{"id":23655,"date":"2019-03-23T13:50:09","date_gmt":"2019-03-23T17:50:09","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aux-comores-la-faillite-annoncee-de-lhopital-chinois-de-bambao\/"},"modified":"2019-03-23T13:50:09","modified_gmt":"2019-03-23T17:50:09","slug":"aux-comores-la-faillite-annoncee-de-lhopital-chinois-de-bambao","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aux-comores-la-faillite-annoncee-de-lhopital-chinois-de-bambao\/","title":{"rendered":"Aux Comores, la faillite annonc\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital chinois de Bambao"},"content":{"rendered":"<p>Quand il a ouvert en pleine for\u00eat tropicale, l\u2019h\u00f4pital de Bambao devait faire entrer l\u2019archipel pauvre des Comores dans l\u2019\u00e8re de la m\u00e9decine dernier cri. Deux ans apr\u00e8s, l\u2019\u00e9chec est cuisant. Boud\u00e9 par les patients, trop cher, endett\u00e9, son existence est d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un cadeau empoisonn\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un bateau qui sombre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un colosse aux pieds d\u2019argile\u00a0\u00bb\u2026 Lorsqu\u2019on lui demande de d\u00e9crire la situation de son \u00e9tablissement, le Dr Ahmed Rakibou est intarissable. Et sans d\u00e9tour.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u2019il avait \u00e9t\u00e9 construit en nous consultant, ce serait un joyau\u00a0\u00bb, r\u00e9sume son tr\u00e8s th\u00e9\u00e2tral p\u00e9diatre en chef, \u00ab\u00a0aujourd\u2019hui il va tout droit en enfer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Install\u00e9 \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de la capitale de l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan Mutsamudu, \u00ab\u00a0l\u2019h\u00f4pital de l\u2019amiti\u00e9 sino-comorienne\u00a0\u00bb devait s\u2019imposer comme le navire-amiral du fragile syst\u00e8me de sant\u00e9 comorien.<\/p>\n<p>Un b\u00e2timent flambant neuf de 120 lits, des effectifs pl\u00e9thoriques \u00e0 l\u2019aune locale (167 agents) et surtout, du scanner \u00e0 la radio num\u00e9rique, des \u00e9quipements d\u2019une technologie jamais vue dans l\u2019archipel.<\/p>\n<p>Il a fallu tr\u00e8s vite d\u00e9chanter. Le \u00ab\u00a0porte-avions\u00a0\u00bb annonc\u00e9, d\u2019un prix affich\u00e9 de 4 milliards de francs comoriens (8 millions d\u2019euros), s\u2019est mu\u00e9 en vaisseau fant\u00f4me.<\/p>\n<p>En cette \u00e9touffante fin de matin\u00e9e, seuls quelques patients d\u00e9ambulent dans les couloirs du b\u00e2timent.<\/p>\n<p>Dans la salle des urgences, un m\u00e9decin examine en silence le bras en \u00e9charpe d\u2019un gamin. Seule l\u2019arriv\u00e9e en ambulance d\u2019une victime de chute \u00e0 moto vient secouer la torpeur du service.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre activit\u00e9 est tr\u00e8s variable\u00a0\u00bb, explique, d\u2019abord prudent, l\u2019infirmier Ali Mosthadoi. \u00ab\u00a0En fait, on n\u2019a pas beaucoup de clients\u00a0\u00bb, finit-il par avouer.<\/p>\n<p>\u2013 \u2018Manque de tout\u2019 \u2013<\/p>\n<p>Son directeur adjoint Sidi Chaanbane est plus disert. Depuis son inauguration en grande pompe en 2017 par le pr\u00e9sident du pays Azali Assoumani, dit-il, l\u2019h\u00f4pital accumule les difficult\u00e9s et tourne au ralenti.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, la route qui vient de Mutsamudu \u00e9tait en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat, les malades avaient du mal \u00e0 arriver jusqu\u2019ici\u00a0\u00bb, confie le gestionnaire. \u00ab\u00a0Elle a \u00e9t\u00e9 refaite depuis, mais notre vrai probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on manque cruellement de moyens et de personnels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Outre les salaires du personnel, l\u2019Etat comorien ne verse \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, public, que 5 millions de francs comoriens (10.000 euros) par mois. Il lui en faudrait 30 pour payer toutes ses factures.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne peut pas boucler le budget\u00a0\u00bb, r\u00e9sume M. Chaanbane.<\/p>\n<p>La gestion au quotidien est un cauchemar. Peu apr\u00e8s son entr\u00e9e en service, le scanner est tomb\u00e9 en panne. La maintenance n\u2019\u00e9tant pas assur\u00e9e par la coop\u00e9ration chinoise, la direction a d\u00fb obtenir un pr\u00eat bancaire pour le remettre en service. Plus d\u2019un an apr\u00e8s.<\/p>\n<p><ins data-revive-zoneid=\"9\" data-revive-id=\"10111e19d28d19d031742ee3b0b33eb0\"\/> <\/p>\n<p>La situation n\u2019est gu\u00e8re plus reluisante c\u00f4t\u00e9 effectifs. Faute de moyens, une centaine de postes ne sont pas pourvus.<\/p>\n<p>Mais le principal probl\u00e8me, c\u2019est le co\u00fbt des soins. Aux Comores, ils ne sont pas gratuits. Une grande partie est prise en charge par l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement (AFD) en vertu d\u2019un programme d\u2019aide.<\/p>\n<p>Mais, m\u00eame r\u00e9duit, le reste \u00e0 payer est largement au-dessus des moyens de la population comorienne, une des plus pauvres de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Stylo en main, le Dr Rakibou fait l\u2019addition. L\u2019h\u00f4pital facture une c\u00e9sarienne \u00e0 ses patientes 125.000 francs comoriens, 600 euros environ.<\/p>\n<p>\u2013 \u2018Trop cher\u2019 \u2013<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quel Comorien peut payer \u00e7a ?\u00a0\u00bb, s\u2019indigne le m\u00e9decin, \u00ab\u00a0non, cet h\u00f4pital n\u2019est pas fait pour la population\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Originaire de Bambao, Kanissa Adbou, 27 ans, confirme. Elle est venue \u00e0 pied aux urgences avec son fils de 8 ans, qui a march\u00e9 sur un clou. \u00ab\u00a0Les soins sont chers\u00a0\u00bb, se plaint-elle, \u00ab\u00a0si j\u2019avais les moyens, je serais all\u00e9e \u00e0 Mayotte car l\u00e0-bas, l\u2019h\u00f4pital est gratuit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ceux qui pensaient que l\u2019ouverture \u00e0 Anjouan d\u2019un h\u00f4pital \u00e9quip\u00e9 \u00e0 l\u2019occidentale dissuaderait les Comoriens de se rendre, en toute ill\u00e9galit\u00e9, sur l\u2019\u00eele fran\u00e7aise voisine pour se faire soigner ou y faire na\u00eetre leurs enfants en sont pour leurs frais.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les gens ici pr\u00e9f\u00e8rent payer 1.000 euros la travers\u00e9e en kwassa kwassa (les pirogues des passeurs) pour Mayotte plut\u00f4t que de venir chez nous\u00a0\u00bb, d\u00e9plore une infirmi\u00e8re, \u00ab\u00a0ils ne font confiance qu\u2019aux m\u00e9decins blancs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, l\u2019h\u00f4pital semble condamn\u00e9 \u00e0 voir ses \u00e9quipements de pointe sous, voire pas utilis\u00e9s du tout.<\/p>\n<p>De quoi faire enrager le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019h\u00f4pital public Hombo de Mutsamudu. Lui manque de tout, sauf d\u2019\u00e9quipements v\u00e9tustes et de malades.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019argent d\u00e9pens\u00e9 l\u00e0-bas aurait suffi \u00e0 r\u00e9nover nos b\u00e2timents, remplacer nos \u00e9quipements et construire des routes pour que les malades des villages alentour puissent venir se faire soigner\u00a0\u00bb, se d\u00e9sesp\u00e8re Ahmed Abdallah. \u00ab\u00a0On n\u2019a m\u00eame pas une ambulance alors que le gouvernement dispose de je ne sais combien de 4\u00d74\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La ministre de la Sant\u00e9 Fatma Mbaraka n\u2019a pas r\u00e9pondu aux sollicitations de l\u2019AFP.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les obstacles, le bouillant Dr Rakibou ne veut pas jeter l\u2019\u00e9ponge. Il veut croire que, quel qu\u2019il soit, le vainqueur de la pr\u00e9sidentielle de dimanche et la communaut\u00e9 internationale finiront par mettre la main \u00e0 la poche. \u00ab\u00a0Il suffirait de pas grand-chose pour nous changer la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Auteur: AFP<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.journalducameroun.com\/fr\/aux-comores-la-faillite-annoncee-de-lhopital-chinois-de-bambao\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand il a ouvert en pleine for\u00eat tropicale, l\u2019h\u00f4pital de Bambao devait faire entrer l\u2019archipel pauvre des Comores dans l\u2019\u00e8re de la m\u00e9decine dernier cri. Deux ans apr\u00e8s, l\u2019\u00e9chec est cuisant. 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