{"id":23672,"date":"2019-03-24T06:03:46","date_gmt":"2019-03-24T10:03:46","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/apatride-de-narjiss-nejjar-frontieres-interieures\/"},"modified":"2019-03-24T06:03:46","modified_gmt":"2019-03-24T10:03:46","slug":"apatride-de-narjiss-nejjar-frontieres-interieures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/apatride-de-narjiss-nejjar-frontieres-interieures\/","title":{"rendered":"Apatride de Narjiss Nejjar : Fronti\u00e8res int\u00e9rieures\u2026"},"content":{"rendered":"<h6 class=\"c3\"><strong><span class=\"c2\"><em>\u00abLa situation territoriale de chacun r\u00e9v\u00e8le en fait sa position relationnelle avec autrui\u00bb.<\/em><\/span><\/strong><\/h6>\n<p class=\"c6\"><strong><span class=\"c4\">N<\/span><span class=\"c5\">arjiss Nejjar est une figure majeure de notre paysage cin\u00e9matographique. Qu\u2019elle soit en charge aujourd\u2019hui de la relance du projet de la cin\u00e9math\u00e8que marocaine est en soi un indice r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0; celui\u00a0 d\u2019une personnalit\u00e9 qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 monter \u00e0 l\u2019assaut des d\u00e9fis. Bouger les lignes, leur dessiner un nouvel horizon. Sa filmographie, tr\u00e8s diversifi\u00e9e dans ses choix et ses r\u00e9ussites n\u2019en demeure pas moins port\u00e9e par une coh\u00e9rence qui \u00e9mane de cette volont\u00e9 d\u2019exprimer une ambition, de construire un regard autour d\u2019une d\u00e9marche qu\u2019elle r\u00e9sume si bien par cette belle m\u00e9taphore\u00a0: capter le cri des yeux.<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"c6\">En ce sens, le cin\u00e9ma de Narjiss Nejjar (riche d\u2019une dizaine de productions dont six longs m\u00e9trages) rel\u00e8ve fondamentalement de la modernit\u00e9 \u00e0 la fois parce que s\u2019y affirme une conscience de l\u2019historicit\u00e9 comme horizon ind\u00e9passable(elle est une cin\u00e9aste engag\u00e9e au sens humaniste du mot) et parce que l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique y devient le mod\u00e8le de l\u2019exp\u00e9rience partag\u00e9e d\u2019un monde commun\u00a0: une forme de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 cin\u00e9phile que traduit son engagement corps et \u00e2me au service de la cin\u00e9math\u00e8que marocaine.<\/p>\n<p class=\"c6\">Cin\u00e9phile, elle l\u2019exprime dans sa d\u00e9marche esth\u00e9tique. Elle dit par exemple \u00eatre touch\u00e9e par le cin\u00e9ma iranien ; on le sent dans ses films, y compris dans son nouvel opus, apatride en comp\u00e9tition officielle \u00e0 Sal\u00e9 \u2018films de femmes). Un point commun peut confirmer cette assertion : chez la cin\u00e9aste marocaine on trouve le m\u00eame engouement pour les ext\u00e9rieurs jours, pour la captation du grand espace que chez une majorit\u00e9 de cin\u00e9astes iraniens. Ce d\u00e9sir d\u2019ext\u00e9rieur est une illusion car pr\u00e9cise Nejjar, \u00eatre dehors ne signifie pas \u00eatre libre ; l\u2019espace ouvert est paradoxalement aussi un enfermement\u2026d\u2019o\u00f9 cette volont\u00e9 d\u2019un autre ailleurs qui anime ses personnages.<\/p>\n<p class=\"c6\">Dans Apatride, il filme l\u2019exil, la qu\u00eate identitaire, la fronti\u00e8re comme m\u00e9tonymie de la m\u00e9tamorphose des corps qui se r\u00e9veille au d\u00e9sir. La fronti\u00e8re, th\u00e8me r\u00e9current chez elle puisque on la retrouve comme \u00e9l\u00e9ment dramatique dans son film Le miroir du fou (2001), est ici d\u2019abord une r\u00e9f\u00e9rence politique pour situer le cadre r\u00e9f\u00e9rentiel du r\u00e9cit mais c\u2019est essentiellement un enjeu dramatique et esth\u00e9tique pour signifier le passage et la mutation des sentiments. Si elle est un rep\u00e8re pour fixer un rep\u00e8re physique, dans Apatride, la fronti\u00e8re joue un r\u00f4le beaucoup plus complexe renvoyant \/puisant dans un fait historique les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une g\u00e9ographie cette fois humaine et psychologique autour de la red\u00e9finition des identit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c6\">Narjiss Nejjar en abordant dans Apatride un fait historique (le sort des Marocains expuls\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie en 1975) ouvre son film sur une probl\u00e9matique universelle th\u00e9oris\u00e9e par la philosophe allemande Hanah Arendt qui analyse le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus marquant du si\u00e8cle qui est en m\u00eame temps un ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait nouveau inou\u00ef et qui t\u00e9moigne de la condition de l\u2019homme moderne: l\u2019homme superflu, l\u2019homme \u00e0 la fronti\u00e8re, l\u2019apatride\u2026. il est ainsi condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019errance\u2026cette qu\u00eate est transcend\u00e9e par le cin\u00e9ma\u00a0: la recherche d\u2019un document administratif (une pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9) devient pr\u00e9texte d\u2019une qu\u00eate existentielle d\u2019un personnage\u2026c\u2019est le programme narratif qui porte le protagoniste du film.\u00a0 Le d\u00e9fi pour H\u00e9nia: pour pouvoir exister \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (avoir des papiers une identit\u00e9), il faut \u00eatre assur\u00e9 de tenir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur par quelque fil invisible mais solide (l\u2019amour, la famille\u2026).<\/p>\n<p class=\"c6\">La s\u00e9quence d\u2019ouverture est dans ce sens d\u2019une \u00e9loquence inou\u00efe\u00a0: au ciel limpide renvoyant \u00e0 une utopie de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation est superpos\u00e9e un espace fragment\u00e9 avec moult cloisons\u00a0: portes, fen\u00eatres\u2026et ces barbel\u00e9s qui renvoient \u00e0 la fronti\u00e8re g\u00e9opolitique. La cam\u00e9ra prend d\u2019embl\u00e9e position en adoptant le point de vue de H\u00e9nia qu\u2019elle accompagne chevill\u00e9e au corps. D\u00e8s les premi\u00e8res images on la voit bouger, sortir, prendre un v\u00e9lo\u2026ou encore plus tard dans une voiture, ou courir dans la plage. Le d\u00e9placement s\u2019impose au protagoniste parce qu\u2019elle comme \u00e9trang\u00e8re au monde\u2026 \u00a0Un corps mobile qui traverse un ensemble d\u2019espace clos. La configuration sc\u00e9nographique nous invit\u00e9 moins \u00e0 une logique spatiale qu\u2019\u00e0 une topographie imaginaire, celle de la m\u00e9moire (voir le personnage de l\u2019aveugle).<\/p>\n<p class=\"c6\">Cependant l\u2019enjeu du film reste le cin\u00e9ma\u00a0; l\u2019\u00e9criture cin\u00e9matographique dans Apatride advient comme acte de saisie de l\u2019histoire dans une d\u00e9marche po\u00e9tique\u00a0 qui est un hymne \u00e0 la beaut\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c7\"><strong>Mohammed Bakrim\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: rahal mehamed<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/apatride-de-narjiss-nejjar-frontieres-interieures.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLa situation territoriale de chacun r\u00e9v\u00e8le en fait sa position relationnelle avec autrui\u00bb. Narjiss Nejjar est une figure majeure de notre paysage cin\u00e9matographique. 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