{"id":194215,"date":"2026-11-06T12:02:03","date_gmt":"2026-11-06T17:02:03","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ethiopie-le-retour-de-la-guerre-au-coeur-des-rivalites-geopolitiques-de-la-mer-rouge\/"},"modified":"2026-11-06T12:02:03","modified_gmt":"2026-11-06T17:02:03","slug":"ethiopie-le-retour-de-la-guerre-au-coeur-des-rivalites-geopolitiques-de-la-mer-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ethiopie-le-retour-de-la-guerre-au-coeur-des-rivalites-geopolitiques-de-la-mer-rouge\/","title":{"rendered":"\u00c9thiopie: Le retour de la guerre au c\u0153ur des rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques de la mer Rouge"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Mourad Bourehla<sup>(*)<\/sup> &#8211;<\/strong><\/span><\/span> L&rsquo;\u00c9thiopie replonge dans une crise dont les cons\u00e9quences pourraient largement d\u00e9passer ses fronti\u00e8res. La reprise des combats dans le Tigr\u00e9, la convergence de plusieurs mouvements arm\u00e9s oppos\u00e9s au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et la d\u00e9gradation des relations avec l\u2019\u00c9rythr\u00e9e font craindre un nouveau conflit \u00e0 l\u2019allure hybride m\u00ealant affrontements internes et rivalit\u00e9s r\u00e9gionales dans la Corne de l\u2019Afrique. Cette crise ne peut cependant \u00eatre comprise \u00e0 travers les seules tensions internes de l\u2019\u00c9tat \u00e9thiopien. Elle s\u2019inscrit dans un environnement r\u00e9gional o\u00f9 se croisent la guerre au Soudan, les rivalit\u00e9s autour du Nil, la comp\u00e9tition pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la mer Rouge et les strat\u00e9gies d\u2019influence des puissances du Golfe et du Moyen-Orient.<\/p>\n<p>Le principal danger r\u00e9side dans la r\u00e9gionalisation progressive des affrontements. Une crise politique int\u00e9rieure pourrait devenir le point de convergence vers un conflit r\u00e9gionalis\u00e9 \u00e0 fronts multiples dans une r\u00e9gion qui commande l\u2019acc\u00e8s au d\u00e9troit de Bab el-Mandeb et au canal de Suez, les r\u00e9percussions d\u00e9passeraient la s\u00e9curit\u00e9 du continent africain pour affecter les \u00e9changes commerciaux et les \u00e9quilibres strat\u00e9giques internationaux.<\/p>\n<p><span><span><strong>I. L\u2019accord de Pretoria \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des fractures de l\u2019\u00c9tat \u00e9thiopien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Sign\u00e9 en novembre 2022 entre le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral \u00e9thiopien et le Front de lib\u00e9ration du peuple du Tigr\u00e9 (TPLF), l\u2019accord de Pretoria avait mis fin \u00e0 deux ann\u00e9es de guerre d\u00e9vastatrice. Il devait ouvrir la voie au d\u00e9sarmement des forces tigr\u00e9ennes, au r\u00e9tablissement de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale et \u00e0 la reconstruction d\u2019une r\u00e9gion profond\u00e9ment meurtrie. Pourtant, cet accord a davantage suspendu les hostilit\u00e9s qu\u2019il n\u2019a r\u00e9solu les causes profondes du conflit.<\/p>\n<p>Les questions du partage du pouvoir, du d\u00e9sarmement et du statut des territoires contest\u00e9s sont rest\u00e9es sans suites. Le sort du Tigr\u00e9 occidental, notamment la zone de Welkait, ainsi que le retour des populations d\u00e9plac\u00e9es continuent d\u2019alimenter les ressentiments. L\u2019\u00c9rythr\u00e9e, qui avait combattu aux c\u00f4t\u00e9s des forces f\u00e9d\u00e9rales durant la guerre, s\u2019est par ailleurs estim\u00e9e insuffisamment associ\u00e9e aux n\u00e9gociations. Ces fragilit\u00e9s ont progressivement \u00e9rod\u00e9 les espoirs de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>La crise est \u00e9galement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me politique \u00e9thiopien. Depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019Abiy Ahmed en 2018, le gouvernement s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 renforcer l\u2019autorit\u00e9 centrale et \u00e0 remettre en question les \u00e9quilibres politiques h\u00e9rit\u00e9s de la p\u00e9riode o\u00f9 le Front d\u00e9mocratique r\u00e9volutionnaire du peuple \u00e9thiopien dominait la vie politique. Cette ambition s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 la structure f\u00e9d\u00e9rale du pays, organis\u00e9e autour de r\u00e9gions dot\u00e9es de fortes identit\u00e9s ethniques et politiques.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Carte-moy.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Le Tplf, qui a domin\u00e9 la vie politique nationale pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies, n\u2019a jamais accept\u00e9 la perte de son influence. Le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, de son c\u00f4t\u00e9, consid\u00e8re que le mouvement conserve des capacit\u00e9s militaires et politiques susceptibles de remettre en cause son autorit\u00e9. Les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 1<sup>er<\/sup> juin 2026 ont consacr\u00e9 une supr\u00e9matie absolue du Parti de la prosp\u00e9rit\u00e9 avec une majorit\u00e9 absolue (90% des si\u00e8ges) \u00e0 la chambre des repr\u00e9sentants des peuples menant \u00e0 la reconduction d\u2019Ahmed Abiy \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex\u00e9cutif. Ces r\u00e9sultats ne refl\u00e8tent point un consensus national : l\u2019exclusion du Tplf du processus \u00e9lectoral, conjugu\u00e9e \u00e0 la persistance d\u2019une profonde m\u00e9fiance mutuelle, a emp\u00each\u00e9 les m\u00e9canismes pr\u00e9vus par l\u2019accord de Pretoria de transformer l\u2019ancienne opposition arm\u00e9e en un acteur engag\u00e9 dans la comp\u00e9tition politique pacifique. Loin de favoriser la r\u00e9conciliation, cette situation a contribu\u00e9 \u00e0 accentuer la confrontation.<\/p>\n<p>La reprise des hostilit\u00e9s en septembre 2026 marque ainsi un tournant. Le 20 septembre, le Tplf a annonc\u00e9 une alliance avec plusieurs autres groupes arm\u00e9s, dont des composantes du mouvement nationaliste amhara Fano. Cette coalition affiche l\u2019objectif de renverser le gouvernement d\u2019Abiy Ahmed. Les affrontements qui ont suivi t\u00e9moignent d\u2019une convergence tactique entre mouvements issus de contextes r\u00e9gionaux diff\u00e9rents. La menace ne se limite donc plus \u00e0 un face-\u00e0-face entre les forces f\u00e9d\u00e9rales et les combattants tigr\u00e9ens : plusieurs fronts pourraient d\u00e9sormais mobiliser simultan\u00e9ment les ressources militaires du gouvernement.<\/p>\n<p>Cette alliance reste n\u00e9anmoins fragile. Les groupes qui la composent ont des int\u00e9r\u00eats distincts et sont parfois issus de rivalit\u00e9s historiques. Leur capacit\u00e9 \u00e0 coordonner durablement leurs op\u00e9rations et \u00e0 s\u2019accorder sur une \u00e9ventuelle transition politique demeure incertaine.<\/p>\n<p>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ne se limite d\u2019ailleurs pas au Tigr\u00e9. Les violences dans la r\u00e9gion Amhara et les affrontements impliquant des groupes arm\u00e9s en Oromia illustrent la profondeur de la crise. L\u2019\u00c9tat \u00e9thiopien, deuxi\u00e8me pays le plus peupl\u00e9 d\u2019Afrique et si\u00e8ge de l\u2019Union africaine, doit faire face \u00e0 des contestations multiples alors que les besoins humanitaires restent consid\u00e9rables.<\/p>\n<p><span><span><strong>II. La r\u00e9gionalisation du conflit: de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e au Soudan<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La dimension r\u00e9gionale de la crise tient d\u2019abord \u00e0 la relation entre l\u2019\u00c9thiopie et l\u2019\u00c9rythr\u00e9e. Les deux pays ont connu une guerre frontali\u00e8re meurtri\u00e8re entre 1998 et 2000, suivie de pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies d\u2019hostilit\u00e9. Le rapprochement engag\u00e9 en 2018 et qui avait valu \u00e0 Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019 avait suscit\u00e9 l\u2019espoir d\u2019une nouvelle \u00e8re. Pourtant, l\u2019alliance militaire qui les avait r\u00e9unis contre le Tplf durant la guerre de 2020-2022 n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 aux divergences strat\u00e9giques. Les d\u00e9veloppements r\u00e9cents soulignent le risque d\u2019une extension du conflit au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Le 9 octobre, Addis-Abeba a accus\u00e9 l\u2019\u00c9rythr\u00e9e d\u2019une incursion militaire sur son territoire, dans un contexte de rupture des relations diplomatiques.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9rythr\u00e9e s\u2019est sentie marginalis\u00e9e par l\u2019accord de Pretoria, tandis que l\u2019ambition \u00e9thiopienne de retrouver un acc\u00e8s souverain \u00e0 la mer Rouge a progressivement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 les relations. Depuis l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9rythr\u00e9enne en 1993, l\u2019\u00c9thiopie est enclav\u00e9e et d\u00e9pend largement du port de Djibouti pour ses \u00e9changes ext\u00e9rieurs. Cette d\u00e9pendance repr\u00e9sente une vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9conomique et strat\u00e9gique majeure pour un pays dont les besoins commerciaux et \u00e9nerg\u00e9tiques sont consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>L\u2019accord d\u2019entente conclu en janvier 2024 entre l\u2019\u00c9thiopie et le Somaliland avait d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 cette sensibilit\u00e9. Addis-Abeba cherchait \u00e0 obtenir un acc\u00e8s \u00e0 la mer, tandis que les autorit\u00e9s somalilandaises esp\u00e9raient une reconnaissance internationale. La Somalie a d\u00e9nonc\u00e9 cette initiative comme une atteinte \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale.<\/p>\n<p>La guerre au Soudan constitue un facteur suppl\u00e9mentaire de d\u00e9stabilisation. Depuis avril 2023, l\u2019affrontement entre les Forces arm\u00e9es soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 les \u00e9quilibres politiques et s\u00e9curitaires du pays. Les fronti\u00e8res sont devenues des espaces poreux de circulation de combattants, d\u2019armes et de soutiens ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Dans son rapport de septembre 2026 consacr\u00e9 au risque d\u2019un retour \u00e0 la guerre dans le nord de l\u2019\u00c9thiopie, l\u2019International Crisis Group<span><sup><strong>(1)<\/strong><\/sup><\/span> souligne pr\u00e9cis\u00e9ment le danger d\u2019une imbrication croissante des conflits \u00e9thiopien et soudanais. Selon le rapport, des combattants tigr\u00e9ens ont trouv\u00e9 refuge dans des zones du Soudan contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e soudanaise, suscitant \u00e0 Addis-Abeba la crainte qu\u2019ils ne reviennent combattre en \u00c9thiopie. Parall\u00e8lement, des informations font \u00e9tat d\u2019un soutien \u00e9thiopien aux RSF, notamment par la facilitation all\u00e9gu\u00e9e de flux d\u2019armes et l\u2019utilisation de zones proches de l\u2019\u00c9tat soudanais du Nil Bleu.<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des informations rapport\u00e9es et des all\u00e9gations, et non comme des faits d\u00e9finitivement \u00e9tablis. Ils r\u00e9v\u00e8lent n\u00e9anmoins la complexit\u00e9 des alignements r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Les rivalit\u00e9s des puissances du Golfe accentuent cette imbrication. Les \u00c9mirats arabes unis entretiennent des relations \u00e9troites avec l\u2019\u00c9thiopie et seraient des soutiens des RSF, ce qu\u2019ils contestent. L\u2019Arabie saoudite, l\u2019\u00c9gypte et l\u2019\u00c9rythr\u00e9e sont davantage associ\u00e9es aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019arm\u00e9e soudanaise. Ces rapprochements ne forment pas des blocs parfaitement homog\u00e8nes, mais ils contribuent \u00e0 faire de la Corne de l\u2019Afrique un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les rivalit\u00e9s moyen-orientales se superposent aux conflits locaux.<span><sup><strong>(2)<\/strong><\/sup><\/span><\/p>\n<p>L\u2019instabilit\u00e9 \u00e9thiopienne rev\u00eat \u00e9galement une importance strat\u00e9gique pour l\u2019\u00c9gypte, dont la s\u00e9curit\u00e9 hydrique reste \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution du diff\u00e9rend autour du Grand Barrage de la Renaissance \u00e9thiopienne (GERD). Addis-Abeba consid\u00e8re le barrage comme un instrument essentiel de d\u00e9veloppement et de production \u00e9lectrique ; Le Caire redoute ses cons\u00e9quences sur les ressources en eau dont d\u00e9pend une grande partie de sa population. Le Soudan est lui aussi directement concern\u00e9, mais sa guerre civile limite sa capacit\u00e9 \u00e0 contribuer \u00e0 une solution n\u00e9goci\u00e9e.<\/p>\n<p>La Somalie repr\u00e9sente un autre maillon vuln\u00e9rable. Si l\u2019\u00c9thiopie devait red\u00e9ployer une partie de ses forces pour renforcer son dispositif int\u00e9rieur, les zones o\u00f9 op\u00e8re Al-Shabaab pourraient conna\u00eetre une nouvelle d\u00e9gradation s\u00e9curitaire. L\u2019affaiblissement de la coop\u00e9ration antiterroriste profiterait aux groupes arm\u00e9s, qui exploitent d\u00e9j\u00e0 les rivalit\u00e9s entre \u00c9tats et les fragilit\u00e9s institutionnelles.<\/p>\n<p><span><span><strong>III. La mer Rouge, nouveau foyer de rivalit\u00e9s strat\u00e9giques et d\u00e9fis pour la diplomatie pr\u00e9ventive<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La port\u00e9e de la crise \u00e9thiopienne appara\u00eet pleinement lorsqu\u2019on la replace dans la g\u00e9ographie strat\u00e9gique de la mer Rouge. Cette voie maritime relie l\u2019oc\u00e9an Indien \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e par le d\u00e9troit de Bab el-Mandeb et le canal de Suez. Elle constitue un axe essentiel du commerce mondial et des flux \u00e9nerg\u00e9tiques entre l\u2019Asie, le Moyen-Orient et l\u2019Europe, avec environ 12 % de l\u2019ensemble du commerce maritime mondial, pr\u00e8s d\u2019un tiers (environ 30 %) du trafic mondial de conteneurs emprunte cette voie et environ 11% du p\u00e9trole transport\u00e9 par mer et 8% du gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) mondial y passent. Toute d\u00e9stabilisation durable peut entra\u00eener une hausse des co\u00fbts de transport, des d\u00e9tournements de navires et de nouvelles pressions sur les march\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>L\u2019enclavement de l\u2019\u00c9thiopie la place au c\u0153ur de cette comp\u00e9tition. Son poids d\u00e9mographique, son potentiel \u00e9conomique et ses besoins en infrastructures en font un partenaire recherch\u00e9 par les puissances d\u00e9sireuses de renforcer leur pr\u00e9sence dans la Corne de l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Djibouti accueille d\u00e9j\u00e0 plusieurs bases militaires \u00e9trang\u00e8res, notamment fran\u00e7aise (Ffdj), am\u00e9ricaine (camp Lemonnier) ou chinoise (premi\u00e8re base militaire permanente \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.) \u2026<\/p>\n<p>La Turquie, qui a d\u00e9velopp\u00e9 une pr\u00e9sence \u00e9conomique, s\u00e9curitaire ainsi que des lignes a\u00e9riennes r\u00e9guli\u00e8res en Somalie, cherche \u00e9galement \u00e0 pr\u00e9server son influence.<\/p>\n<p>Isra\u00ebl accorde une attention particuli\u00e8re \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des voies maritimes, notamment face aux attaques des Houthis depuis le Y\u00e9men. Sa reconnaissance officielle du Somaliland, en d\u00e9cembre 2025, ouvre une nouvelle dimension g\u00e9opolitique dans la Corne de l\u2019Afrique et soul\u00e8ve des interrogations quant \u00e0 ses implications pour les \u00e9quilibres s\u00e9curitaires de la mer Rouge.<\/p>\n<p>L\u2019Iran demeure lui aussi un acteur important de cette \u00e9quation, notamment \u00e0 travers ses relations avec les acteurs r\u00e9gionaux et proxy qui contestent l\u2019ordre s\u00e9curitaire soutenu par ses adversaires.<\/p>\n<p>Les tensions li\u00e9es \u00e0 la guerre avec l\u2019Iran donnent \u00e0 ces rivalit\u00e9s une dimension suppl\u00e9mentaire avec le blocus du d\u00e9troit d\u2019Ormuz et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui r\u00e8gne aux environs du golfe d\u2019Aden. La mer Rouge ne peut plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e isol\u00e9ment de ces corridors reliant la p\u00e9ninsule Arabique \u00e0 l\u2019Afrique orientale.<\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00c9thiopie, un acc\u00e8s \u00e0 la mer passant par le port d\u2019Assab pourrait r\u00e9duire la d\u00e9pendance envers Djibouti; pour Asmara, il s\u2019agit d\u2019un levier de souverainet\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Cette question ne peut \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e durablement par la pression politique ou militaire. Elle exige un cadre n\u00e9goci\u00e9 qui tienne compte des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques d\u2019Addis-Abeba sans menacer la souverainet\u00e9 de ses voisins.<br \/>Face \u00e0 cette perspective, la diplomatie pr\u00e9ventive<span><sup><strong>(3)<\/strong><\/sup><\/span> ne peut se limiter \u00e0 des appels g\u00e9n\u00e9raux au calme. Elle doit agir simultan\u00e9ment sur les causes internes et sur les incitations r\u00e9gionales \u00e0 l\u2019escalade. Ainsi, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, l\u2019Union africaine et l\u2019Autorit\u00e9 intergouvernementale pour le d\u00e9veloppement (Igad) disposent d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9gionale. Leur action pourrait s\u2019appuyer sur des m\u00e9diateurs africains exp\u00e9riment\u00e9s, disposant de la cr\u00e9dibilit\u00e9 politique et des r\u00e9seaux n\u00e9cessaires pour faciliter le dialogue politique. Le nom de l\u2019ancien pr\u00e9sident nig\u00e9rian Olusegun Obasanjo a notamment \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9, aux c\u00f4t\u00e9s de dirigeants k\u00e9nyans et d\u2019autres personnalit\u00e9s r\u00e9gionales. Les \u00c9tats-Unis, l\u2019Union europ\u00e9enne et les principales puissances europ\u00e9ennes pourraient soutenir cet effort en privil\u00e9giant la d\u00e9sescalade plut\u00f4t que les alignements militaires en usant de leviers diplomatiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Les puissances du Golfe ont \u00e9galement une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re. Elles pourraient mobiliser leur influence aupr\u00e8s de leurs partenaires r\u00e9gionaux, notamment en \u00c9gypte, au Soudan et en \u00c9rythr\u00e9e, afin de pr\u00e9venir toute initiative susceptible d\u2019\u00e9largir les hostilit\u00e9s. Elles pourraient \u00e9galement encourager Addis-Abeba \u00e0 privil\u00e9gier la d\u00e9sescalade et la recherche d\u2019un r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9.<\/p>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 maritime doit enfin \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 une approche r\u00e9gionale globale. La protection de Bab el-Mandeb et la continuit\u00e9 des \u00e9changes ne peuvent \u00eatre garanties durablement si les conflits terrestres se multiplient sur les deux rives de la mer Rouge qui est devenue l\u2019un des espaces o\u00f9 ces dynamiques se rencontrent avec le plus d\u2019intensit\u00e9.<\/p>\n<p>La priorit\u00e9 demeure toutefois politique. Sans r\u00e8glement des fractures internes de l\u2019\u00c9thiopie, aucune architecture r\u00e9gionale ne pourra stabiliser durablement ses fronti\u00e8res. Et sans coop\u00e9ration entre les \u00c9tats de la Corne de l\u2019Afrique et les puissances qui y exercent leur influence, la confrontation r\u00e9gionale qui s\u2019y d\u00e9roule, contenue pour le moment, risque de prendre des proportions au-del\u00e0 des capacit\u00e9s des pays de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Pr\u00e9venir une nouvelle guerre n\u2019est donc pas seulement une n\u00e9cessit\u00e9 humanitaire : c\u2019est une condition essentielle \u00e0 la stabilit\u00e9 de l\u2019une des principales voies maritimes du monde.<\/p>\n<p><strong>Mourad Bourehla<\/strong><br \/><span><em>(*)Ancien ambassadeur<\/em><\/span><\/p>\n<p><span><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/span><br \/><span><em>(1) Arresting the dangerous descent into war in northern Ethiopia. International crisis group, 25 September 2026<br \/><\/em><\/span><\/p>\n<p><span><em>(2) Across the red sea: Middle East -Horn of Africa relations after the Iran war. ISPI\u00a0 5 August 2026<br \/><\/em><\/span><\/p>\n<p><span><em>(3) Ethiopia\u2019s return to war threatens to engulf the horn of Africa Foreign policy\u2019s. Africa 30 September 2026<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/leaders.com.tn\/article\/38608-ethiopie-le-retour-de-la-guerre-au-coeur-des-rivalites-geopolitiques-de-la-mer-rouge\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mourad Bourehla(*) &#8211; L&rsquo;\u00c9thiopie replonge dans une crise dont les cons\u00e9quences pourraient largement d\u00e9passer ses fronti\u00e8res. La reprise des combats dans le Tigr\u00e9, la convergence de plusieurs mouvements arm\u00e9s oppos\u00e9s au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et la d\u00e9gradation des relations avec l\u2019\u00c9rythr\u00e9e font craindre un nouveau conflit \u00e0 l\u2019allure hybride m\u00ealant affrontements internes et rivalit\u00e9s r\u00e9gionales [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":194216,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/179395947138_content.jpg","fifu_image_alt":"\u00c9thiopie: Le retour de la guerre au c\u0153ur des rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques de la mer Rouge","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-194215","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194215"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194215\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/194216"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194215"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}