{"id":24763,"date":"2019-03-29T13:34:00","date_gmt":"2019-03-29T17:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/malek-ben-salah-vivre-damour-et-deau-fraiche-dans-la-tunisie-daujourdhui\/"},"modified":"2019-03-29T13:34:00","modified_gmt":"2019-03-29T17:34:00","slug":"malek-ben-salah-vivre-damour-et-deau-fraiche-dans-la-tunisie-daujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/malek-ben-salah-vivre-damour-et-deau-fraiche-dans-la-tunisie-daujourdhui\/","title":{"rendered":"Malek Ben Salah : Vivre d\u2019amour et d\u2019eau fra\u00eeche \u2026 dans la Tunisie d\u2019aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<h2>De la bagarre sur le prix du lait<\/h2>\n<p>Dans tout ce qui se passe aujourd\u2019hui \u00e0 propos du prix du lait, de pertes au niveau de l\u2019agriculteur, de recherche des gouvernements successifs \u00e0 ne pas augmenter le prix \u00e0 la production, de r\u00e9clamations d\u2019augmentations des prix par les producteurs et par les interm\u00e9diaires\u2026 il y a lieu de d\u00e9terminer s\u2019il s\u2019agit, \u00e0 l\u2019origine, d\u2019erreurs dues \u00e0 des incomp\u00e9tences ou s\u2019il s\u2019agit de conjonctures plus ou moins r\u00e9p\u00e9titives et quels sont ses rapports avec cet apr\u00e8s-r\u00e9volution dont nous supportons toutes sortes de cons\u00e9quences ? L\u2019int\u00e9r\u00eat national et celui du Tunisien moyen sont-ils en jeu ?<\/p>\n<h2>Comp\u00e9tences et Incomp\u00e9tences<\/h2>\n<p>Dans le Larousse le mot \u2018\u2019Comp\u00e9tence est d\u00e9fini comme la capacit\u00e9 connue en telle ou telle mati\u00e8re en raison de connaissances poss\u00e9d\u00e9es et qui donne le droit d\u2019en juger\u2018\u2019. Dans le cas qui nous concerne, faire appel \u00e0 une comp\u00e9tence, c\u2019est recourir au sp\u00e9cialiste \u00e0 qui on donnera le droit de juger et d\u2019agir simultan\u00e9ment !<br \/>Quant au sens de \u2018\u2019L\u2019Int\u00e9r\u00eat National\u2018\u2019, souvent galvaud\u00e9, il impose dans le cadre d\u2019une saine approche \u00e9conomique et sociale du secteur, en plus du choix des probl\u00e8mes \u00e0 \u00e9tudier et des solutions les plus appropri\u00e9es, le choix des techniques propres \u00e0 leur \u00e9tude et aux voies de leur application\u2026.ce qui n\u00e9cessite une comp\u00e9tence affirm\u00e9e dans le domaine ayant un savoir-faire confirm\u00e9 pour collecter les donn\u00e9es, mener des entretiens, comprendre et analyser les situations, restituer et partager les r\u00e9sultats, apporter une aide \u00e0 la d\u00e9cision, et \u00e9galement accompagner les projets.<br \/>Moyennant quoi, j\u2019esp\u00e8re que ce message puisse parvenir \u00e0 tous hors de toute implication politique !<\/p>\n<h3>Comp\u00e9tences de r\u00e9f\u00e9rence et savoir-faire<\/h3>\n<p>Avec l\u2019approche du Ramadan, la question d\u2019augmentation du prix du lait prend une tr\u00e8s grande acuit\u00e9 et fait l\u2019objet d\u2019un s\u00e9rieux marchandage entre \u2018\u2019agriculteurs et pouvoirs publics\u2019\u2019 ; tout comme cela sera bient\u00f4t le cas pour les prix de la viande, des l\u00e9gumes, des fruits et autres produits animaux et v\u00e9g\u00e9taux\u2026 qui subiront certainement des augmentations que le citoyen aura des difficult\u00e9s \u00e0 accepter\u2026<br \/>Il n\u2019est probablement pas suffisant de partir de l\u2019augmentation du co\u00fbt des intrants utilis\u00e9s pour conclure \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019augmenter le prix du produit fini ! A-t-on essay\u00e9 au moins de s\u2019adresser aux comp\u00e9tences de ce domaine pour d\u00e9terminer\u00a0 s\u2019il n&rsquo;y avait pas d\u2019abord d\u2019erreurs d\u2019approches dans les itin\u00e9raires techniques suivis qui auraient grev\u00e9 les co\u00fbts de ces productions, avant les hommes politiques et les commerciaux C\u2019est l\u00e0, le r\u00f4le qu\u2019une bonne gouvernance doit donner \u00e0 ces comp\u00e9tences ! Pour ce qui est du lait, c\u2019est \u00e0 cette science qu\u2019on appelle \u2018\u2019zootechnie\u2019\u2019, science qui, malheureusement, semble \u00eatre mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart depuis des d\u00e9cennies, et aux zootechniciens qu\u2019il faut s\u2019adresser. Et c\u2019est par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette science qu\u2019on doit rechercher tout d\u2019abord les solutions dans tout ce concerne les probl\u00e8mes de l\u2019\u00e9levage et de son d\u00e9veloppement ; bien s\u00fbr avant que les probl\u00e8mes ne commencent \u00e0 se poser ! Ce \u00e0 quoi, ne semble recourir l\u2019Etat ou encore plus rarement ce professionnel qui souvent n\u2019a toujours pas les qualifications n\u00e9cessaires qu\u2019est l\u2019agriculteur d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h3>Des fondamentaux auxquels l\u2019Etat et \u2018\u2019la profession\u2019\u2019 doivent se r\u00e9f\u00e9rer<\/h3>\n<p>Sans chercher \u00e0 recourir \u00e0 des la\u00efus trop pompeux, disons simplement qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019\u00e9levage, le co\u00fbt des produits animaux est essentiellement fonction d\u2019une part du potentiel g\u00e9n\u00e9tique qui se manifeste notamment \u00e0 travers la race de l\u2019animal ; et, d\u2019autre part, du co\u00fbt des aliments que nous fournissons \u00e0 ce cheptel\u2026et bien s\u00fbr aux m\u00e9thodes d\u2019\u00e9levage adopt\u00e9s !<\/p>\n<h2>Le Potentiel g\u00e9n\u00e9tique animal et l\u2019adaptation des races laiti\u00e8res<\/h2>\n<p>Pour s\u2019adonner \u00e0 l\u2019\u00e9levage un agriculteur doit \u00eatre form\u00e9 et averti. Il se doit de rechercher une race laiti\u00e8re, performante et qui s\u2019adapte aux conditions de la r\u00e9gion o\u00f9 il est install\u00e9 et faire profiter son cheptel des productions de son exploitation pour obtenir les meilleurs co\u00fbts des produits finis (lait, viande, beurre, fromages, veaux, v\u00eales\u2026)..<\/p>\n<p>Mais dans la pratique, \u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance, on avait dans l\u2019Etablissement de l\u2019Elevage de Sidi Thabet, effectu\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019importations de races \u00e0 l\u2019essai : frisonnes, fleckviehs, tarentaises, brunes des Alpes, Montb\u00e9liardes et m\u00eame Jerseyaises. Apr\u00e8s mon d\u00e9part pour poursuivre mes \u00e9tudes, dans les premi\u00e8res heures de l\u2019Ind\u00e9pendance, peu de rapports avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis quant aux performances de ce cheptel. Par la suite, les \u00e9levages qui se sont constitu\u00e9s \u00e9taient surtout \u00e0 base de frisonnes, de tarentaises et de brunes des Alpes. Un grand nombre de \u2018\u2019crois\u00e9es\u2019\u2019 et de \u2018\u2019locales\u2019\u2019 formaient le gros de l\u2019\u00e9levage. Vers la fin des ann\u00e9es 1970, les services responsables entam\u00e8rent des importations assez massives de Holstein. Et progressivement, la Tunisie \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 avoir 43,8% de ses vaches laiti\u00e8res en race Holstein (avec une lactation moyenne de 4.000 L\/t\u00eate) alors qu\u2019en Hollande pays reconnu pour la qualit\u00e9 de ses \u00e9leveurs, par exemple, cette race Holstein n\u2019atteignait que 39,2% de leurs vaches laiti\u00e8res (bien qu\u2019elles leur donnaient une lactation moyenne de 8.016 L\/t\u00eate soit le double) ; soit d\u00e9j\u00e0 un certain g\u00e2chis surtout que ce cheptel n\u2019\u00e9tait pas toujours install\u00e9 dans les r\u00e9gions et conditions propices !<\/p>\n<p>A remarquer, d\u2019ailleurs, qu\u2019un grand nombre de ce b\u00e9tail, s\u00e9lectionn\u00e9 avant l\u2019importation, \u00e9tait envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019abattoir parfois m\u00eame avant le remboursement du cr\u00e9dit d\u2019acquisition, que l\u2019importation de \u2018\u2019ma\u00efs et soja\u2019\u2019 commen\u00e7ait \u00e0 prendre de l\u2019ampleur pour leur alimentation, et que des \u2018\u2019usines\u2019\u2019 pour produire du concentr\u00e9 notamment avec ces ma\u00efs et soja import\u00e9s voyaient le jour. Certains agriculteurs et producteurs, peu encadr\u00e9s, r\u00e9duisaient souvent la ration distribu\u00e9e au cheptel \u00e0 des quantit\u00e9s de plus en plus importantes de ces concentr\u00e9s standardis\u00e9s au d\u00e9triment de l\u2019affouragement en foin et en verdure produits localement\u2026 Bien entendu, les errements techniques et \u00e9conomiques devenaient de plus en plus apparents.<\/p>\n<h2>Co\u00fbt d\u2019alimentation du cheptel (m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas toujours de la race la plus adapt\u00e9e)<\/h2>\n<p>Le co\u00fbt des aliments offert \u00e0 ce cheptel \u00e9tait, \u00e0 l\u2019origine, bas\u00e9 sur des rations qui permettaient de produire du lait et de la viande au moindre co\u00fbt, gr\u00e2ce \u00e0 une ration compos\u00e9e de productions de l\u2019exploitation dont notamment : (1) des fourrages en culture pluviale au sein de l\u2019assolement (ou sous forme de prairies permanentes ou temporaires) pour \u00e9viter des co\u00fbts inutiles de transport sur de longues distances \u2026 ; (2) des fourrages irrigu\u00e9s d\u2019hiver et d\u2019\u00e9t\u00e9 qui permettent d\u2019\u00e9quilibrer la ration servie et rentabiliser les p\u00e9rim\u00e8tres irrigu\u00e9s sans arriver \u00e0 surexploiter les fragiles ressources en eau dont disposent l\u2019agriculteur et le pays\u2026 Ces deux types de productions fournissaient le foin n\u00e9cessaire et la verdure \u00e0 ce b\u00e9tail\u2026 ; (3) des concentr\u00e9s form\u00e9s par les prot\u00e9agineux locaux (f\u00e9veroles) et les co-produits de l\u2019exploitation ou du concentr\u00e9 du commerce pour compl\u00e9ter la ration.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt de l\u2019alimentation bas\u00e9 sur ces produits de l\u2019exploitation \u00e9tait ainsi ma\u00eetris\u00e9 ; \u00e0 noter au passage qu\u2019il s\u2019agissait de cultures fortement enrichissantes pour le sol qui en avait bien besoin.<\/p>\n<p>Par la suite, des \u00e9levages en claustration devinrent de plus en plus nombreux. L\u2019utilisation dans la ration du son, qui n\u2019a de sens que dans les ann\u00e9es de disette, \u00e9tait devenue un \u00e9l\u00e9ment constant de la ration alimentaire ; l\u2019Etat devenant de plus un acteur permanent et un arbitre dans la distribution de ce produit tr\u00e8s secondaire. On parle m\u00eame de l\u2019instauration d\u2019un commerce du \u2018\u2019pain rassis\u2019\u2019 comme composante nouvelle dans cette ration. La distribution de verdure devenant de plus en plus r\u00e9duite ou disparaissait m\u00eame de cette ration et les \u2018\u2019concentr\u00e9s\u2019\u2019 rempla\u00e7aient, chez certains producteurs, souvent toute conception de rations \u00e9quilibr\u00e9es ou rationnellement calcul\u00e9es\u2026<\/p>\n<h3>Production fourrag\u00e8re, ses rapports avec l\u2019investissement dans l\u2019\u00e9levage et l\u2019accompagnement de l\u2019agriculteur<\/h3>\n<p>L\u2019alimentation r\u00e9serv\u00e9e au cheptel \u00e9tait donc, \u00e0 l\u2019origine, bas\u00e9e sur les produits de l\u2019exploitation comme l\u2019aurait souhait\u00e9 un zootechnicien comp\u00e9tent. L\u2019investissement (= le cr\u00e9dit demand\u00e9) portait essentiellement sur le co\u00fbt d\u2019achat du cheptel et \u00e9tait soumis \u00e0 un accord de l\u2019administration pour tout demandeur cr\u00e9dit. Pour cela, on exigeait de lui de disposer d\u2019un minimum de production fourrag\u00e8re propre, et c\u2019\u00e9tait parfaitement justifi\u00e9.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les \u2018\u2019services de vulgarisation\u2019\u2019 qu\u2019on avait mont\u00e9 en parall\u00e8le b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019informations et d\u2019une documentation relative aux m\u00e9thodes d\u2019\u00e9levage et aux assolements \u00e0 conseiller et que nous concevions, en liaison avec la recherche : en cultures pluviales (comprenant des introductions comme le bersim, l\u2019orge verte, le medic, le tr\u00e8fle de Perse\u2026) pour les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays ; pour la cr\u00e9ation de prairies temporaires et permanentes avec diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s de luzerne, de tr\u00e8fles, de f\u00e9tuques (et de sulla pour l\u2019extr\u00eame nord \u2026selon les conditions locales),et, pour les cultures irrigu\u00e9es (fanes et d\u00e9chets de betterave et de diverses cultures mara\u00eech\u00e8res, sous produits de l\u2019agro-industrie\u2026.). Les Cellules Territoriales de Vulgarisation (CTV), qu\u2019on construisait alors, servaient ainsi de relais pour la modernisation du secteur et rapprochaient le vulgarisateur de l\u2019agriculteur qui y trouvait un minimum d\u2019appui\u2026, \u00e0 l\u2019image du \u2018\u2019dispensaire\u2019\u2019 qu\u2019installait la Sant\u00e9 Publique en plein bled (en lui permettant d\u2019avoir un bureau, un moyen de locomotion et un logement sur place).<\/p>\n<p>Ainsi donc, avec cette panoplie de produits, avec cet encadrement rapproch\u00e9 et un souci permanent d\u2019\u00e9laborer des assolements adapt\u00e9s aux conditions climatiques, aux sols, aux besoins du march\u00e9\u2026 ; soit un tissage d\u2019orientations &#8211; qui liaient les services centraux aux services r\u00e9gionaux \u2013 qui visait une int\u00e9gration minimale entre les productions v\u00e9g\u00e9tales et animales\u2026 au sein de l\u2019exploitation, le vulgarisateur \u00e9tait donc dot\u00e9 d\u2019outils de travail pour donner \u2018\u2019le conseil\u2019\u2019 adapt\u00e9 aux cas de figures en pr\u00e9sence ; l\u2019agriculteur trouvant son compte dans cette symbiose avec le vulgarisateur.<br \/>Avec les ann\u00e9es 1990, l\u2019autonomisation d\u00e9cid\u00e9e pour la vulgarisation par la cr\u00e9ation d\u2019une \u2018\u2019AVFA\u2019\u2019 mais qui n\u2019\u00e9tait pas toujours dirig\u00e9e par un sp\u00e9cialiste, les Plans (mobiles) qui ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire le nombre de projets int\u00e9gr\u00e9s et o\u00f9 on ne recommandaient plus qu\u2019une \u2018\u2019diversification des cultures\u2019\u2019 au lieu d\u2019orientations vers des syst\u00e8mes de production r\u00e9gionalis\u00e9s et des assolements mieux \u00e9labor\u00e9s en accord avec la recherche et avec le non remplacement des vulgarisateurs qui partaient \u00e0 la retraite, les CTV commenc\u00e8rent \u00e0 se d\u00e9peupler, \u00e0 fermer ou \u00e0 \u00eatre c\u00e9d\u00e9es \u00e0 d\u2019autres utilisateurs ou carr\u00e9ment \u00e0 tomber en ruines\u2026 Le conseil passait entre les mains de conseillers priv\u00e9s dont l\u2019impact variait d\u2019un conseiller \u00e0 l\u2019autre, laissant en particulier, les petits exploitants \u00e0 leur libre arbitre\u2026.<\/p>\n<h2>R\u00e9percussions sur les prix mais aussi sur les sols<\/h2>\n<p>Avec l\u2019abandon de ces quelques fondements, qui permettaient \u2018\u2019UNE VISION INTEGREE\u2019\u2019 au moins au niveau des syst\u00e8mes de production disparaissaient, les pr\u00e9cautions \u00e9l\u00e9mentaires prises par les comp\u00e9tences de l\u2019\u00e9poque, et sans aller vers des explications par trop techniques ; aussi bien le pays, que les diff\u00e9rents acteurs, que NOS SOLS\u2026 se trouvent aujourd\u2019hui gravement p\u00e9nalis\u00e9s par cette d\u00e9bandade et par l\u2019abandon de ce lien que formait la vulgarisation !<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui (1) la substitution d\u2019\u00e9levages dimensionn\u00e9s sur une production fourrag\u00e8re propre de l\u2019exploitation par des \u00e9levages (souvent suburbains et surdimensionn\u00e9s) aliment\u00e9s par des concentr\u00e9s en grande partie import\u00e9s \u00e0 des prix de plus en plus \u00e9lev\u00e9s ; (2) l\u2019abandon ou la r\u00e9duction de plusieurs cultures profitables \u00e0 l\u2019\u00e9levage par leurs productions et leurs coproduits\u2026, au profit de c\u00e9r\u00e9ales et de pailles sur paille qui ne re\u00e7oivent que des fumures min\u00e9rales ; (3) la demande de plus en plus forte de concentr\u00e9s du commerce par des \u00e9leveurs souvent sans exploitations agricoles ; (4) la baisse des superficies en cultures fourrag\u00e8res et prot\u00e9agineuses qui a entra\u00een\u00e9 un \u00e9puisement de la mati\u00e8re organique et de la fertilit\u00e9 des sols \u2026 ont eu pour cons\u00e9quences pour ce qui nous concerne (1) une d\u00e9pendance de plus en plus importante du ma\u00efs et du soja import\u00e9s en devises (le dinar perdant de plus en plus sa valeur) alors que des pays comme la France font des efforts pour \u00e9tendre leurs superficies en soja et r\u00e9duire l\u2019importation\u2026; (2) l\u2019adoption de rations d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es pour le troupeau ; (3) un nombre de sp\u00e9culateurs, et des charges d\u2019utilit\u00e9 discutables plus lourdes (de transport, de sant\u00e9 animale\u2026) ; (4) l\u2019obtention de produits animaux \u00e0 des co\u00fbts exorbitants pour l\u2019agriculteur et peu supportables par le consommateur ; (5) un d\u00e9s\u00e9quilibre de plus en plus marqu\u00e9 de la balance commerciale\u2026.<\/p>\n<h3>Sans science et sans conscience<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, et de plus, avec l\u2019apparition de march\u00e9s parall\u00e8les incontr\u00f4l\u00e9s\u2026, on peut dire qu\u2019il y a eu une destruction consciencieuse des<br \/>potentialit\u00e9s de notre agriculture ; qu\u2019il serait plus difficile de r\u00e9tablir, un jour, les \u00e9quilibres dans notre milieu rural et agricole \u2026. le temps inexorable et les changements climatiques, n\u00e9glig\u00e9s ou ignor\u00e9s par nos d\u00e9cideurs travaillent dans le sens contraire d\u2019une agriculture quelque peu durable, et ne permettraient que tr\u00e8s difficilement de refaire ce que notre ignorance a d\u00e9fait\u2026<br \/>La fameuse citation de Rabelais \u2018\u2019science sans conscience n\u2019est que ruine de l\u2019\u00e2me ! \u2019\u2019 peut \u00eatre tunisifi\u00e9e en \u2018\u2019Sans science et sans conscience, il n\u2019y aura que ruine de l\u2019\u00e2me, de l\u2019homme et du pays\u2026 !\u2019\u2019<\/p>\n<h3>Une faute partag\u00e9e entre l\u2019Etat et l\u2019agriculteur ?<\/h3>\n<p>Voici donc une situation, qu\u2019on le veuille ou non, consciemment ou inconsciemment, o\u00f9 l\u2019Etat se partage les fautes avec l\u2019agriculteur.<\/p>\n<h2>Quelques fautes cumul\u00e9es par l\u2019Etat en mati\u00e8re d\u2019\u00e9levage<\/h2>\n<p>L\u2019Etat, responsable de toutes les productions est cens\u00e9 orienter ses agriculteurs, et notamment les plus petits \u00e0 des productions rentables et \u00e0 la meilleure valorisation des ressources en terre dont ils disposent. De plus et dans les faits, les importations de cheptel par des organismes de l\u2019Etat n\u2019ont pas tenu compte de la formation des b\u00e9n\u00e9ficiaires et ne leur a pas assur\u00e9 l\u2019accompagnement n\u00e9cessaire. On se demande pourquoi avoir arr\u00eat\u00e9 sans raison cette exigence d\u2019une production de fourrages en fonction des besoins de l\u2019\u00e9levage \u00e0 installer (quitte \u00e0 encourager cette production, au moins par une subvention des semences pour lesquelles il n\u2019y a aucune production organis\u00e9e). Et encore une fois, l\u2019abandon de la vulgarisation et sa non-reprise apr\u00e8s la r\u00e9volution par des projets de l\u2019Etat ne pouvait avoir que de mauvaises r\u00e9percussions sur le secteur.<\/p>\n<p>L\u2019Etat ayant \u00e0 sa charge la recherche, la formation, la vulgarisation \u00e9tait sens\u00e9 r\u00e9server, tout comme pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou la sant\u00e9 publique un pourcentage en relation avec leur r\u00f4le de \u2018\u2019Nourrir le Tunisien\u2019\u2019. Alors qu\u2019\u00e0 titre d\u2019exemple, on trouve dans la r\u00e9partition du budget de l\u2019exercice 2018 du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture dans la presse du 23 novembre 2017, une d\u00e9claration qui annonce que pr\u00e8s de 60% du budget du MARHP, au titre de l\u2019ann\u00e9e 2018 sont consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019eau et qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la recherche, l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, la formation et la vulgarisation 1%. Le gouvernement \u00e9tant sens\u00e9 donner une place un peu plus cons\u00e9quente \u00e0 ces secteurs \u00e9minemment important pour l\u2019avenir du pays, m\u00eame \u00e0 une p\u00e9riode aussi dure que cette apr\u00e8s r\u00e9volution !<\/p>\n<p>Avec cela on peut pr\u00e9tendre s\u00e9rieusement faire vivre le Tunisien d\u2019amour et d\u2019eau fra\u00eeche et lui \u00e9viter tous ces tracas pour produire du lait, des fruits ou des l\u00e9gumes. Notons que sans parler de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, la formation et la vulgarisation \u2026 et que rien que pour les 12 \u00e9tablissements de recherche et les 11 \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur agricoles, l\u2019effectif est de 822 enseignants-chercheurs pour lesquels le pays a besoin de programmes et de moyens mat\u00e9riels et financiers compatibles avec ces programmes, m\u00eame s\u2019ils ne le r\u00e9clament pas.<\/p>\n<h2>La faute \u00e0 l\u2019agriculteur et la conduite inappropri\u00e9e de l\u2019\u00e9levage<\/h2>\n<p>L\u2019agriculteur, quant \u00e0 lui, il a faut\u00e9 en se laissant imposer, souvent, des races trop exigeantes dont il ne peut assurer l\u2019entretien, ou en ne dimensionnant pas ou peu son cheptel avec sa production fourrag\u00e8re; ou encore en s\u2019adonnant \u00e0 un \u00e9levage suburbain plus ou moins surdimensionn\u00e9 bas\u00e9 sur une alimentation essentiellement en concentr\u00e9s import\u00e9s \u00e0 plus de 90% ; ou encore, pour les tout petits, en n\u2019alimentant des b\u00eates aux origines tr\u00e8s s\u00e9lectionn\u00e9es\u2026 que dans les foss\u00e9s, les poubelles ou avec du pain rassis\u2026 ; ce n\u2019est certainement pas de leur faute, mais comme il n\u2019y a personne pour les conseiller\u2026 peut-on le lui reprocher !<\/p>\n<p>De m\u00eame, il est quand m\u00eame grave, que parmi la fine fleur d\u2019agriculteurs d\u2019\u00e9lite, qui existent quand m\u00eame encore, personne n\u2019ait r\u00e9clam\u00e9, ou ressenti au moins le besoin, de cr\u00e9er une Profession agricole digne de ce nom ; et qui peut prendre en charge progressivement le d\u00e9veloppement de leur secteur \u00e0 travers des Chambres d\u2019agriculture r\u00e9gionales ; des associations de jeunes agriculteurs ; proposer aux gouvernements respectifs des textes permettant l\u2019agrandissement de la propri\u00e9t\u00e9 trop petite surtout que l\u2019Etat dispose de quelques 500.000 ha plut\u00f4t mal exploit\u00e9s ou des textes permettant un encouragement au d\u00e9part \u00e0 la retraite des agriculteurs \u00e2g\u00e9s avec l\u2019installation de jeunes chefs d\u2019exploitation plus form\u00e9s et mieux outill\u00e9s pour le progr\u00e8s\u2026 ; ce qui ne peut \u00eatre un r\u00f4le attribu\u00e9 aux des 2 syndicats existants qui font de leur mieux pour ce qui est de la d\u00e9fense du secteur comme tout syndicat, le DEVELOPPEMENT ne pouvant \u00eatre de leur ressort. Bien s\u00fbr ceci exige des subsides, mais cela est \u00e9galement \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 demander \u00e0 l\u2019Etat au moins pour une p\u00e9riode de d\u00e9marrage !<\/p>\n<h3>Mesures imm\u00e9diates \u00e0 prendre si on veut bien r\u00e9-orienter les tendances actuelles d\u2019\u00e9levages \u00e0 bout de souffle<\/h3>\n<p>Devant ces quelques flashs, et pour la situation pr\u00e9sente de r\u00e9tention possible du lait ou de vente du cheptel, c\u2019est aux agronomes et zootechniciens (s\u2019il y en a) de l\u2019Etat de d\u00e9cider de ce qu\u2019il ya lieu de faire.<\/p>\n<p>Pour ce qui me concerne, je voudrais rappeler seulement que les d\u00e9cisions pour les campagnes prochaines se prennent aujourd\u2019hui et que c\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on doit les engager pour s\u2019assurer qu\u2019il ne s\u2019agit pas de d\u00e9cisions en l\u2019air.<\/p>\n<p>En style t\u00e9l\u00e9graphique, j\u2019aurais \u00e0 recommander aux deux partenaires de terrain responsables de ce secteur l\u2019OEP et l\u2019AVFA, il s\u2019agit :<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Pour l\u2019OEP:<\/strong><\/span><\/p>\n<p>D\u2019encourager la production pour la prochaine campagne en vu, au moins, du doublement ou triplement des superficies fourrag\u00e8res de vesce\/avoine, luzerne, sulla, bersim, medic\u2026 dans le Nord ; et de luzerne dans le Centre et le Sud, par une importation massive des semences de ces esp\u00e8ces qui manquent sur le march\u00e9 national et de s\u2019entendre avec le Minist\u00e8re des Finances sur une subvention ad\u00e9quate pour favoriser leur acquisition par l\u2019agriculteur sans perdre encore l\u2019ann\u00e9e prochaine en tergiversations\u2026. avec r\u00e9alisation des importations suffisamment t\u00f4t. Un programme parall\u00e8le pour relancer la culture de l\u2019hedysarum carnosum et d\u2019autres esp\u00e8ces pouvant \u00eatre recommand\u00e9es ou d\u00e9velopp\u00e9es par et avec l\u2019IRA.<\/p>\n<p>Idem pour les superficies de prot\u00e9agineux (f\u00e9verole) et pour la r\u00e9alisation des acquisitions au niveau national et \u00e0 l\u2019importation suffisamment t\u00f4t ; annoncer pr\u00e9cocement que l\u2019Office des c\u00e9r\u00e9ales rach\u00e8tera toute la production de f\u00e9verole en fixant un prix r\u00e9ellement r\u00e9mun\u00e9rateur pour ce produit en vu de la r\u00e9troc\u00e9der aux usines d\u2019aliments du b\u00e9tail pour les int\u00e9grer obligatoirement dans les concentr\u00e9s qu\u2019ils fabriquent et de r\u00e9duire ainsi l\u2019importation de soja.<\/p>\n<p>D\u00e9velopper et encourager l\u2019\u00e9tablissement de contrats de cultures entre \u00e9leveurs suburbains sans sol et des agriculteurs pouvant cultiver des fourrages pour leur compte.<br \/>Etudier et \u00e9tablir un programme de plantation d\u2019arbustes fourragers sur les sols que les p\u00e9dologues attestent comme marginaux, y compris ceux plant\u00e9s en arboriculture \u00e0 rentabilit\u00e9 m\u00e9diocre\u2026.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Pour l\u2019AVFA :<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019AVFA et des CRDA est ici important pour ranimer chez les arrondissements concern\u00e9s la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en charge ce programme.<\/p>\n<p>Recruter des agronomes et des zootechniciens confirm\u00e9s avertis pour former et accompagner les vulgarisateurs de terrain et l\u2019encouragement \u00e0 l\u2019\u00e9levage de g\u00e9nisses\u2026<\/p>\n<p>Une s\u00e9rie de documents (pas forc\u00e9ment sophistiqu\u00e9s et co\u00fbteux) doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e et mis \u00e0 jour avec la recherche pour l\u2019\u00e9tablissement de rotations incluant des superficies fourrag\u00e8res de vesce\/avoine, luzerne, sulla, bersim, medic\u2026 dans le Nord ; et de luzerne et d\u2019hedysarum carnosum pour le Centre et le Sud ; ainsi que pour le d\u00e9veloppement de la plantation d\u2019arbustes fourragers sur sols marginaux\u2026<br \/>Idem pour les superficies de prot\u00e9agineux (f\u00e9verole) et l\u2019\u00e9tablissement de rotations adapt\u00e9es et de rations alimentaires \u00e9conomiques pour le cheptel et r\u00e9duire l\u2019importation de soja.<\/p>\n<p>Vulgariser les contrats de cultures qui seront \u00e9tablis par l\u2019OEP entre \u00e9leveurs sans sol et agriculteurs pouvant cultiver des fourrages pour leur compte.<\/p>\n<p>En esp\u00e9rant apporter une contribution \u00e0 une relance de nos \u00e9levages sur des bases s\u00e9rieuses, j\u2019esp\u00e8re voir ci-dessous des r\u00e9actions denses tous azimuts, qui ne soient pas forc\u00e9ment de mon avis, mais qui auraient la volont\u00e9 d\u2019aider \u00e0 nous sortir des cercles vicieux o\u00f9 on a l\u2019air de s\u2019embourber sans raison.<\/p>\n<p>La parole est \u00e0 toutes les comp\u00e9tences mais aussi \u00e0 tous ceux qui auraient un avis sur cette situation.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Malek Ben Salah<\/strong><br \/><em>Ing\u00e9nieur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019agronomie, consultant ind\u00e9pendant, sp\u00e9cialiste d\u2019agriculture\/\u00e9levage de l\u2019ENSSAA de Paris<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26789-malek-ben-salah-vivre-d-amour-et-d-eau-fraiche-dans-la-tunisie-d-aujourd-hui\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la bagarre sur le prix du lait Dans tout ce qui se passe aujourd\u2019hui \u00e0 propos du prix du lait, de pertes au niveau de l\u2019agriculteur, de recherche des gouvernements successifs \u00e0 ne pas augmenter le prix \u00e0 la production, de r\u00e9clamations d\u2019augmentations des prix par les producteurs et par les interm\u00e9diaires\u2026 il y [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-24763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24763"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24763\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}