{"id":26703,"date":"2019-04-08T15:41:06","date_gmt":"2019-04-08T19:41:06","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/genocide-au-rwanda-on-etait-pourchasse-comme-des-animaux-jah-pepino\/"},"modified":"2019-04-08T15:41:06","modified_gmt":"2019-04-08T19:41:06","slug":"genocide-au-rwanda-on-etait-pourchasse-comme-des-animaux-jah-pepino","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/genocide-au-rwanda-on-etait-pourchasse-comme-des-animaux-jah-pepino\/","title":{"rendered":"G\u00e9nocide au Rwanda : \u00abOn \u00e9tait pourchass\u00e9 comme des animaux\u00bb, Jah P\u00e9pino"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?fit=650%2C564&#038;ssl=1\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"650\" height=\"564\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?resize=650%2C564&#038;ssl=1\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?w=650&#038;ssl=1 650w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?resize=300%2C260&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?resize=534%2C462&#038;ssl=1 534w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-17.jpg?resize=484%2C420&#038;ssl=1 484w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" alt=\"\" title=\"1\"\/><\/a><\/div>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_top td_uid_30_5cabc0c2b9cf0_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4463\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/FESPACO-TOUR-2019-Bannie%CC%80re-728x90-1.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p><strong>Artiste-musicien rwandais, Jah P\u00e9pino, vit actuellement en France apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 quelques ann\u00e9es au Burkina Faso. Depuis sa terre d\u2019accueil, ce quarantenaire, qui a refus\u00e9 de donner son nom \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, a bien voulu remonter les douloureux souvenirs du g\u00e9nocide d\u2019avril 1994. Entretien exclusif plein<\/strong><br \/><strong>d\u2019\u00e9motions !<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S.): Pouvez-vous retracer bri\u00e8vement votre parcours ?<\/strong><\/p>\n<p>Jah Ppino (J.P.) : Je suis n\u00e9 en 1972 au Rwanda, d\u2019un p\u00e8re Tutsi, officier de l\u2019arm\u00e9e et d\u2019une m\u00e8re Hutu. Mes parents ont servi sous le r\u00e9gime du d\u00e9funt pr\u00e9sident Habyarimana. J\u2019ai suspendu mes \u00e9tudes en droit en 1994, \u00e0 la suite du d\u00e9clenchement du g\u00e9nocide, pour ensuite suivre une formation en BTS, option commerce international au Togo. Entre 1996 et 2002, j\u2019ai vendu des voitures d\u2019occasion au port autonome de Lom\u00e9. Mais mon aventure dans ce pays ne s\u2019est pas bien termin\u00e9e. Par moment, je recevais des lettres de menaces de mort de mon pays, si bien que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de venir m\u2019installer au Burkina Faso, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Bobo-Dioulasso. J\u2019y ai entam\u00e9 une carri\u00e8re d\u2019artiste-plasticien dans un premier temps, pour ensuite m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la musique, sans jamais d\u00e9crocher d\u2019ailleurs. Je suis auteur d\u2019un album baptis\u00e9 \u00ab \u00c7a doit changer \u00bb, produit en 2009. J\u2019ai s\u00e9journ\u00e9 au Burkina jusqu\u2019en 2012, ann\u00e9e \u00e0 laquelle j\u2019ai quitt\u00e9 pour la France o\u00f9 je r\u00e9side actuellement. J\u2019exerce le m\u00e9tier d\u2019animateur socioculturel dans les maisons de retraite et centres de loisirs.<\/p>\n<p><strong>S. : Comment avez v\u00e9cu le g\u00e9nocide de 1994 ?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : J\u2019ai tr\u00e8s mal v\u00e9cu le g\u00e9nocide pendant trois semaines. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un t\u00e9moin oculaire du drame. C\u2019\u00e9tait l\u2019apocalypse ! On \u00e9tait pourchass\u00e9 comme des animaux sauvages. Mes parents, notamment mon p\u00e8re et ma m\u00e8re, ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, car ils n\u2019\u00e9taient pas assez forts physiquement pour fuir. Mes trois fr\u00e8res et moi avions pu nous cacher au moment o\u00f9 les milices hutus \u00e9taient en train de massacrer des Tutsi comme des poulets. C\u2019\u00e9tait horrible ! Apr\u00e8s le troisi\u00e8me jour de g\u00e9nocide, il y avait des cadavres en d\u00e9composition partout. Les chiens se ruaient m\u00eame sur les cadavres. J\u2019ai vu des morts \u00e0 la pelle. Par la gr\u00e2ce de Dieu, j\u2019ai pu avoir la vie sauve, dans des conditions extr\u00eamement difficiles et dangereuses. Mes fr\u00e8res et moi avions fui sans chaussures ni v\u00eatements, sans nourriture ni eau potable. Nous avions d\u00fb manger des herbes et des tubercules non pr\u00e9par\u00e9s dans la for\u00eat pour survivre. Il fallait se terrer dans la brousse, car les extr\u00e9mistes \u00e9taient dispers\u00e9s dans la nature. Ils coupaient les t\u00eates des gens. D\u2019autres tiraient avec leurs armes sur tout ce qui bougeait. C\u2019\u00e9tait des moments chaotiques !<\/p>\n<p><strong>S. : Dans quelles circonstances vos parents ont-ils perdu la vie ?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Mon p\u00e8re et ma m\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 \u00e9gorg\u00e9s comme des b\u0153ufs \u00e0 l\u2019abattoir. J\u2019ai \u00e9galement perdu plusieurs proches, notamment des oncles paternels, des amis et des voisins, dans des circonstances indescriptibles.<\/p>\n<p><strong>S : Expliquez-nous comment vous aviez fui le Rwanda \u00e0 la suite de ce massacre \u00e0 grande \u00e9chelle ?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : J\u2019ai quitt\u00e9 le Rwanda \u00e0 pieds, en compagnie de mes fr\u00e8res, pour me rendre au Za\u00efre, actuel R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC). Nous avons mis trois mois pour y parvenir. Car, il y\u2019avait plusieurs barricades sur la route, difficiles \u00e0 franchir sans \u00eatre tu\u00e9. Souvent, nous \u00e9tions oblig\u00e9s de les contourner pour \u00e9chapper au contr\u00f4le. Il \u00e9tait vraiment difficile de fuir sans se faire arr\u00eater.<\/p>\n<p><strong>S. : Justice a-t-elle \u00e9t\u00e9 rendue \u00e0 vos proches disparus?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Vingt-cinq ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide, justice n\u2019as pas encore \u00e9t\u00e9 rendue \u00e0 mes proches. J\u2019attends toujours. D\u2019ailleurs, je n\u2019ai plus mis les pieds au Rwanda depuis cet \u00e9v\u00e8nement douloureux.<\/p>\n<p><strong>S. : Est-ce qu\u2019il vous est interdit de rentrer au pays ?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Pas vraiment. Seulement, je n\u2019envisage pas y retourner, par peur de ne pas pouvoir bien int\u00e9grer la soci\u00e9t\u00e9 et me refaire une vie. Le fait que mes parents aient servi sous le r\u00e9gime de Habyarimana me fait craindre aussi le pire, tout naturellement. En tous les cas, je n\u2019ai pas tent\u00e9 de retourner au pays. J\u2019ai un statut de r\u00e9fugi\u00e9 et cela ne me pose aucun probl\u00e8me.<\/p>\n<p><strong>S. : Quel commentaire faites-vous sur l\u2019implication suppos\u00e9e de la France dans le g\u00e9nocide?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Je n\u2019ai pas de commentaire \u00e0 faire sur l\u2019implication suppos\u00e9e de la France dans le g\u00e9nocide. A l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9tais encore jeune. Je n\u2019\u00e9tais pas tr\u00e8s inform\u00e9 ou int\u00e9ress\u00e9 par la politique. La seule chose dont je me souviens, c\u2019est que la France avait cr\u00e9\u00e9 une zone neutre appel\u00e9e \u00ab turquoise \u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9. Les rebelles tutsis et les milices hutus n\u2019avaient pas le droit d\u2019approcher cette zone ou encore moins attaquer les citoyens qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019y r\u00e9fugier. La France avait le r\u00f4le de prot\u00e9ger tous ceux qui parvenaient \u00e0 entrer dans cette zone sans discrimination. Je ne sais pas si on peut assimiler ce soutien \u00e0 une implication de la France dans le g\u00e9nocide rwandais.<\/p>\n<p><strong>S. : Votre pays a-t-il r\u00e9ussi \u00e0 panser les plaies, selon vous ?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Le Rwanda a essay\u00e9 de panser les plaies du g\u00e9nocide sans succ\u00e8s. A l\u2019heure o\u00f9 je vous parle, des Rwandais continuent de fuir leur pays, de peur de se faire emprisonner sans motif valable. Il y a des port\u00e9s disparus tous les jours. Ce qui, \u00e0 mon avis, prouve que le gouvernement actuel n\u2019a pas pu panser les plaies.<\/p>\n<p><strong>S. : Malgr\u00e9 son pass\u00e9 trouble, votre pays a su remonter la pente pour devenir un exemple sur le continent en termes de gouvernance. N\u2019est-ce pas une fiert\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>J.P. : Evidemment, le Rwanda s\u2019est fait remarquer \u00e9conomiquement par son d\u00e9veloppement exceptionnel dans la r\u00e9gion des Grands Lacs. C\u2019est \u00e0 f\u00e9liciter. Mais il reste \u00e0 travailler \u00e0 garantir la libert\u00e9 d\u2019expression, parce que beaucoup de journalistes sont derri\u00e8re les barreaux. Ce qui n\u2019arrange pas l\u2019image du pays.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par<\/strong><br \/><strong>Kader Patrick KARANTAO<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom td_uid_31_5cabc0c2b9f9c_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1724\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/sidwaya-pub.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: DD. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2019\/04\/08\/genocide-au-rwanda-on-etait-pourchasse-comme-des-animaux-jah-pepino\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Artiste-musicien rwandais, Jah P\u00e9pino, vit actuellement en France apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 quelques ann\u00e9es au Burkina Faso. Depuis sa terre d\u2019accueil, ce quarantenaire, qui a refus\u00e9 de donner son nom \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, a bien voulu remonter les douloureux souvenirs du g\u00e9nocide d\u2019avril 1994. Entretien exclusif pleind\u2019\u00e9motions ! 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