{"id":29023,"date":"2019-04-20T04:30:00","date_gmt":"2019-04-20T08:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-le-regime-des-notables-dans-la-cite-antique\/"},"modified":"2019-04-20T04:30:00","modified_gmt":"2019-04-20T08:30:00","slug":"ammar-mahjoubi-le-regime-des-notables-dans-la-cite-antique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-le-regime-des-notables-dans-la-cite-antique\/","title":{"rendered":"Ammar Mahjoubi: Le r\u00e9gime des notables dans la cit\u00e9 antique"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Depuis l\u2019acc\u00e8s de notre pays \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, et plus d\u2019un demi-si\u00e8cle durant, nos communaut\u00e9s locales, nos villes et nos bourgades n\u2019avaient gu\u00e8re connu d\u2019\u00e9lections municipales effectives et cr\u00e9dibles. Il fallut attendre l\u2019an de gr\u00e2ce 2018 pour qu\u2019elles soient gratifi\u00e9es de leurs premi\u00e8res \u00e9lections communales \u00ablibres et transparentes\u00bb. A l\u2019\u00e9poque romaine, pourtant, nos cit\u00e9s antiques, c\u2019est-\u00e0-dire celles de la provincia Africa proconsularis, organisaient r\u00e9guli\u00e8rement ces \u00e9lections, qui constituaient annuellement un objet de comp\u00e9tition \u00e2prement disput\u00e9 entre les notables. Ces derniers, \u00e9crit P. Veyne, \u00e9taient \u00abpolitiquement des personnes qui, par leur situation \u00e9conomique, \u00e9taient en mesure, en guise d\u2019activit\u00e9 secondaire, de diriger une collectivit\u00e9 quelconque, sans percevoir de salaires ou contre un salaire purement symbolique\u00bb (Le pain et le cirque, Seuil, p.122). La consid\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale dont ils jouissaient, \u00e0 quelque titre que ce soit, leur permettait d\u2019obtenir ais\u00e9ment la direction de la cit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(46).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Pour briguer cet honneur, il fallait au notable une fortune suffisante; l\u2019agriculture \u00e9tant, \u00e0 cette \u00e9poque, la source principale de la richesse, il devait poss\u00e9der une propri\u00e9t\u00e9 agricole aux revenus importants, des esclaves, ou m\u00eame, quoique peu souvent, exercer une profession lib\u00e9rale r\u00e9mun\u00e9ratrice et socialement estim\u00e9e. Le nombre de ces honestiores locaux pouvait atteindre le 1\/10e des citoyens dans les petites cit\u00e9s, dont le conseil municipal n\u2019avait qu\u2019une cinquantaine de membres; cette proportion n\u2019\u00e9tait plus que de 2 \u00e0 3 % dans les villes moyennes, alors que dans les grandes, ces d\u00e9curions\u2013 ainsi \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s les notables du conseil municipal\u2013 ne constituaient qu\u2019une \u00e9lite restreinte. Les cit\u00e9s \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement contr\u00f4l\u00e9es par un nombre limit\u00e9 de familles, qui d\u00e9tenaient l\u2019essentiel de la richesse fonci\u00e8re; dans ces conditions, leur renouvellement \u00e9tait tr\u00e8s lent et les \u00e9l\u00e9ments nouveaux ne s\u2019int\u00e9graient que par des mariages ou des adoptions. Plus rarement encore, un h\u00e9ritage ou toute une vie de travail agricole pouvaient permettre cette ascension sociale, comme le montre une inscription bien connue des historiens de l\u2019Antiquit\u00e9, celle du moissonneur de Mactaris (Makthar), qui avait fini par acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9lite locale. Le notable remplissait ses fonctions publiques \u00e0 titre gratuit ou, plut\u00f4t, on\u00e9reux. Il d\u00e9pensait en effet, souvent, ses biens propres en les ajoutant aux moyens mat\u00e9riels de direction, qui lui \u00e9taient fournis par la cit\u00e9. Ces notables antiques vivaient donc pour la politique et non par la politique, car ils appartenaient \u00e0 un \u00abordre\u00bb social, l\u2019ordodecurionum, c\u2019est-\u00e0-dire toute une classe sociale de personnes plus ou moins fortun\u00e9es, qui consid\u00e9raient la politique comme un devoir d\u2019Etat plut\u00f4t qu\u2019une vocation ou une profession.\u00a0 Alors qu\u2019\u00e0 notre \u00e9poque, dans les pays occidentaux r\u00e9gis par des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, la politique est, pour un nombre limit\u00e9 de citoyens, une v\u00e9ritable profession ; de nos jours aussi, les hommes d\u2019affaires, les capitalistes de ces pays ne sont pas, g\u00e9n\u00e9ralement, les m\u00eames personnes que les parlementaires, alors que les membres de l\u2019ordo, dans la cit\u00e9 antique, les citoyens de la classe poss\u00e9dante exer\u00e7aient eux-m\u00eames la gouvernance de leurs villes.<\/p>\n<p>Ces notables des cit\u00e9s antiques \u00e9taient, en quelque sorte, des amateurs, qui occupaient leurs loisirs en s\u2019adonnant \u00e0 une activit\u00e9 publique b\u00e9n\u00e9vole, non r\u00e9tribu\u00e9e, qu\u2019ils ne devaient qu\u2019\u00e0 une \u00e9lection d\u00e9mocratique. Ils n\u2019\u00e9taient pas des privil\u00e9gi\u00e9s, et aucune disposition, aucun acte, \u00e9crit ou non, ne leur r\u00e9servait cette activit\u00e9. Il en d\u00e9coulait que l\u2019ensemble des citoyens de la cit\u00e9 avaient, en principe, acc\u00e8s \u00e0 sa direction, avec pour seule condition une fortune importante, mais qu\u2019une petite minorit\u00e9 seulement pouvait poss\u00e9der. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la gouvernance locale n\u2019\u00e9tait donc ouvert qu\u2019\u00e0 cette minorit\u00e9 de riches, et c\u2019est bien l\u00e0, note P.Veyne, la caract\u00e9ristique principale du r\u00e9gime des notables \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine, de ceux qui, parmi les citoyens, pouvaient faire de la politique. Si, par contre, la r\u00e9partition des biens avait \u00e9t\u00e9 plus \u00e9quitablement distribu\u00e9e entre les citoyens locaux, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la gouvernance de la cit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 ouvert \u00e0 un grand nombre de familles et les adeptes de l\u2019activit\u00e9 politique auraient \u00e9t\u00e9 alors des professionnels, int\u00e9ress\u00e9s par la conduite des affaires communales.<\/p>\n<p>Dans les cit\u00e9s romaines, les activit\u00e9s publiques des notables \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre absorbantes; elles n\u2019avaient qu\u2019une courte dur\u00e9e, car la fonction de magistrat municipal \u00e9tait annuelle, les \u00e9lections \u00e9taient renouvel\u00e9es chaque ann\u00e9e. Etaient alors \u00e9lus \u00e0 la t\u00eate de la cit\u00e9, par les membres du conseil municipal qui comprenait g\u00e9n\u00e9ralement une centaine de membres, quatre magistrats, deux duumvirs et deux ediles. \u00abDisant le droit \u00bb, les duumvirs jugeaient les proc\u00e8s civils et, au p\u00e9nal, les petits d\u00e9lits ; les causes civiles portant sur des sommes importantes, ainsi que la poursuite des grands d\u00e9linquants et des criminels \u00e9tant du ressort du proconsul, gouverneur de la province. Ces deux \u00abmaires\u00bb de la cit\u00e9 ordonnan\u00e7aient les d\u00e9penses, g\u00e9r\u00e9es par des questeurs \u00e9lus aussi annuellement, veillaient \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des lois et des d\u00e9cisions du pouvoir central ; ils assuraient aussi, avec les \u00e9diles, le maintien de l\u2019ordre; ces derniers contr\u00f4laient \u00e9galement le ravitaillement de la cit\u00e9. Toutes les d\u00e9cisions de quelque importance devaient faire l\u2019objet d\u2019un d\u00e9cret du conseil des d\u00e9curions (decreto decurionum, pr\u00e9cisent les inscriptions). Devenus les ma\u00eetres des cit\u00e9s, l\u2019ensemble des notables \u2013 membres des conseils municipaux et magistrats \u2013 \u00e9prouvaient pour leurs petites \u00abpatries\u00bb un patriotisme tr\u00e8s vif ; mais ils ne manquaient pas de se pr\u00e9valoir aussi de leurs distances sociales. Ils rev\u00eataient en effet les signes distinctifs d\u2019un pouvoir inh\u00e9rent \u00e0 leurs fonctions, symbolis\u00e9 par la \u00abtoge pr\u00e9texte\u00bb, le \u00absi\u00e8ge curule\u00bb et les places d\u2019honneur au th\u00e9\u00e2tre; jouissant d\u2019un prestige d\u00e9coulant de leur richesse, leur potestas ne constituait, cependant, qu\u2019un aspect de leur pr\u00e9pond\u00e9rance; cette autorit\u00e9 s\u2019\u00e9tendait, en effet, \u00e0 toute leur vie sociale et caract\u00e9risait la pr\u00e9\u00e9minence, dans la cit\u00e9, d\u2019une \u00e9lite respect\u00e9e plus que crainte. La richesse, ou m\u00eame l\u2019aisance confortable leur permettait de se d\u00e9barrasser des soucis mat\u00e9riels, pour s\u2019adonner \u00e0 la politique communale : les vivres leur \u00e9taient fournis, en quantit\u00e9 suffisante, par le labeur des esclaves et des m\u00e9tayers de leurs domaines, et une nombreuse et docile domesticit\u00e9 les d\u00e9chargeait des moindres travaux quotidiens; leurs seules t\u00e2ches \u00e9conomiques se bornaient \u00e0 la supervision de leurs propri\u00e9t\u00e9s et \u00e0 la gestion de leurs biens. Le notable \u00e9tait ainsi suffisamment nanti pour s\u2019adonner \u00e0 l\u2019activit\u00e9 municipale, se livrer au militantisme local, aux f\u00eates et \u00e0 l\u2019organisation des divertissements au th\u00e9\u00e2tre, des courses au circus et des joutes dans l\u2019ar\u00e8ne de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Cette domination sociale, \u00e0 l\u2019\u00e9poque antique, n\u2019est pas sans analogie avec la pr\u00e9pond\u00e9rance en Europe, \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9industrielle, d\u2019une \u00e9lite de propri\u00e9taires fonciers, qui contr\u00f4lait \u00e9galement les gouvernements municipaux. P. Veyne cite \u00e0 ce propos Taine d\u00e9crivant la vie publique dans les campagnes anglaises au XIXe si\u00e8cle : \u00abPoint n\u2019est besoin d\u2019\u00e9lection ni de d\u00e9signation d\u2019en haut : le bourg trouve un chef tout fait et tout reconnu dans le propri\u00e9taire important, ancien habitant du pays, puissant par ses amis, ses prot\u00e9g\u00e9s, ses fermiers, int\u00e9ress\u00e9 plus que personne aux affaires locales par ses grands biens, expert en des int\u00e9r\u00eats et des forces que sa famille manie depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, plus capable, par son \u00e9ducation, de donner de bons conseils et, par ses influences, de mener \u00e0 bien l\u2019entreprise commune\u2026 De plus, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres aristocraties, ils sont instruits, lib\u00e9raux, ils ont souvent voyag\u00e9\u2026Tel a b\u00e2ti un pont \u00e0 ses frais, tel autre une chapelle, une maison d\u2019\u00e9cole; en somme ils donnent \u00e0 leurs frais aux ignorants et aux pauvres la justice, l\u2019administration et la civilisation.\u00bb (Le pain et le cirque, p.124-125). P.Veyne constate ainsi que le r\u00e9gime des notables qui, dans l\u2019Antiquit\u00e9, \u00e9tait adapt\u00e9 \u00e0 la structure sociale de la cit\u00e9, continuait \u00e0 \u00eatre viable avant l\u2019\u00e8re industrielle dans les collectivit\u00e9s \u00e9troites et les petites communes des Etats modernes. Veyne ajoute (id, p.125-131) que si on r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 cette puissance sociale des notables, on pourrait envisager l\u2019id\u00e9e d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se maintiendrait sans appareil d\u2019Etat, gr\u00e2ce \u00e0 ses \u00abchefs naturels\u00bb, qui doivent leur pouvoir \u00e0 leur puissance \u00e9conomique et \u00e0 leur prestige; car dans les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9industrielles, selon R.Dahl (L\u2019analyse politique contemporaine, p.163-165), les sup\u00e9riorit\u00e9s sont cumulatives, et quiconque d\u00e9tient la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re d\u00e9tient aussi le pouvoir, la culture et l\u2019influence. Ces soci\u00e9t\u00e9s sont ploutocratiques, car la notori\u00e9t\u00e9 suppose la richesse, qui attire le respect et le l\u00e9gitime par des dignit\u00e9s. Des conditions sociales analogues existaient en Tunisie, dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, lorsque les familles des notables, des beldi de Tunis, Sousse ou Sfax, d\u00e9tenaient la richesse fonci\u00e8re ou bien celle provenant, par exemple, de la grande industrie et du grand commerce de la ch\u00e9chia; jouissant de la culture, de la notori\u00e9t\u00e9 et de l\u2019ascendance sociale, ils l\u00e9gitimaient cette ascendance par des dignit\u00e9s, celles notamment des dignitaires de la Zitouna, ou celles conf\u00e9r\u00e9es par le Bey et la cour beylicale.<\/p>\n<p>Mais avec le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et la division du travail, les pr\u00e9\u00e9minences furent mieux r\u00e9parties et plus diff\u00e9renci\u00e9es, et la sp\u00e9cialisation fut plus pouss\u00e9e, car le cumul des r\u00f4les \u00e9tait devenu \u00e9crasant. La sp\u00e9cialisation des activit\u00e9s engendra la multiplication des \u00e9chelles de prestige et on ne put plus pr\u00e9tendre, comme jadis, \u00e0 toutes les sup\u00e9riorit\u00e9s. Chacun se contenta d\u2019exceller sur sa propre \u00e9chelle de prestige. \u00abLes notables antiques se faisaient un devoir d\u2019Etat de prendre part aux affaires publiques, pour ne pas laisser \u00e0 d\u2019autres la seule dignit\u00e9 qui fut; si, de leur temps, l\u2019\u00e9conomie avait comport\u00e9 de v\u00e9ritables professions, ils auraient pu s\u2019y sp\u00e9cialiser et abandonner la direction de la cit\u00e9 \u00e0 une classe politique\u2026 La premi\u00e8re classe poss\u00e9dante \u00e0 n\u2019\u00eatre pas gouvernante aura \u00e9t\u00e9 la bourgeoisie ; une certaine s\u00e9paration s\u2019est faite chez nous de la richesse, du pouvoir, du prestige et de l\u2019influence; nos assembl\u00e9es souveraines ne sont pas compos\u00e9es des principaux propri\u00e9taires fonciers\u00bb, \u00e9crit P.Veyne.<\/p>\n<p>Outre la gestion de ses biens fonciers, qui permettait au notable antique d\u2019\u00eatre riche, celui-ci l\u00e9gitimait donc sa pr\u00e9\u00e9minence par une dignit\u00e9 politique: il exer\u00e7ait plusieurs fois une magistrature annuelle, des pr\u00eatrises, qui \u00e9taient autant de titres grav\u00e9s sur la st\u00e8le de son \u00e9pitaphe ou sur la base de sa statue ; il n\u2019existait alors d\u2019autre \u00e9chelle d\u2019estime sociale que la politique, exception faite des activit\u00e9s culturelles celles, professionnelles, de rh\u00e9teur, de philosophe ou encore de m\u00e9decin. Veyne se demande cependant si, en v\u00e9rit\u00e9, les notables n\u2019avaient, d\u2019autre fortune que fonci\u00e8re. Leurs \u00e9pitaphes et les inscriptions honorifiques ne disent rien, ou presque, des sources de leurs revenus. Les textes litt\u00e9raires le disent fort peu et, \u00e0 lire le rh\u00e9teur grec d\u2019Antioche, Libanios, les notables de cette ville n\u2019\u00e9taient que propri\u00e9taires fonciers. Certes, la propri\u00e9t\u00e9 agricole constituait leur source principale de revenus, mais \u00e9tait-ce la seule? Le silence des sources et le m\u00e9pris affich\u00e9 constamment pour les gains commerciaux suffisent-ils pour conclure que les notables ne se m\u00ealaient jamais des activit\u00e9s commerciales, et n\u2019avaient pas de rapports avec quelques autres sources de richesse?<\/p>\n<p>Quelques textes, en effet, font parfois allusion \u00e0 une activit\u00e9 secondaire, mais qui \u00e9tait toujours sinon estim\u00e9e, du moins socialement reconnue. Cic\u00e9ron notait, par exemple, que \u00able commerce est m\u00e9prisable, s\u2019il est fait en petit ; mais s\u2019il est pratiqu\u00e9 sur une grande \u00e9chelle, il n\u2019est plus trop \u00e0 d\u00e9daigner.\u00bb (Des devoirs, I, 42,150). De toute fa\u00e7on, l\u2019agriculture \u00e9tait loin de se limiter \u00e0 l\u2019autoconsommation, car \u00e0 en juger par l\u2019importance de leur production, certains terroirs \u00e9taient vou\u00e9s, sans doute, \u00e0 l\u2019exportation. Les propri\u00e9taires fonciers vendaient eux-m\u00eames, \u00e0 des n\u00e9gociants sp\u00e9cialis\u00e9s, sinon les r\u00e9coltes de ces terroirs, du moins les surplus de la production de leurs champs. D\u2019autres sources de revenus, comme l\u2019extraction des produits miniers ou l\u2019exploitation des carri\u00e8res, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des activit\u00e9s annexes de l\u2019agriculture, car on y employait des mati\u00e8res premi\u00e8res extraites du domaine foncier. Dans la province d\u2019Afrique, les grandes r\u00e9ussites enregistr\u00e9es par la fabrication et le commerce de la c\u00e9ramique \u00e9taient aussi dues au dynamisme \u00e9conomique de certains notables qui, \u00e0 leur fortune fonci\u00e8re, ajoutaient les revenus engendr\u00e9s par cette activit\u00e9 secondaire. C\u2019est ainsi que la grande famille des Pullaeni, dont on lit la signature sur nombre de produits de ses ateliers, poss\u00e9dait \u00e0 proximit\u00e9 de la cit\u00e9 d\u2019Uchi Maius (Henchir Douamis), pr\u00e8s de Dougga, un terroir et une villa domaniale dont on a identifi\u00e9 les vestiges ; l\u2019architrave de sa porte d\u2019entr\u00e9e est toujours grav\u00e9e de l\u2019inscription, qui indique le nom des propri\u00e9taires. Ils poss\u00e9daient d\u2019ailleurs, outre cette propri\u00e9t\u00e9 agricole avec ses ateliers et ses fours \u00e0 potiers, plusieurs autres fabriques de poteries diss\u00e9min\u00e9es dans nombre de r\u00e9gions et de cit\u00e9s. Il en \u00e9tait, sans doute, de m\u00eame pour beaucoup d\u2019autres propri\u00e9taires fonciers, dont les domaines \u00e9taient \u00e9quip\u00e9s de pressoirs, et qui augmentaient donc leurs revenus provenant de l\u2019agriculture en s\u2019adonnant au grand commerce de l\u2019huile.<\/p>\n<p>D\u2019autres notables, toujours dans la province d\u2019Afrique, avaient une activit\u00e9 qui avait certes quelque rapport avec l\u2019agriculture, mais \u00e9tait, surtout, enti\u00e8rement vou\u00e9e au transport maritime. Propri\u00e9taires ou non de terres agricoles, ils avaient obtenu des empereurs Hadrien puis Commode, au IIe si\u00e8cle, la dispense des charges municipales, car ils s\u2019acquittaient d\u2019un service public, celui d\u2019acheminer vers Rome le tribut frumentaire impos\u00e9 \u00e0 la province. D\u00e9sign\u00e9s par le nom de navicularii, ils \u00e9taient organis\u00e9s en compagnies de navigation, dont les ports d\u2019attache s\u2019\u00e9chelonnaient d\u2019Hippo Diarrhytus (Bizerte) \u00e0 Carthage, Missua et Curubis (Sidi Daoud et Korba dans le Cap Bon), Sullectum et Gummi (Sallacta et Mahdia ? sur la c\u00f4te sah\u00e9lienne) et enfin \u00e0 Sabratha sur le littoral tripolitain. Ces ports africains entretenaient des relations \u00e9troites avec Ostia, l\u2019avant-port de Rome o\u00f9 sont toujours visibles les vestiges des b\u00e2timents de leurs repr\u00e9sentations. Ils disposaient de greniers publics, vastes entrep\u00f4ts de bl\u00e9, construits sur le littoral de la province et destin\u00e9s \u00e0 stocker les grains collect\u00e9s dans l\u2019arri\u00e8re-pays, avant leur chargement sur les embarcations. L\u2019un de ces entrep\u00f4ts sur la c\u00f4te du Sahel tunisien, celui des horrea Caelia, appartenait donc \u00e0 la famille Caelia, et a donn\u00e9 son nom contract\u00e9 et sensiblement modifi\u00e9 \u00e0 la ville actuelle de Hergla.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ammar Mahjoubi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(18).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26936-ammar-mahjoubi-le-regime-des-notables-dans-la-cite-antique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis l\u2019acc\u00e8s de notre pays \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, et plus d\u2019un demi-si\u00e8cle durant, nos communaut\u00e9s locales, nos villes et nos bourgades n\u2019avaient gu\u00e8re connu d\u2019\u00e9lections municipales effectives et cr\u00e9dibles. Il fallut attendre l\u2019an de gr\u00e2ce 2018 pour qu\u2019elles soient gratifi\u00e9es de leurs premi\u00e8res \u00e9lections communales \u00ablibres et transparentes\u00bb. 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