{"id":27797,"date":"2019-04-14T04:10:00","date_gmt":"2019-04-14T08:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/soufisme-et-resistance-lepopee-des-chebbiya\/"},"modified":"2019-04-14T04:10:00","modified_gmt":"2019-04-14T08:10:00","slug":"soufisme-et-resistance-lepopee-des-chebbiya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/soufisme-et-resistance-lepopee-des-chebbiya\/","title":{"rendered":"Soufisme et r\u00e9sistance: L\u2019\u00e9pop\u00e9e des Chebbiya"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Parmi les familles embl\u00e9matiques de l\u2019identit\u00e9 tunisienne, celle des Chebbiya occupe une place de choix. Si de nos jours, la figure illustre du grand po\u00e8te Abou al Kacem Chebbi (1909-1934) domine l\u2019histoire\u00a0 de cette vaste famille qui a donn\u00e9 et continue de donner au pays de\u00a0 nombreux\u00a0 hommes de loi, universitaires et hauts fonctionnaires ainsi que des hommes politiques (dont les ministres\u00a0 Lamine, Ali,\u00a0 Ahmed-N\u00e9jib et Lazhar El Karoui), peu de gens savent\u00a0 qu\u2019il y a de cela un demi-mill\u00e9naire, les anc\u00eatres des\u00a0 Chebbiya jou\u00e8rent un r\u00f4le culturel, social et politique\u00a0 important dans une Ifriqiya devenue le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un affrontement entre les deux grandes puissances du temps, l\u2019Espagne catholique et la Turquie ottomane, sur fond de d\u00e9composition de l\u2019Etat hafside.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(17).jpg\" alt=\"\" width=\"25%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Ahmed Ben Makhlouf Chebbi, le fondateur, naquit vers 1430 \u00e0 La Chebba, village du littoral tunisien situ\u00e9 \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de Mahdia. Il suivit un cursus conforme aux usages de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est-\u00e0-dire en p\u00e9r\u00e9grinant dans le but de\u00a0 b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019enseignement de tel ou tel ma\u00eetre r\u00e9put\u00e9. Il se rendit ainsi \u00e0 Tunis o\u00f9 il suivit les cours des oul\u00e9mas et obtint des ij\u00e2za-s, c\u2019est-\u00e0-dire des certificats de transmission du savoir qui, dans la tradition acad\u00e9mique du monde musulman, donnaient le droit \u00e0 leur titulaire d\u2019enseigner. D\u2019un temp\u00e9rament enclin au mysticisme, il rencontra, durant son s\u00e9jour \u00e0 Tunis, le c\u00e9l\u00e8bre Sidi Ben Arous mais \u2013rapporte la tradition &#8211; ce saint excentrique suscita la r\u00e9serve de Chebbi.\u00a0 Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Tunis,\u00a0 il s\u2019installa \u00e0 Ksour Essaf o\u00f9 il se mit au service du saint\u00a0 Ali Mahjoub. Son initiation soufie achev\u00e9e, son ma\u00eetre lui recommanda de se fixer \u00e0 Kairouan. Dans cette auguste cit\u00e9 o\u00f9 dominaient de vieilles lign\u00e9es d\u2019oul\u00e9mas r\u00e9put\u00e9s et de\u00a0 mystiques v\u00e9n\u00e9r\u00e9s, il n\u2019\u00e9tait pas facile pour un \u00e9tranger de s\u2019imposer. Il commen\u00e7a donc par animer un oratoire de quartier connu sous le nom de masjid al D\u00e2roun\u00ee\u00a0 o\u00f9 il dirigea la pri\u00e8re et dispensa son enseignement. La clart\u00e9 de sa m\u00e9thode et son enseignement mystique, \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019islam sunnite dominant, rendaient ses cours accessibles au plus grand nombre. Sa r\u00e9putation de docte et saint personnage \u2013 ponctuellement entretenue par ses kar\u00e2met (prodiges) &#8211; d\u00e9passa bient\u00f4t les limites de son quartier et de la ville pour atteindre les tribus de la steppe tunisienne. Sa Tar\u00eeqa (r\u00e8gle soufie), sans doute d\u00e9riv\u00e9e de celle de Sidi Belhassen Chedli, \u00e9tait en tout cas\u00a0 conforme au soufisme d\u2019Abou al Q\u00e2cim Jounayd (830-910), c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9fractaire \u00e0 toute extravagance mystique et fond\u00e9e sur la scansion du Coran et l\u2019enseignement de son message, conform\u00e9ment \u00e0 la Tradition du Proph\u00e8te et \u00e0 la charia.\u00a0 Si la r\u00e8gle chebbiya \u00e9tait accessible \u00e0 tous, le soufisme du cheikh Ahmed, tel qu\u2019il\u00a0 appara\u00eet dans ses \u00e9p\u00eetres regroup\u00e9es dans l\u2019ouvrage intitul\u00e9\u00a0 Majm\u00fb\u2019 alFadh\u00e2\u2019il se distinguait aussi par sa dimension philosophique, au sens o\u00f9 cette discipline \u00e9tait entendue au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-1.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"785\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9buts difficiles dans un environnement marqu\u00e9 par l\u2019hostilit\u00e9 des personnages \u00e9tablis\u2013 en particulier les chefs du sanctuaire de Sidi Abid El Ghariani &#8211; le c\u00e9nacle de Sidi Ahmed Ben Makhlouf r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9voluer rapidement en un\u00a0 mouvement religieux bas\u00e9 en milieu citadin, certes, mais orient\u00e9 massivement vers le monde rural par l\u2019enracinement dans les tribus b\u00e9douines. A la mort du cheikh Ben Makhlouf\u00a0 survenue en 1482, la confr\u00e9rie chebbiya disposait d\u00e9j\u00e0 d\u2019une base solide et de ressources importantes. Son fils Mohamed El K\u00e9bir lui succ\u00e8de mais il d\u00e9c\u00e8de peu apr\u00e8s. Sidi Arafa, un autre fils du cheikh, prend la t\u00eate de la confr\u00e9rie en 1485. Il accro\u00eet son influence en \u00e9tablissant des liens solides\u00a0 avec de puissantes tribus du centre et de\u00a0 l\u2019ouest du royaume hafside.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-2.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"769\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>A partir de 1534-35, les difficult\u00e9s du pouvoir hafside et la comp\u00e9tition entre Espagnols et Ottomans sur le sol tunisien allaient donner \u00e0 la confr\u00e9rie bien plus qu\u2019un nouvel \u00e9lan: la m\u00e9tamorphose d\u2019un mouvement soufi en un mouvement politique hostile aux \u00e9mirs hafsides et \u00e0 l\u2019occupant \u00e9tranger, qu\u2019il f\u00fbt chr\u00e9tien ou musulman. L\u2019exemple de cette confr\u00e9rie administre la preuve que les autochtones d\u2019Ifriqiya ne furent pas que les spectateurs passifs du duel hispano-ottoman mais des acteurs avec lesquels il fallut bien compter. Cette mutation d\u2019une congr\u00e9gation soufie en une organisation \u00e0 la fois religieuse, politique et militaire s\u2019accomplit sous l\u2019\u00e9gide de Sidi Arafa. Cheikh soufi v\u00e9n\u00e9r\u00e9 mais aussi meneur d\u2019hommes, il sut en effet mettre le d\u00e9vouement des adeptes de la confr\u00e9rie au service de la lutte contre le pouvoir hafside accus\u00e9 de collusion avec les Espagnols. On se rappelle, en effet, (Leaders, octobre 2016) que l\u2019\u00e9mir Moulay Hassan, menac\u00e9 par les Ottomans qui avaient pris La Goulette en 1535 et incapable de se tirer d\u2019affaire par les seuls moyens de son Etat, sollicita l\u2019aide de Charles Quint. Revenu avec les troupes\u00a0 de l\u2019empereur, il provoqua le m\u00e9contentement et le m\u00e9pris de ses sujets. A Kairouan, Sidi Arafa, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 chasser la garnison hafside gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui des soldats turcs entr\u00e9s dans la ville en 1534, suscita, quatre ans plus tard &#8211; dans des circonstances demeur\u00e9es obscures &#8211; une insurrection urbaine qui aboutit\u00a0 au repli des Ottomans hors de la cit\u00e9. D\u00e9barrass\u00e9 de cette tutelle de fait, il fonda un \u00e9mirat qui, sous son autorit\u00e9 puis, apr\u00e8s sa mort en 1542, sous celle de son neveu Mohamed ben Abi Ta\u00efeb, allait gouverner Kairouan et son territoire de 1538 \u00e0 1557. La cl\u00e9 de vo\u00fbte de la confr\u00e9rie devenue une principaut\u00e9 \u00e9tait constitu\u00e9e par l\u2019alliance avec les puissantes tribus qui\u00a0 \u00e9voluaient dans un espace qui s\u2019\u00e9tendait jusqu\u2019\u00e0 la province de Constantine au centre et au nord et vers le Dj\u00e9rid et le Mzab au sud-est. Certes, le cas de Kairouan n\u2019\u00e9tait pas unique, car la d\u00e9composition du royaume hafside et la mise en cause de sa l\u00e9gitimit\u00e9 avaient eu pour cons\u00e9quence la d\u00e9saffection des sujets\u00a0 au point que plusieurs villes et r\u00e9gions s\u2019\u00e9rig\u00e8rent, sous l\u2019\u00e9gide de leurs notables, en petites principaut\u00e9s autonomes comme ce fut le cas \u00e0 Sousse, Monastir, Mahdia, Sfax, ainsi que dans l\u2019\u00eele de Djerba. Mais de toutes les villes entr\u00e9es en dissidence, Kairouan, gouvern\u00e9e par la confr\u00e9rie chabbiya, bien organis\u00e9e et appuy\u00e9e sur un ample r\u00e9seau tribal, \u00e9tait la plus puissante. Face \u00e0 un tel p\u00e9ril, le sultan hafside, Moulay Hassan, n\u2019avait d\u2019autre choix que de tenter de\u00a0 r\u00e9duire la\u00a0 s\u00e9cession chebbiya. En 1540, il prend\u00a0 la t\u00eate d\u2019une colonne constitu\u00e9e de cavaliers de tribus loyales et d\u2019un contingent espagnol, mais en juillet, il est battu \u00e0 Batn el Garn pr\u00e8s de Kairouan et en novembre \u00e0 Jemmal, au Sahel. Sandoval, historiographe espagnol de la fin du XVIe si\u00e8cle, d\u00e9crivant les forces d\u00e9ploy\u00e9es en cette occasion par le cheikh Chebbi, parle de 22.000 cavaliers, 15.000 combattants \u00e0 pied [fournis par les tribus] et 600 escopettiers [sorte de fusiliers] ottomans que guidait un Europ\u00e9en converti. Sidi Arafa faisait ainsi \u00e9chouer d\u00e9finitivement le projet du roi de Tunis d\u2019investir Kairouan apr\u00e8s deux tentatives tout aussi malheureuses en 1535 et 1536, et s\u2019imposait, du m\u00eame coup, comme un acteur de premier plan sur le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations. Autocrate craint et chef religieux v\u00e9n\u00e9r\u00e9, le Cheikh de la confr\u00e9rie chebbiya \u00e9tait \u00e9galement respect\u00e9 par les protagonistes de l\u2019\u00e9poque. Un document des archives de Simancas dat\u00e9 de 1552,\u00a0 cit\u00e9 par l\u2019historien Charles Monchicourt, qualifie carr\u00e9ment le successeur de Sidi Arafa, Sidi Mohamed Ben Abi Ta\u00efeb,\u00a0 de Roi de Kairouan (\u00abIllustrissimo Rey del Caruan\u00bb). Chef incontest\u00e9, le seigneur de Kairouan ne n\u00e9gligeait pourtant pas les avis des sages r\u00e9unis, selon un usage arabe ancestral, en conseil (jam\u00e2\u2019a). Cette Jam\u00e2\u2019a aidait \u00e0 la prise de d\u00e9cision, comme par exemple, en 1547, lors de la convocation de ses membres par Mohamed b. Abi Ta\u00efeb \u00e0 l\u2019occasion de la visite d\u2019\u00e9missaires mandat\u00e9s par le sultan hafside et ses alli\u00e9s espagnols.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-3.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"950\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-4.jpg\" alt=\"\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>A propos de ces n\u00e9gociations entre les bellig\u00e9rants, il convient de souligner qu\u2019en ces temps incertains, marqu\u00e9s par\u00a0 l\u2019affaissement du royaume hafside, la pr\u00e9sence de deux arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res sur le sol ifriqiyen et les querelles au sein de la dynastie, les renversements d\u2019alliances \u00e9taient in\u00e9vitables, et les relations des chefs chebbiya avec les autres acteurs sur la sc\u00e8ne politique n\u2019\u00e9chapp\u00e8rent pas \u00e0 cette fatalit\u00e9. En effet, en 1535, les troupes hafsides \u00e9chou\u00e8rent \u00e0 prendre\u00a0 Kairouan gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9sistance de la garnison ottomane, mais en 1538, Sidi Arafa, d\u00e9cid\u00e9ment r\u00e9fractaire \u00e0 toute pr\u00e9sence \u00e9trang\u00e8re, f\u00fbt-elle musulmane, et disposant sans doute de plus de forces qu\u2019auparavant, se d\u00e9barrasse des Turcs. En 1546, on retrouve les soldats de Dragut et les Chebbiya du cheikh Ben Abi Ta\u00efeb\u00a0 du m\u00eame bord, mais deux ans plus tard, l\u2019amiral turc se rapproche de l\u2019usurpateur Ahmed Soltane, devenu ma\u00eetre de Tunis au d\u00e9triment de son parent Moulay Hassan. Les Chebbiya, devenus entretemps parents par alliance\u00a0 dudit Moulay Hassan par le mariage de son fils avec une Chebbiya, font aussit\u00f4t alliance avec les\u00a0 Espagnols. En 1550, Sidi Mohamed Ben Abi Ta\u00efeb signe avec le vice-roi de Sicile Jean de Vega, ma\u00eetre de Mahdia ainsi que de Monastir et Sousse, un accord aux termes duquel ces deux derni\u00e8res villes sont donn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9mirat chebbi et aussit\u00f4t quatre mille chebbiya barrent la route \u00e0 huit cents cavaliers qu\u2019Ahmed Soltane avait envoy\u00e9s en renfort \u00e0 Dragut. En d\u00e9cembre 1552 cependant, le Chebbi est vaincu par Ahmed Soltane qui courtise n\u00e9anmoins les Espagnols. Dragut pour sa part reprend du poil de la b\u00eate. En 1556, il occupe Gafsa d\u2019ob\u00e9dience chebbiya. La situation se complique pour le cheikh Ben Abi Ta\u00efeb, pris en tenailles au sud par les Ottomans et au nord par Ahmed Soltane. Le 26 d\u00e9cembre 1557, Kairouan est investie par la puissante infanterie turque \u00e9quip\u00e9e de 3.000 armes \u00e0 feu\u00a0 et accompagn\u00e9e,\u00a0 comme de coutume en pays d\u2019Orient, de cavaliers b\u00e9douins appartenant \u00e0\u00a0 diverses fractions de\u00a0 tribus ralli\u00e9es. Les adversaires de toujours, la Zaouia gharianiya en t\u00eate, se soul\u00e8vent contre la confr\u00e9rie jusque-l\u00e0 ma\u00eetresse de la ville, et facilitent la t\u00e2che de Dragut.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-5.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"804\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Tomb\u00e9e\u00a0 apr\u00e8s quelque vingt ans d\u2019existence en raison d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre manifeste en faveur des forces ottomanes, la principaut\u00e9 chebbiya\u00a0 portait en elle des faiblesses structurelles anciennes qui allaient contribuer \u00e0 sa chute. Et d\u2019abord la ville elle-m\u00eame. En effet, supplant\u00e9e par Tunis depuis le XIIe si\u00e8cle, Kairouan, toujours aur\u00e9ol\u00e9e de son prestige de premi\u00e8re cit\u00e9 musulmane du Maghreb, n\u2019\u00e9tait cependant plus une m\u00e9tropole susceptible de constituer une base politique, \u00e9conomique et sociale suffisamment puissante. En outre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des remparts, la confr\u00e9rie n\u2019a cess\u00e9 de subir la rivalit\u00e9 de la Zaouia de Sidi Abid Ghariani, bien implant\u00e9e au sein de l\u2019\u00e9lite citadine. Du point de vue de la puissance territoriale, l\u2019Etat chebbi, n\u2019ayant pas r\u00e9ussi \u00e0 rallier \u00e0 sa cause le Sahel, \u00e9tait priv\u00e9 d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 la mer, des ressources de cette r\u00e9gion agricole r\u00e9put\u00e9e et d\u2019une possibilit\u00e9 de repli en cas d\u2019attaque. De sorte que l\u2019\u00e9mirat chebbi ne disposait que du territoire de la steppe. Son autorit\u00e9\u00a0 s\u2019exer\u00e7ait donc essentiellement sur des tribus nomades (encore que Gafsa et le Dj\u00e9rid semblent avoir compt\u00e9, d\u00e8s les premiers temps de la confr\u00e9rie, de solides partisans des Chebbi).<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-6.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"384\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Chass\u00e9s de Kairouan, les Chebbiya se r\u00e9fugi\u00e8rent dans les tribus de leur ob\u00e9dience. Depuis toujours \u00e9pine dorsale de la confr\u00e9rie, la soci\u00e9t\u00e9 b\u00e9douine devenait ainsi, en quelque sorte, leur milieu naturel dans les heures sombres. Cependant, la fin de l\u2019\u00e9mirat de Kairouan ne signifiait pas la fin de la confr\u00e9rie\u00a0 et de sa lutte contre le pouvoir ottoman. Celui-ci, d\u00e9finitivement install\u00e9 en 1574 apr\u00e8s avoir repris La Goulette aux Espagnols, eut \u00e0 lutter contre diverses s\u00e9ditions provoqu\u00e9es par des tribus telles que les belliqueux\u00a0 Ouled Sa\u00efd,\u00a0 les Ouled Bellil, les Troud, les Chenenfa, les Ouerghemma enhardis par l\u2019effondrement de l\u2019Etat hafside et l\u2019instabilit\u00e9 cons\u00e9cutive \u00e0\u00a0 l\u2019affrontement hispano-turc. L\u2019agitation allait se prolonger jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire pendant pr\u00e8s de 130 ans! Dans cette longue contestation du nouvel ordre politique, les Chebbiya furent particuli\u00e8rement actifs tant en Tunisie qu\u2019en Alg\u00e9rie. Leur mouvement de r\u00e9sistance eut en effet pour th\u00e9\u00e2tre un territoire qui couvrait une grande partie du nord-ouest, du centre et du sud-ouest et dans l\u2019Aur\u00e8s. Toujours combatifs, ils r\u00e9ussirent en 1560 \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 peine trois ans apr\u00e8s la chute de leur principaut\u00e9- sous le commandement du Cheikh Mhammed Zefzef, un fils de Sidi Arafa, \u00e0 prendre Tozeur et \u00e0 en chasser les partisans d\u2019Ahmed Soltane.\u00a0 A partir de cette installation dans le Dj\u00e9rid, la famille se scinda, nous dit le professeur Ali Chebbi,\u00a0 selon deux tendances; l\u2019une \u2013 conduite par Sidi El Messaoud (mort en 1619 et auteur du Al Fath al Mounir, manuel de la confr\u00e9rie) &#8211; privil\u00e9giait d\u00e9sormais l\u2019activit\u00e9 maraboutique de mani\u00e8re pacifique par la perp\u00e9tuation de la Tar\u00eeqa, l\u2019enseignement et l\u2019accueil des\u00a0 adeptes de la confr\u00e9rie.\u00a0 L\u2019autre branche, partisane de la lutte arm\u00e9e, fut\u00a0 fond\u00e9e par un arri\u00e8re-arri\u00e8re petit- fils de Ahmed Ben Makhlouf et fr\u00e8re d\u2019El Messaoud, l\u2019\u00e9nergique Abd El Sammad Chebbi. N\u00e9 vers 1551 \u00e0 Kairouan, il grandit \u00e0 Tozeur puis dans la r\u00e9gion de Constantine o\u00f9 s\u2019\u00e9tait install\u00e9 son p\u00e8re Mohamed Bennour. L\u00e0, le jeune Abd El Sammad \u00e9tablit de solides amiti\u00e9s au sein des tribus traditionnellement alli\u00e9es \u00e0 sa famille dont celles\u00a0 des Nememcha, Hanencha, Dr\u00eed (ses parents du c\u00f4t\u00e9 maternel) ainsi que les Troud qui, toutes, se d\u00e9pla\u00e7aient indiff\u00e9remment entre les r\u00e9gions limitrophes des beyliks de Tunis et de Constantine. A ces grandes conf\u00e9d\u00e9rations, s\u2019ajoutaient les tribus de l\u2019ouest telles que les Hammama, les Charen, les Ouled Bou Ghanem ou encore les Zoghalma. Dans un premier temps, Abd El Sammad, en bon musulman soucieux de chasser les chr\u00e9tiens, surmontant sa haine du Turc, mit cette puissante coalition au service de Sinan Pacha lors de l\u2019assaut contre la forteresse espagnole de La Goulette en 1574. Combattant de la foi et de la libert\u00e9 mais aussi chef politique ambitieux, Abd El Sammad esp\u00e9rait aussi secr\u00e8tement qu\u2019en r\u00e9compense de son appui, les Turcs lui accorderaient le droit d\u2019exercer un pouvoir autonome sur les zones tribales qu\u2019il avait r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler. Ayant essuy\u00e9 un refus, il en ressentit un profond d\u00e9pit et entra en dissidence. De 1574 \u00e0 sa mort en 1616, le chef chebbi n\u2019eut de cesse de croiser le fer avec ses ennemis: les pachas-gouverneurs, les\u00a0 deys puis les beys de la dynastie mouradite. Avec une telle fureur et une telle intransigeance, rapporte\u00a0 Salah ben Sa\u00efd l\u2019historiographe de la famille, qu\u2019il provoqua la d\u00e9saffection de ses proches notamment apr\u00e8s qu\u2019il eut assassin\u00e9 son propre fr\u00e8re Q\u00e2cim, hostile \u00e0 l\u2019option militaire. Sa fureur \u00e9tait d\u2019autant plus grande qu\u2019une partie non n\u00e9gligeable des offrandes \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e par les adeptes de la confr\u00e9rie \u00e0 la zaouia de Tizagrirane au djebel Chach\u00e2r (province de Khenchela dans l\u2019Aur\u00e8s), anim\u00e9e par Sidi El Messaoud. Abd El Sammad, en revanche, r\u00e9clamait que les ressources g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les cadeaux des fid\u00e8les fussent consacr\u00e9s au combat. Les tribus elles-m\u00eames commen\u00e7aient \u00e0 manifester quelque lassitude. Exc\u00e9d\u00e9s, les Hanencha, fid\u00e8les d\u2019entre les fid\u00e8les depuis l\u2019\u00e9poque de Sidi Ahmed Ben Makhlouf, finirent par faire all\u00e9geance au pouvoir ottoman de Tunis. Vaincu \u00e0 la bataille de Guiber en 1592, Abd El Sammad dut trouver refuge dans les djebels puis de l\u00e0 au Dj\u00e9rid. Tenace, il ne tarda pas \u00e0 r\u00e9appara\u00eetre dans son fief du djebel Argou\u00a0 dans la r\u00e9gion de T\u00e9bessa. Mais les choses avaient bien chang\u00e9. Deys et beys multipliaient les victoires contre les rebelles et imposaient progressivement leur autorit\u00e9 et leur l\u00e9gitimit\u00e9 aux populations. En 1616, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une s\u00e9rie d\u2019escarmouches sans r\u00e9sultat d\u00e9cisif, Mourad Bey et Abd El Sammad entr\u00e8rent en n\u00e9gociations. Mais ce dernier, l\u00e2ch\u00e9 entretemps par la tribu des Troud, meurt la m\u00eame ann\u00e9e sans avoir obtenu du bey une chim\u00e9rique partition de la r\u00e9gence \u00e0 son profit. Son fils Ali reprit le flambeau mais, en 1631, il est battu par le grand bey mouradite, Hammouda Pacha. La conf\u00e9d\u00e9ration des Dr\u00eed passa en bloc du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir beylical et ses meilleurs \u00e9l\u00e9ments incorpor\u00e9s aux troupes comme lanciers (mz\u00e2rguiya). Bouzay\u00e2n, fils de Ali b. Abd El Sammad, reprit le combat contre les beys mais sans espoir de vaincre. Premier pas vers un rapprochement avec le pouvoir, lors de la querelle qui opposa Mohamed Bey al Mouradi \u00e0 son fr\u00e8re, les Chabbiya firent alliance avec lui. En r\u00e9compense de leur soutien, Mohamed leur fit des donations fonci\u00e8res \u00e0 titre perp\u00e9tuel. Malheureusement, Ali b. Abd El Sammad et ses partisans succomb\u00e8rent lors de la violente bataille de l\u2019Oued Tessa qui les opposa en 1677 aux troupes du prince Ali Bey, fr\u00e8re ennemi de leur alli\u00e9 Mohamed Bey. La r\u00e9bellion chebbiya contre l\u2019Etat beylical cessa d\u00e8s lors d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-8.jpg\" class=\"responsive_img\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"508\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>A leur av\u00e8nement en 1705, les beys husse\u00efnites r\u00e9ussirent, par la force mais aussi par des alliances habilement men\u00e9es, par des donations fonci\u00e8res, \u00e0 r\u00e9tablir une stabilit\u00e9 que les b\u00e9douins d\u2019ob\u00e9dience chebbiya, comme d\u2019autres dissidents, avaient longtemps emp\u00each\u00e9e. D\u00e9sormais r\u00e9concili\u00e9s avec le pouvoir, les fils de Sidi Ahmed ben Makhlouf\u00a0 retrouv\u00e8rent leur vocation originelle, celle de leur pieux <img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Kairaoun-7.jpg\" alt=\"\" width=\"25%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\"\/>anc\u00eatre; c\u2019est-\u00e0-dire un mouvement soufi dirig\u00e9 par un cheikh (signe des temps nouveaux, les cheikhs \u00e9taient d\u00e9sormais nomm\u00e9s par un d\u00e9cret\u00a0 du Bey) et\u00a0 se consacrant, par le biais d\u2019un mysticisme temp\u00e9r\u00e9, \u00e0 la diffusion en milieu tribal du sunnisme, des sciences religieuses et de la langue arabe. Dans la r\u00e9gence de Tunis comme dans celle d\u2019Alger, les autorit\u00e9s voyaient d\u2019un bon \u0153il cette entreprise et l\u2019encourag\u00e8rent par des fondations waqf au b\u00e9n\u00e9fice de la confr\u00e9rie comme ils le firent, d\u2019ailleurs, au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019autres zaouias et congr\u00e9gations soufies. Toutefois, les Chebbiya se distingu\u00e8rent des autres familles maraboutiques par l\u2019institution d\u2019une organisation originale et itin\u00e9rante associant la diffusion du soufisme et du savoir \u00e0 l\u2019exercice de la justice religieuse au profit des tribus tunisiennes et alg\u00e9riennes. Cette institution connue sous le nom de Bayt al Charia fut\u00a0 cr\u00e9\u00e9e vers 1630 par le cheikh Ali fils de Sidi El Messaoud, n\u00e9 en 1591 \u00e0 Tizagrirane.\u00a0 Cette institution se d\u00e9pla\u00e7ait de r\u00e9gion en r\u00e9gion, ce qui la rapprochait des populations et lui conf\u00e9rait une grande efficacit\u00e9 en mati\u00e8re de diffusion de la tar\u00eeqa chebbiya, de l\u2019arabe et des disciplines religieuses. Elle fut d\u2019autant plus utile qu\u2019elle ajoutait \u00e0 sa vocation religieuse la fonction d\u2019un tribunal itin\u00e9rant.\u00a0 Bayt al Charia joua ce\u00a0 r\u00f4le jusqu\u2019\u00e0 sa disparition en 1867 \u00e0 la suite\u00a0 de la profonde crise qui affecta les campagnes tunisiennes particuli\u00e8rement \u00e9prouv\u00e9es par la famine\u00a0 au lendemain de l\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9rale dite de Ben Ghedahem en 1864 et de la r\u00e9pression f\u00e9roce qui s\u2019en est suivie. A partir\u00a0 de cette date, la confr\u00e9rie retrouva une forme plus classique autour\u00a0 de la zaouia du djebel Chach\u00e2r o\u00f9 \u00e9tait pratiqu\u00e9e la r\u00e8gle soufie \u00e9tablie par Ahmed Ben Makhlouf. On y perp\u00e9tuait le rituel compos\u00e9 de pri\u00e8res et oraisons, en particulier la litanie dite\u00a0 al Sab\u2019\u00eeniya\u00a0 et o\u00f9, bien entendu,\u00a0 l\u2019on recevait les offrandes et autres ressources. Le rituel fut \u00e9galement maintenu \u00e0 Tozeur dans le quartier des Chebbiya ainsi qu\u2019\u00e0 Nefta. Au XIXe si\u00e8cle, les fils de la famille s\u2019orient\u00e8rent principalement vers les \u00e9tudes acad\u00e9miques \u00e0 la Grande mosqu\u00e9e Zitouna de Tunis puis, pour certains d\u2019entre eux, vers l\u2019enseignement sup\u00e9rieur moderne. Ils donn\u00e8rent au pays nombre\u00a0 de professeurs, de magistrats, d\u2019avocats et de fonctionnaires, tous f\u00e9rus de langue et litt\u00e9rature arabes et traditionnellement attach\u00e9s \u00e0 l\u2019arabisme.<\/p>\n<p>Passionnante, l\u2019histoire des Chebbiya met en lumi\u00e8re le r\u00f4le du confr\u00e9risme soufi dans l\u2019encadrement en quelque sorte culturel des populations rurales, longtemps n\u00e9glig\u00e9es sinon m\u00e9pris\u00e9es par les \u00e9lites acad\u00e9miques, par la diffusion d\u2019un islam sunnite et par l\u2019enseignement de la langue arabe. Mieux encore, la confr\u00e9rie fond\u00e9e au XVe si\u00e8cle par Sidi Ahmed Ben Makhlouf Chebbi constitue un bel exemple de la formidable capacit\u00e9 de l\u2019islam soufi \u00e0 mobiliser les populations face \u00e0\u00a0 l\u2019occupation \u00e9trang\u00e8re. L\u00e0 o\u00f9 le\u00a0 b\u00e2t blesse, c\u2019est que la confr\u00e9rie\u00a0 tirait principalement sa force de son alliance avec les tribus. Or celles-ci, ici comme ailleurs et depuis toujours, p\u00e2tissaient de travers ataviques, en particulier les querelles de clans, l\u2019obsession du butin, les revirements soudains et toutes sortes d\u2019archa\u00efsmes qui, malheureusement, alt\u00e9raient immanquablement le go\u00fbt pourtant bien \u00e9tabli des b\u00e9douins pour la libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(18).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26882-soufisme-et-resistance-l-epopee-des-chebbiya\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les familles embl\u00e9matiques de l\u2019identit\u00e9 tunisienne, celle des Chebbiya occupe une place de choix. 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