{"id":31096,"date":"2019-04-29T11:10:00","date_gmt":"2019-04-29T15:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/habib-ayadi-en-finir-avec-la-representation-proportionnelle-avant-le-7-octobre-2019\/"},"modified":"2019-04-29T11:10:00","modified_gmt":"2019-04-29T15:10:00","slug":"habib-ayadi-en-finir-avec-la-representation-proportionnelle-avant-le-7-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/habib-ayadi-en-finir-avec-la-representation-proportionnelle-avant-le-7-octobre-2019\/","title":{"rendered":"Habib Ayadi: En finir avec la repr\u00e9sentation proportionnelle avant le 7 octobre 2019"},"content":{"rendered":"<p>La repr\u00e9sentation proportionnelle conduit \u00e0 ce que, lors d\u2019une \u00e9lection, les si\u00e8ges \u00e0 pourvoir dans une circonscription d\u00e9termin\u00e9e soient r\u00e9partis entre les listes des candidats proportionnellement au nombre de suffrages qu\u2019elles ont obtenues. Elle serait donc plus \u00e9quitable que le scrutin majoritaire qui attribue les si\u00e8ges aux candidats qui ont obtenu le plus grand nombre de voix.<\/p>\n<p>Point n\u2019est besoin de dire l\u2019importance d\u2019un tel choix sur le plan politique. La proportionnelle tend \u00e0 la justice \u00e9lectorale et assure aux minorit\u00e9s qu\u2019elles soient repr\u00e9sent\u00e9es conform\u00e9ment \u00e0 leur base r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Elle pr\u00e9sente cependant des inconv\u00e9nients majeurs:<\/p>\n<p>D\u2019une part, les \u00e9lecteurs se voient imposer des candidats qu\u2019ils n\u2019eussent, peut-\u00eatre pas, spontan\u00e9ment choisis, le plus souvent parce qu\u2019ils manquaient de la comp\u00e9tence n\u00e9cessaire ou parfois d\u2019un attachement \u00e0 la circonscription.<\/p>\n<p>Il conduit d\u2019autre part \u00e0 la subordination de l\u2019\u00e9lu et parfois de l\u2019\u00e9lecteur. Priv\u00e9 de la libert\u00e9 de choisir son candidat, l\u2019\u00e9lu ne dispose pas en effet, de la facult\u00e9 de discuter librement les mesures pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 son approbation. Il ne s\u2019agit plus de discuter mais d\u2019enregistrer des rapports de force. Plus concr\u00e8tement, entr\u00e9 \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e par la gr\u00e2ce de son parti, le d\u00e9put\u00e9 est li\u00e9 par les consignes qu\u2019il re\u00e7oit et devient plus soucieux de plaire \u00e0 l\u2019appareil qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Dans certains cas, la confiance dans les dirigeants des partis conduit \u00e0 un abandon quasi-total aux institutions dirigeantes pour mener comme elle l\u2019entendent leur action politique. Le bulletin \u00e9lectoral devient alors un simple blanc seing. L\u2019\u00e9lection choisit son parti, il ne choisit pas son candidat.<\/p>\n<p>Plus grave, dans certains cas, ce mode \u00e9lectoral conduit \u00e0 la colonisation de l\u2019Etat. En effet, au moment de leur apog\u00e9e, le \u00ab tripartisme \u00bb en France et la \u00ab Troika \u00bb en Tunisie ne limitaient pas leur volont\u00e9 de puissance \u00e0 la domination de l\u2019assembl\u00e9e, mais \u00e9galement \u00e0 la domination des rouages de l\u2019Etat en installant leurs hommes dans l\u2019administration et les services publics.<\/p>\n<p>En Tunisie, l\u2019accord pass\u00e9 par la \u00ab Nahda \u00bb avec le \u00ab CPR \u00bb et \u00ab Ettakatol \u00bb op\u00e8re un v\u00e9ritable partage de zones d\u2019influence attribu\u00e9es \u00e0 chacun d\u2019entre-elles. Ce partage portait, non seulement sur l\u2019assembl\u00e9e, mais \u00e9galement sur les divers minist\u00e8res, la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et l\u2019assembl\u00e9e, ainsi que les directions des services publics.<\/p>\n<p>En Tunisie et apr\u00e8s la r\u00e9volution, le syst\u00e8me \u00e9lectoral a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 par un comit\u00e9 compos\u00e9 essentiellement de personnes d\u00e9pourvues de comp\u00e9tences en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Seuls quelques \u00ab nostalgiques \u00bb, essentiellement des universitaires et quelques hommes politiques, pr\u00eachaient dans le d\u00e9sert en soutenant le scrutin uninominal. La majorit\u00e9 des membres du comit\u00e9 ont choisi la proportionnelle (m\u00e9thode Hendt et listes bloqu\u00e9es), parce que ce mode leur accorde une prime \u00e0 laquelle il leur \u00e9tait difficile de renoncer. Ce syst\u00e8me ayant \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 pour se maintenir, beaucoup de partis n\u2019envisagent plus actuellement un autre syst\u00e8me qui les contraindrait \u00e0 se sacrifier sur l\u2019autel de l\u2019efficacit\u00e9 politique et la justice \u00e9lectorale. On en retire l\u2019impression que chaque formation politique, voire m\u00eame chaque d\u00e9put\u00e9, est pr\u00eat \u00e0 se sacrifier sur l\u2019autel de sa propre r\u00e9\u00e9lection. Pourtant, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, ce mode \u00e9lectoral a contribu\u00e9 au malaise \u00ab institutionnel \u00bb et politique et \u00e0 la crise actuelle de d\u00e9croissance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Huit ans apr\u00e8s la r\u00e9volution, les Tunisiens sont t\u00e9moins de jeux politiques st\u00e9riles, dans un syst\u00e8me qui n\u2019a pas fondamentalement chang\u00e9 et qui provoque de r\u00e9guli\u00e8res explosions dans les r\u00e9gions toujours en mal de changement.<\/p>\n<p>Mais que peut-on attendre de deux chefs de gouvernement depuis 2014 qui ne doivent rien \u00e0 aucun parti et qui ne se sont impos\u00e9s ni par leur comp\u00e9tence ni par leur efficacit\u00e9 en mati\u00e8re \u00e9conomique ou sociale ? Leur seule r\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, leur l\u00e9gitimit\u00e9 c\u2019est d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 choisi par lui. Il ne s\u2019agit pas de grands r\u00e9formateurs qui s\u2019adressent directement au peuple mais de simples gestionnaires.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats de ces huit ans de \u00ab ratage \u00bb : une \u00ab Tunisie \u00bb d\u00e9chir\u00e9e et encore \u00e0 la recherche d\u2019un chef charismatique rev\u00eatu d\u2019une aura en raison de ses dons, de son ascendant et aptitudes exceptionnelles et qui serait en mesure de surmonter toutes ces contradictions.<\/p>\n<h2>Sortir de la crise<\/h2>\n<p>On ne refera pas le pass\u00e9, mais comment sortir de cette crise profonde qui va malheureusement se maintenir ?<br \/>Le ras-le bol des Tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9gard des dirigeants est justifi\u00e9 et on ne peut continuer \u00e0 opposer les cat\u00e9gories sociales les unes aux autres. Les gouvernants se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s incapables de mettre en place un projet de r\u00e9forme cr\u00e9dible et applicable. Et \u00e0 la question \u00ab quelle trace ces dirigeants laisseront-ils dans l\u2019histoire ?\u00bb, la r\u00e9ponse est \u00ab rien ou presque rien \u00bb.<\/p>\n<h2>La transition<\/h2>\n<p>Elle passe par un changement du mod\u00e8le actuel. Les objectifs de la r\u00e9volution ne pouvaient \u00eatre atteints que dans le cadre d\u2019un choc politique, \u00e9conomique et social. La priorit\u00e9 est dans l\u2019abandon de ce mode \u00e9lectoral qui a tu\u00e9 la politique. Les dirigeants actuels doivent se rendre compte d\u2019un fait : le peuple tunisien s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 et qu\u2019il avance.<br \/>Faut-il le rappeler : La Tunisie a r\u00e9invent\u00e9 dans le monde arabe la r\u00e9volution apr\u00e8s la d\u00e9colonisation. Mais si elle est importante comme exp\u00e9rience dans le monde arabe, elle d\u00e9range aussi beaucoup ces pays qui ne veulent ni libert\u00e9, ni d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Le 7 octobre 2019, la Tunisie sera sous le regard du monde arabe (et \u00e9galement de l\u2019occident) car elle constitue une curiosit\u00e9 et une exception aux yeux du monde entier. Elle \u00e9tonne par le suspense politique entretenue et repr\u00e9sente un th\u00e9\u00e2tre politique sans \u00e9gal. C\u2019est pourquoi cette \u00e9lection l\u00e9gislative n\u2019est pas vraiment comme les autres (2011-2014-2019).<\/p>\n<p>Les tunisiens doivent se r\u00e9soudre \u00e0 fournir l\u2019effort que la nouvelle situation exige. Au-del\u00e0 de la r\u00e9affirmation des valeurs de libert\u00e9 et de d\u00e9marche contre le p\u00e9ssionnisme de certains pays arabes, nous devons comprendre qu\u2019il ne peut y avoir une d\u00e9mocratie sans le peuple et que l\u2019on ne peut acc\u00e9der \u00e0 une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie sans une participation effective au vote.<\/p>\n<h2>Des gouvernements sans le peuple<\/h2>\n<p>Les campagnes \u00e9lectorales de 2011-2014 et 2018 se sont termin\u00e9es sans que soient invoqu\u00e9s les probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux essentiels. Sans que les comit\u00e9s de partis se rassemblent ou appellent \u00e0 voter pour l\u2019un ou l\u2019autre des candidats. Sans qu\u2019aucun pr\u00e9tendant \u00e0 un si\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9 ait fait connaitre d\u2019une quelconque fa\u00e7on son attachement \u00e0 l\u2019un des probl\u00e8mes qui pr\u00e9occupe le pays.<br \/>Aucun combat frontal ne les a oppos\u00e9s sur aucune des questions majeures. Aucun des candidats ne s\u2019est ouvertement battu pour une r\u00e9forme majeure en mati\u00e8re \u00e9conomique, financi\u00e8re et sociale. Tout cela a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par de petites apparitions \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.\u00a0<\/p>\n<p>Avec l\u2019image, la politique s\u2019est d\u00e9croch\u00e9e de l\u2019histoire. Plus grave encore, le lien entre la pens\u00e9e et l\u2019action politique s\u2019est rompue et remplac\u00e9e par des intello-m\u00e9diatiques faisant du bruit avec de vieux instruments.<\/p>\n<h2>Election par d\u00e9faut<\/h2>\n<p>Dans la d\u00e9mocratie, l\u2019id\u00e9e n\u2019est pas nouvelle. Dans la compagne \u00e9lectorale s\u2019installe l\u2019id\u00e9e que les \u00e9lecteurs vont voter pour le candidat de leur choix et s\u2019attendent \u00e0 ce que leur choix indique le bon bulletin.<br \/>Les \u00e9lections de 2011-2014-2018 n\u2019ont pas de signification, ni de port\u00e9e. L\u2019\u00e9lecteur n\u2019avait \u00e0 se prononcer, ni sur des choix, ni sur des r\u00e9formes, ou sur un programme. Il n\u2019avait plus \u00e0 choisir mais simplement \u00e0 ob\u00e9ir. Devant un choix impossible, beaucoup d\u2019\u00e9lecteurs ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas choisir en s\u2019abstenant de voter ou de voter blanc.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, \u00e0 moins de quelques mois des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 7 octobre 2019, une petite musique se fait insistante dans le concert des analystes politiques : les \u00e9lecteurs seraient \u00e0 ce point d\u00e9\u00e7u qu\u2019ils envisagent nombreux de s\u2019abstenir ou de voter blanc, faute de pouvoir faire entendre leur d\u00e9saccord et leur d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p>Mais ce qui serait noble et \u00e9mouvant, c\u2019est que le 7 octobre? devant un choix impossible, il faudra choisir :<\/p>\n<p>D\u2019abord, parce que la d\u00e9mocratie est une construction intellectuelle qui repose sur des fictions au rang desquelles celle du gouvernement par une majorit\u00e9, et que faut-il le rappeler, la d\u00e9mocratie est le seul r\u00e9gime o\u00f9 les gouvern\u00e9s peuvent choisir leur gouvernement.<\/p>\n<p>Ensuite, parce que voter c\u2019est choisir et que voter blanc ou s\u2019abstenir, c\u2019est y renoncer. Dans \u00ab Je r\u00eave d\u2019\u00eatre tunisien \u00bb R. Daoud \u00e9crit : \u00ab l\u2019\u00e9lecteur arabe ne croit pas \u00e0 sa propre capacit\u00e9 d\u2019opinion publique, ni la soci\u00e9t\u00e9 civile capable de d\u00e9fendre l\u2019\u00e9lu \u00bb.<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence le tunisien doit Le 7 octobre 2019, faire face aux urnes et voter parce que le vote est \u00e0 la base de son existence en tant qu\u2019homme libre et faire entendre une opinion contraire. Il appartient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u2019expliquer cette obligation, elle qui est en avance sur les politiques et dispose actuellement de moyens efficaces, dont les r\u00e9seaux sociaux.<br \/>M\u00eame si l\u2019on consid\u00e8re que la d\u00e9mocratie est le pire des r\u00e9gimes, il est surtout le seul qui assure que les gouvern\u00e9s puissent choisir leur gouvernement. Beaucoup de pays estiment que le temps est venu pour le peuple de se gouverner lui-m\u00eame en tout temps et directement (l\u2019exemple du Soudan et de l\u2019Alg\u00e9rie est signifiant). Bien entendu, la d\u00e9mocratie reste la meilleure \u00e0 condition qu\u2019on y parle au peuple s\u00e9rieusement des probl\u00e8mes \u00e9conomiques, financiers, sociaux, \u2026.<\/p>\n<h2>Les \u00e9lections de 2018<\/h2>\n<p>Les partis politiques ne doivent pas perdre de vue, les r\u00e9sultats des \u00e9lections municipales de 2018 qui ont fait appara\u00eetre que la \u00ab Nahda \u00bb se maintient mieux en l\u2019absence de toutes pouss\u00e9es des autres partis,<br \/>\u00a0Le probl\u00e8me est qui de \u00ab Nahda \u00bb ou des autres partis lib\u00e9raux et de gauche se rend aux urnes le 7 octobre pour \u00e9lire leurs d\u00e9put\u00e9s ? Certainement la \u00ab Nahda \u00bb.<br \/>A la diff\u00e9rence des lib\u00e9raux et de la gauche, les \u00e9lecteurs de ce parti n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 se rendre aux urnes pour \u00e9lire leurs candidats en octobre prochain. Ils sont citoyens mais \u00e9galement et surtout des croyants. En plus clair, ce sont des croyants et non des engag\u00e9s politiques.<\/p>\n<p>Pourtant malgr\u00e9 sa force religieuse et d\u2019attraction, la Nahda ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9 et il lui faudra des ann\u00e9es pour faire oublier ses erreurs pendant la Troika. Mais il n\u2019emp\u00eache que ses \u00e9lecteurs votent pour elle. Comme le souligne R. Daoud dans \u00ab Je r\u00eave d\u2019\u00eatre tunisien \u00bb, l\u2019\u00e9lecteur arabe ne croit pas que le candidat politique a une morale ou un syst\u00e8me de valeurs, mais pense que les islamistes sont pieux et honn\u00eates. Voter pour eux, c\u2019est une obligation.<\/p>\n<p>S\u2019agissant des autres partis, il existe \u00e0 leur \u00e9gard une lassitude qui va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aversion. L\u2019histoire politique nous enseigne que lorsqu\u2019un parti politique \u00e9merge, il ne devient fort que quand ses buts politiques font \u00e9cho aux probl\u00e8mes politiques, \u00e9conomiques et sociaux. Si ce parti est soutenu par une masse populaire et lorsque ses buts sont atteints, cela signifie que ses id\u00e9es sont devenues le nouveau consensus.<br \/>Or les partis politiques en Tunisie sont d\u00e9pourvus, \u00e0 la fois d\u2019assise, et de programme. Pour l\u2019heure, aucun de ces partis en lice pour la victoire en 2019 ne convainc par ses atouts et les comp\u00e9tences de ses candidats. Le danger dans une telle situation est que le maintien de ces partis dans les prochaines \u00e9lections ne donne les m\u00eames r\u00e9sultats qu\u2019en 2018, avec comme cons\u00e9quence l\u2019ach\u00e8vement de la d\u00e9mocratisation du pouvoir.<\/p>\n<p>Il ne fait cependant pas de doute que les partis politiques, chacun selon ses propres valeurs, refusent tout changement de ce mode \u00e9lectoral. Ce qu\u2019ils oublient, c\u2019est que la r\u00e9alit\u00e9 se vengera quand \u00e9clatera une ou plusieurs de ces ignobles crises, quand la concentration des richesses et des pouvoirs sera insupportable et que le peuple tunisien se r\u00e9veillera.<br \/>Le plus important dans l\u2019imm\u00e9diat est d\u2019avoir des partis qui suscitent l\u2019adh\u00e9sion de la masse n\u00e9cessaire lui permettant de mener une politique de r\u00e9formes en profondeur. Pour cela, la Tunisie aura besoin d\u2019une v\u00e9ritable gauche et une v\u00e9ritable droite.<\/p>\n<h2>N\u00e9cessit\u00e9 de deux grands partis de droite et de gauche<\/h2>\n<p>La vie politique en Tunisie, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche n\u2019est que querelles d\u2019\u00e9go, de batailles juridiques, tactiques, voire m\u00eame religieuses. Alors que le pays a besoin de dirigeants visionnaires qui r\u00e9fl\u00e9chissent au monde qui vient et participent au grand d\u00e9bat que le nouveau monde exige, et\u00a0 qu\u2019ils doivent \u00e9viter de ne se manifester que par des querelles, les responsables politiques restent attach\u00e9s \u00e0 des id\u00e9es sommaires sur le pr\u00e9sent et sont dirig\u00e9s par des vieux routiers de la politique la plus traditionnelle et la plus classique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la dialectique de l\u2019ordre et du mouvement qui constitue le moteur m\u00eame de la vie politique dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales implique la rivalit\u00e9 de deux tendances : conservatisme (\u00e0 droite) et progressiste (\u00e0 gauche) et que l\u2019un comme l\u2019autre s\u2019expriment et agissent sur des forces politiques qui r\u00e9sultent de cet affrontement.<\/p>\n<p>Or avec une gauche ramen\u00e9e \u00e0 son impuissance et une droite r\u00e9duite \u00e0 l\u2019immobilisme en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale, tant elle est attach\u00e9e au gouvernement, c\u2019est \u00e0 une d\u00e9gradation de ce sch\u00e9ma que nous assistons en Tunisie.<\/p>\n<p>La gauche qui normalement porte l\u2019\u00e9tendant de l\u2019\u00e9galit\u00e9, n\u2019a r\u00e9ussi depuis 2011, ni \u00e0 construire un sch\u00e9ma doctrinal, ni un programme \u00e9conomique et social commun.<\/p>\n<p>Face \u00e0 une classe ouvri\u00e8re qui a perdu tout espoir de promotion, des ouvriers qui se heurtent tous les jours \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 et aux incertitudes de l\u2019avenir et qui ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e par les gouvernements successifs, se trouve une gauche aux abonn\u00e9s absents et dont le statut actuel se paie de mots.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019enfer des autres, l\u2019union des conservateurs et des privil\u00e9gi\u00e9s, pour qui les sujets et probl\u00e8mes essentiels restent tabou, bloquent les r\u00e9formes indispensables, oubliant qu\u2019en politique nul n\u2019a jamais chang\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 par simples lois ou d\u00e9crets.<\/p>\n<h2>La Tunisie aura besoin d\u2019une gauche et une droite<\/h2>\n<p>La r\u00e9volution tunisienne a \u00e9chou\u00e9 parce que ses organisateur n\u2019ont pas su se doter de leaders repr\u00e9sentatifs. Et pourtant, c\u2019est une p\u00e9riode extraordinaire. Avec la r\u00e9ussite de la r\u00e9volution, le tunisien s\u2019est trouv\u00e9 dans l\u2019\u00e9merveillement d\u2019\u00eatre tunisien. Tout semble r\u00e9ussir \u00e0 ce peuple. En tout cas, la grande surprise, c\u2019est la quasi un namit\u00e9 avec laquelle la majorit\u00e9 populaire s\u2019est manifest\u00e9e. Toute r\u00e9forme en profondeur est admise. Pour le malheur de la Tunisie, les candidats \u00e0 ce programme les plus s\u00e9rieux ont \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s chez eux. Ils sont remplac\u00e9s par des inconnus, des muets et des amateurs pour lesquels d\u2019une part la transition d\u00e9mocratique est la priorit\u00e9 et d\u2019autre part la r\u00e9volution ; c\u2019est quoi ? Ils oublient, comme l\u2019a soulign\u00e9 De Tocaneville \u00ab sous la r\u00e9volution de 1789, la libert\u00e9 n\u2019a dur\u00e9 que quelques mois et a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par l\u2019\u00e9galit\u00e9.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Pour le pays, le recours \u00e0 l\u2019ancien \u00e9tant impossible, il faut faire du neuf et r\u00e9inventer le pays. Il faut miser sur les dirigeants solides, visionnaires et une organisation issue d\u2019une r\u00e9flexion d\u00e9battue par les citoyens, ainsi que sur les secteurs de l\u2019avenir pour alimenter la croissance et l\u2019emploi.<\/p>\n<p>Il est clair que la Tunisie a besoin de grands partis (droite et gauche), l\u2019un appuy\u00e9 par l\u2019UGTT et l\u2019autre par l\u2019UTICA, ces deux organisations b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une assise populaire appr\u00e9ciable.<\/p>\n<p>La campagne \u00e9lectorale 2019 sera diff\u00e9rente des pr\u00e9c\u00e9dentes. Elle sera l\u2019occasion pour les candidats de pr\u00e9senter aux \u00e9lecteurs un programme complet et d\u00e9taill\u00e9 sur leur programme (surtout \u00e9conomique et social) et d\u2019\u00e9viter ainsi les mandats des \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes qui ont sombr\u00e9 dans le d\u00e9sordre et le chaos. Pour une fois, des candidats vont porter la voix de ceux qui n\u2019ont pas.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant dit et m\u00eame si l\u2019on admet que le scrutin majoritaire interdit que soient repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 leur juste mesure les sensibilit\u00e9s minoritaires, le maintient d\u2019un scrutin proportionnel ne peut \u00eatre que partiel et\u00a0 jouer un r\u00f4le correctif.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Habib Ayadi<\/strong><br \/><em>Professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 la Facult\u00e9 des Sciences Juridiques,<br \/>politiques et sociales de Tunis 2<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26997-habib-ayadi-en-finir-avec-la-representation-proportionnelle-avant-le-7-octobre-2019\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La repr\u00e9sentation proportionnelle conduit \u00e0 ce que, lors d\u2019une \u00e9lection, les si\u00e8ges \u00e0 pourvoir dans une circonscription d\u00e9termin\u00e9e soient r\u00e9partis entre les listes des candidats proportionnellement au nombre de suffrages qu\u2019elles ont obtenues. 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