des \u00e9lections du 27 octobre, les \u00e9v\u00e9nements ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et suivi le 7 octobre pourraient prendre une dimension institutionnelle nouvelle, notamment \u00e0 travers les demandes d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Mais quelle que soit l\u2019issue \u00e9lectorale, le d\u00e9bat d\u00e9passe d\u00e9sormais la personne de Netanyahu.<\/p>\n<p>Le 7 octobre oblige Isra\u00ebl \u00e0 r\u00e9examiner une conception de la s\u00e9curit\u00e9 qui semblait jusque-l\u00e0 presque incontestable : celle d\u2019un \u00c9tat capable de neutraliser ses adversaires gr\u00e2ce \u00e0 son avance technologique, \u00e0 son renseignement et \u00e0 sa puissance militaire.<\/p>\n<p>Pour Netanyahu, le 7 octobre pourrait ainsi devenir bien plus qu\u2019un d\u00e9sastre s\u00e9curitaire survenu pendant son mandat, il pourrait constituer le moment o\u00f9 s\u2019est bris\u00e9e l\u2019image politique qu\u2019il avait patiemment construite : celle du dirigeant garantissant mieux que tout autre la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Les proc\u00e9dures judiciaires internationales concernant les crimes commis \u00e0 Gaza ajoutent \u00e0 cette crise une dimension personnelle et juridique sans pr\u00e9c\u00e9dent pour un Premier ministre isra\u00e9lien en exercice. Le mandat d\u2019arr\u00eat d\u00e9livr\u00e9 par la Cour p\u00e9nale internationale ne constitue \u00e9videmment pas une condamnation, mais il signifie que Netanyahu doit d\u00e9sormais r\u00e9pondre, sur le terrain judiciaire international, d\u2019accusations extr\u00eamement graves.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable question est donc devenue plus large que celle de sa responsabilit\u00e9 personnelle dans le 7 octobre, elle est de savoir si le mod\u00e8le Netanyahu \u2014 fond\u00e9 sur la puissance militaire, la dissuasion, la gestion du conflit palestinien et la normalisation progressive avec le monde arabe \u2014 peut encore constituer une r\u00e9ponse viable aux d\u00e9fis auxquels Isra\u00ebl est confront\u00e9.<\/p>\n<p>Le 7 octobre pourrait bien avoir marqu\u00e9 le moment o\u00f9 ce mod\u00e8le a commenc\u00e9 \u00e0 se fissurer.<\/p>\n<p><strong>Mourad Bourehla<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38501-mourad-bourehla-le-7-octobre-la-faillite-de-netanyahu\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mourad Bourehla. 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