{"id":29396,"date":"2019-04-22T08:42:00","date_gmt":"2019-04-22T12:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/me-boubaker-chaouch-nous-quitte-revelations-sur-un-parcours-dexception-album-photos\/"},"modified":"2019-04-22T08:42:00","modified_gmt":"2019-04-22T12:42:00","slug":"me-boubaker-chaouch-nous-quitte-revelations-sur-un-parcours-dexception-album-photos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/me-boubaker-chaouch-nous-quitte-revelations-sur-un-parcours-dexception-album-photos\/","title":{"rendered":"Me Boubaker Chaouch nous quitte : r\u00e9v\u00e9lations sur un parcours d\u2019exception (Album Photos)"},"content":{"rendered":"<p>Son sourire restera en souvenir ind\u00e9l\u00e9bile. Me Boubaker Chaouch, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 82 ans ne s\u2019en d\u00e9semparait jamais. M\u00eame dans les moments les plus difficiles lorsqu\u2019il exer\u00e7ait de d\u00e9licates t\u00e2che dans la haute hi\u00e9rarchie de la Police nationale (contre-espionnage, s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, inspection g\u00e9n\u00e9rale des Services&#8230;). Ou encore, en tant que conseiller sp\u00e9cial de Si Mohamed Ennaceur, ministre des Affaires sociales, revenu au gouvernement apr\u00e8s sa d\u00e9mission \u00e0 la veille du 26 janvier 1978, soucieux de renouer les fils avec l\u2019UGTT, d\u00e9capit\u00e9e et ses dirigeants, Habib Achour, emprisonn\u00e9s. Si Boubaker Chaouch, limog\u00e9 lui-m\u00eame dans la foul\u00e9e du 26 janvier pour avoir refus\u00e9 de couvrir le carnage, jouera un r\u00f4le aussi discret qu\u2019efficace dans la lev\u00e9e d\u2019\u00e9crou des syndicalistes et le renflouement de la centrale syndicale historique. Retour sur son parcours, en hommage.<\/p>\n<p><em>In Memoriam\u00a0<\/em><br \/><strong><em>Maitre Boubaker Chaouch<\/em><\/strong><br \/><em>30 Janvier 1937- 14 Mars 2019<\/em><\/p>\n<h2>Le gout du bonheur<\/h2>\n<p>Il l\u2019aimait tant son cher pays. Peut-\u00eatre n\u2019aurait-il pas trouv\u00e9 les mots pour dire combien il l\u2019aimait. Sa lumi\u00e8re, ses couleurs, son soleil vif et \u00e9crasant, sa mer, tant\u00f4t d\u2019huile, tant\u00f4t d\u00e9mont\u00e9e, ses parfums &#8211; quand, au printemps \u00e9closent les jasmins, ou quand, au point du soir, s\u2019ouvre le misk-il-lil &#8211; ses frimas des matins d\u2019hiver, ses apr\u00e8s-midi d\u2019automne \u00e0 la moiteur somnolente, et surtout, ses longues soir\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9, o\u00f9, sous une lune pleine, \u00e0 l\u2019\u00e9clat froid des \u00e9toiles, il retrouvait ses amis fid\u00e8les, une famille aim\u00e9e et choy\u00e9e, leurs plantureuses agapes, leurs histoires, leurs tracas, leurs rires. Une vie.\u00a0<\/p>\n<p>Tozeur 1937. Tozeur, sa ville natale. Tozeur, vieille citadelle hors du temps. Ses briques ocres et p\u00e2les, celles des palais de Saba, ses ruelles ombrag\u00e9es, ses palmiers, sa For\u00eat<span class=\"c3\"><sup><strong>(1)<\/strong><\/sup><\/span> , ses fruits gorg\u00e9s de lumi\u00e8re, ses Anciens, aux visages burin\u00e9s de soleil, calmes et aust\u00e8res, ses femmes, \u00f4 combien d\u00e9j\u00e0 ind\u00e9pendantes, l\u2019humour inalt\u00e9rable des gens du Sud, l\u2019enchantement des longues veill\u00e9es, aux contes imm\u00e9moriaux, aux joutes des po\u00e8tes, aux versets du Coran psalmodi\u00e9s, et puis son rire \u00e0 lui, enfant, avec sa ch\u00e8vre, avec ses jeux dans la palmeraie, scand\u00e9s par le murmure cristallin de l\u2019eau des canaux, ses premi\u00e8res baignades \u00e0\u00a0 la Hama, ses courses \u00e0 en perdre haleine dans le d\u00e9sert immense, le sable sous ses pieds nus,\u00a0 le regard vert de sa m\u00e8re\u2026 L\u2019enfance. On ne quitte jamais vraiment le pays de son enfance.<\/p>\n<p>Parfois, une rencontre change tout. Son instituteur, Mohammed Souissi est un humaniste, un hussard noir dans un pays mis\u00e9reux et domin\u00e9. Souissi en est convaincu : seul le savoir \u00e9mancipe. En toute chose, il n\u2019est de guide que la raison. Il le pousse \u00e0 \u00e9tudier, lui insuffle la soif d\u2019apprendre, la qu\u00eate de connaissances, la curiosit\u00e9 des mots et des choses. Vient le concours d\u2019entr\u00e9e au coll\u00e8ge. Il est re\u00e7u au lyc\u00e9e Alaoui de Tunis, seul admis du gouvernorat. Il a 13 ans. Il quitte les siens. Un nouveau monde s\u2019ouvre \u00e0 lui. L\u2019aventure commence.<\/p>\n<h3>Une jeunesse tunisienne<\/h3>\n<p>Tunis sous protectorat fran\u00e7ais. Il ressent dans sa chair la blessure du colonis\u00e9, il la palpe dans la mis\u00e8re qui l\u2019entoure, la lit dans le regard sombre de ses jeunes camarades lors des premi\u00e8res manifestations lyc\u00e9ennes Le pays s\u2019\u00e9broue, sort de sa torpeur s\u00e9culaire. L\u2019histoire est en marche et laisse sourdre au grand jour le cri de la r\u00e9volte. Et enfin, ce 20 mars 1956, la Tunisie recouvre son ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Mais un an plus tard, un drame survient: la mort de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Il faut affronter la douleur. Interrompre\u00a0 ses \u00e9tudes. Remiser ses r\u00eaves. Il est seul d\u00e9sormais. Il doit gagner sa vie. Il a vingt ans.<\/p>\n<p>Parmi les petits boulots qu\u2019il est contraint de faire, il est simple commis \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e\u00a0 constituante . Par le plus grand des hasards, il retrouve soudain, face \u00e0 lui, Habib Bourguiba. Assis \u00e0 un bureau, le nouvel homme fort du pays jongle entre plusieurs conversations t\u00e9l\u00e9phoniques, dicte un courrier \u00e0 son secr\u00e9taire, se l\u00e8ve, rit, r\u00e9pond aux uns, invectiveles autres. Il est subjugu\u00e9.<\/p>\n<p>Il int\u00e8gre la police au dernier \u00e9chelon. Il reprend parall\u00e8lement ses \u00e9tudes, s\u2019inscrit \u00e0 la facult\u00e9 de droit, participe bri\u00e8vement au bureau politique des jeunes \u00e9tudiants du parti destourien. Il veut honorer \u00e0 son tour cette jeune nation,se mettre \u00e0 son service. Servir surtout,\u00a0 servir. Souverainet\u00e9, r\u00e9publique , bien commun, int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, m\u00e9ritocratie,\u00a0 ces mots r\u00e9sonnent comme une promesse. Il veut mettre ses pas dans ceux de ses a\u00een\u00e9s, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir un \u00e9tat , mais il faut se h\u00e2ter, consolider ses fondations encore fragiles,\u00a0 il reste tant \u00e0 faire, le pays manque cruellement de jeunes cadres dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, lui veut ajouter sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice, il faut concr\u00e9tiser tant d\u2019espoirs..<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9t\u00e9 1961, c\u2019est la crise de Bizerte. La ville est alors le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une tension paroxystique entre la Tunisie et son ancienne puissance coloniale.<\/p>\n<p>La France occupe encore la base navale de la ville, situ\u00e9e \u00e0 la pointe extr\u00eame de l\u2019Afrique.Ouverte sur le canal de Sicile, elle constitue un maillon essentiel pour le contr\u00f4le strat\u00e9gique de la M\u00e9diterran\u00e9e. Dans le contexte sensible de la guerre froide et de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, Habib Bourguiba exige sa r\u00e9trocession et son\u00e9vacuation totale. Si l\u2019occupation militaire fran\u00e7aise constitue une manne financi\u00e8re avantageuse pour cette Tunisie encore ch\u00e9tive, c\u2019est aussi une plaie b\u00e9ante sur le corps de la jeune nation. Mais n\u2019est-ce pas aussi le bon moment pour faire pression sur Paris,afin de d\u00e9limiter au plus vite les fronti\u00e8res du sud tunisien , si proches de ces pr\u00e9cieux puits de p\u00e9trole de l\u2019Alg\u00e9rie encore fran\u00e7aise ?<\/p>\n<p>Le jeune homme de 24 ans ignore tout de ces dessous des cartes et de leurs subtilit\u00e9s politiques.Alors en poste \u00e0 la police judiciaire de Tunis,\u00a0 on l\u2019envoie en mission \u00e0 Bizerte, accompagn\u00e9 d\u2019un coll\u00e8gue.\u00a0 Munis d\u2019un laissez- passer, en tenue civile, ils franchissent un barrage dress\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e tunisienne. Dans la ville, la bataille fait rage : les balles sifflent, ils fr\u00f4lent la mort \u00e0 chaque ruelle. Les hommes se retrouvent souvent \u00e0 court de minutions, de jeunes tunisiens tombent sous le feu ennemi.A la faveur d\u2019un cessez-le -feu, ils regagnent la capitale.<br \/>ATunis, la situation se normalise. Sa vie aussi.<\/p>\n<p>Il se marie, elle aussi est une jeune \u00e9tudiante: Maherzia. Ils s\u2019aiment, fondent une famille, ont un fils, Sami, deux autres enfants suivront, Hajer et Slim.<br \/>Il obtient son dipl\u00f4me de droit. Il a 30 ans. Vite, rattraper le temps perdu. Il sait qu\u2019un vaste champ des possibles s\u2019ouvre \u00e0 lui.<\/p>\n<h3>Au service de l\u2019\u00e9tat<\/h3>\n<p>Il entre au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, mais cette fois ci, son dipl\u00f4me lui ouvre directement la grande porte : il est nomm\u00e9 Commissaire de police\u00a0 \u00e0 Tunis. Il fait partie de la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne d\u2019 Interpol \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran :c\u2019est son premier voyage officiel, il ressent cette immense fiert\u00e9 de repr\u00e9senter la Tunisie. En 1968, il est fait chevalier de l\u2019ordre de la R\u00e9publique,\u00a0 et dans la foul\u00e9e, on lui attribue la r\u00e9gion de Sousse, lui, l\u2019homme du sud, sans parent\u00e8le, sans famille . Son instituteur avait raison d\u2019y croire. Il l\u2019incarne, cette nouvelle Tunisie. Il est le fruit de cette m\u00e9ritocratie tant vant\u00e9e.<\/p>\n<p>Quand le Shah d\u2019Iran arrive pour une longue visite officielle en Tunisie, il doit g\u00e9rer sa venue dans la r\u00e9gion du Sahel. Les services secrets iraniens s\u2019affolent , ils savent que le pr\u00e9sident Bourguiba est friand des bains de foule et que non seulement il ne d\u00e9daigne pas le contact physique avec ses concitoyens, mais qu\u2019il aime leur parler, les toucher, caresser la t\u00eate d\u2019un enfant, le prendre dans ses\u00a0 bras. Il n&rsquo;est pas question de faire prendre ce risque \u00e0 leur souverain, ils craignent constamment pour sa vie, il ne faut pas sortir du cadre protocolaire ! Les Tunisiens connaissent leur pr\u00e9sident : inutile de lui relayer la requ\u00eate inqui\u00e8te de leurs homologues iraniens. Il fera comme d\u2019habitude, c\u2019est \u00e0 dire, comme bon lui semble! Alors, on sourit poliment. Et on attend. \u00c9videmment, on n\u2019est pas d\u00e9\u00e7u :\u00a0 le fac\u00e9tieux combattant supr\u00eame prend\u00a0 place avec le roi des perses dans la voiture pr\u00e9sidentielle, s\u2019empare avec force du poignet de l\u2019auguste monarque stup\u00e9fait et le hisse d\u2019autorit\u00e9 afin que lui aussi puisse go\u00fbter \u00e0 son tour \u00e0 la liesse des masses populaires!<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019atmosph\u00e8re du pays est morose: jeux de pouvoir, r\u00e9gionalisme, luttes d\u2019influence, man\u0153uvres intestines, chausse- trappes&#8230; Le service de l\u2019\u00e9tat ne s\u2019av\u00e8re pas vraiment \u00eatre un long fleuve tranquille.<\/p>\n<p>C\u2019est une\u00a0 p\u00e9riode o\u00f9 les antagonismes \u00abclaniques\u00bb au sommet du pouvoir peuvent \u00eatre f\u00e9roces et il est difficile de ne pas p\u00e2tir de leurs attitudes agonistiques. Ces al\u00e9as freinent ou acc\u00e9l\u00e8rent sa carri\u00e8re. Mais lui refuse cat\u00e9goriquement toute fonction \u00abpolitiquement\u00bb sensible.<\/p>\n<p>Diff\u00e9rents ministres de l\u2019int\u00e9rieur se suivent: l\u2019un des premiers d\u2019entre eux est M. Beji Ca\u00efd Essebsi, qui aura le destin que l\u2019on sait.<\/p>\n<p>En 1974,\u00a0 il est fait commandeur de l\u2019ordre de la R\u00e9publique, obtient le grade de commissaire sup\u00e9rieur. Il prendsuccessivement la t\u00eate de diff\u00e9rents services: contre espionnage, \u00e9cole de police, chef de l\u2019escorte pr\u00e9sidentielle, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des services.<\/p>\n<p>Il voyage aussi. Comme pour ce congr\u00e8s arabe sur la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Amman. Quelques mois plus t\u00f4t, la Tunisie et la Jordanie avaientbrutalement rompu leurs relations diplomatiques suite \u00e0 une d\u00e9claration\u00a0 du pr\u00e9sident Bourguiba, dans laquelle il s\u2019exprimait en ces termes sur le\u00a0 royaume hach\u00e9mite<span class=\"c3\"><sup><strong>*<\/strong><\/sup><\/span>: \u00abce qui n\u2019existe pas en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est la Jordanie, ou la Transjordanie,\u00a0 qui n\u2019ont jamais exist\u00e9 dans l\u2019histoire! Transjordanie, Jordanie, c\u2019est le Jourdain, c\u2019est un fleuve ! C\u2019est\u00a0 une invention del\u2019Angleterre pour contenter, consoler le prince , l\u2019Emir Abdallah,.. et faire un petit royaume \u00ab transjordanique \u00bb\u2026 mais depuis l\u2019antiquit\u00e9 , depuis les philistins, il y a une Palestine qui va des fronti\u00e8res de l\u2019Egypte aux fronti\u00e8res du sham\u2026\u00bb.<br \/>Mais en ce printemps 1974, les deux pays ont r\u00e9tabli leurs relations diplomatiques. L\u2019accueil est peut \u00eatre encore un peu frais,mais cela n\u2019emp\u00eache pas la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne de poser, tout sourire, pour une photo avec le roi Hussein. Et le jeune commissaire peutcalmement s\u2019\u00e9merveiller devantces fameuses eaux du Jourdain ! Et puis, la mer morte,le pont Allenby, le Sina\u00ef&#8230;Derri\u00e8re, au loin, le spectre encore chaud de la guerre.<\/p>\n<p>A Tunis , la guerre de succession continue, souterraine, larv\u00e9e. Pourtant, il n\u2019est pas encore d\u00e9senchant\u00e9. Il est m\u00eame\u00a0 fier d\u2019expliquer \u00e0 ses coll\u00e8gues marocains interloqu\u00e9s, que non, on ne lui a pas confi\u00e9 l\u2019escorte pr\u00e9sidentielle parce qu\u2019il est de Monastir, d\u2019ailleurs, il est du sud tunisien, et non, il ne fait pas partie de la famille de Bourguiba, ni de celle de son \u00e9pouse.\u00a0 C\u2019est dans ces moments l\u00e0 qu\u2019il l\u2019aime tant, l\u2019Etat.<\/p>\n<p>1978 : coup de tonnerre dans le pays, rupture b\u00e9ante dans sa vie.<\/p>\n<p>Il est inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des services. Il dirige donc \u00abla police des polices\u00bb,th\u00e9oriquement cr\u00e9\u00e9e dans le dessein d\u2019instaurer une vraie police r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>Mais ce 26 Janvier, apr\u00e8s la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019UGTT, la puissante centrale syndicale, les \u00e9v\u00e8nements s\u2019embrasent. Manifestations, \u00e9meutes, le courroux \u00e9clate. Le pouvoir tire. On compte de nombreuxbless\u00e9s,des morts. L\u2019\u00e9tat d\u2019urgence est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9.Le pays est sous couvre-feu, mais l\u2019incendie est inextinguible.<\/p>\n<p>Lui n\u2019h\u00e9site pas. Conform\u00e9ment \u00e0 la loi, sa mission est de diligenter les enqu\u00eates. Et \u00e0 chaque demande de sa hi\u00e9rarchie, il objecte le Droit. Rester fid\u00e8le \u00e0 ses principes , ne pas c\u00e9der,ne pas trembler.\u00ab Saint Just ! \u00bb, s\u2019esclaffera-t-il\u00a0 plus tard pour r\u00e9sumer sa carri\u00e8re au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le couperet ne tarde pas \u00e0 tomber. Il est d\u00e9mis de ses fonctions. Mis \u00e0 la retraite d\u2019office.<\/p>\n<p>Il a 41 ans. Il ne poss\u00e8de rien. Il n\u2019a plus de travail et une famille \u00e0 nourrir. Tout est \u00e0 refaire.<\/p>\n<h3>Aux affaires sociales<\/h3>\n<p>Quand on chute de cheval, on doit rapidement se remettre en selle. Mais la chute est cuisante et am\u00e8re.<br \/>Sa travers\u00e9e du d\u00e9sert dure deux ans.. Deux longues ann\u00e9es \u00e9prouvantes, voil\u00e9es de doutes, d\u2019espoir aussi gr\u00e2ce aux mains tendues de quelques amis. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la saison des temp\u00eates que l\u2019on mesure la valeur d\u2019une amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Par tropisme,\u00a0 presque instinctivement, lui a toujours eu un \u00e9lan vers le r\u00e9prouv\u00e9, le bless\u00e9, vers le faible qui tr\u00e9buche et quitombe. Mais pourquoi donc a-t-il toujours eu tant de mal aveccelui qui tr\u00f4ne, satisfait, ivre de pouvoirau sommet de sa gloire?<\/p>\n<p>En 1980,\u00a0 les choses se remettent en branle dans le pays. Un nouveau gouvernement se forme. Suite \u00e0 1978, et de surcro\u00eet apr\u00e8s les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements de Gafsa<span class=\"c3\"><sup><strong>**<\/strong><\/sup><\/span>, il faut imp\u00e9rativement pacifier la nation. On pr\u00f4ne l\u2019ouverture, la r\u00e9conciliation, on rappelle des \u00abd\u00e9missionn\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p>Il accepte une fonction de conseiller au sein du cabinet du ministre des affaires sociales, M. Mohammed Ennaceur, promis lui aussi \u00e0 jouer un r\u00f4le \u00e9minent dans le destin du pays.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re mission qu\u2019on lui confie l\u2019exalte: reprendre langue avec l\u2019UGTT, l\u2019historique centrale syndicale. D\u00e9capit\u00e9e depuis les \u00e9v\u00e9nements du 26 janvier, elle se retrouve avec une direction en prison ou en libert\u00e9 surveill\u00e9e. Il faut renouer les liens, en toute discr\u00e9tion. Il est l\u2019une des courroies de transmission.<\/p>\n<p>Finalement, pouvoir et syndicat parviennent \u00e0 un accord.<\/p>\n<p>C\u2019est un de ces moments singuliers o\u00f9 sa vie est \u00e0 l\u2019image de celle de sa patrie: \u00e0 lafi\u00e8vre furieuse succ\u00e8deune apaisantes\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n<p>S\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Il faut dire que m\u00eame les lieux s\u2019y pr\u00eatent dans ce minist\u00e8re nich\u00e9 pr\u00e8s de la M\u00e9dina, dans ce haut b\u00e2timent \u00e0 l\u2019architecture andalouse,orn\u00e9 de son vaste patio aux arcs vo\u00fbt\u00e9s stri\u00e9s de noir et de blanc, fi\u00e8res vigies plant\u00e9es autour d\u2019un carr\u00e9 de jardin d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappent de solidespalmiers.<\/p>\n<p>Au cours de ces ann\u00e9es l\u00e0, il noue des amiti\u00e9s ind\u00e9fectibles : feu Tahar Azaiez, M.Taoufik Haba\u00efeb alors jeune attach\u00e9 de presse, tant de visages, de rencontres\u2026<br \/>Quand une d\u00e9l\u00e9gation de ministres arabes des affaires sociales atterrit \u00e0 Tunis , il est heureux de les accompagner dans le sud tunisien. Ils se recueillent sur la tombe du grand po\u00e8te Aboulkacem Echebbi, r\u00e9citent ses paroles d\u00e9vers\u00e9es dans la m\u00e9moire de tant de locuteurs arabes, ses mots de fer et de sang. Lui se perd peut \u00eatre dans ses souvenirs, ses pas le portent sur les traces de son pass\u00e9, vers le soleil de son enfance. Vers sa m\u00e8re dont le\u00a0 regard clair s\u2019est \u00e9teint quelques mois plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Mais il faut se ressaisir. Le souvenir br\u00fblant du 26 Janvier le hante. Il a appris la douloureuse le\u00e7on. Ne plus laisser les \u00e9v\u00e8nements d\u00e9cider de son sort. Ne plus \u00eatre happ\u00e9 par le tourbillon. Ne plus \u00e9chouer sur la gr\u00e8ve et se d\u00e9couvrir naufrag\u00e9, meurtri.<br \/>Cette fois, il d\u00e9cide que lui seul prendra les r\u00eanes de sa vie. Il s\u2019inscrit au barreau de Tunis. Il a 45 ans. Une nouvelle carri\u00e8re commence.<\/p>\n<h3>Avocat \u00e0 la cour de Tunis<\/h3>\n<p>Comment parler du bonheur ? Sait-on seulement quand on est heureux?<\/p>\n<p>Il endosse sa robe d\u2019avocat,se replonge dans ses livres de droit. Le droit, la justice, ses vieilles passions famili\u00e8res.<\/p>\n<p>Mais il est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u00e9sormais. Il d\u00e9couvre un autre m\u00e9tier, se cr\u00e9e de nouvelles habitudes. Tous les matins, il prend son caf\u00e9 chez le b\u00e2tonnier, Ma\u00eetre Lazher Echebbi, son grand ami. Ils sont bient\u00f4t rejoints par d\u2019autres avocats et le bureau exigu situ\u00e9 \u00e0 quelques encablures du palais de justice se m\u00e9tamorphose alors en une ruche de robes noiresbruyantes et virevoltantes. Dans une douce cacophonie, on se presse, on se fait de la place, on s\u2019apostrophe,on refait un peu le monde aussi.<\/p>\n<p>La routine s\u2019installe avec les plaidoiries \u00e0 la cour, les dossiers des clients, les visites en prison\u2026il est avocat conseil de l\u2019ambassade d\u2019Autriche quelques temps, puis de l\u2019ambassade de Suisse pendant de longues ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Il garde dans son bureau une toile \u00e9trange et tortur\u00e9e. Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en prison par un jeune peintre suisse. Lui avait tent\u00e9 d\u2019adoucir la peine de cet homme encore si jeune, en lui remettant le seul exutoire susceptible de le soulager : des pinceaux, des couleurs, une toile blanche. Le jeune zurichois y a mis toutes les t\u00e9n\u00e8bres qui noircissaient ses pens\u00e9es. Dans un coin de la toile, l\u2019artiste n\u2019a laiss\u00e9 transpercer qu\u2019un maigre rayon de lumi\u00e8re. Son espoir d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 sera exauc\u00e9 dans quelques mois.<\/p>\n<p>Car il aime les gens. Il se nourrit de leur pr\u00e9sence . Il leur donne en retour son rire reconnaissable entre tous, sa chaleur.<\/p>\n<p>Un grand nombre de ses amis d\u2019autrefois sont encore aux affaires. Il glane d\u2019autres amiti\u00e9s\u00a0 au gr\u00e9 de ses rencontres. Chez lui, la maison ne d\u00e9semplit pas. Il a presque fini par y instituer un ersatz de\u00ab salon politique \u00bb ! Bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cart des centres de d\u00e9cision, il se pla\u00eet \u00e0 jouer un r\u00f4le de\u00a0 \u00ab pacificateur \u00bbentre hommes de diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Progressivement, l\u2019atmosph\u00e8re du pays devient \u00e9touffante. Une atmosph\u00e8re de fin de r\u00e8gne. \u00c0 l\u2019automne 1987, le pays retient son souffle et Tunis bruisse de rumeurs de coup d\u2019\u00e9tat. Il advient le 7 novembre 1987.<\/p>\n<p>Loin des m\u00e9andres du pouvoir, lui suit son chemin. Le pays suit son destin.<\/p>\n<p>Les veill\u00e9es demeurent \u00e9gay\u00e9es par la pr\u00e9sence de ses amis, comme feu le grand po\u00e8te Midani Ben Salah dont l\u2019\u00e9rudition remarquable s\u2019accompagne d\u2019un sens de l\u2019humour inimitable. Il fr\u00e9quente surtout des juristes et une grande amiti\u00e9 na\u00eet avec M. Mokhtar Ben Jemaa.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, il ralentit son rythme de travail et sa vie sociale se concentre surses amis intimes, sa famille, ses petits enfants. \u00c0 l\u2019automne d\u2019une vie, le temps est trop pr\u00e9cieux.On le m\u00e9nage avec pr\u00e9caution .On mesure tout ce que l\u2019on fait \u00e0 l\u2019aune de ce ma\u00eetre exigeant. On se d\u00e9pouille du superflu, on se pr\u00e9pare \u00e0 se consacrer \u00e0 l\u2019essence des choses. On distingue enfin l\u2019essentiel de l\u2019important.<br \/>\u00a0Apres le 14 Janvier 2011, il voit des visages familiers revenir sur le devant de la sc\u00e8ne politique. Lui n\u2019\u00e9prouve plus le d\u00e9sir de livrer de nouvelles batailles, il n\u2019en ressent ni l\u2019envie, ni la force. Ou peut \u00eatre est-ce parce qu\u2019au cr\u00e9puscule de son existence,\u00a0 on finit par comprendre diff\u00e9remment l\u2019\u00e9nigmatique derni\u00e8re phrase du Candide de Voltairequ\u2019il se plaisait \u00e0 citer :\u00ab ceci est bien dit, mais il faut cultivernotre jardin \u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. C\u2019est le printemps. Tu rejoins dix ans et un jour plus tard ton jeune fr\u00e8re Mahmoud. Sa perte inattendue t\u2019avait cruellement affect\u00e9, il te manquait tant.<\/p>\n<p>Une vie. Ces quatre vingt deux ann\u00e9es sont pass\u00e9es comme un \u00e9clair, comme un songe.<\/p>\n<p>Une vie. Tant de souvenirs\u2026<\/p>\n<p>Au lever du jour, plonger \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s dans l\u2019eau froide et d\u00e9licieuse, mordre dans des fruits frais et juteux, satur\u00e9s du soleil de l\u2019\u00e9t\u00e9, fl\u00e2ner, t\u2019accompagner dans tes longues promenades au bord de la mer, s\u2019\u00e9merveiller par la gr\u00e2ce de tes yeux de la saisissante beaut\u00e9 de la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e, la nuit, dans le d\u00e9sert, t\u2019entendre m\u00e9diter avec une tendre gravit\u00e9 sur l\u2019immensit\u00e9, l\u2019infini, s\u2019amuser de te voir refaire le m\u00eame rituel que ta m\u00e8re, cueillir tous les soirs des fleurs de jasmin de ton jardin. Le parfum du jasmin, c\u2019\u00e9tait l\u2019odeur chaude et douce de ta m\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Ressentir ton intime \u00e9motion quandtu r\u00e9citais les sourates du Coran que tu connaissais par c\u0153ur,respirer la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui t\u2019habitait dans ces moments l\u00e0, s\u2019\u00e9tonner de ta m\u00e9moire ph\u00e9nom\u00e9nale, t\u2019\u00e9couter parler des heures durant de ton Panth\u00e9on peupl\u00e9 de grands \u00e9crivains arabes, Al Moutanabi, AlJahedh, Al Aakad, Georges Zaydan&#8230;\u00a0<\/p>\n<p>Tu aimais ler\u00e9pertoire\u00a0 arabe classique, les\u00a0 vieilles chansons de Farid Latrech, de Saliha, la voix forte et troublante d\u2019Om Kalthoum, ses envo\u00fbtantes paroles d\u2019el ahram, \u00f4 pyramides\u2026<\/p>\n<p>Tu savais aussi d\u00e9clamer Le mont des oliviers D\u2019Alfred de Vigny, tu vibrais aux sc\u00e8nes du Lorenzaccio d\u2019Alfred de Musset, tu \u00e9tais transport\u00e9 par les vers sombres et clairs de La l\u00e9gende des si\u00e8cles\u00a0 de Victor Hugo\u2026<\/p>\n<p>Tu as partag\u00e9 avec nous ton rire, ton soleil. Par-dessus tout, tu nous as\u00a0 appris l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Le gout du bonheur.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Elias et HajerChaouch<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"c5\"><em>(1) \u00ab El Ghaba \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c5\"><em>* in document INA, YouTube : M. Bourguiba, interview sur le moyen orient, 17 Juillet 1973<br \/>**27 Janvier 1980, action arm\u00e9e men\u00e9e par un commando \u00e0 Gafsa.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26946-me-boubaker-chaouch-qui-nous-quitte-revelations-sur-un-parcours-d-exception\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son sourire restera en souvenir ind\u00e9l\u00e9bile. Me Boubaker Chaouch, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 82 ans ne s\u2019en d\u00e9semparait jamais. M\u00eame dans les moments les plus difficiles lorsqu\u2019il exer\u00e7ait de d\u00e9licates t\u00e2che dans la haute hi\u00e9rarchie de la Police nationale (contre-espionnage, s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, inspection g\u00e9n\u00e9rale des Services&#8230;). 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