{"id":23973,"date":"2019-03-25T07:30:00","date_gmt":"2019-03-25T11:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-patte-du-corbeau-une-saga-saoudienne\/"},"modified":"2019-03-25T07:30:00","modified_gmt":"2019-03-25T11:30:00","slug":"la-patte-du-corbeau-une-saga-saoudienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/la-patte-du-corbeau-une-saga-saoudienne\/","title":{"rendered":"La Patte du Corbeau : une saga saoudienne"},"content":{"rendered":"<p><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Rafik-Darragi(10).jpg\" alt=\"\" width=\"200\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"240\" align=\"right\"\/>La Patte du Corbeau<\/em> <em>(La Fuite)<\/em>, est le premier roman du saoudienYahya Amqassim. Publi\u00e9\u00e0 Beyrouth en 2008, sous le titre S\u00e2q al-ghur\u00e2b, il fut chaleureusement accueilli par la presse \u00e0 travers le monde arabe. L\u2019auteur, n\u00e9 en 1972, est dipl\u00f4m\u00e9 en droit. Il vit et travaille actuellement \u00e0 Ryad apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au bureau culturel de l\u2019ambassade d\u2019Arabie Saoudite \u00e0 Paris, puis \u00e0 Beyrouth.Il a \u00e0 son actif, outre <em>La Patte du Corbeau<\/em>, un recueil de nouvelles et un roman, <em>Rajul al-shit\u00e2 (L\u2019Homme d\u2019hiver)<\/em>.<\/p>\n<p>Le titre et la localisation spatiale de cette \u0153uvre volumineuse &#8211; elle totalise\u00a0 468pages &#8211; ne sont pas tout \u00e0 fait anodins. Ils nous rappellent le c\u00e9l\u00e8bre br\u00fblot, <em>Villes de sel<\/em>, du saoudien Abdul Rahman Mounif, (1933-2004), qui se d\u00e9roule \u00e0 Wadi al-Ouyoun, une oasis verdoyante, au milieu d\u2019un immense d\u00e9sert, \u00e0 l\u2019est de l\u2019Arabie saoudite, puis \u00e0 Harran, une petite bourgade c\u00f4ti\u00e8re. Quant \u00e0 <em>La Patte du Corbeau<\/em> <em>(La Fuite)<\/em>, c\u2019est le nom d\u2019un massif de pentes basses non loin d\u2019Osseira, chef-lieu situ\u00e9 dans la verdoyante vall\u00e9e d\u2019Al-Husseini, au sud-ouest de l\u2019actuelle Arabie saoudite.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/La-Patta-du-Corbeau.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"477\" align=\"left\"\/>Les deux romans portent chacun un regard lucide sur l\u2019histoire sociale d\u2019une r\u00e9gion d\u2019Arabie o\u00f9 les habitants subissent une nouvelle forme de colonisation, qui n\u2019est pas sans rappeler certaines \u0153uvres c\u00e9l\u00e8bres comme celles de Faulkner, en Am\u00e9rique et de Chinua Achebe en Afrique. Si, dans le roman d\u2019Abdul Rahman Mounif, les envahisseurs du paisible village de Wadi al-Ouyoun sont des Am\u00e9ricains \u00e0 la recherche du p\u00e9trole avec la b\u00e9n\u00e9diction et le ferme soutien des autorit\u00e9s locales, dans <em>La Patte du Corbeau<\/em> <em>(La Fuite)<\/em>, c\u2019est l\u2019Emirat venu du nord, qui impose peu \u00e0 peu, insidieusement, ses lois iniques dans Osseira, abolissant la mixit\u00e9 hommes-femmes, interdisant les rites ancestraux et propageant l\u2019int\u00e9grisme.<\/p>\n<p>Divis\u00e9 en 3 parties, \u2018Un peuple qui s\u2019en va\u2019, \u2018Vaillance pr\u00e9caire\u2019 et \u2018La Colline radieuse\u2019, <em>La Patte du Corbeau (La Fuite)<\/em>, est une longue sagao\u00f9 l\u2019auteur, faisant habilement appel aux mythes, aux l\u00e9gendes et aux valeurs ancestrales comme l\u2019attachement \u00e0 la terre et \u00e0 la tradition, met \u00e0 nu, peu \u00e0 peu, les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me et les ressorts du comportement humain.<\/p>\n<p>Comme le sugg\u00e8re si bien son titre, \u2018Un peuple qui s\u2019en va\u2019, la premi\u00e8re partie est consacr\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sentation des principales figures de cette saga et \u00e0 leur fuite avec tous les habitants des hameaux de la vall\u00e9e d\u2019Al Husseini vers les monts avoisinantspar crainte d\u2019une confrontation avec les soldats de la tribu des S\u00e9oud combattant \u00e0 dos de chameau. La m\u00e8re du cheikh, Sadiqiya, personnage central aux pouvoirs myst\u00e9rieux, s\u2019adressant aux habitants, proph\u00e9tisealors:<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates au seuil d\u2019un temps qui ne vous appartient plus. Assur\u00e9ment ces gens ne sont pas venus pour vous faire la guerre, comme vous le croyez\u2026 Ils sont venus pour vous apporter une autre loi. Notre vie va se transformer. Veillez sur vos enfants, car vous les verrez bient\u00f4t partir vers le nord, et quitter leur pays, ils vont partir \u00e0 la recherche d\u2019un Etat, pour gagner de l\u2019argent, du papier\u2026 \u00bb (p.32).<\/p>\n<p>Sadiqiya a un neveu, Beshaybesh, auquel elle est tr\u00e8s attach\u00e9e et dont l\u2019attitude dans cette saga est r\u00e9v\u00e9latrice dans la mesure o\u00f9, anim\u00e9 de l\u2019instinct vengeur, il y symbolise ce d\u00e9sir de r\u00e9sistance contre les envahisseurs \u00e9trangers venus du Nord. Il n\u2019est pas sans nous rappeler Mut\u2019ib al-Hadhal, le personnage central de <em>Villes de sel<\/em>, un homme respect\u00e9 et influent deWadi al-Ouyoun qui, seul, s\u2019insurge contre la destruction syst\u00e9matique de l\u2019oasis par les Am\u00e9ricains \u00e0 la recherche du p\u00e9trole. Il prit sa chamelle et son fusil et disparut, laissant derri\u00e8re lui femme et enfants, mais cr\u00e9ant du coup le mythe de la r\u00e9sistance. Dans les deux romans, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment derri\u00e8re ce d\u00e9sir de r\u00e9sistance que se profile la vraie trag\u00e9die de cestribus saoudiennes, la perte de leur terre,le d\u00e9ni des valeurs ancestraleset, partant, la perte de l\u2019\u00e9panouissement humain, une vie frapp\u00e9e par la mal\u00e9diction.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie, \u2018Vaillance pr\u00e9caire \u00bb, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s leur retour au village,la paix revenue, les habitants s\u2019affairent autour de la circoncision de Hamoud, le fils du cheikh. Tissant sans discontinuer des d\u00e9tails r\u00e9v\u00e9lateurs, Yahya Amqassimre vient souvent sur ce sujet pourtant d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 dans leprologue. Sous-titr\u00e9 \u2018Les Vaillants de la Tihama\u2019, une r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 la r\u00e9gion du lieu de naissance de l\u2019auteur, le prologue commence ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab Hamoud el Kheir tenait fermement la b\u00eache, dont la lame \u00e9tincelait, assis sur une large souche, au milieu d\u2019un bosquet. Il \u00e9tait nu, il avait pos\u00e9 son membre d\u00e9couvert sur un bloc de granit qui luisait comme la surface immobile d\u2019un lac. Il se pr\u00e9parait \u00e0 accomplir le geste de la circoncision. \u00bb (p.7)<\/p>\n<p>Or Hamoud el-Kheir \u00e9tait le fils du cheikh d\u2019Osseira. Le jeune gar\u00e7on ne savait pas qu\u2019en pratiquant sur lui-m\u00eame la circoncision, il risquait la peine de mort comme l\u2019a \u00e9dict\u00e9 l\u2019Emir. Il voulait co\u00fbte que co\u00fbte, affirmer sa virilit\u00e9 et \u00e9viter les railleries de sa tribu. Bless\u00e9 l\u2019enfant sera soign\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 mais, d\u00e9sormais son nom sera le Gland. Il faut dire, \u00e0 ce propos, que la trame du livre est largement bas\u00e9e non seulement sur l\u2019attachement \u00e0 la terre et aux valeurs ancestrales,mais \u00e9galement sur ce rite de la circoncision,sur les c\u00e9r\u00e9monies etles festivit\u00e9squi lui sont li\u00e9es.<br \/>En effet, contrairement, par exemple, \u00e0 son compatriote Youssef al-Mohaimeed, l\u2019auteur de <em>Loin de cet enfer<\/em>, Yahya Amqassim\u00a0 ne d\u00e9nonce pas une\u00a0 soci\u00e9t\u00e9 de violence\u00a0 puisant\u00a0 ses racines\u00a0 dans une id\u00e9ologie de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de valeur des personnes. La violence inh\u00e9rente \u00e0 la morale sociale r\u00e9gissant les habitants de la vall\u00e9e d\u2019Al-Husseini,construite selon des principes intangibles et des traditions imm\u00e9moriales, concerne surtout la sexualit\u00e9. L\u2019\u00e9pisode du \u2018Fils de l\u2019ardeur\u2019 \u00abcet \u00eatre myst\u00e9rieux (qui) passait la nuit dans les maisons en toute impunit\u00e9\u00bb (p.293) en est un exemple r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<p>Comme dans un suspense, \u00e0 travers un constant glissement de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019imaginaire et vice-versa,les subtils coups de pinceau de l\u2019auteur dans la troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie, \u2018La Colline radieuse\u2019, laissent habilement entre voir la trajectoire finale des principaux protagonistes. L\u2019auteur y souligne en particulier la mystification de la m\u00e8re S\u00e2diqiya. C\u2019\u00e9tait elle qui avait r\u00e9ussi \u00e0 chasser d\u2019Osseirale Lecteur du Coran \u00e0 la solde de l\u2019Emir:<\/p>\n<p>\u00abMaintenant, esp\u00e8ce de d\u00e9bauch\u00e9, tu es chass\u00e9 d\u2019ici, en vertu de la religion et de la loi d\u2019Osseira et de la vall\u00e9e d\u2019Al-Husseini! Quitte le village, et que l\u2019aube de demain ne te voie plus ici!\u00bb (p.254)<\/p>\n<p>De cette longue saga saoudienne nous n\u2019en dirons pas plus. Nous laissons \u00e9videmment, au lecteur le soin de la d\u00e9couvrir. Pr\u00e9cisons toutefoisqu\u2019elle est int\u00e9ressante \u00e0 lire et qu\u2019il y trouvera, entre autre, une profusion del\u00e9gendes, dechants, de thr\u00e8nes,de proverbes et autres riches aphorismes.<\/p>\n<p><em><strong>Yahya Amqassim,\u00a0 La Patte du Corbeau (La Fuite), roman traduit de l\u2019arabe par Luc Barbulesco, Sindbad ACTES SUD, 468 pages.<\/strong><\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Rafik Darragi<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26753-une-saga-saoudienne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Patte du Corbeau (La Fuite), est le premier roman du saoudienYahya Amqassim. 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