{"id":193966,"date":"2026-10-31T13:01:54","date_gmt":"2026-10-31T17:01:54","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-allal-face-au-capitalisme-pyromane-politiser-la-transition-pour-imposer-la-bifurcation-ecologique\/"},"modified":"2026-10-31T13:01:54","modified_gmt":"2026-10-31T17:01:54","slug":"samir-allal-face-au-capitalisme-pyromane-politiser-la-transition-pour-imposer-la-bifurcation-ecologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/samir-allal-face-au-capitalisme-pyromane-politiser-la-transition-pour-imposer-la-bifurcation-ecologique\/","title":{"rendered":"samir Allal: Face au capitalisme pyromane, politiser la transition pour imposer la bifurcation \u00e9cologique"},"content":{"rendered":"<p>Le changement climatique est la menace s\u00e9curitaire la plus existentielle pour la plan\u00e8te. Ce qui est en cause, n\u2019est pas seulement notre disparition par \u00e9puisement des ressources naturelle, mais notre extermination, dans des d\u00e9lais plus rapproch\u00e9s, par la folie guerri\u00e8re des grandes puissances.<br \/>Nous vivons dans un climat qui n&rsquo;est plus celui du pass\u00e9 et nous ne savons pas le contr\u00f4ler. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9opolitique, la brutalisation diplomatique, et les attaques contre le libre-\u00e9change sont entrain de rebattre les cartes d&rsquo;un ordre anciennement fond\u00e9 sur le libre-\u00e9change.<\/p>\n<p>Une crise d\u2019intelligibilit\u00e9 du monde, marquant l\u2019incapacit\u00e9 des grilles de lecture habituelles \u00e0 donner du sens \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, emp\u00eache l\u2019identification des causes des d\u00e9g\u00e2ts du productivisme. L&rsquo;heure est \u00e0 la s\u00e9curisation des cha\u00eenes de production et \u00e0 la r\u00e9duction des d\u00e9pendances strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Le drame, c&rsquo;est que la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique survient en m\u00eame temps qu&rsquo;une r\u00e9volution ultra-lib\u00e9rale conduite par les plus riches de la plan\u00e8te. Une situation qui, d\u00e9note \u00abun raidissement et une r\u00e9sistance\u00bb, des majors fossiles et \u00abdes pays consommateurs\u00bb, et pr\u00e9sage des \u00abconvulsions\u00bb futurs lors des prochaines COP.<\/p>\n<p>La transition \u00e9cologique a-t-elle disparu des discours ? Non, mais elle y revient m\u00e9tamorphos\u00e9e, sous des formes toujours plus \u00e9loign\u00e9es du r\u00e9el. La voici promue en guerre industrielle, en n\u00e9omalthusianisme, en survivalisme. La voici encore en promesse technologique : la fusion demain, la capture du carbone apr\u00e8s-demain, et, \u00e0 d\u00e9faut, une plan\u00e8te de rechange quelque part entre Mars et le m\u00e9tavers.<\/p>\n<p>Quel monde doit-on viser? Selon quelles valeurs la transition doit-elle \u00eatre jug\u00e9e? comment articuler les valeurs de libert\u00e9, sobri\u00e9t\u00e9, justice climatique, puissance publique, s\u00e9curit\u00e9, autonomie et protection du vivant?<\/p>\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 serait-elle devenue insensible? Irrationnelle? Ou n\u2019est-elle pas s\u00e9duite par d\u2019autres sir\u00e8nes? Ces sir\u00e8nes ont un nom : une pens\u00e9e n\u00e9or\u00e9actionnaire venue des \u00c9tats-Unis, qui \u00e9rige la puissance, la hi\u00e9rarchie et le refus de toute limite en vertus cardinales.<\/p>\n<p>Ce nouveau d\u00e9sordre mondial ne doit pas masquer une r\u00e9alit\u00e9 plus ancienne : beaucoup de pays abordaient d\u00e9j\u00e0 ce basculement en position de faiblesse. Certaines fragilit\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9sentes bien avant que la nouvelle donne g\u00e9opolitique ne les rende plus criantes.<\/p>\n<p>Les pays qui accusent des retards strat\u00e9giques dans leur transition, courent le risque d&rsquo;un d\u00e9classement \u00e9conomique, technologique et d&rsquo;une d\u00e9pendance accrue aux fossiles. Les trajectoires pour s&rsquo;engager vers un monde d\u00e9carbon\u00e9, puis y prosp\u00e9rer, existent et elles sont nombreuses.<\/p>\n<p>Les pays en d\u00e9veloppement (faiblement \u00e9metteurs) ne sont pas condamn\u00e9s au d\u00e9clin, mais ils sont condamn\u00e9s \u00e0 faire des choix forts. Ce qui manque souvent \u00e0 la place de l&#8217;empilement de mesurettes: une vision, un chemin pour la transition, L&rsquo;impr\u00e9paration n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le monde se r\u00e9arme fortement et se d\u00e9carbone insuffisamment: nous ne sommes plus dans l&rsquo;optique d&rsquo;une transition ordonn\u00e9e et graduelle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019analyse de la situation actuelle, montre que le d\u00e9sastre climatique, est irr\u00e9versible et que l\u2019intelligence artificielle non r\u00e9gul\u00e9e (qui fonce sur nous), va probablement nous d\u00e9vorer. Le capitalisme num\u00e9rique est un syst\u00e8me ferm\u00e9, g\u00e9r\u00e9 par un petit c\u00e9nacle d\u2019ultra-riches, contr\u00f4lant le monde gr\u00e2ce \u00e0 des monopoles nationaux et internationaux.<\/p>\n<p>Ces monopoles cr\u00e9ent et maintiennent des rentes de situation, tuent l\u2019innovation et vassalisent le reste de l\u2019\u00e9conomie. La fin relative du multilat\u00e9ralisme politique, pr\u00e9pare et accompagne une d\u00e9globalisation progressive, o\u00f9 le libre-\u00e9change cesse d&rsquo;\u00eatre la norme pour devenir un outil parmi d&rsquo;autres au service des strat\u00e9gies nationales.<\/p>\n<p>Pour Jean Tirole, la puissance ne se joue plus seulement dans les trait\u00e9s, les discours ou les alliances (\u2026) La comp\u00e9titivit\u00e9 ne repose plus seulement sur la recherche du moindre co\u00fbt, mais sur la ma\u00eetrise des d\u00e9pendances critiques (\u2026) Elle se joue dans la capacit\u00e9 \u00e0 planifier, produire, innover, financer, former et d\u00e9cider.<\/p>\n<p>Comprendre cette \u00e9volution suppose de replacer la planification au c\u0153ur de l&rsquo;analyse des strat\u00e9gies dont disposent les pays. Dans un tel contexte, la transition \u00e9cologique, en tant que transformation profonde de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9, n\u00e9cessite une organisation collective que seul l\u2019\u00c9tat peut orchestrer.<\/p>\n<p>Les enjeux sont colossaux: supprimer les \u00e9nergies fossiles, transformer l\u2019agriculture, red\u00e9finir l\u2019urbanisation et la ville de demain. Or, ces changements structurels ne se sont pas traduits dans les politiques publiques ou dans les d\u00e9cisions budg\u00e9taires, et la baisse des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre (GES) demeure insuffisante pour assurer la s\u00e9curit\u00e9, respecter les engagements et rester dans les limites de concentration qui rendent la Terre habitable.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que racontent les partisans de l&rsquo;inaction climato-populistes, il n&rsquo;est pas trop tard pour d\u00e9carboner l\u2019\u00e9conomie et stopper le r\u00e9chauffement. La lenteur des pays \u00e0 op\u00e9rer la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique, li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pendance profonde aux \u00e9nergies fossiles et \u00e0 la croissance, questionne profond\u00e9ment la sortie de la crise.<\/p>\n<p>La transition ne peut plus \u00eatre report\u00e9e. Elle doit au contraire avancer suffisamment vite pour lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s, \u00e9cologiser la soci\u00e9t\u00e9, et pr\u00e9server la libert\u00e9 d&rsquo;agir des g\u00e9n\u00e9rations actuelles et futures. M\u00eame si, elle est difficile \u00e0 r\u00e9aliser, co\u00fbteuse et ne favorise pas la croissance \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Dans des pays o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 est un th\u00e8me central des politiques publiques, le r\u00e9chauffement climatique cr\u00e9e, plus qu&rsquo;aucune autre menace, de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 sanitaire, alimentaire, \u00e9conomique et sociale. Si l&rsquo;on \u00abflippe\u00bb autant, c&rsquo;est que pour la premi\u00e8re fois de notre histoire, les \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames, et leurs corollaires &#8211; incendies, maladies vectorielles, effondrement des rendements &#8211; nous font toucher du doigt l&rsquo;impensable.<\/p>\n<p>Sans verser dans les discours apocalyptiques ni dans l\u2019illusion d\u2019un volontarisme politique subitement salvateur, les pays en d\u00e9veloppement, peuvent \u0153uvrer efficacement \u00e0 la d\u00e9carbonation n\u00e9cessaire de leur \u00e9conomie et conduire le mieux possible l\u2019action publique.<\/p>\n<p>Aucun pays ne peut lutter seul contre le r\u00e9chauffement climatique. Les \u00abfuites de carbone\u00bb associ\u00e9es \u00e0 un d\u00e9placement des activit\u00e9s polluantes vers les pays moins vertueux peuvent annuler une partie des efforts entrepris.<\/p>\n<p>La mondialisation ne s&rsquo;efface pas\u2026Elle change de forme! L&rsquo;heure est \u00e0 la coop\u00e9ration, \u00e0 la s\u00e9curisation des cha\u00eenes de production et \u00e0 la r\u00e9duction des d\u00e9pendances strat\u00e9giques. La fin de l&rsquo;\u00e8re fossile n&rsquo;ouvre pas m\u00e9caniquement la voie \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et la paix, loin de l\u00e0. Elle risque de transformer la carte des puissances, o\u00f9 le vert de la transition se m\u00eale au rouge des conflits.<\/p>\n<p>Le risque principal qui se profile avec les \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames est que la population se sente abandonn\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat face aux catastrophes, ce qui ruinerait le cr\u00e9dit qu&rsquo;on lui accorde et alimenterait le vote extr\u00eame.<\/p>\n<p>Un nouveau mode d\u2019action publique doit \u00eatre invent\u00e9 pour relancer la transition et lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s. Il fixera des objectifs prioritaires sans dicter les moyens permettant d\u2019y parvenir. Il favorisera ainsi l\u2019innovation et l\u2019exp\u00e9rimentation. Il fera confiance aux administrations, aux entreprises, aux associations, aux citoyens qui s\u2019engagent dans l\u2019action en vue d\u2019atteindre des objectifs communs.<\/p>\n<p>Au bout du compte, ce n\u2019est que par la coop\u00e9ration, la confiance et l\u2019esprit civique que nous pourrons agir efficacement. On ne mesurera plus le succ\u00e8s d\u2019un programme public de d\u00e9carbonation \u00e0 l\u2019argent d\u00e9pens\u00e9, mais au chemin parcouru entre la situation initiale (qu\u2019il faudra avoir \u00e9valu\u00e9e) et le r\u00e9sultat obtenu.<\/p>\n<p>Le manque d&rsquo;information des citoyens, explication favorite des \u00e9conomistes et des experts, ne suffit pas. Il faut regarder \u00e0 la fois l&rsquo;offre et la demande sur le march\u00e9 des id\u00e9es. Comprendre le fonctionnement des institutions: ce qu&rsquo;elles ont de protecteur, mais aussi ce qui, en elles, peut devenir facteur de paralysie. Et, entrer dans le d\u00e9tail des croyances des citoyens de leurs attentes, de leurs inqui\u00e9tudes et des r\u00e9cits \u00e0 travers lesquels, ils interpr\u00e8tent le monde.<\/p>\n<p>Si on ne s&rsquo;int\u00e9resse pas aux ressorts politiques, institutionnels et psychologiques, de l&rsquo;inaction, m\u00eame les meilleures recommandations seront condamn\u00e9es \u00e0 rester enfouis au fond d&rsquo;un tiroir.<\/p>\n<p>Victime collat\u00e9rale des affrontements entre empires, le fantasme d\u2019une transition \u00e9cologique douce et une mondialisation heureuse, o\u00f9 les march\u00e9s transcendent les \u00c9tats, n&rsquo;a plus cours. Nous ne sommes plus dans l&rsquo;optique d&rsquo;une transition ordonn\u00e9e et graduelle.<\/p>\n<p>Parmi les n\u0153uds d&rsquo;affrontement se posent deux questions principalement: <span><strong>(1)<\/strong><\/span> Comment concilier, (\u00e0 l&rsquo;heure des guerres commerciales), d\u00e9veloppement et d\u00e9carbonation d&rsquo;une part et protectionnisme climatique de l&rsquo;autre? <span><strong>(2)<\/strong><\/span> Quelle justice climatique, qui doit d\u00e9carboner, avec quels objectifs, \u00e0 quel rythme et qui doit en supporter les co\u00fbts?<\/p>\n<p><span><span><strong>L&rsquo;\u00e9conomie est d\u00e9sormais mobilis\u00e9e comme un instrument de puissance dans un contexte o\u00f9 domine la loi du plus fort<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La captation d\u2019une grande partie des capitaux disponibles par quelques multinationales am\u00e9ricaines (et chinoise) pour d\u00e9velopper l\u2019intelligence artificielle (et surtout leurs profits), prive les secteurs utiles \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de ressources financi\u00e8res pour r\u00e9ussir leur transition \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Des secousses imp\u00e9riales violentes, des guerres commerciales, sont en train de ralentir la d\u00e9carbonation et de mettre \u00e0 nu les contours d&rsquo;un nouveau monde, celui d&rsquo;une transformation d\u00e9sordonn\u00e9e et in\u00e9gale, op\u00e9r\u00e9e par des forces contradictoires, dans un monde conflictuel.<\/p>\n<p>Alors que le monde, est tr\u00e8s expos\u00e9 aux changements climatiques, Donald Trump a pouss\u00e9 les tensions \u00e0 leur paroxysme. Il a envahi l\u2019Iran dans un \u00e9lan n\u00e9o-imp\u00e9rial. Ce faisant, il a notamment provoqu\u00e9 une crise \u00e9nerg\u00e9tique mondiale en bloquant le d\u00e9troit D\u2019Ormuz et mis \u00e0 mal les efforts mondiaux pour diminuer la consommation de charbon et r\u00e9duire les subventions aux \u00e9nergies fossiles.<\/p>\n<p>Le Golfe, qui exportait plus de 20 millions de barils par jour (Mb\/j) avant la guerre, en \u00e9coule moins de 15, par les rares navires autoris\u00e9s et par les ol\u00e9oducs qui contournent le d\u00e9troit: \u00abla plus grande menace pour la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019histoire\u00bb. Fethi B\u00e9rol (AIE, 2026)<\/p>\n<p>Dans ce contexte d&rsquo;affrontement g\u00e9opolitique et g\u00e9o\u00e9conomique, nous ne savons pas toujours ce qu\u2019il faut faire, mais nous avons une conscience assez claire de ce qu\u2019il ne faut pas faire. Les enjeux de s\u00e9curit\u00e9 et de r\u00e9silience des cha\u00eenes de valeur mondialis\u00e9e sont d\u00e9sormais, au c\u0153ur des pr\u00e9occupations des \u00c9tats.<\/p>\n<p>La mobilisation financi\u00e8re de la puissance publique est absolument n\u00e9cessaire pour amorcer de nouvelles technologies ou accompagner et soutenir des processus de d\u00e9carbonation industriels co\u00fbteux. Les technologies bas carbone \u00e9taient prises en compte comme de simples commodit\u00e9s parfaitement interchangeables. Aujourd\u2019hui elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant d&rsquo;importance strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Les technologies qui organisent d\u00e9sormais la puissance \u00e9conomique, et assure un changement d\u2019\u00e9chelle pour la d\u00e9carbonation (cloud, intelligence artificielle, plateformes num\u00e9riques, logiciels, cybers\u00e9curit\u00e9, donn\u00e9es), d\u00e9pendent largement d&rsquo;acteurs am\u00e9ricains ou asiatiques. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que les pays en d\u00e9veloppent apparaissent fragiles: 1$ d&rsquo;argent public peut d\u00e9clencher entre 3$ et 5$ d&rsquo;investissements priv\u00e9s bas carbone, selon les pays et les technologies.<\/p>\n<p>Autrement dit, les cha\u00eenes de valeur, l\u2019\u00e9nergie, les infrastructures num\u00e9riques, les donn\u00e9es, les technologies critiques, la finance, ne sont plus seulement des objets \u00e9conomiques. Ils sont d\u00e9sormais, des instruments de souverainet\u00e9, de d\u00e9pendance ou de chantage.<\/p>\n<p>Dans ce nouveau contexte g\u00e9o\u00e9conomique et g\u00e9opolitique, la principale vuln\u00e9rabilit\u00e9 des pays en d\u00e9veloppement face \u00e0 la domination \u00e9crasante des Etats-Unis et de la Chine, se situe dans le domaine des technologies de pointe. Cela ne signifie pas que les autres enjeux soient secondaires.<\/p>\n<p>Sans ma\u00eetrise suffisante des technologies critiques, les pays en d\u00e9veloppent auront du mal \u00e0 s\u2019adapter au changement climatique, d\u00e9carboner leur \u00e9conomie, financer leur mod\u00e8le social, prot\u00e9ger leurs citoyens et r\u00e9sister aux pressions des superpuissances. L\u2019innovation de rupture implique une prise de risque importante avec un taux d\u2019\u00e9chec consid\u00e9rable. L&rsquo;objectif de (r\u00e9)industrialisation peut atteindre rapidement ses limites lorsqu&rsquo;il est poursuivi de mani\u00e8re indistincte.<\/p>\n<p>Dans un monde en guerre, les pays en d\u00e9veloppement doivent faire des choix qui correspondent \u00e0 leur priorit\u00e9: engager une bataille industrielle dans tous les domaines (num\u00e9rique, des panneaux solaires ou des batteries pour v\u00e9hicules \u00e9lectriques, etc.) ou importer ces technologies pour acc\u00e9l\u00e9rer leur transition \u00e9nerg\u00e9tique sans pour autant accentuer leur vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e heurte souvent les sensibilit\u00e9s nationales, mais l&rsquo;objectif premier devrait rester la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique. L\u2019expression de \u201cd\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique\u201d, qui fait flor\u00e8s d\u00e8s que le prix du baril augmente, est trompeuse. Ce terme caract\u00e9rise une situation objective, quantifiable, effectivement p\u00e9nible mais dont on peut techniquement sortir.<\/p>\n<p>Pour Octave Larmagnac-Matheron, la \u201cservitude p\u00e9troli\u00e8re et technologique\u201d, c\u2019est autre chose : une forme d\u2019ali\u00e9nation, une soumission \u00e0 un tiers, un carcan qui configure notre monde et nous ronge l\u2019esprit. M\u00eame si nous m\u00e9fions des mots excessifs, nous reconnaissons leur capacit\u00e9 \u00e0 nous faire parfois prendre conscience de certaines r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p>Changer de vocabulaire, ne suffit \u00e9videmment pas \u00e0 nous d\u00e9sali\u00e9ner: des paroles aux actes, la route de la d\u00e9carbonation est souvent longue.<\/p>\n<p><span><span><strong>Sans ambition politique \u00e0 la hauteur des enjeux, la transition, n\u2019est qu\u2019un \u00abempilement n\u00e9o-bureaucratique\u00bb, diluant les moyens et confortant l\u2019impuissance de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La crise climatique invite \u00e0 un changement du cadre de l\u2019action publique. Elle nous oblige \u00e0 repenser la mani\u00e8re dont les d\u00e9cisions sont prises, et les politiques publiques sont fabriqu\u00e9es.<\/p>\n<p>La transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique demande une r\u00e9organisation de la production et de la consommation. La plus compliqu\u00e9e pour l\u2019action publique, semble \u00eatre la mise en place de la sobri\u00e9t\u00e9, qui n\u00e9cessite de passer d\u2019une addiction \u00e0 la consommation individuelle vers des besoins essentiels dont la satisfaction est socialis\u00e9e.<\/p>\n<p>La d\u00e9carbonation en tant que transformation profonde de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9, n\u00e9cessite une organisation collective, que seul l\u2019\u00c9tat peut orchestrer : le march\u00e9 et l\u2019\u00c9tat, l\u2019offre et la demande, les entreprises et les acteurs publics, les collectivit\u00e9s locales et la communaut\u00e9 internationale, tous doivent \u00eatre mis au pas des priorit\u00e9s environnementales.<\/p>\n<p>Dans le monde n\u00e9olib\u00e9ral, les \u00c9tats semblent inaptes \u00e0 piloter le long-terme et mettre en coh\u00e9rence et articuler les diff\u00e9rentes politiques sectorielles. En cause, l\u2019influence des int\u00e9r\u00eats de court-terme et des lobbys industriels d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et l\u2019obsession pour la rentabilit\u00e9 et les arbitrages budg\u00e9taires de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Tant que nous continuerons \u00e0 \u00e9mettre du carbone, le changement climatique continuera \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer en rench\u00e9rissant l\u2019urgence et l\u2019ampleur de la planification, la rendant par moment obsol\u00e8te. Cette caract\u00e9ristique demande \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accepter la pr\u00e9caution, le doute scientifique, les t\u00e2tonnements, le retour en arri\u00e8re\u2026 et donc davantage de moyens financiers pour accepter de r\u00e9adapter ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 adapt\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la transition doit s\u2019accompagner de transformations de mode de production, de consommation, de transport, d\u2019imaginaire, de structures sociales, qui bien souvent vont accoucher de pertes: perte d\u2019emploi \u00abbrun\u00bb, perte de logement et d\u00e9m\u00e9nagement de zones \u00e0 risque climatique, perte de consommation priv\u00e9e au profit de consommation publique, perte de revenu, perte d\u2019usages et d\u2019habitudes (loisirs, alimentation, etc.).<\/p>\n<p>Or, l\u2019\u00c9tat a davantage eu l\u2019habitude de partager des gains que de partager des pertes, et ce changement de paradigme est le principal mur sur lequel bute la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique. Une des t\u00e2ches d\u2019un appareil planificateur est d\u2019organiser les moyens financiers pour atteindre les objectifs.<\/p>\n<p>Dans le cas de la transition \u00e9cologique, ces moyens de d\u00e9carbonation sont difficiles, \u00e0 partager entre investissements priv\u00e9s et d\u00e9penses publiques. Le financement de ces investissements passe par une coordination de l\u2019ensemble des acteurs \u00e9conomiques. Il implique dans le contexte actuel, forc\u00e9ment une augmentation g\u00e9n\u00e9rale des capacit\u00e9s de financement existantes via la dette et le cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat planificateur \u00e9largirait alors ses pr\u00e9rogatives financi\u00e8res, budg\u00e9taires et mon\u00e9taires: en r\u00e9orientant des financements d\u00e9j\u00e0 existants, ou en trouvant de nouvelles capacit\u00e9s de financement. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00c9tat se cantonne souvent, \u00e0 un r\u00f4le de \u00abcompensateur\u00bb, en intervenant pour permettre au secteur priv\u00e9 de prendre en charge les investissements, peu rentables sans cela.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat doit donc syst\u00e9matiquement encaisser les pertes de la transition \u00e9cologique, tandis que les b\u00e9n\u00e9fices profitent au secteur priv\u00e9: une r\u00e9assurance publique \u00e0 la plupart des risques climatiques. Ce \u00abderisking\u00bb, tr\u00e8s co\u00fbteux pour l\u2019\u00c9tat, est tenu pour \u00e9vident mais n\u2019a pourtant rien d\u2019anodin.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat \u00e9cologique pourrait rev\u00eatir encore davantage de formes afin d\u2019atteindre les capacit\u00e9s de financement n\u00e9cessaires \u00e0 sa transformation. Il pourrait \u00eatre un \u00c9tat tr\u00e9sorier, en finan\u00e7ant seul les d\u00e9penses et les investissements de la transition via l\u2019imp\u00f4t ou la dette \u00e0 tr\u00e8s long terme, comme il a su le faire pour les grandes transformations pass\u00e9es.<\/p>\n<p>Il pourrait \u00eatre aussi un \u00c9tat architecte, en coordonnant les banques publiques d\u2019investissement pour qu\u2019elles mobilisent l\u2019\u00e9pargne et l\u2019orientent vers des projets de transition. L\u2019\u00c9tat peut \u00e9galement \u00eatre co-investisseur, directement aux c\u00f4t\u00e9s des capitaux priv\u00e9s, qu\u2019il attire tout en b\u00e9n\u00e9ficiant des investissements rentables.<\/p>\n<p>Cela peut prendre la forme de prises de participations publiques dans les entreprises strat\u00e9giques, comme les compagnies \u00e9lectriques ou p\u00e9troli\u00e8res, pour investir \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s dans les \u00e9nergies renouvelables, ou de pr\u00eats et lignes de cr\u00e9dit publics comme ceux mis en place aux \u00c9tats-Unis au sein de l\u2019Inflation Reduction Act.<\/p>\n<p>Enfin, l\u2019\u00c9tat \u00e9cologique pourrait \u00eatre r\u00e9gulateur, en jouant un r\u00f4le central dans la r\u00e9glementation, l\u2019incitation ou l\u2019orientation des financements priv\u00e9s. Cet \u00c9tat r\u00e9gulateur et pleinement planificateur peut par exemple obliger les \u00e9tablissements bancaires \u00e0 verdir les produits d\u2019\u00e9pargne, mettre en place un emprunt \u00e9cologique forc\u00e9, interdire certaines productions, ou r\u00e9duire les contraintes de capital qui p\u00e8sent sur les banques commerciales pour les actifs verts.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tendue du financement de la transition demande de revoir le pouvoir de n\u00e9gociation du minist\u00e8re en charge de la Transition \u00e9cologique \u00e9nerg\u00e9tique lors des arbitrages interminist\u00e9rielles. Le minist\u00e8re des Finances, notamment, y tient souvent une place pr\u00e9pond\u00e9rante, pr\u00e9f\u00e9rant les arbitrages budg\u00e9taires de court terme aux investissements, forc\u00e9ment co\u00fbteux, de long terme. Mais cette pr\u00e9pond\u00e9rance dans les arbitrages n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 de mise.<\/p>\n<p>Sans ambition politique \u00e0 la hauteur des enjeux, la planification \u00e9cologique n\u2019est qu\u2019un \u00abempilement n\u00e9o-bureaucratique\u00bb, diluant les moyens et confortant l\u2019impuissance de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><span><span><strong>Nous n&rsquo;avons plus le temps pour \u00abun simulacre de transition\u00bb en multipliant les effets d&rsquo;annonce verte, pour finalement toujours arbitrer dans les faits en faveur du business as usuel et des int\u00e9r\u00eats \u00e9tablis<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La canicule de cet \u00e9t\u00e9, a-t-elle chang\u00e9 nos pratique politique? D\u00e9sormais, les quelques dixi\u00e8mes de degr\u00e9 moyens suppl\u00e9mentaires de cet \u00e9t\u00e9 ouvrent dangereusement le champ des possibles climatiques et boostent les chaleurs extr\u00eames. Plus le r\u00e9chauffement s&rsquo;intensifie, plus les canicules deviennent fr\u00e9quentes, longues, intenses et pr\u00e9coces.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re climatique, le probl\u00e8me, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 un d\u00e9faut de connaissances. Le v\u00e9ritable \u00e9cueil est que collectivement, nous peinons \u00e0 int\u00e9grer la r\u00e9alit\u00e9 de la catastrophe climatique. Pendant ce temps, le capitalisme pyromane et les \u00ab\u00e9lites du capital\u00bb continuent \u00e0 organiser m\u00e9thodiquement la pollution du monde.<\/p>\n<p>Au niveau mondial, les banques ont encore inject\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re 500 milliards de dollars dans l&rsquo;expansion des industries fossiles, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans de nouvelles plateformes de forage, de nouveaux pipelines, de nouveaux terminaux m\u00e9thaniers.<\/p>\n<p>Les courbes et les chiffres abstraits du Giec (Groupe international d\u2019experts du climat), s\u2019\u00e9prouvent d\u00e9sormais dans nos corps, dans nos nuits sans sommeil. Combien de vies bris\u00e9es? D&rsquo;entreprises qui ne se rel\u00e8veront pas? Sans oublier les \u00e9cosyst\u00e8mes, terrestres et marins, qui stockent le carbone que nous produisons.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il ne faut pas escompter que les \u00e9preuves caniculaires de cet \u00e9t\u00e9 \u00e9branlent les convictions d&rsquo;un monde politique en majorit\u00e9 arrim\u00e9 \u00e0 ses dogmes n\u00e9olib\u00e9raux et productivistes.<\/p>\n<p>Mais avec le souffle encore chaud de cet ann\u00e9e record, les actions pour la d\u00e9carbonation tentent de rena\u00eetre. Il devient urgent de peser de tout notre poids pour \u00abclimatiser la politique\u00bb, non pas la rafra\u00eechir, mais y imposer l&rsquo;enjeu existentiel de la bifurcation \u00e9cologique.<br \/>Nous n&rsquo;avons plus le temps pour \u00abun simulacre de transition\u00bb en multipliant les effets d&rsquo;annonce verte, pour finalement toujours arbitrer dans les faits en faveur du business as usuel et des int\u00e9r\u00eats \u00e9tablis.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes de type onusiens dans les (COP) ou le \u00abPacte Euro-m\u00e9diterran\u00e9en\u00bb ne touchant pas au noyau dur de la transformation (la justice climatique, les structures productives, les rentes et les d\u00e9pendances g\u00e9opolitiques), risquent de rater leur cible.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 2026, comme d\u00e9j\u00e0 celui de 2022, nous rappelle qu&rsquo;on n&rsquo;a pas juste affaire \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes isol\u00e9s et ponctuels connus (que l&rsquo;on appelait autrefois \u00abcatastrophes naturelles\u00bb), mais \u00e0 une faillite syst\u00e9mique. Certaines promesses faites dans le cadre de la \u00ab\u00a0transition juste\u00a0\u00bb seront difficiles \u00e0 tenir.<\/p>\n<p>Nous avons parfois laiss\u00e9 penser que, si les riches paient et que les moins fortun\u00e9s sont aid\u00e9s, la transition se fera sans souffrance et la justice sera r\u00e9tablie. Cet effort doit \u00eatre poursuivi, mais les pertes sont in\u00e9vitables, et certaines sont irr\u00e9parables. Les promesses politiques id\u00e9alistes se heurtent au tragique de la situation, avec lequel il faut d\u00e9sormais composer.<\/p>\n<p>Le climat politique actuel, ouvertement hostile aux r\u00e9gulations \u00e9conomiques, s\u2019appuie sur une rh\u00e9torique bien rod\u00e9e: la sauvegarde de la comp\u00e9titivit\u00e9 face \u00e0 la concurrence internationale, dans un contexte de ralentissement de la croissance, sont aggrav\u00e9 par les effets d\u00e9sormais visibles de la crise climatique.<\/p>\n<p>Un \u00abclimatoscepticisme renouvel\u00e9\u00bb a gagn\u00e9 en audibilit\u00e9 en d\u00e9pla\u00e7ant son objet. Le backlash environnemental ne constitue plus une simple r\u00e9action \u00e0 des normes per\u00e7ues comme trop coercitives. Il ne conteste plus directement la r\u00e9alit\u00e9 ou les origines du r\u00e9chauffement, il cible la l\u00e9gitimit\u00e9 des solutions et conteste la n\u00e9cessit\u00e9 de sacrifier (ou m\u00eame de r\u00e9duire) les profits pour att\u00e9nuer la catastrophe.<\/p>\n<p>En somme, cette posture repose sur une pr\u00e9misse tacite: la plan\u00e8te ne m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e que si le syst\u00e8me capitalistique demeure intact. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison pour laquelle elle s\u2019attaque aux dispositifs de vigilance encadrant l\u2019accumulation du capital des grands groupes industriels.<br \/>D\u00e8s que la transition \u00e9cologique prend un peu d&rsquo;espace, elle g\u00e9n\u00e8re des paniques morales chez certaines \u00e9lites. Elle est combattue par des acteurs dont le mod\u00e8le id\u00e9ologique est celui de la croissance et par des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques qui mettent en place des contre-feux.<\/p>\n<p>L&rsquo;extr\u00eame droite n&rsquo;est pas la seule \u00e0 porter l&rsquo;id\u00e9e que la transition l&rsquo;\u00e9cologique se fait contre le peuple. Des intellectuels critiques, ancr\u00e9s \u00e0 gauche, font le constat du caract\u00e8re in\u00e9galitaire de nombreuses politiques men\u00e9es au nom de la transition \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Dans un contexte de post-v\u00e9rit\u00e9 et de populisme, la survenue de catastrophes environnementales ne suffit pas \u00e0 rallier automatiquement la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un projet de d\u00e9mocratie \u00e9cologique. Un travail politique est n\u00e9cessaire pour que ces d\u00e9sastres d\u00e9bouchent sur une volont\u00e9 de m\u00e9tamorphose \u00e9cologique et sociale de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les gens sont pr\u00eats \u00e0 \u00e9voluer s&rsquo;ils ont le sentiment que l&rsquo;\u00c9tat les prot\u00e8ge et que les riches sont mis \u00e0 contribution: une transition juste en plus de la sortie des fossiles, le transfert des technologies ainsi que le maintien \u00ab d&rsquo;un niveau de finance climat internationale et d&rsquo;aide publique au d\u00e9veloppement \u00bb \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis.<\/p>\n<p><span><span><strong>On ne conteste plus ouvertement la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9chauffement, mais on attaque le co\u00fbt, la contrainte et la proportionnalit\u00e9 des politiques publiques cens\u00e9es le combattre<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Si le climatoscepticisme frontal a quasiment disparu des ar\u00e8nes institutionnelles europ\u00e9ennes, \u00e0 l\u2019inverse de sa r\u00e9surgence marqu\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, la sc\u00e8ne bruxelloise voit d\u00e9sormais appara\u00eetre un \u00abclimatoscepticisme renouvel\u00e9\u00bb. On observe en Europe (et dans le Monde) de plus en plus une convergence entre les \u00e9lites \u00e9conomiques du capitalisme, les id\u00e9ologues ultra-lib\u00e9raux et l&rsquo;extr\u00eame droite autour de strat\u00e9gies pour faire reculer les r\u00e9gulations environnementales.<\/p>\n<p>L&rsquo;anti-\u00e9cologisme est devenu un des ciments de l&rsquo;union des droites extr\u00eames. Dans un contexte de crises multiples du capitalisme, de post-v\u00e9rit\u00e9 et de populisme, la survenue de catastrophes environnementales ne suffit plus \u00e0 rallier automatiquement la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un projet de d\u00e9mocratie \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Le d\u00e9mant\u00e8lement des politiques de finance durable r\u00e9v\u00e8le que le backlash n\u2019est pas une simple r\u00e9action \u00e9pidermique \u00e0 la r\u00e9glementation environnementale, mais t\u00e9moigne d\u2019une offensive men\u00e9e par les fractions industrielles et financi\u00e8res traditionnelles dans un contexte de crises multiples du capitalisme.<\/p>\n<p>En Europe, le d\u00e9mant\u00e8lement du \u00abPacte vert\u00bb, donne \u00e0 voir un affrontement entre, d\u2019une part, une fraction dite du \u00abcapitalisme vert\u00bb, dont le mod\u00e8le de croissance et de profitabilit\u00e9 s\u2019appuie sur les march\u00e9s de l\u2019adaptation climatique, et, d\u2019autre part, un \u00abcapitalisme fossile\u00bb, dont la rentabilit\u00e9 reste index\u00e9e sur l\u2019exploitation des ressources naturelles et pour qui le fl\u00e9chage des capitaux selon des m\u00e9triques environnementales constitue une menace directe sur sa valeur boursi\u00e8re et ses dividendes.<\/p>\n<p>Hier c\u00e9l\u00e9br\u00e9es comme des leviers rationnels de la transition, les r\u00e9gulations phares de la finance durable \u2013 \u00e0 l\u2019instar de la directive sur le reporting de durabilit\u00e9 (CSRD) ou du devoir de vigilance (CSDDD) \u2013 sont d\u00e9sormais accus\u00e9es de constituer un insoutenable \u00abfardeau r\u00e9glementaire\u00bb qu\u2019il conviendrait d\u2019all\u00e9ger en urgence pour pr\u00e9server la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour Daniel Coronel Crespo, ce basculement ne s\u2019est pas impos\u00e9 de lui-m\u00eame: il a exig\u00e9 de puissants brise-glaces id\u00e9ologiques. La publication des rapports de Enrico Letta et Mario Draghi a fourni la justification chiffr\u00e9e, intellectuelle et bureaucratique de ce tournant d\u00e9r\u00e9gulateur.<\/p>\n<p>La reprise en boucle d\u2019un co\u00fbt de mise en conformit\u00e9 de la CSRD estim\u00e9 \u00e0 20 milliards d\u2019euros pour les entreprises europ\u00e9ennes \u2013 chiffre pourtant largement surinterpr\u00e9t\u00e9 \u2013 est devenue le marqueur symbolique de cette offensive.<\/p>\n<p>Cette grille de lecture technocratique a rapidement trouv\u00e9 un \u00e9cho politique au sein du bloc central europ\u00e9en. Ce glissement s\u2019est traduit par une rupture majeure: la droite classique (Groupe du Parti populaire europ\u00e9en, PPE) a fait sauter le cordon sanitaire en int\u00e9grant la d\u00e9nonciation populiste d\u2019une \u00ab\u00e9cologie punitive\u00bb, autrefois confin\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Au nom du sauvetage de la comp\u00e9titivit\u00e9, les mod\u00e9r\u00e9s europ\u00e9ens ont pris le risque historique de normaliser des positions autrefois consid\u00e9r\u00e9es comme marginales pour s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage du Pacte vert. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019infusion de ce r\u00e9cit populiste au sein du centre droit qui a rendu \u00e9lectoralement imp\u00e9ratif et politiquement l\u00e9gitime le mot d\u2019ordre du \u00abfardeau r\u00e9glementaire\u00bb.<\/p>\n<p>La radicalisation du discours d\u00e9 r\u00e9gulateur n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur le \u00abPacte pour la M\u00e9diterran\u00e9e\u00bb, qui a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour restructurer les relations entre l\u2019Union Europ\u00e9enne et ses voisins de la rive Sud afin de r\u00e9pondre \u00e0 une crise multidimensionnelle dans la r\u00e9gion (s\u00e9curit\u00e9, climatique, \u00e9conomique et migratoire. Sa reconfiguration suscite de vives critiques.<\/p>\n<p><span><span><strong>Deux fa\u00e7ons de voir les choses, les relativement optimistes et les radicalement pessimistes: faire du mieux avec du moins<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les relativement optimistes pensent que l\u2019humanit\u00e9 traverse une phase de chaos, tragique et effrayant, mais que \u00e7a lui est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 dans son histoire et que justement, elle le traversera. Les radicalement pessimistes pensent qu\u2019un tel chaos, \u00e7a n\u2019est jamais arriv\u00e9 et que la situation actuelle n\u2019est pas une phase plut\u00f4t la fin d\u2019un mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le drame en ce moment, c&rsquo;est que la crise \u00e9cologique survient en m\u00eame temps qu&rsquo;une r\u00e9volution ultra-lib\u00e9rale conduite par les plus riches de la plan\u00e8te. Alors que le monde multipolaire reste tr\u00e8s carbon\u00e9, et que le pic des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre n\u2019est pas encore atteint, la r\u00e9gulation du carbone et l\u2019industrie du num\u00e9rique sont un enjeu de rivalit\u00e9 entre puissances \u00e9tatiques, entreprises, ONG et individus.<\/p>\n<p>La d\u00e9carbonation demande du temps, mais le champ du d\u00e9bat d\u00e9mocratique ne cesse d\u2019\u00eatre r\u00e9duit. L&rsquo;enjeu central de la neutralit\u00e9 carbone est, de comprendre comment am\u00e9liorer durablement le bien-\u00eatre humain sans d\u00e9pendre de la croissance, alors m\u00eame que les limites plan\u00e9taires sont d\u00e9j\u00e0 largement d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;issue de la comp\u00e9tition syst\u00e9mique entre empires et le reste du monde va d\u00e9pendre de notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer la doxa n\u00e9olib\u00e9rale, lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s et d\u00e9velopper les moyens d&rsquo;action n\u00e9cessaires pour aligner l&rsquo;\u00e9conomie sur les imp\u00e9ratifs \u00e9cologiques: faire du mieux avec du moins.<\/p>\n<p>Si nous ne voulons pas entrer dans une crise que nous ne maitriserons plus du tout, il nous faut d\u00e9croitre, \u00e9conomiser les ressources, s\u2019adapter collectivement, pr\u00e9server les r\u00e8gles multilat\u00e9rales dans la gestion des conflits, g\u00e9rer les rapports de n\u00e9gociation entre les blocs et assurer la stabilit\u00e9 \u00e9conomique comme un bien commun mondial.<\/p>\n<p>En quelques d\u00e9cennies, la d\u00e9croissance et la post-croissance sont pass\u00e9es d&rsquo;une critique p\u00e9riph\u00e9rique du mod\u00e8le \u00e9conomique dominant \u00e0 un domaine de recherche structur\u00e9, aujourd&rsquo;hui mobilis\u00e9 par des institutions telles que le Giec, l&rsquo;OCDE ou la Commission Europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Les travaux des \u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes comme ceux de Serge Latouche, Timoth\u00e9e Parrique, Renet Passet, ceux des philosophes Bruno Latour, Pierre Charbonnier ou des sociologues Edgar Morin, Dominique Meda, nous offrent des rep\u00e8res solides pour repenser les finalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9conomie et envisager autrement l&rsquo;avenir des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne.<\/p>\n<p>La croissance \u00e9conomique n&rsquo;est ni une condition n\u00e9cessaire du progr\u00e8s social ni une garantie de prosp\u00e9rit\u00e9 future. Pour Timoth\u00e9e Parrique, la d\u00e9croissance propose une matrice d\u2019alternatives pour ouvrir les possibles face au \u00ab\u00a0rouleau compresseur de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomisme triomphant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Son acte fondateur repose, sur la critique du d\u00e9veloppement et fait la synth\u00e8se de deux courants: le courant critique de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et le courant critique de l\u2019\u00e9cologie politique, pour penser le bien-\u00eatre humain dans un monde aux ressources finies.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cits de la d\u00e9croissance et de la post croissance contestent, plus radicalement qu\u2019aucun autre r\u00e9cit, le postulat implicite qui sous-tend l\u2019analyse \u00e9conomique standard, \u00e0 savoir l\u2019association entre croissance \u00e9conomique et accroissement du bien-\u00eatre social.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits soutiennent qu\u2019une \u00e9conomie inscrite dans une biosph\u00e8re finie ne peut ind\u00e9finiment cro\u00eetre sans consommer de mani\u00e8re irr\u00e9versible le stock de ressources dont elle d\u00e9pend: irr\u00e9ductibilit\u00e9 du bien-\u00eatre social \u00e0 la croissance \u00e9conomique et impossibilit\u00e9 d\u2019une croissance infinie dans un monde fini.<\/p>\n<p>Dans la pens\u00e9e de la post croissance, le recul de la production et de la consommation n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre uniforme. Dans ce cas, il importe d\u2019avoir une croissance dans les domaines \u00e0 forts potentiels social et \u00e9cologique, et de d\u00e9cro\u00eetre dans ceux qui ont un impact environnemental n\u00e9gatif, ce qui se traduit par une sobri\u00e9t\u00e9 s\u00e9lective et non int\u00e9grale.<\/p>\n<p>Face aux effets n\u00e9cessairement r\u00e9cessifs de la d\u00e9croissance, comment financer une transition \u00ab juste \u00bb mise au service de tous, et en particulier des b\u00e9n\u00e9ficiaires les plus pr\u00e9caires, sans sacrifier l\u2019exigence de r\u00e9duction de la consommation et de la production qui est au c\u0153ur-m\u00eame de la d\u00e9croissance ? Personne n\u2019est capable de dire comment nous financerons les services publics de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, ou les r\u00e9gimes de retraite dans une \u00e9conomie d\u00e9croissante.<\/p>\n<p>La d\u00e9croissance souffre d\u2019un angle mort qui consiste \u00e0 ne pas appr\u00e9hender les cons\u00e9quences r\u00e9cessives de la contraction de la demande sur le syst\u00e8me bio\u00e9conomique lui-m\u00eame, et sur les difficult\u00e9s de financement de la transition qui s\u2019ensuivent.<\/p>\n<p>Pour Pierre Charbonnier, le r\u00e9cit d\u00e9croissant peine \u00e0 s\u2019imposer parce qu\u2019il impose un co\u00fbt cognitif que les autres r\u00e9cits n\u2019imposent pas, en demandant de renverser une intuition profond\u00e9ment ancr\u00e9e (\u00abplus\u00bb n\u2019est pas n\u00e9cessairement \u00abmieux\u00bb). Pire encore, ce r\u00e9cit d\u00e9croissant, peut du fait de sa structure narrative paradoxale, qui pose l\u2019\u00e9quivalence du \u00abmoins\u00bb et du \u00abmieux\u00bb, appara\u00eetre au plus grand nombre comme un repoussoir.<\/p>\n<p>La croissance, qui apparaitrait pour le plus grand nombre comme un processus intrins\u00e8quement positif, est redessin\u00e9e sous les contours d\u2019une pathologie \u00e9conomique, culturelle, sociale et\/ou politique. La d\u00e9croissance, au contraire, est revaloris\u00e9e comme le seul rem\u00e8de possible \u00e0 cette pathologie.<\/p>\n<p>Le courant de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e9cologique (Ecological economics) a remat\u00e9rialis\u00e9 la pens\u00e9e \u00e9conomique, pour rompre avec une vision d\u00e9sincarn\u00e9e de la croissance, de l&rsquo;innovation ou de la comp\u00e9titivit\u00e9. Pour Jean Baptisse Frssoz, la prosp\u00e9rit\u00e9 des \u00abTrente Glorieuses\u00bb est aux deux tiers le r\u00e9sultat d&rsquo;un afflux consid\u00e9rable de p\u00e9trole dans l&rsquo;\u00e9conomie, qui a permis de lib\u00e9rer de la main-d&rsquo;\u0153uvre dans de nombreux secteurs pour la redistribuer ailleurs. (Sans transition, Ed Seuil 2024).<\/p>\n<p>Sans un p\u00e9trole bon march\u00e9 et des ressources tir\u00e9es de l&rsquo;\u00e9change in\u00e9gal avec le reste du monde, la croissance \u00e9lev\u00e9e de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre n&rsquo;aurait pas pu avoir lieu. Christophe Bonneuil dans son livre \u00abLes natures du productivisme\u00bb cosign\u00e9 avec Renaud B\u00e9cot et Gabrielle Bouieau et r\u00e9compens\u00e9 par le prix du livre d\u2019\u00e9cologie politique 2026, montre que cette situation a perdur\u00e9 apr\u00e8s les d\u00e9colonisations.<\/p>\n<p>Cette \u00abp\u00e9trolisation\u00bb a eu des effets sociaux, politiques et culturels tr\u00e8s nets dans les ann\u00e9es 1960. Apr\u00e8s le premier Choc p\u00e9trolier, le r\u00e9gime fordiste des \u00abTrente Glorieuses\u00bb, le productivisme a mut\u00e9. Il a laiss\u00e9 peu \u00e0 peu place \u00e0 un r\u00e9gime n\u00e9olib\u00e9ral financiaris\u00e9 (1973-2010) qui d\u00e9localise ou \u00aboffshorise\u00bb son empreinte environnementale vers le reste du monde.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il aujourd&rsquo;hui? Ce que la recherche constate, c&rsquo;est que depuis 2009 l&#8217;empreinte mat\u00e9rielle est en d\u00e9croissance nette. Une d\u00e9croissance subie est impos\u00e9e \u00e0 tout le monde et en particulier aux plus pauvres. Cette p\u00e9riode de contraction ne s&rsquo;\u00e9tait pas produite depuis les ann\u00e9es 1930. Elle explique en partie les situations de crise, de frustration et de ralliement populiste \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Sur un plan plus symbolique, elle est le signe que l\u2019Europe n&rsquo;est plus une grande puissance. La France, l\u2019Allemagne, la Belgique, n&rsquo;ont plus acc\u00e8s aux ressources et mat\u00e9riaux strat\u00e9giques aussi facilement qu&rsquo;avant.<\/p>\n<p>Ce constat pose des questions g\u00e9opolitiques importantes sur le palace de l\u2019Europe dans la mondialisation vue de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Va-t-on continuer d&rsquo;alimenter un discours, teint\u00e9 de nostalgie coloniale, selon lequel l\u2019Europe doit \u00eatre une grande puissance. Au risque de justifier des violences imp\u00e9riales du type de celles de Trump?<\/p>\n<p>Ou bien assumer (collectivement) le fait que l\u2019Europe est d\u00e9sormais, une petite puissance, certes, mais qui peut \u00eatre heureuse et exemplaire, en partageant de fa\u00e7on juste les ressources et les richesses avec ses voisins m\u00e9diterran\u00e9ens et africains.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas de vouloir, mais de pouvoir: d\u00e9carboner les \u00e9nergies, taxer et redistribuer la richesse, basculer vers une sobri\u00e9t\u00e9 cibl\u00e9e\u00a0\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les progr\u00e8s technologiques continus de nos soci\u00e9t\u00e9s, il existe des limites fortes \u00e0 l&rsquo;adaptation, quasi infranchissables dans le temps qui nous est imparti. Le discours politique ne sera que gesticulations et v\u0153ux pieux tant que la sortie des \u00e9nergies fossiles ne sera pas la matrice d&rsquo;un projet de soci\u00e9t\u00e9.<br \/>Aucune surprise pour les scientifiques : En fin de si\u00e8cle, si les politiques climatiques actuelles sont, sans ambition suppl\u00e9mentaire, l\u2019\u00e9t\u00e9 2026 deviendra la norme dans la r\u00e9gion M\u00e9diterran\u00e9enne. Il sera alors illusoire d&rsquo;imaginer de s&rsquo;adapter \u00e0 un tel niveau de r\u00e9chauffement. (Christophe Cassou)<\/p>\n<p>Toutes les enqu\u00eates montrent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de \u00abbacklash\u00bb dans l&rsquo;opinion publique, qui sait parfaitement l&rsquo;impasse dans laquelle nous nous engageons. Le d\u00e9ni existe en revanche chez les d\u00e9cideurs politiques et \u00e9conomiques: d\u00e9ni de gravit\u00e9 des impacts du changement climatique, d\u00e9ni de vuln\u00e9rabilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s, d\u00e9ni de responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;action comme l&rsquo;inaction climatique sont le r\u00e9sultat de choix pass\u00e9s et pr\u00e9sents, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;arbitrages financiers, l\u00e9gislatifs, de strat\u00e9gies d&rsquo;entreprise, de l&rsquo;allocation des ressources humaines ou de l&rsquo;am\u00e9nagement du territoire. Ce sont ces d\u00e9cisions qui rendent possible, ou au contraire verrouillent l&rsquo;action individuelle.<\/p>\n<p>L\u2019obstruction climatique est organis\u00e9e par ceux qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir le plus longtemps possible le statu quo: les industries gazo-p\u00e9troli\u00e8res, les acteurs industriels et agricoles d\u00e9pendant des fossiles, les coalitions partisanes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de mensonges, destin\u00e9s \u00e0 cultiver le doute, il n&rsquo;est plus possible aujourd&rsquo;hui de nier la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9chauffement ainsi que les responsabilit\u00e9s \u00e9tablies et diff\u00e9renci\u00e9es. Beaucoup s&rsquo;engouffrent dans le rassurisme en promouvant une adaptation qui ne tient compte ni de la marche climatique \u00e0 franchir, ni de l&rsquo;impact du r\u00e9chauffement sur les ressources naturelles, sociales, financi\u00e8res des pays.<\/p>\n<p>Mais comme le rassurisme ne convainc plus grand monde, il est d\u00e9sormais accompagn\u00e9 d\u2019une petite musique d\u00e9magogique de l&rsquo;impuissance. Plus ces arguments en faveur du statu quo sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, (souvent des mensonges avec en caisse de r\u00e9sonance les r\u00e9seaux sociaux, une certaine presse et certaines chaines de d\u00e9sinformation en continu), plus le sentiment d&rsquo;impuissance cro\u00eet.<\/p>\n<p>Nous sommes tr\u00e8s inquiets de voire d\u00e9sarm\u00e9s face \u00e0 ces dynamiques d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Parce qu&rsquo;\u00e0 la fin, ce n&rsquo;est pas la transition vers la neutralit\u00e9 carbone qui est punitive. C&rsquo;est l&rsquo;inaction.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance aux fossiles plombe le pouvoir d&rsquo;achat des m\u00e9nages et le budget des collectivit\u00e9s et des entreprises. Plus on est pauvre, socialement fragile, \u00e9conomiquement pr\u00e9caire, moins on pollue mais plus on subit les effets du r\u00e9chauffement ; plus les co\u00fbts de la transition sont exorbitants et moins on profite de ses b\u00e9n\u00e9fices, pourtant nombreux, en mati\u00e8re de sant\u00e9, d&rsquo;alimentation, de logement, d&#8217;emploi ou de qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<p>Le chantier de la d\u00e9carbonation de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale est colossal. Il faudrait des investissements climatiques \u00abde l&rsquo;ordre de 3 \u00e0 4% du PIB mondial par an au cours des trois prochaines d\u00e9cennies\u00bb afin de ramener la \u00abpart des combustibles fossiles \u00e0 moins de 20% de la demande \u00e9nerg\u00e9tique mondiale d&rsquo;ici 2050 et \u00e0 z\u00e9ro avant la fin du si\u00e8cle\u00bb, estime le rapport Justice mondiale.<\/p>\n<p>Un monde neutre en carbone, suppose des strat\u00e9gies d&rsquo;investissements \u00e9nerg\u00e9tiques, agricoles, industrielles ambitieuses, des choix de r\u00e9orientation budg\u00e9taire, une redistribution claire, \u00e9thique et juste des efforts et des b\u00e9n\u00e9fices. Le tout d\u00e9cid\u00e9 d\u00e9mocratiquement, de mani\u00e8re collective et en transparence, et en respectant les pays du Sud dont on pille aujourd&rsquo;hui les ressources.<\/p>\n<p>Dans un rapport intitul\u00e9 \u00abJustice mondiale\u00bb, un collectif d&rsquo;\u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes, r\u00e9unis autour de Thomas Piketty, d\u00e9taillent une feuille de route ambitieuse pour maintenir le r\u00e9chauffement sous 2\u00b0C \u00e0 l&rsquo;horizon 2100 et respecter les limites plan\u00e9taires, tout en r\u00e9duisant drastiquement les in\u00e9galit\u00e9s mondiales.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;objectif, d&rsquo;ici \u00e0 2100, que \u00able revenu national [moyen] par habitant converge \u00e0 5000 euros par mois pour tous les pays, supprimant ainsi l&rsquo;\u00e9cart de 1 \u00e0 16 dans l&rsquo;\u00e9chelle des revenus qui existe \u00e0 l&rsquo;heure actuelle. La part du patrimoine mondial des 50% de ceux qui poss\u00e8dent le moins augmente pour passer de 2% \u00e0 30%, alors que le pourcentage du patrimoine des milliardaires diminue pour passer de 6% \u00e0 0,05%\u00bb.<\/p>\n<p>Les auteurs proposent ainsi une transformation en profondeur de nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers trois axes essentiels et interd\u00e9pendants : d\u00e9carboner les \u00e9nergies, taxer et redistribuer la richesse, basculer vers une sobri\u00e9t\u00e9 cibl\u00e9e de nos \u00e9conomies et de nos modes de vie.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, la concr\u00e9tisation d&rsquo;un tel programme \u00e9galitaire et \u00e9cologiste d\u00e9pend autant de la volont\u00e9 et de la capacit\u00e9 d&rsquo;action des \u00c9tats que de la puissance des mobilisations citoyennes. Car, comme le reconnaissent les auteurs, les 1% les plus privil\u00e9gi\u00e9s et les plus pollueurs de la plan\u00e8te ont tout \u00e0 perdre dans ce grand chamboulement.<\/p>\n<p>Ce plan propose la cr\u00e9ation d&rsquo;un Fonds pour la justice mondiale g\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;ONU, \u00abdont les moyens et pouvoirs seraient r\u00e9organis\u00e9s pour financer la d\u00e9carbonation\u00bb, pr\u00e9cise Lucas Chancel.<\/p>\n<p>Les auteurs imaginent ainsi un fonds dot\u00e9 d&rsquo;une capacit\u00e9 d&rsquo;intervention massive. Selon leur plan, sur la p\u00e9riode 2026-2060, \u00ab les d\u00e9penses annuelles du Fonds pour la justice mondiale atteignent en moyenne 10,3% du PIB mondial par an (&#8230;). Cela d\u00e9passe largement les ressources combin\u00e9es qui sont allou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;heure actuelle \u00e0 l&rsquo;aide au d\u00e9veloppement et aux organisations internationales (qui repr\u00e9sentent moins de 0,4% du PIB mondial) \u00bb. De quoi laisser dubitatif&#8230;<\/p>\n<p>Ce fonds serait aliment\u00e9 par les \u00abprincipaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de la croissance \u00e9conomique mondiale de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies largement responsables des \u00e9missions\u00bb, \u00e0 travers des imp\u00f4ts mondiaux. L&rsquo;un, sur le patrimoine &#8211; dont le taux atteindrait 20% annuels pour les milliardaires &#8211; et l&rsquo;autre sur le revenu.<\/p>\n<p>La manne serait ensuite redistribu\u00e9e aux pays selon des calculs tenant compte des diff\u00e9rences de niveau de vie, des dettes engendr\u00e9es par la colonisation, ainsi que des dommages climatiques encore \u00e0 chiffrer. Certes, conc\u00e8de Lucas Chancel, le projet ne fonctionne qu&rsquo;\u00e0 la condition d&rsquo;avoir une coalition de pays porteurs du projet, suffisamment puissants pour sanctionner les r\u00e9calcitrants, avec par exemple des droits de douane impos\u00e9s aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que racontent les partisans de l&rsquo;inaction climato-populistes, pour ces \u00e9conomistes, il n\u2019est pas trop tard pour stopper le r\u00e9chauffement et sortir des fossiles en pompant les pollueurs: le probl\u00e8me n&rsquo;est pas de vouloir, mais de pouvoir.<\/p>\n<p><span><span><strong>Rendre le r\u00e9cit de la transition \u00e0 la fois vrai et d\u00e9sirable et placer la transition \u00e9cologique sur le bon chemin<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Un r\u00e9cit est \u00abs\u00e9rieux\u00bb lorsqu\u2019il \u00e9tablit un diagnostic coh\u00e9rent avec ce qu\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9, et lorsqu\u2019il contient, en son c\u0153ur, une voie plausible par laquelle la transition \u00e9cologique peut s\u2019op\u00e9rer. Il doit s&rsquo;inscrire dans ce que la philosophie politique moderne nomme la \u00abfronti\u00e8re de faisabilit\u00e9\u00bb: l\u2019ensemble des \u00e9tats du monde qui peuvent \u00eatre atteints compte tenu des contraintes r\u00e9elles qui p\u00e8sent sur l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Un r\u00e9cit peut \u00eatre politiquement difficile, culturellement minoritaire ou institutionnellement fragile sans \u00eatre disqualifi\u00e9 pour autant. Les contraintes sont r\u00e9elles, mais elles peuvent \u00eatre d\u00e9plac\u00e9es par l&rsquo;action collective. C&rsquo;est m\u00eame l&rsquo;objet de la politique. Certains r\u00e9cits r\u00e9sistent plus que d&rsquo;autres, verrouill\u00e9s par des d\u00e9pendances de sentier ou par le pouvoir structurel du capital, et on aurait tort de les croire ais\u00e9ment mall\u00e9ables.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit \u00abtechno-solutionniste\u00bb soutient que l\u2019innovation et le d\u00e9ploiement de nouvelles technologies constituent des conditions n\u00e9cessaires et essentielles pour faire face \u00e0 la crise \u00e9cologique, sans remettre substantiellement en cause le r\u00e9gime de croissance qui la sous-tend.<\/p>\n<p>Un tel r\u00e9cit repose sur un geste caract\u00e9ristique: traiter comme molles, donc d\u00e9pla\u00e7ables par l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 humaine, des contraintes qui peuvent en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre dures, en particulier la finitude du budget carbone \u00e0 cibles de r\u00e9chauffement donn\u00e9es. Ce sc\u00e9nario n\u2019est pas n\u00e9cessairement ill\u00e9gitime en lui-m\u00eame, car certaines limites sont bel et bien mobiles (la baisse continue des co\u00fbts des renouvelables en offre la preuve la plus tangible).<\/p>\n<p>Cependant, le r\u00e9cit techno-solutionniste se convertit en d\u00e9ni pur et simple d\u00e8s qu\u2019il s\u2019applique \u00e0 des contraintes qui, elles, ne se n\u00e9gocient pas avec le temps et l\u2019innovation. Pour Charbonnier, l\u2019attitude techno-solutionniste est fondamentalement prom\u00e9th\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le \u00abr\u00e9cit gestionnaire\u00bb est une famille de r\u00e9cits qui justifient la substitution de la probl\u00e9matique technique \u00e0 la probl\u00e9matique politique. Ce r\u00e9cit cadre la probl\u00e9matique \u00e9cologique comme un enjeu dont la complexit\u00e9 et la technicit\u00e9 exigent de recourir \u00e0 des savoirs sp\u00e9cialis\u00e9s et donc aux experts qui les ma\u00eetrisent.<\/p>\n<p>Il soutient par cons\u00e9quent que la d\u00e9cision politique doit \u00eatre contrainte par les savoirs scientifiques, notamment \u00e0 travers des institutions ind\u00e9pendantes. Le r\u00e9cit gestionnaire insiste sur l&rsquo;incomp\u00e9tence suppos\u00e9e des d\u00e9cideurs politiques en mati\u00e8re climatique pour faire du savoir et de l\u2019expertise technique le crit\u00e8re principal de l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Sa description du monde est toujours fond\u00e9e sur un d\u00e9coupage du r\u00e9el fondamentalement binaire, qui trace une fronti\u00e8re entre deux territoires in\u00e9galement l\u00e9gitimes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un espace technique et scientifique per\u00e7u comme le lieu du vrai ; de l&rsquo;autre, un espace politique et social per\u00e7u comme le lieu du bruit et de l\u2019approximation.<\/p>\n<p>Sa technicit\u00e9, son s\u00e9rieux revendiqu\u00e9, ses r\u00e9seaux d&rsquo;influence structur\u00e9s et surtout son inscription imm\u00e9diate dans le \u00abc\u00f4ne de faisabilit\u00e9\u00bb politique, contrairement aux r\u00e9cits plus radicaux (d\u00e9croissance, \u00e9cosocialisme), ne demandent jamais de rupture radicale avec l&rsquo;ordre \u00e9conomique existant, ce qui le rend directement actionnable par les gouvernements en place.<\/p>\n<p>La chronologie largement pr\u00e9sentiste et continuiste que le r\u00e9cit gestionnaire mobilise est un atout rh\u00e9torique majeur. Mais cette force recouvre une faiblesse non moins r\u00e9elle, car en voulant mettre hors-jeu le politique et la d\u00e9mocratie, les tenants de ce r\u00e9cit se privent de la mobilisation citoyenne, et surtout des grandes orientations politiques d\u00e9finies par les gouvernants, qui sont autant de relais d\u2019action particuli\u00e8rement puissants.<\/p>\n<p>La technocratie verte gagne ainsi paradoxalement en apparence de faisabilit\u00e9 ce qu\u2019elle perd en capacit\u00e9 de mise en \u0153uvre effective, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que sa mise en \u0153uvre suppose, en d\u00e9finitive, un passage par l&rsquo;ar\u00e8ne qu&rsquo;elle pr\u00e9tend en partie court-circuiter. Sa pr\u00e9tention \u00e0 la neutralit\u00e9 l&#8217;emp\u00eache par construction d&rsquo;\u00e9noncer les valeurs qu&rsquo;il sert.<\/p>\n<p>En revanche, le r\u00e9cit de \u00abla transition juste\u00bb, ne porte pas sur le rythme ou la nature d\u2019une trajectoire \u00e9cologique, mais sur les modalit\u00e9s qui pr\u00e9sident \u00e0 la r\u00e9partition des gains et des pertes qu\u2019elle engendre. Il peut en principe se coupler \u00e0 n\u2019importe quel niveau d\u2019ambition, croissance verte, post-croissance ou d\u00e9croissance.<\/p>\n<p>Son objectif principal consiste \u00e0 faire de la justice sociale une condition absolument n\u00e9cessaire, bien que non suffisante, de la transition \u00e9cologique. Dans le r\u00e9cit de transition juste, la question ne porte pas sur le d\u00e9ploiement de l\u2019innovation ou sur le niveau de production et de consommation qu\u2019il faut viser, mais sur la mani\u00e8re d\u2019en organiser la distribution.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de la transition juste substitue \u00e0 la science des flux (d\u2019\u00e9missions, de capitaux, etc.) une d\u00e9marche cartographique qui met en lumi\u00e8re ce que les r\u00e9cits techno-solutionnistes, gestionnaires ou collapsologues rendent invisibles: l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des \u00e9metteurs et des expos\u00e9s, des d\u00e9cideurs et des d\u00e9cid\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans sa matrice \u00abredistributive-fiscale\u00bb: son socle empirique est la mesure des in\u00e9galit\u00e9s d&rsquo;\u00e9missions, d\u00e9velopp\u00e9e par les travaux d\u2019\u00e9conomistes tels que ceux de Lucas Chancel, de Thomas Piketty et du World Inequality Lab, qui \u00e9tablissent que les \u00e9missions sont au moins aussi in\u00e9galement distribu\u00e9es que les revenus, entre pays et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des pays.<\/p>\n<p>La solution propos\u00e9e r\u00e9side dans une fiscalit\u00e9 carbone progressive et une taxation des \u00e9missions \u00abde luxe\u00bb, oppos\u00e9es aux \u00e9missions \u00abde subsistance\u00bb (Henry Shue, \u00abSubsistence emissions and luxury emissions\u00bb, 1993).<\/p>\n<p>La transition juste retraduit le probl\u00e8me de la justice sociale dans le cadre de l\u2019emploi, et particuli\u00e8rement des emplois menac\u00e9s par la transition. Puisant dans des imaginaires empruntant \u00e0 la m\u00e9moire des d\u00e9sindustrialisations pass\u00e9es, elle repose sur l\u2019id\u00e9e selon laquelle la transition \u00e9cologique appelle aussi une politique accompagnant la transition de la structure de l\u2019emploi, dans le sens d\u2019une plus grande s\u00e9curit\u00e9 (fonds d\u2019assurance) et d\u2019une plus grande dignit\u00e9 des travailleurs (formations, reconversions, etc.).<\/p>\n<p>Cette transition s\u2019institutionnalise sous des formes gestionnaires, par exemple dans les principes directeurs de l\u2019OIT ou dans le Fonds europ\u00e9en pour une transition juste. Et repose sur une forte opposition Nord \/ Sud, colons \/ populations autochtones, grands \u00c9tats \/ petits \u00c9tats insulaires. Elle traduit et g\u00e9n\u00e9ralise le concept de \u00abracisme environnemental\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 par Robert D.Bullard.<\/p>\n<p>Son r\u00e9cit est le lexique qui a paradoxalement le plus largement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les institutions internationales, alors m\u00eame qu\u2019elle ne dispose pas de b\u00e9n\u00e9ficiaire structurel \u00e0 forte influence. Le mot \u00abjuste\u00bb figure au pr\u00e9ambule m\u00eame de l\u2019Accord de Paris et a \u00e9gren\u00e9 au sein de divers rapports administratifs et de nombreux discours politiques, comme un gage de vertu ostentatoire, une forme de fairness washing, sans pourtant que les montants mobilis\u00e9s pour la transition juste augmentent en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les mots et les images de la transition juste ont en quelque sorte fait l\u2019objet d\u2019une captation par le r\u00e9cit gestionnaire, qui a repris ses concepts en les d\u00e9poss\u00e9dant de la conflictualit\u00e9 qu\u2019ils appelaient, neutralis\u00e9e dans le refus des valeurs et du politique cong\u00e9nital \u00e0 l\u2019id\u00e9al de la gestion.<\/p>\n<p>Certains d\u00e9bats persistent, le techno-progressisme en a trac\u00e9 une partie, c\u00f4t\u00e9 offre: d\u00e9ployer massivement l&rsquo;infrastructure bas carbone, dont les co\u00fbts se sont effondr\u00e9s. La pens\u00e9e de la sobri\u00e9t\u00e9 en a trac\u00e9 une autre, compl\u00e9mentaire, c\u00f4t\u00e9 demande: s\u2019assurer que la demande d&rsquo;\u00e9nergie et de mati\u00e8res d\u00e9croisse assez vite pour que le d\u00e9ploiement de l&rsquo;offre propre suffise \u00e0 tenir la cible.<\/p>\n<p>La transition juste en a trac\u00e9 une troisi\u00e8me: tenir compte de l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des risques biophysiques et des facteurs qui accroissent ces in\u00e9galit\u00e9s d\u2019exposition. Il existe bien s\u00fbr des nuances et des choix qu\u2019il ne faut pas nier, mais il s\u2019agit de d\u00e9bats \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de trajectoires qui reposent sur des conclusions scientifiques solides.<\/p>\n<p>Certaines voies sont, aux mieux hasardeuses, aux pires dangereuses. Certaines technologies ne sont pas assez matures et trop incertaines pour en faire un \u00abplan A\u00bb de d\u00e9carbonation sans faire peser un risque tr\u00e8s important sur les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>La vraie qu\u00eate est ailleurs: comment rendre d\u00e9sirable, majoritaire et durable un chemin qui s\u2019inscrit dans le c\u00f4ne de faisabilit\u00e9? Autrement dit, comment le doter du r\u00e9cit, du b\u00e9n\u00e9ficiaire et de l\u2019inscription qui, seuls, transforment une trajectoire juste en trajectoire emprunt\u00e9e?<\/p>\n<p>Trois pistes de r\u00e9flexions: La premi\u00e8re est qu\u2019il existe une dissociation presque syst\u00e9matique entre le s\u00e9rieux d\u2019un r\u00e9cit et sa force et puissance r\u00e9alis\u00e9e. Pour Pierre Charbonnier, le r\u00e9cit le plus \u00e9loign\u00e9 du r\u00e9el, le techno-futurisme, est l\u2019un des plus fort. Il s\u2019appuie sur des int\u00e9r\u00eats qui ne sont pas mis \u00e0 mal par les variations politiques. \u00c0 l\u2019inverse, le techno progressisme, la sobri\u00e9t\u00e9 choisie, la post croissance et la transition juste peinent \u00e0 s\u00e9duire.<\/p>\n<p>Cependant, il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer car, cette orthogonalit\u00e9 du vrai et du fort n&rsquo;est pas une loi de nature. Mais si d\u2019autres champs l&rsquo;ont d\u00e9mentie, elle demeure aujourd&rsquo;hui une pathologie propre de la transition l&rsquo;\u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique qu\u2019il faut d\u00e9passer.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me r\u00e9flexion plus alarmante: Puisque le monde d\u00e9sirable de l\u2019\u00e9cologie est ind\u00e9termin\u00e9, un m\u00eame r\u00e9cit peut se laisser remplir d\u2019un contenu \u00e9mancipateur comme r\u00e9actionnaire. Le champ de l&rsquo;imaginaire \u00e9cologique d\u00e9sirable est disput\u00e9 et le laisser vacant, ce n&rsquo;est pas rester neutre, c&rsquo;est le c\u00e9der.<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me r\u00e9flexion plus r\u00e9jouissante \u00e9merge en m\u00eame temps. En analysant chacun des r\u00e9cits, Pierre charbonnier constate qu\u2019aucun r\u00e9cit n&rsquo;est \u00e0 rejeter en bloc; tous d\u00e9tiennent un fragment de r\u00e9ponse dont on pourra s\u2019inspirer: Le technosolutionnisme poss\u00e8de un imaginaire au r\u00e9el pouvoir de mobilisation. La d\u00e9croissance porte un rapport non instrumental au vivant, et n\u2019a jamais oubli\u00e9 la nature, contrairement \u00e0 certains de ses concurrents.<\/p>\n<p>La transition juste rappelle la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019affirmer les valeurs qui sous-tendent la vision d\u2019un futur d\u00e9sirable, pourvu qu&rsquo;on en inverse l&rsquo;ordonnancement, en mettant la justice au service du chemin plut\u00f4t qu&rsquo;en en faisant l\u2019aboutissement. Le r\u00e9cit gestionnaire, apporte une comp\u00e9tence, celle de l&rsquo;inscription administrative.<\/p>\n<p>Mais aucun ne peut pour autant \u00eatre adopt\u00e9 tel quel, car aucun ne fournit \u00e0 lui seul tous les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires. Aucun ne d\u00e9signe le b\u00e9n\u00e9ficiaire structurel qui d\u00e9fendra une transition solide dans la dur\u00e9e. Aucun n&rsquo;a trouv\u00e9 la forme narrative qui rende le monde d\u00e9sirable sans trahir le s\u00e9rieux biophysique.<\/p>\n<p>Le chemin le plus solide pour la transition, se trouve morcel\u00e9 entre des r\u00e9cits ennemis qui ne se parlent pas, et c&rsquo;est cette dispersion, plus que les lacunes de chacun, qui reste \u00e0 surmonter. \u00c0 cette grande op\u00e9ration de tri et de synth\u00e8se, Pierre Charbonnier ajoute une le\u00e7on de g\u00e9ographie des r\u00e9cits.<br \/>En les disposant selon deux questions simples, d\u2019une part leur rapport au temps (prolonger l&rsquo;ordre pr\u00e9sent dans une temporalit\u00e9 \u00abcontinuiste\u00bb ou instaurer un saut qualitatif fort entre le pr\u00e9sent et le futur \u00e0 travers une temporalit\u00e9 \u00abrupturiste\u00bb) et d\u2019autre part leur rapport au pouvoir (partager la capacit\u00e9 \u00e0 agir dans une vision du monde \u00e9galitaire ou la concentrer au profit d\u2019une vision du monde r\u00e9solument hi\u00e9rarchique), une carte appara\u00eet.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de cette clarification, la v\u00e9rit\u00e9 est autre: ce qui s\u00e9pare une \u00e9cologie d&rsquo;\u00e9mancipation d&rsquo;une \u00e9cologie de domination n&rsquo;est pas son rapport au temps, mais son rapport au pouvoir. Pour Pierre Charbonnier: les r\u00e9cits (le techno-solutionnisme, l\u2019effondrement et la d\u00e9croissance) poss\u00e8dent une version qui partage et une version qui concentre le pouvoir, qui sont souvent voisines par ailleurs dans la dramaturgie et la chronologie qu\u2019elles mobilisent.<\/p>\n<p>La capture r\u00e9actionnaire n\u2019implique donc pas n\u00e9cessairement un changement d&rsquo;\u00e9poque ou de paradigme, mais un glissement horizontal: l&rsquo;enracinement qui se ferme aux autres, la fronti\u00e8re naturelle qui se transforme en barri\u00e8re ethnique, la communaut\u00e9 qui devient identit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette lecture originale, nous livre une position, loin de la continuit\u00e9 gestionnaire, qui n&rsquo;enthousiasme personne, ou de la rupture ind\u00e9termin\u00e9e, qui se laisse capter par des forces qui lui sont \u00e9trang\u00e8res, mais une rupture qui partage, une rupture choisie, rigoureusement pr\u00e9par\u00e9e, m\u00e9thodiquement anticip\u00e9e.<br \/>Nombreux ont \u00e9t\u00e9 historiquement les r\u00e9cits lucides quant \u00e0 leur diagnostic, port\u00e9s par des narratifs aussi riches qu\u2019efficaces, qui sont parvenus \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans les sph\u00e8res d\u00e9cisionnelles de mani\u00e8re active et durable et qui reposaient sur des valeurs et des promesses qu\u2019ils ont effectivement tenues.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a aucune raison pour que la transition \u00e9cologique n\u2019y parvienne pas. Le New Deal, est un bon exemple pour apprendre \u00e0 conjuguer lucidit\u00e9, efficacit\u00e9, inscription dans le r\u00e9el.<\/p>\n<p><span><span><strong>La transition \u00e9cologique gagne en se nommant libert\u00e9: si le d\u00e9sir est l&rsquo;affect central, l&rsquo;imaginaire en est le v\u00e9hicule\u00a0\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pour fabriquer un b\u00e9n\u00e9ficiaire durable de la transition \u00e9cologique bien identifi\u00e9, Il faut cr\u00e9er par la politique publique les coalitions mat\u00e9rielles destin\u00e9es \u00e0 devenir structurelles. Un int\u00e9r\u00eat qui, une fois n\u00e9, d\u00e9fendra la transition mieux qu&rsquo;aucune conviction.<\/p>\n<p>Mais cette combinaison et la constitution de ces b\u00e9n\u00e9ficiaires ne pourra pas se passer d\u2019un r\u00e9cit qui devra leur parler en premi\u00e8re instance. Il faut donc lui adjoindre des affects qui portent vers et non seulement contre : le d\u00e9sir, \u00e0 r\u00e9habiliter contre la culpabilit\u00e9 ; la fiert\u00e9, un affect qui m\u00eale prouesse, souverainet\u00e9 et dignit\u00e9; la solidarit\u00e9 face au danger surmont\u00e9 en commun, le territoire de la meute retourn\u00e9 en oasis \u00e0 d\u00e9fendre collectivement.<\/p>\n<p>La col\u00e8re a sa place, \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre toujours adoss\u00e9e \u00e0 un usage constructif, le d\u00e9sir de libert\u00e9! C&rsquo;est le ressort le plus puissant, et le plus mal exploit\u00e9 par la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique qui s&rsquo;est trop souvent pr\u00e9sent\u00e9e sous les traits du renoncement.<\/p>\n<p>Il faut retourner les critiques qui croient tenir, l&rsquo;\u00e9cologie contre la libert\u00e9, la contrainte contre le confort. Car c&rsquo;est le d\u00e9r\u00e8glement qui est la v\u00e9ritable machine \u00e0 d\u00e9truire les libert\u00e9s: les canicules qui assignent \u00e0 r\u00e9sidence, les territoires rendus invivables, les migrations forc\u00e9es, l&rsquo;assurance qui se d\u00e9robe, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exception qui s&rsquo;installe \u00e0 mesure que le monde se d\u00e9stabilise.<\/p>\n<p>Une transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique bien con\u00e7ue ne restreint pas les libert\u00e9s, elle les \u00e9tend: se d\u00e9placer sans d\u00e9pendre du cours du p\u00e9trole, habiter un logement sain, respirer un air pur, transmettre un monde vivable. La transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019ajoute pas une contrainte \u00e0 la liste.<\/p>\n<p>Elle promette d&rsquo;\u00e9largir le champ des vies possibles, contre un d\u00e9r\u00e8glement qui le referme. La question se pose alors de savoir comment concilier la libert\u00e9, avec les contraintes en termes de production et de consommation qu\u2019impliqueront n\u00e9cessairement la r\u00e9duction des \u00e9missions.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, se tourner vers le pass\u00e9 est riche d\u2019enseignements pour comprendre dans quel contexte, pourquoi et comment certains r\u00e9cits ayant historiquement valoris\u00e9 l\u2019imp\u00e9ratif de sobri\u00e9t\u00e9 ne sont pas apparus comme une contrainte, mais comme le cadre dans lequel pouvait justement s\u2019exprimer la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits ont-ils toujours \u00e9t\u00e9 adoss\u00e9s \u00e0 une menace imm\u00e9diate? Sur quels affects ont-ils jou\u00e9 (la peur, l\u2019espoir, la col\u00e8re, l\u2019empathie etc.) ? Ont-ils mis la sobri\u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du r\u00e9cit ou l\u2019ont-ils plut\u00f4t d\u00e9peinte comme la cons\u00e9quence logique d\u2019autres imp\u00e9ratifs?<\/p>\n<p>Si le d\u00e9sir est l&rsquo;affect central, l&rsquo;imaginaire en est le v\u00e9hicule. C&rsquo;est ici que l&rsquo;art, la culture, l\u2019\u00e9ducation la litt\u00e9rature et la fiction deviennent des outils de premi\u00e8re importance. La question est de savoir comment livrer un monde \u00e9cologique d\u00e9sirable tourn\u00e9 vers l&rsquo;avant, en convoquant des r\u00e9f\u00e9rences historiques \u00e0 hauteur pour penser une \u00e9cologie de (re) construction plut\u00f4t que de repentance.<\/p>\n<p>La piste que Pierre Charbonnier, nous sugg\u00e8re est d&#8217;emprunter au techno-futurisme sa grammaire (expansion, puissance, agentivit\u00e9, rupture temporelle) pour la remplir du contenu de la sobri\u00e9t\u00e9: le vivant, l&rsquo;autonomie, la convivialit\u00e9, le suffisant.<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi le travail de l&rsquo;esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019heure de l\u2019Anthropoc\u00e8ne: apprendre \u00e0 maintenir un rapport d&rsquo;harmonie avec une nature qui porte d\u00e9sormais la trace de ce que nous lui avons fait, parvenir \u00e0 valoriser une beaut\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit moins de conserver comme une pi\u00e8ce de mus\u00e9e que de r\u00e9concilier avec les difficult\u00e9s du temps pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Reste une question que les r\u00e9cits les plus puissants imposent d&rsquo;affronter: comment penser une rupture sans violence? La cartographie des r\u00e9cits montre que l\u2019espace d\u00e9sirable est presque toujours celui de la rupture, non de la continuit\u00e9 gestionnaire qui n&rsquo;enthousiasme personne.<\/p>\n<p>Mais la rupture temporelle, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un avant et d&rsquo;un apr\u00e8s, d&rsquo;un basculement fondateur, a presque toujours partie li\u00e9e avec la violence, et le rupturisme \u00e9cologique contemporain h\u00e9rite de ce soup\u00e7on, du sabotage revendiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imaginaire insurrectionnel.<\/p>\n<p>La transition juste s\u2019en \u00e9carte, sur un principe qu&rsquo;elle pose comme ind\u00e9passable: la non-violence; non seulement par refus moral de fonder la d\u00e9fense du vivant sur l&rsquo;atteinte aux personnes, mais parce que la violence est structurellement ingouvernable: elle appelle la r\u00e9pression, puis l&rsquo;escalade, et le mouvement perd la ma\u00eetrise de ce qu&rsquo;il a d\u00e9clench\u00e9.<\/p>\n<p>Reste alors la vraie question: comment obtenir la discontinuit\u00e9 sans l&rsquo;assaut? En pensant la rupture comme un seuil que l&rsquo;on pr\u00e9pare, que l&rsquo;on institue et que l&rsquo;on d\u00e9sire, non comme un pouvoir que l&rsquo;on prend.<\/p>\n<p>Il s\u2019agirait alors d\u2019un point de bascule plut\u00f4t que de fracture. Le moment o\u00f9 l&rsquo;infrastructure du monde nouveau devient soudain moins ch\u00e8re et plus d\u00e9sirable que celle de l&rsquo;ancien, et bascule d&rsquo;un coup apr\u00e8s des ann\u00e9es de pr\u00e9paration.<\/p>\n<p>Ainsi comprise, la rupture ne d\u00e9truit pas l&rsquo;ancien monde mais rend le nouveau irr\u00e9versible. Cette red\u00e9finition de la rupture nous am\u00e8ne aussi \u00e0 repenser la vitesse qui caract\u00e9rise la temporalit\u00e9 au sein de laquelle elle se produit.<\/p>\n<p>Alors que la plupart des r\u00e9cits de rupture sont fond\u00e9s sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un temps en constante acc\u00e9l\u00e9ration, faut essayer aussi d\u2019imaginer ce que pourrait \u00eatre une rupture au ralenti, qui ne sacrifie pas l\u2019imp\u00e9ratif de rupture lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>La question finale est presque la plus essentielle, celle de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi, et fait \u00e9cho au crit\u00e8re de la congruence entre les valeurs affich\u00e9es et le contenu r\u00e9el du r\u00e9cit. Comment ne pas trahir? Le monde d\u00e9sirable de la transition \u00e9cologique est aujourd\u2019hui ind\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>Les m\u00eames mots (la nature, la communaut\u00e9, l&rsquo;enracinement, les limites) se laissent remplir d&rsquo;un contenu \u00e9mancipateur ou de son contraire, et les r\u00e9cits se r\u00e9alisent aujourd&rsquo;hui trop souvent sous des traits qui trahissent leurs promesses d&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Le risque n&rsquo;est donc pas ext\u00e9rieur, il est intime; c&rsquo;est celui de se renier en cours de route, de laisser l&rsquo;attachement au lieu virer \u00e0 la fermeture, la sobri\u00e9t\u00e9 au rationnement autoritaire, l&rsquo;urgence \u00e0 la mise entre parenth\u00e8ses de la d\u00e9lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de simplement d\u00e9cr\u00e9ter, par principe, la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9, de la libert\u00e9 sur la servitude, ou de la d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique depuis l\u2019\u00e9galit\u00e9 des voix citoyennes contre la dirigisme vertical et in\u00e9galitaire d\u2019une puissance autocratique.<\/p>\n<p>L\u2019exigence critique de ces valeurs, doit nous pousser \u00e0 argumenter nos certitudes plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 les poser comme des postulats indiscutables. Une valeur est aujourd\u2019hui questionn\u00e9e, sur laquelle il nous semblera essentiel de revenir: celle de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>Pr Samir Allal<\/strong><br \/><span><em>Universit\u00e9 de Versailles\/ Paris-Saclay<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/leaders.com.tn\/article\/38590-samir-allal-face-au-capitalisme-pyromane-politiser-la-transition-pour-imposer-la-bifurcation-ecologique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le changement climatique est la menace s\u00e9curitaire la plus existentielle pour la plan\u00e8te. Ce qui est en cause, n\u2019est pas seulement notre disparition par \u00e9puisement des ressources naturelle, mais notre extermination, dans des d\u00e9lais plus rapproch\u00e9s, par la folie guerri\u00e8re des grandes puissances.Nous vivons dans un climat qui n&rsquo;est plus celui du pass\u00e9 et nous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":193967,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/179337640548_content.jpg","fifu_image_alt":"samir Allal: Face au capitalisme pyromane, politiser la transition pour imposer la bifurcation \u00e9cologique","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-193966","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/193966","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=193966"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/193966\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/193967"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=193966"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=193966"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=193966"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}