{"id":27707,"date":"2019-04-14T06:21:04","date_gmt":"2019-04-14T10:21:04","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-pays-des-sources-ecriture-source-de-signifiance\/"},"modified":"2019-04-14T06:21:04","modified_gmt":"2019-04-14T10:21:04","slug":"au-pays-des-sources-ecriture-source-de-signifiance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-pays-des-sources-ecriture-source-de-signifiance\/","title":{"rendered":"\u00abAu pays des  sources\u00bb: \u00e9criture source de signifiance"},"content":{"rendered":"<p class=\"c2\"><strong>Rachid Fettah*<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\"><span class=\"c4\"><strong><span class=\"c3\">L<\/span>e paysage litt\u00e9raire marocain donne \u00e0 voir, certes, une grande abondance en production romanesque, et la sc\u00e8ne \u00e9ditoriale foisonne. Toutefois, du c\u00f4t\u00e9 du lectorat, cet \u00e9tat de foisonnement apparent demeure profond\u00e9ment marqu\u00e9 d\u2019absence quasi totale du suivi de la part de la critique.<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"c5\">Une telle situation peut \u00eatre expliqu\u00e9e, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, au fait que les tr\u00e8s rares voix de la critique, vivaces, il y\u2019a quelques ann\u00e9es, se trouvant au bout de leurs carri\u00e8res, se sont finies par se convertir au nouveau mode d\u2019expression litt\u00e9raire, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9criture romanesque. De l\u2019autre, la critique litt\u00e9raire, en tant que discipline hybride, qui des ann\u00e9es durant, n\u2019osait pas dire son vrai nom, elle aussi, au bout de son souffle, avait fini par se donner une sorte de retraite anticip\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"c5\">Par cons\u00e9quent, devant cet \u00e9tat insignifiant des choses, quand on n\u2019est pas dot\u00e9 d\u2019outils ad\u00e9quats, relevant du domaine scientifiquement bien d\u00e9limit\u00e9 de la critique, toute tentative tendant vers la r\u00e9ception, au sens de lecture d\u2019une \u0153uvre, s\u2019av\u00e8re une descente certainement houleuse dans le vide d\u2019un univers inconnu. De ce fait, pour tout lecteur, aborder pour la premi\u00e8re fois un texte (roman, nouvelle, po\u00e8me \u2026), c\u2019est se trouver exactement dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019h\u00e9sitation, lourd d\u2019angoisses, qu\u2019\u00e9prouve tout \u00e9crivain qui confronte pour la premi\u00e8re fois le silence blanc de la page.<\/p>\n<p class=\"c5\">De ce rapprochement, nait l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9crivain quand il \u00e9bauche l\u2019\u00e9criture et le lecteur quand il amorce la lecture, chacun de sa position, se trouvaient au m\u00eame\u00a0 seuil de m\u00eame texte en phase de naissance, ce qui fait que les contractions intellectuelles de l\u2019accouchement sont ressenties de la m\u00eame fa\u00e7on, chez l\u2019un comme chez l\u2019autre. Autrement dit, pour que l\u2019\u00e2me de cet \u00eatre-texte naissant s\u2019anime et que son c\u0153ur batte, il faut qu\u2019\u00e9criture et lecture arrivent \u00e0 \u00e9voluer en deux confluents qui se convergent pour verser dans le m\u00eame conduit de signification.<\/p>\n<p class=\"c5\">Le recueil de nouvelles <em>Au Pays des sources<\/em>, \u00e9crit par Mustapha Guilliz, est une composition de textes, relevant du genre de fiction, suite de r\u00e9cits qui s\u2019\u00e9talent sur un \u00e9tendu renfermant quelques dix nouvelles. Comme impression pr\u00e9alable, les titres choisis sont formul\u00e9s\u00a0 de fa\u00e7on, on ne peut plus, tr\u00e8s simple, con\u00e7us dans des termes pris au premier degr\u00e9 de leur sens. Pourtant, l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette tentative de lecture dans ce recueil de nouvelles (publi\u00e9 comme il se doit sur le compte d\u2019auteur), \u00e9mane moins, bien entendu, du nom de son auteur, encore d\u00e9nu\u00e9 de toute aura litt\u00e9raire, mais, plus par curiosit\u00e9 de simple lecteur, anim\u00e9 surtout par une forte envie d\u2019entrer en\u00a0 dialogue avec des textes. Ce qui accentue plus cette envie, c\u2019est que \u00e9tant la premi\u00e8re publication de cet auteur, l\u2019\u00e9criture y doit \u00eatre encore en \u00e9tat d\u2019un nouveau terrain, en fraiche, pas encore conquis.<\/p>\n<p class=\"c5\">Dans le livre \u00abLettre \u00e0 un jeune \u00e9crivain\u00bb de l\u2019\u00e9ditrice et \u00e9crivaine Claire Delannoy, Fatima Mernissi \u00e9crit ce qui suit\u00a0: \u00abEcrire, c\u2019est s\u00e9duire un \u00e9tranger\u00a0! Et s\u00e9duire est une entreprise difficile\u00bb cit\u00e9 en t\u00eate de la pr\u00e9face du m\u00eame livre p.7. Ainsi formul\u00e9e, cette citation \u00e9manant de cette remarquable voix litt\u00e9raire, laisse entendre l\u2019immense d\u00e9fi que devait surmonter celui qui entreprend d\u2019\u00e9crire. En d\u2019autres termes, selon Mernissi, \u00e9crire, c\u2019est se doter de cette sorte de pouvoir magique permettant de charmer et de s\u00e9duire par le biais du simple art de composer des textes.<\/p>\n<p class=\"c5\">La d\u00e9finition de l\u2019\u00e9criture, telle qu\u2019elle est cit\u00e9e par F. Mernissi\u00a0; fait merveilleusement \u00e9cho \u00e0 la fa\u00e7on dont les nouvelles, en tant qu\u2019\u00e9crits, sont con\u00e7ues et compos\u00e9es dans <em>Au Pays des sources<\/em>. Abstraction faite aux sujets \u00e9voqu\u00e9s et aux th\u00e8mes qui traversent ces histoires, Au fil des r\u00e9cits, M. Guiliz, quoique, \u00e9tant en sa premi\u00e8re \u0153uvre de fiction, ne manque pas de faire montre d\u2019une maitrise infaillible du tr\u00e8s bon usage de la langue de l\u2019\u00e9criture et d\u2019en faire un vaste espace de cr\u00e9ation et de cr\u00e9ativit\u00e9, maitrise qui se d\u00e9cline en choix pr\u00e9cis et concis des mots, des phrases stylistiquement bien taill\u00e9es, habillant \u00e0 juste corps la corpulence s\u00e9mantique du texte. Le tout s\u2019imbrique pour laisser voir, traits clairs et nets, les contours de la signifiance. Alors qu\u2019au niveau de la narration, pas d\u2019exc\u00e8s ni de d\u00e9mesure, le d\u00e9bit narratif est \u00e0 la fois bien dos\u00e9 et bien adopt\u00e9 aux histoires racont\u00e9es<\/p>\n<p class=\"c5\">\u00a0Dans <em>Au pays des sources<\/em>, la texture des textes est con\u00e7ue de fa\u00e7on \u00e0 ce que le sens coule et nourrit la signifiance. Sous l\u2019effet alchimique du verbe \u00e9crire, la formulation des phrases injectent la semence s\u00e9mantique qui finit par faire dissoudre le signifi\u00e9 dans le signifiant.<\/p>\n<p class=\"c5\">Pour revenir aux titres propos\u00e9s, la premi\u00e8re nouvelle, tout court, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La caisse\u00a0\u00bb, en tant que terme simple et\u00a0 banal de la langue, ce titre donne l\u2019apparence d\u2019\u00eatre d\u00e9pourvu de toute profondeur s\u00e9mantico-significative. Mais apr\u00e8s la lecture de l\u2019histoire de \u00ab\u00a0La caisse\u00bb, le lecteur, ayant la patience de s\u2019attarder pour gouter \u00e0 la saveur s\u00e9mantique des mots, peut ais\u00e9ment se rendre compte de la grande importance de la signification, qu\u2019occupe le mot \u00abLa caisse\u00bb qui se transcende et se d\u00e9lie dans les profondeurs du r\u00e9cit. D\u00e8s lors, le mot simple \u00abLa caisse\u00bb se transmue en v\u00e9ritable foyer de sens, au point d\u2019inonder la totalit\u00e9 du r\u00e9cit. De cette mani\u00e8re, tous les titres de ces nouvelles op\u00e8rent selon cette dialectique allant du superficiel, au sens de banal, au plus profond, au sens de consistant.<\/p>\n<p class=\"c5\">Outre ce travail minutieux sur les mots, suite d\u2019op\u00e9rations de verbalisation, la lecture dans <em>Au Pays des sources<\/em> d\u00e9voile aussi que l\u2019expression adopt\u00e9e par l\u2019auteur, pour narrer, r\u00e9v\u00e8le une mani\u00e8re hautement subtile de dire, en \u00e9crivant l\u2019histoire, une d\u00e9marche qui se calque sur l\u2019art du conte, art extraordinairement pur puisqu\u2019il se ressource dans l\u2019univers de l\u2019innocence et de la candeur. L\u2019expressivit\u00e9 devient un reflet limpide du contenu de l\u2019histoire.<\/p>\n<p class=\"c5\">En ce qui est de la th\u00e9matique, l\u2019ensemble des sujets abord\u00e9s dans chacune de ces nouvelles, s\u2019articulent autour des th\u00e8mes qui, s\u2019ils ne se basent pas sur des faits r\u00e9els, du moins, laissent entendre des \u00e9chos qui retentissent dans l\u2019imaginaire collectif marocain. Pour paraphraser l\u2019intitul\u00e9 du recueil, <em>Au Pays des sources<\/em>, comme l\u2019une des voies royales qui devraient mener, droit, \u00e0 la lecture-interpr\u00e9tation, il s\u2019av\u00e8re instructif de lire chacun de ces r\u00e9cits \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une notion-source. En d\u2019autres termes, au fil des lectures dans ce recueil, chaque nouvelle devient une source intarissable de petites le\u00e7ons tir\u00e9es de la vie des petites gens, de ces personnages, \u00e9voluant dans des v\u00e9cus, on ne peut plus, tr\u00e8s ordinaire.<\/p>\n<p class=\"c5\">Si Claire Delannoy, surtout par sa vocation de d\u00e9nicheuse de jeune plume, dans sa \u00abLettre \u00e0 un jeune \u00e9crivain\u00bb, parle des sept r\u00e8gles d\u2019or d\u2019un manuscrit, \u00e9cho du neuvi\u00e8me commandement de Vizinezey \u00e0 la boite \u00e0 outils de King\u00bb, dont elle veut faire la cl\u00e9 magiquement privil\u00e9gi\u00e9e du succ\u00e8s d\u2019un grand \u00e9crivain. Mustapha Guiliz, dot\u00e9 par son seul art de conter, en \u00e9crivant <em>Au Pays des sources<\/em>, a fait preuve qu\u2019il ne peut compter que sur la simplicit\u00e9 candide par laquelle il arrive \u00e0 insuffler la signification dans ses textes. Justement, \u00e0 propos de cette candeur, expression de l\u2019\u00e9tat d\u2019enfance, la romanci\u00e8re irlandaise Edna O\u2019Brien souligne que\u00a0: \u00abun \u00e9crivain ne doit jamais perdre l\u2019\u00e9tat d\u2019enfance.<\/p>\n<p class=\"c5\">Ce n\u2019est pas de l\u2019immaturit\u00e9, de la sensibilit\u00e9, mais une mani\u00e8re de regarder les choses comme si on les voyait pour la premi\u00e8re fois\u00bb in Lettre \u00e0 un jeune \u00e9crivain p.33. Ainsi soulign\u00e9s, ces propos r\u00e9sument \u00e0 merveilles le sens de l\u2019\u00e9criture telle qu\u2019elle est con\u00e7ue dans l\u2019ensemble des nouvelles dont se compose le recueil <em>Au Pays des sources<\/em>. Ces textes conservent intact, quelque part, comme expression profonde, le regard et l\u2019intuition d\u2019un enfant. De ce fait, ils n\u00e9cessitent une lecture qui doit in\u00e9vitablement passer par le filtre des \u00e9l\u00e9ments personnels, relevant, sans doute du v\u00e9cu de l\u2019auteur. Ces tranches du v\u00e9cu qui pourraient constituer une esp\u00e8ce de d\u2019autobiograph\u00e8mes.<\/p>\n<p class=\"c5\">Pour clore cet essai de lecture dans le recueil de M. Guiliz, il faut dire que ces nouvelles se dotent des allures scripturales alliant une profonde signifiance au vaste \u00e9tendu esth\u00e9tique. L\u2019acte d\u2019\u00e9crire s\u2019y traduit par un travail bien concentr\u00e9 sur la langue. Comme dans un laboratoire, sous l\u2019effet de l\u2019alchimie de verbe, le simple et le beau s\u2019entrecoupent \u00a0au beau milieu de ce Pays des sources et des merveilles Tout court, quelques lectures, \u00e9coutes sereines du silence des mots, dans ce recueil, r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019 <em>Au Pays des sources<\/em> demeure une vraie \u0153uvre litt\u00e9raire, au sens plein du terme.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>*(chercheur en litt\u00e9rature)<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: rahal mehamed<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/au-pays-des-sources-ecriture-source-de-signifiance.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rachid Fettah* Le paysage litt\u00e9raire marocain donne \u00e0 voir, certes, une grande abondance en production romanesque, et la sc\u00e8ne \u00e9ditoriale foisonne. 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