{"id":193311,"date":"2026-10-16T13:01:51","date_gmt":"2026-10-16T17:01:51","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/vulnerabilites-alimentaires-et-imperatif-dune-gouvernance-integree-en-tunisie\/"},"modified":"2026-10-16T13:01:51","modified_gmt":"2026-10-16T17:01:51","slug":"vulnerabilites-alimentaires-et-imperatif-dune-gouvernance-integree-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/vulnerabilites-alimentaires-et-imperatif-dune-gouvernance-integree-en-tunisie\/","title":{"rendered":"Vuln\u00e9rabilit\u00e9s alimentaires et imp\u00e9ratif d\u2019une gouvernance int\u00e9gr\u00e9e en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Dhia Bouktila. <em>Professeur de g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Monastir<\/em> &#8211;<\/strong><\/span><\/span> <strong>\u00c0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e mondiale de l\u2019alimentation, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 16 octobre, la question alimentaire invite la Tunisie \u00e0 interroger sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser ses ressources, \u00e0 valoriser ses savoirs et \u00e0 stimuler l\u2019innovation au service d\u2019une alimentation durable. Dans un contexte de stress hydrique et de d\u00e9pendances alimentaires persistantes, l\u2019avenir se joue aussi dans la capacit\u00e9 du pays \u00e0 faire de la connaissance un moteur de transformation et de r\u00e9silience.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Une journ\u00e9e pour rappeler que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire mondiale reste un d\u00e9fi<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, le 16 octobre, la <strong>Journ\u00e9e mondiale de l\u2019alimentation<\/strong> rappelle que nourrir les populations constitue bien davantage qu\u2019un imp\u00e9ratif agricole ou \u00e9conomique. C\u2019est une question de <strong>sant\u00e9 publique, de stabilit\u00e9 sociale et de d\u00e9veloppement humain<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque ann\u00e9e \u00e0 la date anniversaire de la cr\u00e9ation de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), le 16 octobre 1945<span><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/span>, cette journ\u00e9e mobilise les \u00c9tats, les chercheurs, les producteurs, les organisations internationales et la soci\u00e9t\u00e9 civile autour d\u2019un d\u00e9fi fondamental: <strong>garantir \u00e0 chacun un acc\u00e8s durable \u00e0 une alimentation suffisante, saine et nutritive<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette ambition demeure pourtant loin d\u2019\u00eatre acquise. Dans un monde capable de produire des quantit\u00e9s consid\u00e9rables de denr\u00e9es alimentaires, la <strong>faim, la malnutrition et les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019alimentation<\/strong> persistent. Selon le rapport 2026 sur l\u2019\u00e9tat de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la nutrition dans le monde, environ 645 millions de personnes ont encore souffert de la faim en 2025, tandis que 2,1 milliards de personnes ont connu une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire mod\u00e9r\u00e9e ou grave<span><sup><strong>[2]<\/strong><\/sup><\/span>. La disponibilit\u00e9 des aliments ne garantit pas, \u00e0 elle seule, leur accessibilit\u00e9 \u00e9conomique, leur qualit\u00e9 nutritionnelle ni la stabilit\u00e9 de leur approvisionnement.<\/p>\n<p>La question alimentaire r\u00e9v\u00e8le ainsi une contradiction majeure de notre \u00e9poque : les capacit\u00e9s scientifiques et technologiques progressent, mais la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire reste expos\u00e9e aux conflits, aux d\u00e9r\u00e8glements climatiques, aux perturbations des \u00e9changes internationaux et aux in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><span><span><strong>Un monde o\u00f9 la souverainet\u00e9 alimentaire devient un enjeu g\u00e9opolitique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les crises r\u00e9centes ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 la perception des syst\u00e8mes alimentaires. Les tensions g\u00e9opolitiques, les perturbations logistiques, la volatilit\u00e9 des march\u00e9s agricoles et les \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames ont rappel\u00e9 que l\u2019approvisionnement alimentaire ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une simple fonction du commerce international.<\/p>\n<p>Les conflits arm\u00e9s et les tensions g\u00e9opolitiques ont montr\u00e9 combien les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement alimentaire pouvaient \u00eatre fragilis\u00e9es par les restrictions commerciales, les perturbations des routes maritimes, l\u2019augmentation des co\u00fbts du transport et de l\u2019\u00e9nergie, ainsi que les incertitudes pesant sur les exportations des grands pays producteurs. \u00c0 ces facteurs s\u2019ajoute la volatilit\u00e9 des cours internationaux des c\u00e9r\u00e9ales, qui expose particuli\u00e8rement les pays importateurs aux fluctuations des march\u00e9s mondiaux. L\u2019alimentation appara\u00eet ainsi comme un enjeu \u00e0 la fois \u00e9conomique et g\u00e9opolitique, dans lequel les d\u00e9pendances commerciales peuvent rapidement se transformer en facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le changement climatique transforme les conditions de production. Les s\u00e9cheresses, les vagues de chaleur, la d\u00e9gradation des sols et la pression croissante sur les ressources hydriques affectent les rendements et fragilisent les revenus agricoles. La comp\u00e9tition pour l\u2019eau, les terres et l\u2019\u00e9nergie s\u2019intensifie, tandis que les syst\u00e8mes alimentaires doivent r\u00e9pondre \u00e0 des exigences simultan\u00e9es de productivit\u00e9, de durabilit\u00e9 et de qualit\u00e9 nutritionnelle.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la <strong>souverainet\u00e9 alimentaire<\/strong> acquiert une dimension strat\u00e9gique. Elle ne signifie ni autarcie ni renoncement aux \u00e9changes internationaux.<\/p>\n<p>lle renvoie \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 d\u00e9finir ses priorit\u00e9s alimentaires, \u00e0 s\u00e9curiser ses approvisionnements, \u00e0 pr\u00e9server ses ressources productives et \u00e0 conserver une marge de d\u00e9cision face aux d\u00e9pendances ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>La question n\u2019est donc pas de tout produire localement, quelles qu\u2019en soient les cons\u00e9quences \u00e9conomiques ou \u00e9cologiques. Elle est de savoir ce qu\u2019il est essentiel de ma\u00eetriser, ce qu\u2019il est pertinent de produire, ce qu\u2019il est raisonnable d\u2019importer et comment construire des syst\u00e8mes alimentaires capables de r\u00e9sister aux crises.<\/p>\n<p><span><span><strong>Innover aujourd\u2019hui pour nourrir demain<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le th\u00e8me retenu par la FAO pour la Journ\u00e9e mondiale de l\u2019alimentation 2026, <strong>\u00abInnover aujourd\u2019hui pour nourrir demain\u00bb (Innovate today. Nourish tomorrow.)<\/strong>, place <strong>l\u2019innovation<\/strong> au c\u0153ur de la r\u00e9flexion sur l\u2019avenir alimentaire. Il invite \u00e0 consid\u00e9rer les solutions nouvelles, les connaissances traditionnelles et les approches inclusives comme des leviers compl\u00e9mentaires pour construire des syst\u00e8mes agroalimentaires plus r\u00e9silients et plus durables.<\/p>\n<p>L\u2019innovation ne se r\u00e9duit toutefois ni \u00e0 l\u2019adoption de nouvelles technologies ni \u00e0 la modernisation des \u00e9quipements. Elle suppose \u00e9galement de nouvelles mani\u00e8res de concevoir les politiques agricoles, de g\u00e9rer les ressources naturelles, d\u2019organiser les fili\u00e8res et de rapprocher la recherche scientifique des besoins r\u00e9els des producteurs et des consommateurs.<\/p>\n<p>Elle implique aussi de reconna\u00eetre la valeur des <strong>savoirs locaux,<\/strong> accumul\u00e9s au fil des g\u00e9n\u00e9rations, sans les opposer aux connaissances scientifiques. Les pratiques agricoles traditionnelles peuvent constituer des sources pr\u00e9cieuses d\u2019observation et d\u2019exp\u00e9rimentation. La recherche permet de les documenter, d\u2019en \u00e9valuer la pertinence et, lorsque cela est possible, de les am\u00e9liorer.<\/p>\n<p>Pour la Tunisie, ce th\u00e8me offre l\u2019occasion de poser une question essentielle: <strong>comment transformer les connaissances scientifiques, les ressources biologiques, les comp\u00e9tences nationales, les sp\u00e9cificit\u00e9s des territoires, ainsi que les savoirs et les pratiques des communaut\u00e9s locales en capacit\u00e9s concr\u00e8tes de production, d\u2019adaptation et de d\u00e9cision?<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>La Tunisie face \u00e0 ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s alimentaires<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La Tunisie conna\u00eet les tensions qui traversent aujourd\u2019hui les syst\u00e8mes alimentaires. Son agriculture doit r\u00e9pondre \u00e0 une <strong>demande nationale importante<\/strong> tout en composant avec des ressources hydriques limit\u00e9es, une forte variabilit\u00e9 climatique et des besoins d\u2019investissement et de modernisation.<\/p>\n<p><strong>La contrainte de l\u2019eau est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice<\/strong>. Selon la Banque mondiale, la Tunisie dispose actuellement d\u2019environ 380 m\u00b3 d\u2019eau douce renouvelable par habitant et par an, un niveau nettement inf\u00e9rieur au seuil international de 500 m\u00b3 g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9 \u00e0 la raret\u00e9 absolue de l\u2019eau<span><sup><strong>[3]<\/strong><\/sup><\/span>. Cette contrainte est accentu\u00e9e par la pression exerc\u00e9e sur les ressources: selon la FAO, l\u2019agriculture repr\u00e9sente pr\u00e8s de 80 % des pr\u00e9l\u00e8vements d\u2019eau douce du pays<span><sup><strong>[4]<\/strong><\/sup><\/span>.<\/p>\n<p>Ces chiffres soulignent l\u2019ampleur du d\u00e9fi. La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire tunisienne d\u00e9pend d\u2019une agriculture dont la base productive est elle-m\u00eame soumise \u00e0 une pression hydrique structurelle. La question de l\u2019eau d\u00e9passe ainsi le seul cadre environnemental : elle conditionne la r\u00e9silience des syst\u00e8mes agricoles, oriente les choix de production et p\u00e8se directement sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 assurer durablement son approvisionnement alimentaire.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9pendance aux importations de c\u00e9r\u00e9ales<\/strong> illustre une autre dimension du probl\u00e8me. Selon la FAO, la production c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re tunisienne pour la campagne 2025-2026 est estim\u00e9e \u00e0 environ 1,8 million de tonnes, soit pr\u00e8s de 20 % au-dessus de la moyenne des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es<span><sup><strong>[5]<\/strong><\/sup><\/span>. Malgr\u00e9 cette r\u00e9colte sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne, les besoins d\u2019importation de bl\u00e9 pour la campagne commerciale 2026-2027 restent estim\u00e9s \u00e0 1,8 million de tonnes, les importations devant encore repr\u00e9senter plus de la moiti\u00e9 de l\u2019approvisionnement national en bl\u00e9<span><sup><strong>[5]<\/strong><\/sup><\/span>. Cette situation illustre une vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle : m\u00eame lorsque les conditions climatiques permettent une r\u00e9colte favorable, la production nationale ne suffit pas \u00e0 couvrir les besoins du pays.<\/p>\n<p>La pression se manifeste \u00e9galement sur les prix alimentaires. En juillet 2026, l\u2019inflation annuelle du groupe \u00abAlimentation et boissons\u00bb atteignait 6,6 %, apr\u00e8s 8,2 % en avril et en mai<span><sup><strong>[6]<\/strong><\/sup><\/span>. La hausse des prix de plusieurs produits, notamment certaines viandes et les fruits frais, \u00e9rode le pouvoir d\u2019achat des m\u00e9nages et peut limiter leur acc\u00e8s \u00e0 une alimentation suffisante et de qualit\u00e9. Cette dimension \u00e9conomique est essentielle \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, qui ne d\u00e9pend pas seulement de la disponibilit\u00e9 des aliments, mais aussi de la capacit\u00e9 des populations \u00e0 se les procurer<span><sup><strong>[7]<\/strong><\/sup><\/span>.<\/p>\n<p>Ces vuln\u00e9rabilit\u00e9s, bien que diff\u00e9rentes, sont \u00e9troitement li\u00e9es. La disponibilit\u00e9 de l\u2019eau influence les rendements agricoles et les ressources fourrag\u00e8res, tandis que les insuffisances de la production nationale de c\u00e9r\u00e9ales et certaines fragilit\u00e9s des fili\u00e8res animales accentuent la d\u00e9pendance du pays aux approvisionnements ext\u00e9rieurs. La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ne se mesure donc pas \u00e0 l\u2019aune d\u2019une seule r\u00e9colte ni d\u2019une seule fili\u00e8re. Elle repose sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 maintenir une production suffisamment r\u00e9guli\u00e8re, \u00e0 absorber les al\u00e9as climatiques et \u00e9conomiques et \u00e0 diversifier ses sources d\u2019approvisionnement.<br \/>L\u2019enjeu est donc de r\u00e9duire les vuln\u00e9rabilit\u00e9s sans ignorer les contraintes naturelles et \u00e9conomiques du pays. <strong>Une strat\u00e9gie alimentaire durable doit viser une meilleure utilisation des ressources, une plus grande r\u00e9silience des syst\u00e8mes agricoles et une capacit\u00e9 accrue \u00e0 anticiper les risques.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Cinq leviers pour une souverainet\u00e9 alimentaire durable<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>1. Repenser la carte agricole et renforcer les capacit\u00e9s productives<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 alimentaire commence par une d\u00e9finition claire des priorit\u00e9s nationales. Toutes les productions n\u2019ont ni la m\u00eame importance strat\u00e9gique ni les m\u00eames conditions de d\u00e9veloppement \u00e9cologiques et \u00e9conomiques. Il importe donc d\u2019identifier les productions essentielles \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, les fili\u00e8res dans lesquelles la Tunisie dispose d\u2019avantages comparatifs et les d\u00e9pendances qui l\u2019exposent le plus aux crises ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, cela suppose de <strong>mieux articuler la carte agricole nationale avec les besoins alimentaires et les contraintes hydriques des territoires.<\/strong> Les aides, les investissements et les choix de cultures devraient davantage tenir compte des potentialit\u00e9s agronomiques, de la disponibilit\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019eau et de l\u2019importance strat\u00e9gique des productions. L\u2019enjeu est de privil\u00e9gier les syst\u00e8mes agricoles les plus pertinents au regard des besoins du pays, de leur viabilit\u00e9 \u00e9conomique et de leur durabilit\u00e9 \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Cette orientation doit s\u2019accompagner d\u2019efforts pour am\u00e9liorer la productivit\u00e9 lorsque cela est pertinent, renforcer le stockage et la conservation, <strong>r\u00e9duire les pertes apr\u00e8s r\u00e9colte<\/strong> et consolider les fili\u00e8res de transformation. Elle exige \u00e9galement une politique coh\u00e9rente des importations et des stocks strat\u00e9giques. L\u2019objectif n\u2019est pas l\u2019autosuffisance absolue, mais une autonomie de d\u00e9cision accrue et une meilleure capacit\u00e9 \u00e0 absorber les chocs.<\/p>\n<p><strong><span><span>2. Faire de l\u2019eau une priorit\u00e9 de la politique alimentaire<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>En Tunisie, la politique agricole ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e de la politique hydrique.<\/strong> La raret\u00e9 de l\u2019eau impose de r\u00e9examiner les techniques d\u2019irrigation et la gestion des nappes. La gestion de l\u2019eau doit donc \u00eatre \u00e9valu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des territoires et des bassins hydrologiques, en fonction des ressources r\u00e9ellement disponibles.<\/p>\n<p>La recherche peut accompagner cette transition par <strong>la s\u00e9lection de vari\u00e9t\u00e9s tol\u00e9rantes au stress hydrique, la mod\u00e9lisation des besoins en eau et l\u2019exploitation des donn\u00e9es satellitaires pour piloter l\u2019irrigation.<\/strong> L\u2019adaptation climatique suppose \u00e9galement de mieux articuler calendriers culturaux et caract\u00e9ristiques des sols.<\/p>\n<p>Chaque d\u00e9cision agricole doit ainsi \u00eatre \u00e9valu\u00e9e au regard de son co\u00fbt hydrique et de sa contribution \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><span><span><strong>3. Pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 agricole et valoriser les ressources g\u00e9n\u00e9tiques<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La biodiversit\u00e9 agricole constitue un patrimoine biologique, \u00e9conomique et scientifique. Les vari\u00e9t\u00e9s locales, les races animales, les esp\u00e8ces cultiv\u00e9es et leurs apparent\u00e9s sauvages abritent une diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique susceptible de contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des productions et \u00e0 leur adaptation aux changements environnementaux. Elle peut notamment fournir des caract\u00e8res d\u2019int\u00e9r\u00eat li\u00e9s \u00e0 la tol\u00e9rance \u00e0 la s\u00e9cheresse, \u00e0 la r\u00e9sistance aux agents pathog\u00e8nes ou \u00e0 la qualit\u00e9 nutritionnelle et technologique. Ces ressources \u00e9largissent les possibilit\u00e9s de s\u00e9lection et de recherche.<\/p>\n<p>Leur pr\u00e9servation doit aller au-del\u00e0 de la conservation dans des collections ou des banques de mat\u00e9riel biologique: <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38074-le-siecle-du-vivant-la-tunisie-et-les-defis-contemporains-de-la-biodiversite\" target=\"_blank\">elle n\u00e9cessite leur caract\u00e9risation, leur \u00e9valuation fonctionnelle et leur int\u00e9gration dans des strat\u00e9gies de valorisation durable<\/a>.<\/p>\n<p>Cette ma\u00eetrise scientifique doit s\u2019accompagner d\u2019une gouvernance appropri\u00e9e : <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/37997-la-souverainete-biologique-le-nouveau-front-invisible-de-la-souverainete-alimentaire\" target=\"_blank\">r\u00e8gles d\u2019acc\u00e8s aux ressources g\u00e9n\u00e9tiques, partage juste et \u00e9quitable des avantages issus de leur utilisation et prise en compte des connaissances traditionnelles associ\u00e9es<\/a>. Pour la Tunisie, <strong>pr\u00e9server et valoriser les ressources g\u00e9n\u00e9tiques v\u00e9g\u00e9tales et animales constitue un levier de renforcement de sa souverainet\u00e9 scientifique et agricole.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>4. Faire de la science et de l\u2019innovation des instruments de transformation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La recherche agricole est une composante strat\u00e9gique du d\u00e9veloppement: elle permet de mieux comprendre les contraintes nationales, d\u2019am\u00e9liorer les productions et d\u2019anticiper les crises. G\u00e9nomique, biotechnologie, s\u00e9lection vari\u00e9tale, microbiologie des sols, phytopathologie et outils num\u00e9riques peuvent y contribuer, \u00e0 condition que les questions scientifiques soient pertinentes et les r\u00e9sultats rigoureusement valid\u00e9s dans les conditions r\u00e9elles de production.<br \/>L\u2019innovation exige donc un continuum entre recherche fondamentale, recherche appliqu\u00e9e, exp\u00e9rimentation, \u00e9valuation et transfert, tenant compte des conditions p\u00e9doclimatiques, des pratiques agricoles et des besoins des producteurs.<\/p>\n<p>Cette continuit\u00e9 repose sur des partenariats durables entre universit\u00e9s, \u00e9tablissements de recherche, institutions agricoles, entreprises et organisations professionnelles. La Tunisie ne pourra pleinement tirer parti de l\u2019innovation sans consolider les institutions qui produisent les connaissances et mieux articuler recherche et transfert vers les acteurs \u00e9conomiques et les politiques publiques.<\/p>\n<p><span><span><strong>5. Construire une gouvernance int\u00e9gr\u00e9e des syst\u00e8mes alimentaires<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire se situe au croisement de l\u2019agriculture, de l\u2019eau, de l\u2019\u00e9nergie, de l\u2019environnement, de la sant\u00e9, du commerce, de l\u2019industrie et de la recherche. Lorsque ces politiques sont con\u00e7ues s\u00e9par\u00e9ment, des contradictions peuvent appara\u00eetre: encourager des productions fortement consommatrices d\u2019eau dans des territoires d\u00e9ficitaires, soutenir des cultures sans \u00e9valuer suffisamment leur viabilit\u00e9 \u00e0 long terme ou financer la recherche sans m\u00e9canisme clair d\u2019int\u00e9gration de ses r\u00e9sultats dans les d\u00e9cisions publiques.<\/p>\n<p>Une gouvernance int\u00e9gr\u00e9e suppose une coordination entre les secteurs concern\u00e9s, des objectifs communs et un suivi r\u00e9gulier fond\u00e9 sur des indicateurs partag\u00e9s, allant de la disponibilit\u00e9 alimentaire \u00e0 la consommation d\u2019eau, en passant par la r\u00e9silience climatique et la d\u00e9pendance ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Elle exige enfin une vision de long terme. La valorisation des ressources g\u00e9n\u00e9tiques, la recherche agronomique, la restauration des sols et la formation scientifique n\u00e9cessitent des investissements continus, dont les effets d\u00e9passent les \u00e9ch\u00e9ances politiques. La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire appelle ainsi <strong>une strat\u00e9gie nationale durable, capable de pr\u00e9server ses priorit\u00e9s au-del\u00e0 des cycles politiques<\/strong>.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion: cultiver aussi la lucidit\u00e9 de ses choix publics<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La Journ\u00e9e mondiale de l\u2019alimentation 2026 nous invite \u00e0 innover aujourd\u2019hui pour nourrir demain. Pour la Tunisie, cet imp\u00e9ratif d\u00e9passe la modernisation agricole et l\u2019augmentation de la production: il appelle <strong>une strat\u00e9gie int\u00e9gr\u00e9e associant gestion de l\u2019eau, pr\u00e9servation des ressources g\u00e9n\u00e9tiques, recherche scientifique et coh\u00e9rence des politiques publiques.<\/strong><\/p>\n<p>Le pays dispose de ressources biologiques diversifi\u00e9es, de traditions agricoles et de comp\u00e9tences scientifiques qui constituent des atouts \u00e0 pr\u00e9server et \u00e0 valoriser. Leur potentiel ne pourra toutefois se concr\u00e9tiser sans des choix strat\u00e9giques durables, capables d\u2019anticiper les risques et de r\u00e9duire les d\u00e9pendances les plus critiques.<\/p>\n<p><strong>Pour nourrir durablement sa population, la Tunisie doit certes cultiver sa terre, mais aussi son savoir et la lucidit\u00e9 de ses choix publics<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Dhia Bouktila<\/strong><br \/><span><em>Professeur de g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Monastir<br \/>Sp\u00e9cialiste de la g\u00e9nomique agricole et environnementale,<br \/>des enjeux de souverainet\u00e9 biologique et de la gouvernance des savoirs scientifiques.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span>[1] FAO. World Food Day &#8211; History and institutional background.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/fileadmin\/templates\/library\/pdf\/467401.pdf\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.fao.org\/fileadmin\/templates\/library\/pdf\/467401.pdf<\/span><\/a> <span><br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[2] FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS (2026). The State of Food Security and Nutrition in the World 2026: Understanding and addressing the high cost of a healthy diet.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.who.int\/publications\/m\/item\/the-state-of-food-security-and-nutrition-in-the-world-2026\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.who.int\/publications\/m\/item\/the-state-of-food-security-and-nutrition-in-the-world-2026<\/span><\/a> <span><br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[3] World Bank (2026). Tunisia\u2019s Water Challenge: From Scarcity to Resilience. Tunisia Economic Monitor, septembre 2026.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.worldbank.org\/en\/news\/press-release\/2026\/09\/22\/world-bank-stronger-water-management-could-unlock-growth-protect-jobs\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.worldbank.org\/en\/news\/press-release\/2026\/09\/22\/world-bank-stronger-water-management-could-unlock-growth-protect-jobs<\/span><\/a><span>\u00a0\u00a0<br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[4] FAO. Regional Water Scarcity Initiative, Tunisia.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/in-action\/water-scarcity-initiative-nena\/countries\/tunisia\/en\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.fao.org\/in-action\/water-scarcity-initiative-nena\/countries\/tunisia\/en<\/span><\/a> <span><br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[5] FAO (2026). GIEWS Country Brief: Tunisia. 26 ao\u00fbt 2026. Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/giews\/countrybrief\/country.jsp?code=TUN&amp;lang=en\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.fao.org\/giews\/countrybrief\/country.jsp?code=TUN&amp;lang=en<\/span><\/a> <span><br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[6] INS, Indice des prix \u00e0 la consommation, juillet 2026, publi\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2026.<\/span> <a href=\"https:\/\/www.ins.tn\/publication\/indice-des-prix-la-consommation-juillet-2026\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.ins.tn\/publication\/indice-des-prix-la-consommation-juillet-2026<\/span><\/a><span><br \/><\/span><\/p>\n<p><span>[7] FAO, SMIAR : Rapport de synth\u00e8se sur la Tunisie, dat\u00e9 du 26 ao\u00fbt 2026.<\/span> <a href=\"https:\/\/cb.apps.fao.org\/country.jsp?code=TUN&amp;lang=fr\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/cb.apps.fao.org\/country.jsp?code=TUN&amp;lang=fr<\/span><\/a><span>\u00a0<\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/leaders.com.tn\/article\/38545-vulnerabilites-alimentaires-et-imperatif-d-une-gouvernance-integree-en-tunisie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dhia Bouktila. 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