{"id":24476,"date":"2019-03-27T04:28:05","date_gmt":"2019-03-27T08:28:05","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/produits-alimentaires-comprendre-les-causes-de-la-hausse-des-prix-sur-les-marches\/"},"modified":"2019-03-27T04:28:05","modified_gmt":"2019-03-27T08:28:05","slug":"produits-alimentaires-comprendre-les-causes-de-la-hausse-des-prix-sur-les-marches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/produits-alimentaires-comprendre-les-causes-de-la-hausse-des-prix-sur-les-marches\/","title":{"rendered":"Produits alimentaires: comprendre les causes de la hausse des prix sur les march\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>A la suite de sa derni\u00e8re rencontre avec les acteurs des fili\u00e8res poissons et riz import\u00e9s, le minist\u00e8re du Commerce a rendu un communiqu\u00e9 dans lequel il annon\u00e7ait les prix qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Pour les deux produits, on assiste \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re baisse et l\u2019administration a promis la fermet\u00e9 dans l\u2019ex\u00e9cution de cette directive. \u00ab\u00a0<em>Le ministre du Commerce a donn\u00e9 des instructions fermes aux services comp\u00e9tents de son d\u00e9partement minist\u00e9riel pour des contr\u00f4les effectifs et \u00e0 l\u2019application de la tol\u00e9rance z\u00e9ro<\/em>\u00a0\u00bb. La r\u00e9action du gouvernement se voulait forte car ces deux produits sont la base d\u2019un des plats les plus accessibles pour les consommateurs camerounais, \u00e0 savoir le riz sauce d\u2019arachide, poisson. Bien que volontariste cette instruction minist\u00e9rielle n\u2019apportera que de faibles r\u00e9sultats et cela pour deux raisons.<\/p>\n<blockquote readability=\"7\">\n<p>Il sera difficile pour le minist\u00e8re de faire appliquer cette r\u00e9solution dans ces march\u00e9s o\u00f9 les prix sont impact\u00e9s par d\u2019autres facteurs comme le transport et la marge des acteurs de distribution<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0, la note concerne les march\u00e9s de Douala et de Yaound\u00e9. Les deux villes regroupent certes pr\u00e8s de <strong>8 millions<\/strong> d\u2019habitants, si on s\u2019en tient aux chiffres du dernier recensement de la population et ses perspectives de croissance, qui datent de 2010. Mais une part importante des consommateurs de ces produits vit dans les zones rurales, qui parfois, ne sont pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es de ces deux m\u00e9tropoles. Il sera difficile pour le minist\u00e8re de faire appliquer cette r\u00e9solution dans ces march\u00e9s o\u00f9 les prix sont impact\u00e9s par d\u2019autres facteurs comme le transport et la marge des acteurs de distribution. L\u2019autre point marquant du communiqu\u00e9 minist\u00e9riel, c\u2019est que cette action semble \u00eatre limit\u00e9e dans le temps. Il parle d\u2019un approvisionnement qui peut satisfaire le march\u00e9 sur les trois ou quatre prochains mois. Mais aucun d\u00e9tail n\u2019est donn\u00e9 sur ce qui fonde cette certitude. Et les d\u00e9fis soulev\u00e9s par les acteurs de la fili\u00e8re d\u2019importation de ces produits n\u2019ont pas confirm\u00e9 la disponibilit\u00e9 de tels stocks. Cela est encore plus improbable pour le poisson qui ne peut \u00eatre conserv\u00e9 autant de temps.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Rappel 1\u00a0: Le budget agricole a augment\u00e9, mais tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 du niveau de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le fait est que le gouvernement court aujourd\u2019hui apr\u00e8s une situation, sur laquelle je bihebdomadaire <strong>Ecomatin<\/strong> avait donn\u00e9 des alertes. La premi\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 de rappeler que les dirigeants camerounais sur une p\u00e9riode de dix ans pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019ann\u00e9e 2017, n\u2019\u00e9taient pas parvenus \u00e0 consacrer <strong>10%<\/strong> du budget national \u00e0 l\u2019agriculture. En 2017, le budget consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019agriculture avait atteint les <strong>111 milliards<\/strong> de FCFA, selon des donn\u00e9es recueillies par le journaliste Daniel Bekolo. Ce chiffre repr\u00e9sentait un record, en comparaison au budget de <strong>26 milliards<\/strong> de FCFA consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Agriculture en 2006.\u00a0 Mais une analyse de dix ann\u00e9es de budget national depuis l\u2019ann\u00e9e 2006 a d\u00e9montr\u00e9 que pr\u00e8s de <strong>876 milliards<\/strong> de FCFA ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s au secteur mais cela ne repr\u00e9sentait que <strong>3%<\/strong> des d\u00e9penses publiques globales de la p\u00e9riode. Or tout le probl\u00e8me est l\u00e0 selon des statistiques r\u00e9centes, le secteur agricole emploi pr\u00e8s de <strong>70%<\/strong> de la force de travail effective, mais ne contribue qu\u2019\u00e0 hauteur de <strong>20%<\/strong> de la cr\u00e9ation de valeur ajout\u00e9e. De nombreuses initiatives n\u2019ont pourtant pas manqu\u00e9. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Paul Biya lors du comice agro pastorale d\u2019Ebolowa avait annonc\u00e9 avec force le lancement de l\u2019agriculture de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Elle passait par la modernisation des champs et la mise en place d\u2019unit\u00e9s pour une premi\u00e8re transformation. Le pays est pass\u00e9 par une s\u00e9rie de programmes aussi bien agricoles que pastoraux. Mais plusieurs de ces programmes ont fait parler d\u2019eux dans le mauvais sens. L\u2019usine de montage des tracteurs d\u2019Ebolowa est quasiment \u00e0 l\u2019abandon, et seules quelques machines ont \u00e9t\u00e9 remises. Il y a quelques ann\u00e9es, un gros scandale avait \u00e9cum\u00e9 le programme ma\u00efs avec \u00e0 la cl\u00e9 une grosse affaire politico judiciaire. Re\u00e7u par un responsable du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, la r\u00e9daction d\u2019<strong>Ecomatin<\/strong> s\u2019\u00e9tait fait dire que le non-respect des accords de <strong>Maputo<\/strong> n\u2019\u00e9tait pas le fait exclusif du Cameroun. Mais des discussions avec la chambre d\u2019agriculture avait permis de d\u00e9terminer que l\u2019unanimit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas acquise entre les acteurs officiels de ce secteur. On d\u00e9plorait surtout le fait que les montants disponibles n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9s avec efficience.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Rappel 2\u00a0: La crise des devises<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, la r\u00e9daction d\u2019Ecomatin a averti sur un probl\u00e8me qui a refait surface, celui de la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux devises pour payer les fournisseurs internationaux. Le prix du poisson \u00e0 ce moment-l\u00e0 montait d\u00e9j\u00e0 et le carton avait atteint les <strong>30 000 FCFA<\/strong> contre <strong>25 000<\/strong> pr\u00e9c\u00e9demment.\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Lorsque je vais au matin chaque matin, je d\u00e9couvre un nouveau prix. Nous les petits d\u00e9taillants, nous sommes oblig\u00e9s d\u2019augmenter aussi les prix pour avoir de la marge<\/em>\u00a0\u00bb, s\u2019exprimait une dame \u00e0 ce sujet. Aujourd\u2019hui, ces \u00ab\u00a0<em>petites dames<\/em>\u00a0\u00bb de la fili\u00e8re poisson n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 la table des discussions. Or, la grande majorit\u00e9 du poisson consomm\u00e9 localement (<strong>70%<\/strong> selon des chiffres du minist\u00e8re du Commerce). Selon des chiffres du Centre international du commerce, les importations de poissons au Cameroun ont repr\u00e9sent\u00e9 environ <strong>140 milliards<\/strong> par entre 2011 et 2017. Une situation qui difficilement comprise car, selon des experts le bassin hydrographique du Cameroun lui permet de d\u00e9velopper une importante production de poisson d\u2019eau douce. Or depuis 2016 que s\u2019est d\u00e9clar\u00e9e la crise des devises, la banque centrale a apport\u00e9 des restrictions \u00e0 l\u2019utilisation de ces devises. Avec un taux de couverture ext\u00e9rieure de la monnaie de seulement <strong>57%<\/strong>, la comp\u00e9tition est rude et forc\u00e9ment cela cr\u00e9e un rench\u00e9rissement des co\u00fbts d\u2019importations.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les chiffres officiels, le Cameroun produit actuellement <strong>168.000 tonnes<\/strong> de poisson, toutes esp\u00e8ces confondues, par an. Pourtant, d\u2019apr\u00e8s les estimations officielles, les besoins annuels sont estim\u00e9s \u00e0 <strong>240.000 tonnes<\/strong> environ. Soit un gap de <strong>72.000 tonnes<\/strong> chaque ann\u00e9e entre la production et la demande. La cons\u00e9quence de cette faible production locale est les importations.\u00a0 Par exemple en 2013, les poissons congel\u00e9s repr\u00e9sentent en moyenne <strong>2,7%<\/strong> des importations du Cameroun, devant les v\u00e9hicules et engins qui repr\u00e9sentent <strong>2,1%<\/strong> du trafic import. Ces produits proviennent majoritairement de la <strong>Mauritanie<\/strong> et de la <strong>Chine<\/strong>, repr\u00e9sentant <strong>41%<\/strong> du volume total des importations. Pourtant, le Cameroun regorge de potentialit\u00e9s qui peuvent permettre d\u2019augmenter l\u2019offre en produits halieutiques. Par ailleurs, il est \u00e0 constater que non seulement la production locale n\u2019est pas en quantit\u00e9 suffisante, mais, elle n\u2019est pas adapt\u00e9e au march\u00e9. En effet, le co\u00fbt des produits locaux est deux fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des produits import\u00e9s et ne r\u00e9pond pas \u00e0 la bourse des consommateurs. Seuls, les plus nantis peuvent se targuer de manger du bar camerounais.\u00a0 L\u00e0 est r\u00e9ellement le d\u00e9fi de ce secteur au Cameroun. Tout de m\u00eame, il faut reconna\u00eetre que les efforts de structuration du secteur halieutique au Cameroun ont consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. De m\u00eame, les budgets y aff\u00e9rant ont \u00e9t\u00e9 revus \u00e0 la hausse ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette volont\u00e9 s\u2019est traduite \u00e0 travers l\u2019appui aux p\u00eacheurs et aux transformateurs organis\u00e9s, en \u00e9quipements de p\u00eache et de traitement des produits pour accro\u00eetre leur production, au renforcement de la structuration des p\u00eacheurs en groupes socio-professionnels, \u00e0 l\u2019appui au d\u00e9veloppement de l\u2019aquaculture par la r\u00e9habilitation des \u00e9tangs priv\u00e9s.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Rappel 3\u00a0: La diversification tant annonc\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie pi\u00e9tine<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La diversification de l\u2019\u00e9conomie Cameroun a du mal \u00e0 tenir la route. Et pourtant, le gouvernement camerounais ne cesse de faire des appels \u00e0 la diversification, la qualifiant de meilleur atout du Cameroun pour faire face \u00e0 la crise qui touche depuis peu les pays de la CEMAC depuis la chute des cours du p\u00e9trole. Rien ou presque n\u2019a chang\u00e9 depuis lors. Le Cameroun a une balance commerciale d\u00e9ficitaire. Le pays importe toujours plus qu\u2019il n\u2019en exporte. Selon le rapport que vient de publier l\u2019Institut national de la Statistique (<strong>INS<\/strong>) sur le commerce ext\u00e9rieur au Cameroun au premier trimestre 2018, le d\u00e9ficit commercial du Cameroun continue de se creuser. Les conclusions de ce rapport font \u00e9tat de ce que la balance commerciale pour cette p\u00e9riode est de <strong>253,4 milliards<\/strong> de FCFA, soit une augmentation de <strong>159,5 milliards<\/strong> de F CFA (+<strong>169,7%)<\/strong> en glissement annuel.<\/p>\n<blockquote readability=\"7\">\n<p>En bref, le Cameroun s\u2019endette pour acheter de la nourriture que lui-m\u00eame est capable de produire localement<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette aggravation du d\u00e9ficit commercial r\u00e9sulte d\u2019une augmentation des importations de <strong>105,8 milliards<\/strong> de FCFA et d\u2019une diminution des exportations de <strong>53,7 milliards<\/strong> de F CFA par rapport au premier trimestre 2017.\u00a0M\u00eame si cette performance donne lieu de s\u2019inqui\u00e9ter, le pays reste dans un seuil acceptable de d\u00e9ficit. Il faut tout de m\u00eame souligner que ce d\u00e9ficit pourra \u00e0 long ou \u00e0 moyen termes se refl\u00e9ter sur le service de la dette. Plus l\u2019on s\u2019att\u00e8le \u00e0 rembourser le d\u00e9ficit, moins on a tendance \u00e0 financer les investissements.\u00a0 En r\u00e9alit\u00e9, si le d\u00e9ficit de la balance commerciale ne repr\u00e9sente pas en lui-m\u00eame un danger imm\u00e9diat sur l\u2019\u00e9conomie, la r\u00e9elle inqui\u00e9tude r\u00e9side dans la qualit\u00e9 des produits import\u00e9s et export\u00e9s. Le rapport de l\u2019INS souligne qu\u2019au premier trimestre 2018, les d\u00e9penses d\u2019importations du Cameroun se chiffrent \u00e0 <strong>719,8 milliards<\/strong> de F CFA pour <strong>1,8 millions de tonnes<\/strong> de marchandises, enregistrant ainsi des hausses de <strong>17,2%<\/strong> en valeur et <strong>22,5%<\/strong> en quantit\u00e9 par rapport au premier trimestre 2017. Cette augmentation des d\u00e9penses d\u2019importation r\u00e9sulte de la hausse des d\u00e9penses d\u2019importation des produits de l\u2019industrie chimique (<strong>55,5%)<\/strong> dont <strong>18,5%<\/strong> pour les produits pharmaceutiques, des cokes de bitume et autres r\u00e9sidus du p\u00e9trole (<strong>303,7%),<\/strong> des c\u00e9r\u00e9ales (<strong>23,2%)<\/strong> dont <strong>20,6%<\/strong> pour le riz, des animaux et produits du r\u00e8gne animal (<strong>26,1%)<\/strong> et les poissons de mer congel\u00e9s (<strong>18,9%).<\/strong> Par contre dans le m\u00eame groupe des produits import\u00e9s, les machines et appareils \u00e9lectriques <strong>(-30,7%)<\/strong>, carburants et lubrifiants <strong>(-61,8%)<\/strong> et v\u00e9hicules de tourisme <strong>(-13,4%)<\/strong> sont en baisse. Ce qui permet de constater que les produits de consommation sont en hausse par rapport aux produits de production. La facture des importations de produits alimentaires par exemple repr\u00e9sente <strong>23,4%<\/strong> des d\u00e9penses d\u2019importations contre <strong>22,0%<\/strong> \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e 2017. Elle est nettement en hausse alors que les importations de la technologie et des appareils \u00e9lectriques qui soutiennent l\u2019investissement. C\u2019est-\u00e0-dire que le Cameroun importe pour se nourrir et non pour d\u00e9velopper les infrastructures et relancer les secteurs productifs.<\/p>\n<p>En plus dans la liste des principaux produits agroalimentaires import\u00e9s outre les c\u00e9r\u00e9ales (<strong>10,1%<\/strong> dont le riz et les et les poissons de mer congel\u00e9s, on retrouve les animaux et produits du r\u00e8gne animal (<strong>4,7%)<\/strong> ; produits du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal (<strong>11,3%)<\/strong> ; graisse et huile animales ou v\u00e9g\u00e9tales (<strong>1,7%)<\/strong> et produits alimentaires industriels (<strong>5,7%<\/strong>).\u00a0 Tous des aliments qui ont la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre produit localement. En bref, le Cameroun s\u2019endette pour acheter de la nourriture que lui-m\u00eame est capable de produire localement. Une subtilit\u00e9 qui rel\u00e8ve l\u00e0 les grands d\u00e9fis de la diversification de l\u2019\u00e9conomie. Ainsi, investir pour la production de ses produits de mani\u00e8re \u00e0 satisfaire la demande locale et d\u2019envisager l\u2019exportation serait d\u2019un avantage consid\u00e9rable pour solidifier et consolider l\u2019\u00e9conomie locale. Or, d\u00e9penser de l\u2019argent pour des produits de consommation ne produit pas de la richesse, au contraire elle enrichit les producteurs \u00e9trangers et \u00e0 la limite les importateurs.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Page 6 Des explications possibles \u00e0 la crise actuelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Confier la gestion du probl\u00e8me au ministre du Commerce semble \u00eatre une fuite en avant. Non seulement son d\u00e9partement minist\u00e9riel n\u2019est que peu outill\u00e9, en plus de cela, il ne peut pas agir sur des \u00e9l\u00e9ments de gouvernance qui sont devenus de vrais d\u00e9fis de conjoncture. Le Premier est la baisse de la production des produits alimentaires, conjugu\u00e9e \u00e0 la perturbation des circuits d\u2019approvisionnement (Routes notamment). Comme annonc\u00e9 une ann\u00e9e auparavant, l\u2019offre des produits alimentaires est faible au Cameroun. La culture vivri\u00e8re pratiqu\u00e9e sur de petites surfaces, ne permet pas de d\u00e9gager suffisamment de revenus, pour financer les besoins des gens qui ont \u00e9volu\u00e9 entre temps (T\u00e9l\u00e9phone andro\u00efd, des femmes sophistiqu\u00e9es, et un mode de vie moderne). Or, pour avoir l\u2019acc\u00e8s aux ressources financi\u00e8res qui permettent de consommer ces nouveaux biens et services, il faut produire plus et pouvoir les apporter sur le march\u00e9, pour satisfaire la demande. Mais les gens abandonnent. Et l\u00e0 aussi, il y a quelques raisons. Une politique fonci\u00e8re qui ne vise pas le d\u00e9ploiement agricole. Les personnes \u00e2g\u00e9es vivent mieux et plus longtemps, et donc continuent d\u2019avoir la mainmise sur les propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, or elles n\u2019ont ni les ressources financi\u00e8res, ni les ressources physiques pour mettre en exploitation ces superficies. Les jeunes qui sont dans ce conflit de l\u2019acc\u00e8s au foncier sont donc contraints soit d\u2019exercer dans des m\u00e9tiers du tertiaire (moto taxi g\u00e9n\u00e9ralement), soit de quitter pour aller trouver le bonheur en ville. Or, cette situation provoque de type de probl\u00e8mes. La production agricole baisse alors que la demande notamment des grandes villes augmente. La parfaite situation pour une hausse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des prix.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Abandon des champs, accroissement de la population urbaine<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Toujours dans cette rubrique, les crises s\u00e9curitaires que connaissent plusieurs r\u00e9gions du pays est venue rajouter \u00e0 ce probl\u00e8me d\u00e9j\u00e0 complexe. Deux d\u2019entre elles que sont le Nord-ouest et le Sud-Ouest repr\u00e9sentent de gros bassin de production. Non seulement on n\u2019y produit plus normalement, les voies d\u2019approvisionnement sont coup\u00e9es par des bandes arm\u00e9es et l\u2019occupation militaire, mais aussi, de nombreux originaires de ces zones fuient les hostilit\u00e9s et arrivent \u00e0 Douala et Yaound\u00e9. La cons\u00e9quence est une explosion de la demande pour des produits alimentaires qu\u2019on ne produit plus ou qui ne sont plus disponibles sur le march\u00e9 en quantit\u00e9 suffisante. Or, plus de gens dans les villes, c\u2019est plus de demande de produits alimentaires, et moins de production dans les villages ajout\u00e9s \u00e0 des routes qui sont de mauvaises qualit\u00e9s (Yaound\u00e9-Bafoussam-Douala), cela entra\u00eene un cercle vicieux de hausse des prix. La Bayam Sallam qui avant envoyait ses enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole en vendant un sac de mais, doit payer plus cher d\u00e9sormais, elle est donc contrainte d\u2019augmenter ses prix pour avoir plus de marges, lorsqu\u2019elle ne te vend carr\u00e9ment pas la qualit\u00e9 pour maintenir ses marges.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Une crise des devises devenue effective<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me d\u00e9fi est celui de la politique mon\u00e9taire. La BEAC est d\u00e9sormais tr\u00e8s frileuse de faciliter la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Ce qui dans le cas pr\u00e9sent lui cr\u00e9e un arbitrage difficile. Normalement, lorsque les prix augmentent, les banques centrales comme la BEAC durcissent les sorties d\u2019argent, car des prix en hausse signifie en th\u00e9orie mon\u00e9taire, qu\u2019il y a tellement d\u2019argent en circulation, que les gens sont pr\u00eats \u00e0 payer plus pour avoir le moindre bien. Dans le cas du Cameroun, on vit la m\u00eame situation. Il y a une masse importante d\u2019argent, sauf que le collat\u00e9ral de cet argent, ce n\u2019est pas les biens produits localement, (la BEAC aurait inject\u00e9 plus d\u2019argent pour permettre une plus grande production des biens et donc une baisse des prix). Mais le corolaire fondamental, ce sont les r\u00e9serves de change en raison des sollicitations de paiement des importations. \u00ab\u00a0<em>Si vous avez 100 FCFA, il y a des chances que 70% de ces 100 FCFA soient d\u00e9pens\u00e9s sur des produits import\u00e9s ou semi import\u00e9s. Or, pour acheter sur le march\u00e9 mondial, la monnaie utilis\u00e9e c\u2019est la devise internationale qu\u2019est le Dollar. Lorsqu\u2019on a assez de Dollars pour couvrir nos importations et d\u00e9penses ext\u00e9rieures, pas de probl\u00e8me. Mais actuellement, pour 100 FCFA au Cameroun, la banque centrale ne peut couvrir que 57 FCFA en Dollars<\/em>\u00bb, explique <strong>idriss linge<\/strong>, journaliste financier \u00e0 l\u2019Agence <strong>Ecofin<\/strong>. Non seulement cette situation cr\u00e9e une comp\u00e9tition pour l\u2019acc\u00e8s aux devises, et donc les titres d\u2019importation deviennent plus chers, mais encore, cela r\u00e9duit l\u2019offre des produits alimentaires car, on n\u2019a pas assez de devises pour en importer. Un repli qui vient s\u2019ajouter \u00e0 la baisse de l\u2019offre de la production locale. Or, que ce soit les importateurs et les producteurs locaux, ils d\u00e9fendent tous le m\u00eame principe. Face \u00e0 la hausse de leurs charges, ils veulent aussi augmenter leurs marges et donc ils augmentent les prix alors que pour <strong>40%<\/strong> de la population, les revenus n\u2019ont pas augment\u00e9<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Une gouvernance tatillonne de l\u2019administration et des entreprises<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Il y a enfin des mauvais arbitrages dans la politique budg\u00e9taire. Le gouvernement lui aussi voit ses besoins augmenter. Ses mauvaises politiques structurelles ont conduit \u00e0 la hausse des prix que vous subissez et qu\u2019eux aussi finalement comme consommateurs (<strong>67%<\/strong> du budget de l\u2019Etat), ils subissent. Plut\u00f4t que de voir que le probl\u00e8me c\u2019est de r\u00e9duire leurs d\u00e9penses, ou revoir la politique des taxes comme la TVA pour lib\u00e9rer de la liquidit\u00e9 dans le secteur des affaires et encourager les investissements, il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. Au contraire, il \u00e9largit les taxes sur des contribuables d\u00e9j\u00e0 existants, et le peu d\u2019acteurs \u00e9conomiques qui acceptent de fonctionner dans le formel. Le poids des formalit\u00e9s administratives, ajout\u00e9 aux co\u00fbts d\u00e9j\u00e0 exorbitants des processus d\u2019importations, tend \u00e0 rench\u00e9rir le prix des biens de consommation. Enfin, il y a un manque de vision strat\u00e9gique et la mauvaise foi des hommes d\u2019affaires camerounais, qui se lancent tous dans la course \u00e0 l\u2019argent plut\u00f4t que la course au cercle \u00e9conomique vertueux. Tout le monde augmente les prix \u00e0 son niveau et l\u2019effet d\u2019entra\u00eenement de la hausse cr\u00e9e une bulle d\u2019augmentation.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le Mincommerce en guerre contre toute hausse illicite des prix<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Cela ne fait plus aucun doute, il y a v\u00e9ritablement surchauffe des prix sur le march\u00e9 camerounais. Et, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana a pris l\u2019ampleur de la situation, lors des concertations, le 20 mars dernier \u00e0 Yaound\u00e9, avec les op\u00e9rateurs des fili\u00e8res riz et poisson import\u00e9s. Des concertations auxquelles prenaient part les associations de d\u00e9fense des droits de consommateurs. Au terme de ces concertations, des prix au consommateur du riz et du poisson, des produits qualifi\u00e9s de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s de commun accord. Ainsi, pour ce qui concerne le riz, le 25% de brisure qui repr\u00e9sente 70% des approvisionnements doit se vendre au prix 330 Fcfa le kilogramme \u00e0 Douala et 350\u00a0 Fcfa\/kg \u00e0 Yaound\u00e9. S\u2019agissant du riz de luxe, notamment le riz tha\u00eflandais 5% de brisure, son prix est de 410 Fcfa\/kg \u00e0 Douala pour ce qui concerne les marques premium (Neima, Buoli, Dindon et Lion) et 375 Fcfa\/kg pour toutes les autres marques. Pour la ville de Yaound\u00e9, le riz des marques premium doit se vendre \u00e0 425 Fcfa\/kg et 390 Fcfa\/kg pour toutes les autres marques.<\/p>\n<p>Pour ce qui est du poisson, le prix du maquereau 20+ doit osciller entre <strong>1000<\/strong> et <strong>1200 Fcfa\/kg<\/strong> \u00e0 Douala comme \u00e0 Yaound\u00e9. Le thon moyen calibre quant \u00e0 lui doit se vendre \u00e0 <strong>700 Fcfa\/kg<\/strong> \u00e0 Douala tout comme \u00e0 Yaound\u00e9. Pendant que la sardine se vendra \u00e0 <strong>750 Fcfa\/kg<\/strong> dans les march\u00e9s de Douala comme ceux de Yaound\u00e9. Pour ce qui est de la vari\u00e9t\u00e9 bar Corvina gros calibre, son prix est fix\u00e9 \u00e0 <strong>1350 Fcfa\/kg<\/strong> \u00e0 Douala comme \u00e0 Yaound\u00e9. Et enfin, le bar calada gros calibre est aussi vendu \u00e0 <strong>1350 Fcfa\/kg<\/strong> \u00e0 Douala et Yaound\u00e9. Le ministre du Commerce pr\u00e9cise d\u2019ailleurs que ces produits sont disponibles en quantit\u00e9 <strong>200 000 tonnes<\/strong> pour le riz et d\u00e9j\u00e0 des quotas pour <strong>188 000 tonnes<\/strong> attribu\u00e9s par le ministre des P\u00eaches et des Industries animales \u00e0 9 importateurs pour le poisson. Il n\u2019y a donc pas de risque de p\u00e9nurie de ces produits. Les quantit\u00e9s disponibles \u00e9tant suffisantes pour assurer l\u2019approvisionnement normal\u00a0 du march\u00e9 au cours des trois, voire les quatre prochains mois.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le Mincommerce, a donn\u00e9 des instructions fermes aux services comp\u00e9tents de son d\u00e9partement minist\u00e9riel, pour des contr\u00f4les effectifs, permanents et \u00e0 tol\u00e9rance z\u00e9ro. Car, faut-il le souligner, il ne suffit pas pour cette administration de fixer les prix de certains de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, il faut surtout\u00a0 que ces prix soient effectivement appliqu\u00e9s sur le terrain. Ce qui, tr\u00e8s souvent n\u2019est pas le cas. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la veille sur les prix pratiqu\u00e9s sur le march\u00e9 que doivent mener les services du Mincommerce.<\/p>\n<div class=\"about-author about-author-box container-wrapper\">\n<div class=\"author-avatar\">\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/\" alt=\"\"\/><\/p>\n<\/div>\n<p><h4>La R\u00e9daction EcoMatin<\/h4>\n<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"awac-wrapper awac widget blog_subscription-2\">\n<h4 class=\"widget-title\">Abonnez-vous \u00e0 notre lettre d&rsquo;information<\/h4>\n<\/div>\n<p>Auteur: EcoMatin<br \/>\n<a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/produits-alimentaires-comprendre-les-causes-de-la-hausse-des-prix-sur-les-marches\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la suite de sa derni\u00e8re rencontre avec les acteurs des fili\u00e8res poissons et riz import\u00e9s, le minist\u00e8re du Commerce a rendu un communiqu\u00e9 dans lequel il annon\u00e7ait les prix qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Pour les deux produits, on assiste \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re baisse et l\u2019administration a promis la fermet\u00e9 dans l\u2019ex\u00e9cution de cette directive. 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