{"id":27706,"date":"2019-04-14T06:11:39","date_gmt":"2019-04-14T10:11:39","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-festival-du-livre-de-marrakech\/"},"modified":"2019-04-14T06:11:39","modified_gmt":"2019-04-14T10:11:39","slug":"au-festival-du-livre-de-marrakech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-festival-du-livre-de-marrakech\/","title":{"rendered":"Au festival du livre de Marrakech"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><strong>V<\/strong><strong>ous avez go\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019ivresse livresque\u00a0!<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Soumia Mejtia, (\u00e9crivaine)<\/strong><\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\"><strong><span class=\"c2\">J\u2019<\/span>avais \u00e9crit sur mon carnet que j\u2019existais peut-\u00eatre sur les rivages d\u2019une eau qui ruisselait chaque jour d\u2019un fond inconnu. Je riais \u00e0 cette id\u00e9e saugrenue, cr\u00e9dule, qui ne voulait s\u00fbrement rien dire. Elle n\u2019a rien de po\u00e9tique, rien de philosophique, rien d\u2019existentiel. Elle ne disait rien de moi.<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"c6\">Puis, j\u2019avais \u00e9crit que je ne devrais pas dire que j\u2019existais, mais plut\u00f4t sentir l\u2019\u00eatre sans se dire n\u2019\u00eatre. Je ne me sentais pas philosopher en m\u2019inspirant des questions sur l\u2019existence, je ne me sentais pas encore prononcer les mots identit\u00e9, ou encore non-identit\u00e9. J\u2019avais \u00e9crit aussi que je n\u2019aimais pas chercher ces m\u00eames mots qui faisaient que souvent on se perde dans des discours malheureux sur le qui \u00e9tait, ou le qui n\u2019\u00e9tait pas, ou le qui ne pouvait pas \u00eatre\u2026\u00a0!<\/p>\n<p class=\"c6\">R\u00e9cemment, un ami me disait sans disputer aucun argument\u00a0: \u00abMais nous ne sommes rien, m\u00eame pas dans une promesse\u00a0!\u00bb\u00a0Il se tut all\u00e9grement, sourit de ce sourire heureux rejetant abondamment l\u2019inqui\u00e9tude du monde.<\/p>\n<p class=\"c6\">Toutefois, il y a des moments o\u00f9 nous ne sommes pas rien. Je lui dis qu\u2019il n\u2019avait pas tort, car je l\u2019entendais penser que nous sommes tellement infimes qu\u2019il faut toujours veiller \u00e0 se m\u00e9fier des murmures de son \u00e9go.<\/p>\n<p class=\"c6\">Je lui r\u00e9p\u00e8te ici, \u00e0 cet ami \u00e9crivain, qu\u2019il y a des moments o\u00f9 nous ne sommes pas rien. C\u2019\u00e9tait quand, presque, le printemps a ouvert sur \u00ab\u00a0Le Festival du Livre \u00e0 Marrakech\u00a0\u00bb, o\u00f9 soudain, dans un moment pr\u00e9cis, un \u00e9v\u00e8nement fait qu\u2019un nombre important d\u2019\u00e9crivains et d\u2019artistes, de lecteurs, de visiteurs se rencontrent pour \u00eatre dans l\u2019amiti\u00e9 du monde.<\/p>\n<p class=\"c6\">Trois jours, du 29 au 31 mars, \u00e0 Marrakech, nous \u00e9tions r\u00e9unis pour c\u00e9l\u00e9brer le Livre lors d\u2019un rendez-vous annuel, qui en est \u00e0 sa quatri\u00e8me \u00e9dition.<\/p>\n<p class=\"c6\">Nous \u00e9tions entour\u00e9s de livres, entre auteurs, discutant, racontant, recevant des lecteurs qui venaient d\u00e9couvrir cet espace culturel o\u00f9 plusieurs genres d\u2019art se c\u00f4toyaient\u00a0: l\u2019art oral soutenu agr\u00e9ablement par le conteur Abderahim El Azali et sa charmante fille Mahjouba Al Azalia. Nous \u00e9tions subjugu\u00e9s devant la qualit\u00e9 du texte, po\u00e9tiquement scand\u00e9 dans une verve infaillible. Nous \u00e9tions aussi enchant\u00e9s que Mahjouba, la fille, soutienne\u00a0El Azal \u00abl\u2019h\u00e9ritage ancestral\u00bb en interpr\u00e9tant les r\u00f4les, elle et son p\u00e8re, avec enthousiasme et engagement\u2026 L\u2019art de la distillation de l\u2019eau de rose\u2026 \u00a0L\u2019art du bel accueil par toute l\u2019\u00e9quipe organisatrice\u2026 \u00a0L\u2019art de la bienveillance des volontaires qui veillaient \u00e0 notre confort tout au long du s\u00e9jour\u2026 L\u2019art du sourire, sourire pour parler, inviter, r\u00eaver, pardonner, se pardonner\u2026<\/p>\n<p class=\"c6\">En s\u2019immergeant dans cette ambiance enchanteresse et festive, je peux dire que l\u2019art installe bien l\u2019homme dans un rapport libertaire au monde. Dans toute la causalit\u00e9 de l\u2019art, la fin est infinie dans la mesure o\u00f9 le sublime g\u00e9n\u00e8re la beaut\u00e9 qui en est le reflet le plus authentique. Et ce sublime se fait dans la libert\u00e9 que sent chaque artiste au moment de la forge.<\/p>\n<p class=\"c6\">\u00a0Bien qu\u2019il ne soit possible de vivre concr\u00e8tement chaque instant qu\u2019une seule fois, la vie peut parfois se pr\u00eater sans fin, non dans la r\u00e9p\u00e9tition mais dans la naissance de moments \u00e0 chaque fois riches de singularit\u00e9. La fatalit\u00e9 nous astreint certes \u00e0 une certaine finitude, mais l\u2019art fait en sorte de nous rassembler dans un espace o\u00f9 cette finitude s\u2019\u00e9largit dans une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 incommensurable qui att\u00e9nue le tragique de l\u2019existence.<\/p>\n<p class=\"c6\">L\u2019art nous permet ainsi de couper avec l\u2019aridit\u00e9 du r\u00e9el, et quand bien m\u00eame nous nous lasserions du feu du quotidien, nous nous soignons par les feux de nos plumes.<\/p>\n<p class=\"c6\">D\u2019un autre point de vue, nous sommes tous en qu\u00eate de cette autre partie de nous-m\u00eames un peu perdue, et cela se fait sentir dans ce manque ontologique que nous ne pouvons combler qu\u2019en aspirant \u00e0 ce c\u00f4t\u00e9 beau de la vie, ce transport inhabituel que nous nous permettons \u00e0 chaque fois que nous \u00e9crivons, peignons ou racontant\u2026<\/p>\n<p class=\"c6\">Et le m\u00eame ami \u00e9crivain de me dire lors de l\u2019un de nos \u00e9changes dans ce festival\u00a0: \u00ab \u00c9cris pour toi, lib\u00e8re-toi\u00a0; fais de l\u2019espace, car nous n\u2019arr\u00eatons pas de prendre pour nous, il faut dire pour nous gu\u00e9rir ou pour gu\u00e9rir. D\u2019autres ont \u00e9crit avant nous et d\u2019autres \u00e9crirons. Lira qui lira, pourquoi s\u2019inqui\u00e9ter\u00a0?\u00bb<\/p>\n<p class=\"c6\">\u00abEst-ce l\u2019artiste qui fait de l\u2019art ou l\u2019inverse\u00a0? Me suis-je demand\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c6\">Je me disais que l\u2019inverse est plus souhaitable dans la mesure o\u00f9 c\u2019est la r\u00e9ponse ou la v\u00e9rit\u00e9 la plus probable. Nous sommes forg\u00e9s par nos \u00e9crits, au moment o\u00f9 nous nous adonnons, avec tout ce que nous avons de fort en nous, \u00e0 faire sourdre \u00abun patron\u00bb nouveau qui se construit sur un m\u00eame mod\u00e8le.\u00a0 Car nous ne pouvons \u00a0nous subvertir, nous furetons une perfection tue en nous, nous y acc\u00e9dons par moment quand nous sommes dans la production, dans la cr\u00e9ation ou dans la r\u00e9ception de cette production ou de cette cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Auteur: rahal mehamed<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/au-festival-du-livre-de-marrakech.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous avez go\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019ivresse livresque\u00a0! Soumia Mejtia, (\u00e9crivaine) J\u2019avais \u00e9crit sur mon carnet que j\u2019existais peut-\u00eatre sur les rivages d\u2019une eau qui ruisselait chaque jour d\u2019un fond inconnu. 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