{"id":23407,"date":"2019-03-22T08:30:00","date_gmt":"2019-03-22T12:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/de-lhistoire-de-la-diplomatie-tunisienne-une-ambassade-a-vienne-et-a-londres-en-1732-33\/"},"modified":"2019-03-22T08:30:00","modified_gmt":"2019-03-22T12:30:00","slug":"de-lhistoire-de-la-diplomatie-tunisienne-une-ambassade-a-vienne-et-a-londres-en-1732-33","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/de-lhistoire-de-la-diplomatie-tunisienne-une-ambassade-a-vienne-et-a-londres-en-1732-33\/","title":{"rendered":"De l\u2019histoire de la diplomatie tunisienne: Une ambassade \u00e0 Vienne (et \u00e0 Londres) en 1732\/33"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">S\u2019il est question dans la presse europ\u00e9enne du 18e si\u00e8cle des Etats d\u2019Afrique du Nord, c\u2019est d\u2019abord en relation avec la course et ses retomb\u00e9es. Toutefois, il n\u2019est pas rare de rencontrer, tout au long de ce si\u00e8cle, des nouvelles sur des ambassades maghr\u00e9bines destin\u00e9es aux diff\u00e9rentes cours de l\u2019Europe. A l\u2019exemple de celle envoy\u00e9e par le bey de Tunis, Hussein ben Ali, \u00e0 Vienne en 1732\/33 (et de l\u00e0 \u00e0 Londres), avec Youssouf Khoja \u00e0 sa t\u00eate. Hormis ce qu\u2019en divulgua ladite presse, le dossier la concernant aux Archives d\u2019Etat de Vienne (HHStA), avec notamment un rapport circonstanci\u00e9 la couvrant, permet de reconstituer son d\u00e9roulement et conna\u00eetre ses d\u00e9tails, en tant qu\u2019\u00e9v\u00e8nement dans l\u2019histoire des relations diplomatiques euro-maghr\u00e9bines.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Mounir-Fendri(3).jpg\" alt=\"\" width=\"200\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"240\" align=\"left\"\/>Le 27 juin 1732, la ville de Vienne ouvre ses portes \u00e0 une ambassade en provenance de Tunis. Le cort\u00e8ge, solennellement escort\u00e9 par un escadron de dragons, est dirig\u00e9 \u00e0 travers la capitale des Habsbourg vers le faubourg de Leopoldstadt, o\u00f9 l\u2019on a pr\u00e9par\u00e9 aux visiteurs un logement. L\u00e0, ils vont enfin se reposer d\u2019un long voyage qui doit avoir d\u00e9but\u00e9 au mois de f\u00e9vrier (1732), puisque leur arriv\u00e9e \u00e0 Naples, \u00e0 bord d\u2019une tartane fran\u00e7aise, est annonc\u00e9e le 6 mars. La d\u00e9l\u00e9gation comptait 12 personnes, dont principalement l\u2019Envoy\u00e9, Youssouf Khoja, et son fr\u00e8re Salah Agha. Sont nomm\u00e9s par ailleurs: Mustapha ben Mrad, en qualit\u00e9 de \u2018\u2019pr\u00eatre\u201c et Baba Mustapha, en tant que chef-cuisinier (deux fonctions qui, jadis, ne manquaient pas dans la composition des ambassades musulmanes en Europe chr\u00e9tienne), cinq \u2018\u2019officiers\u201c, ainsi que deux palefreniers (cf. liste). Le rapport mentionn\u00e9 de Heinrich Penckler, l\u2019interpr\u00e8te et secr\u00e9taire aulique (il sera de 1743 \u00e0 1766 le repr\u00e9sentant autrichien aupr\u00e8s de la Cour ottomane), commence en ces termes:<\/p>\n<p>Apr\u00e8s que le Gouvernement de Tunis en Barbarie eut insinu\u00e9 au Consul imp\u00e9rial en place, Monsieur Simon Pillarino, que, en raison de quelques exc\u00e8s que les Siciliens ont commis \u00e0 l\u2019encontre de leurs corsaires, et d\u00e9sirant porter plainte et r\u00e9clamer satisfaction, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9p\u00eacher un Envoy\u00e9 \u00e0 la Cour Imp\u00e9riale Romaine et ils ont d\u00e9sign\u00e9 en cette fonction une de leurs personnes distingu\u00e9es, soit le nomm\u00e9 Jussuf Chogia. (Traduit de l\u2019allem.)<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Eglise-et-la-Place.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"427\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sur l\u2019Envoy\u00e9 (les Autrichiens lui refusent le titre, r\u00e9clam\u00e9, d\u2019Ambassadeur), Youssouf Khoja, on sait, du point de vue de l\u2019historiographie tunisienne, ce qu\u2019en dit M.H. Ch\u00e9rif dans sa monographie du r\u00e8gne de Hussein ben Ali (1705-1735\/1740), \u00e0 savoir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00abTurc de haute naissance et de bonne \u00e9ducation\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 \u00abattir\u00e9 par le ma\u00eetre de Tunis en raison de sa profonde connaissance de l\u2019Europe; ses services furent utilis\u00e9s pour r\u00e9soudre les affaires d\u00e9licates avec les cours de France, d\u2019Angleterre ou d\u2019ailleurs. Sorte d\u2019ambassadeur itin\u00e9rant et de principal conseiller en mati\u00e8re de relations ext\u00e9rieures, il donna la mesure de ses capacit\u00e9s \u00e0 Londres o\u00f9 il s\u00e9journa longtemps [en 1721, puis en 1733] et o\u00f9 il r\u00e9ussit \u00e0 capter l\u2019amiti\u00e9 du souverain, puis lors de son ambassade en France, en 1727-28 \u00bb. De son c\u00f4t\u00e9, Mokhtar Bey cite des t\u00e9moignages fran\u00e7ais \u00e0 son avantage. De m\u00eame, les avis recueillis sur lui lors de la mission viennoise s\u2019av\u00e8rent avantageux. On lui atteste le maniement du fran\u00e7ais et de l\u2019italien et de ma\u00eetriser le savoir-vivre \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne. N\u2019emp\u00eache que sa d\u00e9licate mission n\u2019eut pas le succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9. Il semble, r\u00e9v\u00e8le encore M.H. Ch\u00e9rif, \u00eatre tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce \u2018\u2019en 1733 et en 1734, surtout apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de son ambassade \u00e0 Vienne\u201c. Selon Heinrich Penckler, il aurait prof\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin de sa mission qu\u2019 \u2018\u2019il \u00e9tait venu \u00e0 Vienne pour se faire payer de l\u2019argent et voil\u00e0 qu\u2019on le renvoie chez lui cribl\u00e9 de dettes\u201c. Il a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de transmettre des plaintes \u2018\u2019des agressions et autres exc\u00e8s subis par les pirates siciliens\u201c, \u00e0 l\u2019\u00e9poque sujets de l\u2019Empereur autrichien, et r\u00e9clamer d\u00e9dommagement (von Hammer). Contrairement \u00e0 ses exp\u00e9riences \u00e0 Londres et \u00e0 Paris, il s\u2019\u00e9tait heurt\u00e9 \u00e0 une administration strictement formaliste, \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette\u00a0 et la proc\u00e9dure rigides, qui a d\u00e9cortiqu\u00e9 et d\u00e9mont\u00e9 les griefs pr\u00e9sent\u00e9s et leur en a oppos\u00e9 d\u2019autres, incriminant le c\u00f4t\u00e9 plaignant. Le fondement juridique \u00e0 la base de cette 1\u00e8re rencontre austro-tunisienne en Autriche consiste en un Trait\u00e9 en 13 articles, sign\u00e9 entre les deux parties \u00e0 Tunis, le 23 septembre 1725. A cette \u00e9poque, l\u2019Autriche, sous l\u2019Empereur Charles VI (r\u00e8gne: 1711-1740), ambitionnant de se hisser au rang des grandes puissances maritimes, \u00e9prouva la n\u00e9cessit\u00e9 de conclure des trait\u00e9s de paix avec les trois Etats dits \u2018\u2019barbaresques\u201c, essentiellement pour assurer sa navigation et le trafic de ses ports en M\u00e9diterran\u00e9e, en Adriatique (Trieste, Fiume) et sur l\u2019Atlantique (Ostende), contre les \u00e9cumeurs de mer de ces Etats. Il a fallu l\u2019entremise de la Porte ottomane (en vertu du trait\u00e9 austro-turc de Passarowitz: 1718) pour arriver \u00e0 convaincre deux de ces derniers: Tripoli (qui envoie d\u00e9j\u00e0 en 1724 puis en 1727 des ambassades \u00e0 Vienne) et Tunis. Un mobile majeur pour Hussein Bey, pr\u00e9cisent les historiens, consista en l\u2019acquisition, de la part du Sultan ottoman, du titre de Bacha en faveur du neveu, Ali, dans le but de l\u2019\u00e9carter de la succession promise. Quant au troisi\u00e8me, le Deylik d\u2019Alger, il refusa cat\u00e9goriquement d\u2019obtemp\u00e9rer, ne voulant pas perdre un champ d\u2019action important, le Sud italien, en partie sous domination autrichienne.<\/p>\n<p>Mais ces contrats \u2018\u2019de paix\u201c ne garantissaient pas une pacification absolue. Les infractions des corsaires des deux c\u00f4t\u00e9s, al\u00e9atoires ou syst\u00e9matiques, et les abus dans l\u2019utilisation des passeports et des pavillons, provoquaient souvent des frictions plus ou moins graves et des r\u00e9clamations r\u00e9ciproques. Comme dans le cas de la pr\u00e9sente mission.\u00a0\u00a0 De Naples, le 27 mars 1732: L\u2019Envoy\u00e9 de la R\u00e9gence de Tunis qui est venu icy avec une suite de douze personnes, ayant fini sa quarantaine, est log\u00e9 pr\u00e9sentement dans une maison pr\u00e8s du Palais, &#038; en attendant son d\u00e9part pour Vienne, le Gouvernement luy fait donner neuf ducats par jour pour sa table. (Gazette de France du 26 avril 1732)\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Hussein-Ben-Ali.jpg\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"414\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Apr\u00e8s avoir subi la quarantaine et pass\u00e9 quelques semaines aux frais du Gouverneur imp\u00e9rial, von Harrach, \u00e9tant donn\u00e9 que Naples (avec la Sicile) \u00e9tait alors (et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1734) attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Empire des Habsbourg, Youssouf Khoja et ses compagnons se mettent, le 29 avril, en route vers Vienne. Le train de bagages comprenait aussi les pr\u00e9sents amen\u00e9s, notamment des chevaux barbes, \u2018\u2019plusieurs oiseaux d\u2019Afrique qu\u2019on dit estre tr\u00e8s-rares &#038; presque inconnus\u2019\u2019, ainsi que deux tigres, destin\u00e9s \u00e0 la m\u00e9nagerie du Prince Eug\u00e8ne de Savoie (au Belv\u00e9d\u00e8re, son nouveau palais \u00e0 Vienne), r\u00e9put\u00e9 collectionneur passionn\u00e9 de raret\u00e9s bibliophiles et de curiosit\u00e9s zoologiques. En cours de route, l\u2019un d\u2019eux s\u2019\u00e9chappe de sa cage, cause des d\u00e9g\u00e2ts parmi les campagnards et d\u00fb \u00eatre abattu. De Manfredonia, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 tunisien passe \u00e0 Trieste, o\u00f9 il dut attendre l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019escadron de cavalerie pour l\u2019escorter. Il profite pour faire un saut \u00e0 Venise, o\u00f9 il est aper\u00e7u le 17 mai (1732). Le 8 juin, la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne et son escorte quittent Trieste en direction de Vienne, passant par la ville de Graz. Les affaires de la Turquie ottomane et ses d\u00e9pendances entraient jadis dans les comp\u00e9tences du Hofkriegsrat, le Conseil aulique de guerre, pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par le fameux prince Eug\u00e8ne de Savoie (1663-1736). D\u2019embl\u00e9e, celui-ci n\u2019\u00e9prouvait gu\u00e8re de sympathie pour les \u201cbarbaresques\u201d. Contrairement \u00e0 l\u2019Empereur, qui a opt\u00e9 pour l\u2019arrangement \u00e0 l\u2019amiable, il plaidait, quant \u00e0 lui, pour une solution muscl\u00e9e. A l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019Envoy\u00e9 tunisien, il accompagnait l\u2019Empereur dans une tourn\u00e9e hors de Vienne. Au grand dam de Youssouf Khoja, qui avait ordre expr\u00e8s de s\u2019adresser et se confier \u00e0 lui en personne. Il dut se soumettre \u00e0 l\u2019obligation de se contenter du vice-pr\u00e9sident, le Comte K\u00f6nigsegg, et le G\u00e9n\u00e9ral von Daun, pour remettre, le 17 juillet (1732), ses lettres de cr\u00e9ance et se mettre \u00e0 attendre le retour du prince Eug\u00e8ne. Pour la c\u00e9r\u00e9monie, raconte Penckler, il avait endoss\u00e9 un burnous \u201cde soie noire\u201d, brod\u00e9 d\u2019or\u201d, et a pris soin de se parer de \u201cla m\u00e9daille que lui avait offerte le roi de France\u201d. A part son fr\u00e8re Salah, quatre de ses compagnons ont fait partie du cort\u00e8ge sur des chevaux \u201csuperbement harnach\u00e9s \u00e0 la turque\u201d. De Vienne,\u00a0 le 16 juillet (1732). L\u2019Envoy\u00e9 de Tunis a demand\u00e9 la permission d\u2019aller \u00e0 Prague pour y avoir audience du Prince Eugene de Savoye &#038; ensuite de l\u2019Empereur; mais il n\u2019a pas encore re\u00e7u de r\u00e9ponse. Le bruit court que le sujet de sa Commission est de proposer une convention de commerce entre sa R\u00e9gence &#038; la Compagnie Orientale de Trieste. (Gazette de France du 2 ao\u00fbt1732).<\/p>\n<p>L\u2019attente du prince Eug\u00e8ne dura longtemps et la rencontre avec lui en personne n\u2019eut lieu qu\u2019\u00e0 l\u2019audience de cong\u00e9, le 26 mars 1733. (Penckler relate qu\u2019\u00e0 l\u2019annonce seul l\u2019Envoy\u00e9 serait admis, excluant tout autre de ses compagnons, ceux-ci \u201cavaient presque pleur\u00e9\u201d et s\u2019\u00e9taient lament\u00e9s de ne pouvoir satisfaire la vive curiosit\u00e9 de voir en chair et en os le c\u00e9l\u00e8bre h\u00e9ros des guerres avec la Turquie).\u00a0 De Vienne, le 2 avril 1733: Jussuf Coggia, Envoy\u00e9 de la R\u00e9gence de Tunis aupr\u00e8s de Sa Majest\u00e9 Imp\u00e9riale, lequel estoit icy depuis la fin du mois de Juin l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, eut le 26 [mars] son audience de cong\u00e9 du Prince Eugene: il fut conduit \u00e0 cette audience, o\u00f9 le Comte de Konigseg, Vice-Pr\u00e9sident du Conseil Aulique, &#038; plusieurs autres personnes de distinction se trouv\u00e8rent, par le sieur Henry de Penckler, Secr\u00e9taire &#038; Interpr\u00e8te de Sa Majest\u00e9 Imp\u00e9riale pour les Langues Orientales, qui alla le prendre dans un carosse du Prince, &#038; le reconduisit dans le mesme carosse en son H\u00f4tel: ce Ministre n\u2019aura point d\u2019audience de l\u2019Empereur avant son d\u00e9part, &#038; il se dispose \u00e0 partir ces jours-cy pour s\u2019en retourner \u00e0 Tunis: on a donn\u00e9 ordre qu\u2019il f\u00fbt d\u00e9fray\u00e9 avec sa suite jusques sur les fronti\u00e8res. (Gazette de France du 18 avril1733). La nouvelle suivante, dans la Gazette de France (20\/9\/1732), laisse entrevoir une partie des complications de la mission en cours: \u2018\u2019Vienne, le 3 sept. &#8211; On a fait dire \u00e0 l\u2019Envoy\u00e9 de la R\u00e9gence de Tunis qu\u2019il n\u2019auroit point d\u2019audience de l\u2019Empereur ny mesme du Prince Eugene de Savoye, qu\u2019apr\u00e8s que le Dey auroit donn\u00e9 satisfaction \u00e0 Sa Majest\u00e9 Imperiale de l\u2019insulte que les Corsaires de Tunis ont faite au Pavillon Imperial dans les Mers de Naples &#038; de Sicile\u201d. Il a fallu donc \u00e9crire \u00e0 Tunis et attendre la r\u00e9ponse: pas moins de 10 semaines, s\u00fbrement. A ce moment, la patience de Hussein Bey envers l\u2019Etat Habsbourg commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019amenuiser. Entre autres, disait-on, il ne trouvait pas ses \u201ccadeaux\u201d \u00e0 la mesure de ses attentes. Le consulat de France, ayant d\u2019embl\u00e9e pris ombrage \u00e0 l\u2019accord avec l\u2019Autriche, se faisait un devoir de nourrir ses r\u00e9ticences. Mais les causes \u00e9taient beaucoup plus complexes. Alors que Youssouf Khoja \u00e9tait encore \u00e0 Vienne, les rumeurs d\u2019atteintes contre le pavillon imp\u00e9rial se faisaient entendre. N\u00e9anmoins, la presse fit part d\u2019un r\u00e9sultat favorable des n\u00e9gociations de l\u2019Envoy\u00e9 tunisien. \u201cLe Trait\u00e9 conclu avec ce Ministre est, dit-on, tr\u00e8s favorable aux Sujets de l\u2019Empereur\u201d, notifia la Gazette d\u2019Amsterdam, d\u2019apr\u00e8s une\u00a0 correspondance de Vienne, du 1er avril (1733). Un journal allemand pr\u00e9cisa qu\u2019en vertu des n\u00e9gociations avec l\u2019Envoy\u00e9 tunisien, tous les navires arborant pavillon imp\u00e9rial seraient \u00e0 l\u2019abri des attaques des corsaires \u201cde cette R\u00e9publique\u201d. Il faudrait voir ici plut\u00f4t l\u2019engagement qu\u2019on fit signer \u00e0 Youssouf Khoja, le 19 f\u00e9vrier (1733), malgr\u00e9 ses r\u00e9ticences et la crainte, exprim\u00e9e, d\u2019avoir la t\u00eate coup\u00e9e, une fois rentr\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 devant un dilemme, et il avait h\u00e2te de continuer sa mission \u00e0 Londres. R\u00e9ciproquement, on continuait, \u00e0 Naples, de se conformer \u201cau Mandement Imp\u00e9rial envoy\u00e9 ici il y a un an, portant d\u00e9fense d\u2019arr\u00eater ou de molester aucun Vaisseau de Barbarie, pourv\u00fb d\u2019un Passeport de la R\u00e9gence de Tripoli ou de celle de Tunis\u201d (Gazette d\u2019Amsterdam du 8 mai1733). De Vienne, le 9 avril 1733: Le 3, Jussuf Coggia, cy devant Envoy\u00e9 de la Regence de Tunis en cette Cour, partit de cette Ville: l\u2019Empereur luy a donn\u00e9 une Cha\u00eene &#038; une M\u00e9daille d\u2019or, &#038; l\u2019Imp\u00e9ratrice luy a fait pr\u00e9sent d\u2019un service de table de vermeil. (Gazette de France du 25 avril1733).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/CharlesVI.jpg\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"257\" align=\"left\" alt=\"\"\/>C\u2019est finalement le 3 avril 1733 que la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne plie bagage et quitte Vienne. Avec sa suite, exacerb\u00e9e d\u2019un s\u00e9jour prolong\u00e9 en milieu \u00e0 tous points de vue \u00e9tranger, des tractations \u00e9prouvantes et des bourses \u00e9puis\u00e9es (le rapport de Penckler fait cas d\u2019une \u2018\u2019r\u00e9bellion domestique\u201c contre le chef de la mission; quatre de ses compagnons le quitt\u00e8rent pour se faire acheminer vers Tunis, via Trieste et Naples, avec les pr\u00e9sents destin\u00e9s au bey), et escort\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re avec la Bavi\u00e8re par H. Penckler, Youssouf Khoja quitte l\u2019Autriche en direction de Londres (d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Vienne il eut des entretiens avec l\u2019ambassadeur anglais). Des correspondants de journaux signalent par intermittence son passage par des villes d\u2019Allemagne (Ravensburg, Francfort, Cologne), avant d\u2019\u00eatre vu \u00e0 Amsterdam. Le 26 mai 1733, la pr\u00e9sence d\u2019un Envoy\u00e9 de Tunis \u00e0 Londres est confirm\u00e9e. Mais s\u2019agit-il de Youssouf Khoja, ou de ce \u2018\u2019certain M\u2019hammad Mu\u00e7t\u2019af\u00e2 al-Tlims\u00e2n\u00ee\u201c, dont M.H. Ch\u00e9rif dit que Hussein Bey, ayant perdu confiance en Youssouf Khoja, \u00e0 la fin de 1732, pr\u00e9f\u00e9ra l\u2019envoyer \u00e0 la cour de Londres, pour l\u2019acquisition de mat\u00e9riaux de construction navale? Quoi qu\u2019il en soit, le 22 octobre 1733, ils sont tous les deux re\u00e7us en audience par le Roi Georges II et paritairement trait\u00e9s. L\u2019audience de cong\u00e9 eut lieu le 13 mai 1734; seul Youssouf Khoja y est cit\u00e9. Une seconde audience de cong\u00e9 de l\u2019Envoy\u00e9 de Tunis est signal\u00e9e le 23 juillet 1734.<br \/>De Londres, le 19 (!) Octobre 1733. Le 22 de ce mois, on c\u00e9l\u00e9bra avec beaucoup de magnificence l\u2019Anniversaire du Couronnement du Roy, &#038; le soir, le Duc de Cumberland donna un grand Bal. Le mesme jour, Sibi Mehasned (sic) &#038; Jusuf Cogia, Envoyez de la R\u00e9gence de Tunis, eurent leur premi\u00e8re audience du Roy, &#038; ils furent admis ensuite \u00e0 celle de la Reine. (Gazette de France du 7 novembre 1733). De Londres, le 23 octobre 1733. Hier, Leurs Majest\u00e9s le Roi et la Reine ont re\u00e7u \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019anniversaire du couronnement de Sa Majest\u00e9 les compliments de toute la Cour. Les deux Ambassadeurs de Tunis ont \u00e9t\u00e9 conduits hier \u00e0 la Cour dans deux carrosses royaux et eurent du Roi leur premi\u00e8re audience. Ils sont ici depuis cinq mois d\u00e9j\u00e0. Quelques m\u00e9sententes avec la R\u00e9publique (de Tunis) ont fait que l\u2019audience n\u2019a pu avoir lieu avant que les choses ne soient arrang\u00e9es. Le Roi a ordonn\u00e9 de leur octroyer 15 livres par semaine pour leurs frais, \u00e0 compter \u00e0 partir de leur arriv\u00e9e. (Hamburgischer Correspondent du 31oct.1733 \u2013 Traduit de l\u2019allem.). De Londres, le 20 mai 1734. Le 13 de ce mois, Isuf Coggia, Envoy\u00e9 de Tunis, eut son audience particuli\u00e8re de cong\u00e9 de Sa Majest\u00e9, estant present\u00e9 par le Lord Harrigton, Secr\u00e9taire d\u2019Etat, &#038; conduit par le Chevalier Clement Cotterel, Maistre des c\u00e9r\u00e9monies: il eut le mesme jour audience de la Reine, du Duc de Cumberland, &#038; de la Princesse Caroline. (Gazette de France du 29 mai 1734). Vienne \u00e0 la fin du 17e S. On voit \u00e0 gauche le faubourg Leopoldstadt o\u00f9 a log\u00e9 l\u2019ambassade tunisienne. Les remparts ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s au milieu du 19e.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Le-Belv%C3%A9d%C3%A8re.jpg\" alt=\"\" width=\"533\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"196\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Hormis les obligations de sa d\u00e9licate mission et les tracasseries avec la commission charg\u00e9e de l\u2019examen de ses requ\u00eates (on lui r\u00e9clamait des pi\u00e8ces justificatives qui lui faisaient d\u00e9faut), Youssouf Khoja ne s\u2019est pas priv\u00e9 de jouir des plaisirs culturels et mondains qu\u2019offrait Vienne \u00e0 cette \u00e9poque du Barock. D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, il se fit r\u00e9server une loge au th\u00e9\u00e2tre. A l\u2019instar de la majorit\u00e9 des ambassadeurs maghr\u00e9bins de l\u2019\u00e9poque, il affichait une pr\u00e9dilection pour les spectacles de com\u00e9die et surtout d\u2019op\u00e9rette. Une note du 11 janvier 1733 informe que la veille, il s\u2019\u00e9tait rendu avec toute sa suite au Comedi-Hau\u00df et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait fort bien amus\u00e9. A Linz, sur le chemin de retour, il r\u00e9torque \u00e0 Penckler, quand il lui annonce que la noblesse de la ville l\u2019invitait \u00e0 une soir\u00e9e, qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re aller \u00e0 la Com\u00e9die. (Il a fallu insister pour lui faire reporter le spectacle au lendemain et satisfaire le d\u00e9sir des gens de voir \u2018\u2019pour la premi\u00e8re fois\u201c un tel \u00e9tranger et \u2018\u2019admirer ses bonnes mani\u00e8res et sa ma\u00eetrise des coutumes europ\u00e9ennes\u201c). D\u2019autre part, il entreprit des visites \u00e0 des fabriques (de porcelaine, de verrerie) et se fit emmener \u00e0 la galerie d\u2019art et \u00e0 la biblioth\u00e8que imp\u00e9riale. Il assiste un soir \u00e0 un feu d\u2019artifice, confortablement install\u00e9 dans une tente que le Maire de la ville fit dresser pour lui\u2026<\/p>\n<p>Le 26 ao\u00fbt 1734, on annon\u00e7ait de Londres que \u2018\u2019Issuf Coggia, qui estoit venu icy il y a quelque temps en qualit\u00e9 d\u2019Envoy\u00e9 du Bey de Tunis, est parti ces jours derniers pour repasser en Afrique\u201c. Cependant, \u2018\u2019rien n\u2019indique qu\u2019il soit rentr\u00e9 \u00e0 Tunis jusqu\u2019\u00e0 la chute de Hussein ben Ali en 1735\u201c (M.H. Cherif &#8211; L\u2019assertion dans un ouvrage sur Hussein ben Ali, qu\u2019il serait rentr\u00e9 de Vienne fin octobre 1734 avec 5 400 livres est incorrecte). D\u2019apr\u00e8s un historien autrichien (H. Benedikt), il aurait \u00e9t\u00e9 de nouveau aper\u00e7u \u00e0 Vienne en mai 1735. Se trouvait-il en route vers la Turquie?<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mounir Fendri<\/strong><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong><a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(17).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26751-de-l-histoire-de-la-diplomatie-tunisienne-une-ambassade-a-vienne-et-a-londres-en-1732-33\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019il est question dans la presse europ\u00e9enne du 18e si\u00e8cle des Etats d\u2019Afrique du Nord, c\u2019est d\u2019abord en relation avec la course et ses retomb\u00e9es. Toutefois, il n\u2019est pas rare de rencontrer, tout au long de ce si\u00e8cle, des nouvelles sur des ambassades maghr\u00e9bines destin\u00e9es aux diff\u00e9rentes cours de l\u2019Europe. 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