{"id":193417,"date":"2026-10-19T13:02:15","date_gmt":"2026-10-19T17:02:15","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aymen-bouali-quand-la-memoire-sefface-lappartenance-saffaiblit\/"},"modified":"2026-10-19T13:02:15","modified_gmt":"2026-10-19T17:02:15","slug":"aymen-bouali-quand-la-memoire-sefface-lappartenance-saffaiblit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aymen-bouali-quand-la-memoire-sefface-lappartenance-saffaiblit\/","title":{"rendered":"Aymen Bouali: Quand la m\u00e9moire s\u2019efface, l\u2019appartenance s\u2019affaiblit"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Aymen Bouali &#8211;<\/strong><\/span><\/span> <strong>Parfois nous passons des ann\u00e9es dans les m\u00eames rues sans nous demander pourquoi elles portent ce nom. Il en va de m\u00eame pour les \u00e9coles, les places ou certains b\u00e2timents publics. Pourtant, derri\u00e8re beaucoup de ces noms, il y a une histoire. Certains ont enseign\u00e9, soign\u00e9, construit ou combattu. D\u2019autres ont consacr\u00e9 une partie de leur vie \u00e0 leur pays. Donner \u00e0 ces femmes et \u00e0 ces hommes une place dans l\u2019espace public, c\u2019est faire en sorte que leur passage ne soit pas compl\u00e8tement effac\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Rendre hommage \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019est plus parmi nous ne change rien pour lui. Une statue ne lui apporte rien et une avenue portant son nom ne le ram\u00e8ne pas \u00e0 la vie. Ce geste parle plut\u00f4t de nous : de ce que nous jugeons important et de ce que nous voulons transmettre.<\/strong><\/p>\n<p>Cela ne signifie pas transformer les personnages historiques en figures intouchables. L\u2019histoire n\u2019a rien \u00e0 gagner \u00e0 fabriquer des saints. On peut reconna\u00eetre ce qu\u2019une personne a accompli sans taire ses limites, ses erreurs ou ses contradictions.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire est utile lorsqu\u2019elle sert \u00e0 comprendre, et non \u00e0 imposer l\u2019admiration.<\/p>\n<p>Dans certaines villes, l\u2019histoire est l\u00e0 sans qu\u2019on ait besoin de la chercher. Une plaque, un nom sur une fa\u00e7ade, un monument que l\u2019on avait fini par ne plus voir peuvent soudain \u00e9veiller une question: qui \u00e9tait cette personne? Pourquoi a-t-on donn\u00e9 son nom \u00e0 cet endroit ? C\u2019est souvent ainsi que le pass\u00e9 retrouve une place dans le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>La Tunisie ne manque pourtant ni d\u2019histoire ni de figures capables de nourrir cette m\u00e9moire commune. D\u2019Elyssa \u00e0 Hannibal, d\u2019Ibn Khaldoun aux savants, artistes, r\u00e9formateurs et b\u00e2tisseurs des p\u00e9riodes plus r\u00e9centes, notre histoire compte des personnalit\u00e9s dont l\u2019influence a d\u00e9pass\u00e9 les fronti\u00e8res du pays.<\/p>\n<p>Mais combien restent r\u00e9ellement pr\u00e9sentes dans notre quotidien? Combien de jeunes peuvent encore mettre un visage ou une histoire derri\u00e8re certains noms lus sur une avenue ou une \u00e9cole?<\/p>\n<p>Plus troublant encore, rappeler une partie de notre pass\u00e9 suffit parfois \u00e0 d\u00e9clencher une pol\u00e9mique, comme si se souvenir revenait n\u00e9cessairement \u00e0 glorifier. Pourtant, transmettre une histoire n\u2019oblige ni \u00e0 l\u2019embellir ni \u00e0 la transformer en l\u00e9gende. On peut reconna\u00eetre un apport tout en regardant les zones d\u2019ombre.<\/p>\n<p>Que devient alors un peuple lorsqu\u2019il ne sait plus tr\u00e8s bien ce qu\u2019il veut retenir de son propre pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>Cette question r\u00e9sonne aujourd\u2019hui, alors que le sentiment d\u2019appartenance semble parfois s\u2019affaiblir. Le ch\u00f4mage, les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, les injustices ou la perte de confiance dans les institutions y contribuent. Mais un pays ne tient pas seulement par son \u00e9conomie. Il tient aussi par ce qui relie les gens entre eux.<\/p>\n<p>Cette histoire, du reste, continue de s\u2019\u00e9crire. Aux fronti\u00e8res, dans l&rsquo;arm\u00e9e, les forces de s\u00e9curit\u00e9, les h\u00f4pitaux, les \u00e9coles, les universit\u00e9s ou les entreprises, des femmes et des hommes accomplissent chaque jour un travail indispensable loin des regards. Le probl\u00e8me commence lorsque notre relation au pays devient purement comptable : je lui suis attach\u00e9 tant qu\u2019il r\u00e9pond \u00e0 mes attentes, beaucoup moins lorsqu\u2019il me demande un effort ou une responsabilit\u00e9. Aucun pays ne peut durer si chacun ne voit en lui qu\u2019un service dont il mesure le rendement.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9pondre \u00e0 cela par des slogans ou par un nationalisme de fa\u00e7ade. Aimer son pays ne consiste pas \u00e0 le croire sup\u00e9rieur aux autres ni \u00e0 fermer les yeux sur ses d\u00e9fauts. On peut aimer la Tunisie tout en \u00e9tant exigeant avec elle. Peut-\u00eatre que l\u2019attachement commence m\u00eame l\u00e0 : dans le refus de l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Ce lien se construit t\u00f4t. Racontons aux enfants l\u2019histoire de nos savants, de nos penseurs et de celles et ceux qui ont servi le bien commun. Faisons conna\u00eetre leurs parcours autrement que par quelques dates apprises pour un examen. Donnons de la place aux mus\u00e9es, aux archives et aux lieux historiques.<\/p>\n<p>En classe aussi, on peut changer les habitudes : d\u00e9couvrir un document ou le parcours d\u2019une personnalit\u00e9, puis discuter, comparer les sources ou visiter un lieu. L\u2019histoire cesse alors d\u2019\u00eatre une suite de dates. Elle reprend chair. Bien s\u00fbr, une plaque ou une statue ne suffit pas. Mais elle peut provoquer une question. Et un enfant qui demande : \u00abQui \u00e9tait cette personne ? Pourquoi son nom est-il ici ?\u00bb vient d\u00e9j\u00e0 d\u2019ouvrir une porte vers la connaissance.<\/p>\n<p>Sur ce point, la Tunisie n\u2019a rien \u00e0 inventer. Son histoire est l\u00e0, dense, ancienne, diverse, glorieuse ou douloureuse. Le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u2019absence de mati\u00e8re. Il est dans notre mani\u00e8re de la transmettre.<\/p>\n<p>Un pays ne se construit pas uniquement avec des routes, des b\u00e2timents, des budgets ou des indicateurs \u00e9conomiques. Il se construit aussi avec des citoyens qui savent qu\u2019ils ne sont pas apparus de nulle part et qui sentent qu\u2019ils ont, eux aussi, quelque chose \u00e0 ajouter \u00e0 cette histoire.<\/p>\n<p>Conna\u00eetre le pass\u00e9 ne signifie pas vivre les yeux tourn\u00e9s vers hier. Cela permet de mieux comprendre le pr\u00e9sent. Ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s ont connu leurs r\u00e9ussites et leurs \u00e9checs. Les conna\u00eetre nous \u00e9vite \u00e0 la fois de les id\u00e9aliser et de croire que tout commence avec nous.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire n\u2019est pas un refuge. Elle peut \u00eatre une boussole.<\/p>\n<p>Et peut-\u00eatre que la Tunisie a besoin, aujourd\u2019hui, de retrouver cette boussole : non pour revenir en arri\u00e8re, mais pour savoir plus clairement d\u2019o\u00f9 elle vient et choisir, ensemble, o\u00f9 elle veut aller.<\/p>\n<p><strong>Aymen Bouali<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/leaders.com.tn\/article\/38552-aymen-bouali-quand-la-memoire-s-efface-l-appartenance-s-affaiblit\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Aymen Bouali &#8211; Parfois nous passons des ann\u00e9es dans les m\u00eames rues sans nous demander pourquoi elles portent ce nom. Il en va de m\u00eame pour les \u00e9coles, les places ou certains b\u00e2timents publics. Pourtant, derri\u00e8re beaucoup de ces noms, il y a une histoire. Certains ont enseign\u00e9, soign\u00e9, construit ou combattu. 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