{"id":32127,"date":"2019-05-04T06:00:00","date_gmt":"2019-05-04T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/riadh-zghal-lalliance-entre-partis-quel-mode-demploi\/"},"modified":"2019-05-04T06:00:00","modified_gmt":"2019-05-04T10:00:00","slug":"riadh-zghal-lalliance-entre-partis-quel-mode-demploi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/riadh-zghal-lalliance-entre-partis-quel-mode-demploi\/","title":{"rendered":"Riadh Zghal &#8211; L\u2019alliance entre partis : quel mode d\u2019emploi ?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Parce que la multiplication des partis en rangs dispers\u00e9s a un co\u00fbt, beaucoup appellent de leurs v\u0153ux l\u2019alliance de ceux qui se d\u00e9clarent modernistes. Mais en sont-ils capables ?<br \/><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Pour s\u2019allier, il faut d\u2019abord un motif, puis la capacit\u00e9 de c\u00e9der une partie de sa libert\u00e9, la reconnaissance de quelque chose de commun qui m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y investisse tout en explicitant et en admettant les diff\u00e9rences entre les candidats \u00e0 l\u2019alliance. Sans cela, toute alliance risque d\u2019\u00eatre inefficace et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;alliance peut \u00e9galement s\u2019articuler sur une volont\u00e9 d\u2019\u00e9loigner un danger commun, ce qui, non plus, n\u2019assure pas sa durabilit\u00e9. On a vu comment les r\u00e9volutions g\u00e9n\u00e9ratrices de solidarit\u00e9 entre tous, sans distinction, sont suivies par des divisions aboutissant souvent \u00e0 de dramatiques guerres civiles. On a vu \u00e9galement comment le parti Nidaa Tounes, qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019antith\u00e8se d\u2019Ennahdha et a gagn\u00e9 les \u00e9lections de 2014, s\u2019est d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9 et a \u00e9clat\u00e9 en plusieurs partis concurrents. Et Nidaa Tounes n\u2019est pas le seul dans ce cas, seulement sa chute a \u00e9t\u00e9 fracassante du fait de sa position majoritaire \u00e0 l\u2019ARP et que son fondateur a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. La le\u00e7on que l\u2019on peut tirer de cette exp\u00e9rience n\u00e9gative \u00e0 plus d\u2019un titre est la suivante : lorsqu\u2019un parti se constitue en r\u00e9unissant ceux qui s\u2019accordent sur un ennemi commun, on reste aveugle sur tout ce qui les s\u00e9pare qui est parfois plus important que ce qui les unit. Le parti se d\u00e9sagr\u00e8ge rapidement sans attendre la fin du mandat pour lequel ses repr\u00e9sentants ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus. Engager une alliance entre partis se fait avec l\u2019illusion que chacun des partis constitue une entit\u00e9 homog\u00e8ne, ce qui est rarement le cas.<\/p>\n<p>C\u2019est souvent la pr\u00e9sence d\u2019un leader fort qui favorise une telle illusion. C\u2019est pourquoi, avant de s\u2019engager dans une alliance, le parti ne doit pas sous-estimer les contradictions et les querelles intestines qui le traversent. De telles contradictions ont donn\u00e9 lieu \u00e0 ce qu\u2019on a d\u00e9sormais appel\u00e9 le tourisme politique de nos d\u00e9put\u00e9s. Dans un livre intitul\u00e9\u00a0 Uneasy Alliances, Paul Frymer\u00a0 rapporte que le Parti d\u00e9mocrate \u00e9tait divis\u00e9 durant les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident Bill Clinton. Le pr\u00e9sident du parti de l\u2019\u00e9poque, Ron Brown, a exhort\u00e9 les leaders des trois courants id\u00e9ologiques en pr\u00e9sence \u00e0 s\u2019unir autour de la candidature de Clinton qui semblait le seul \u00e0 pouvoir menacer la victoire du candidat r\u00e9publicain George Bush. Le comit\u00e9 d\u00e9mocratique national s\u2019est transform\u00e9 en une organisation effective de campagne \u00e9lectorale groupant des mod\u00e9r\u00e9s et des conservateurs. Il a fourni le financement et autres moyens de communication dans les m\u00e9dias et de consultations permettant de concourir efficacement contre les adversaires r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>De cette exp\u00e9rience, naturellement non reproductible \u00e0 l\u2019identique, on retient que l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et la solidarit\u00e9 au sein d\u2019un parti ne vont pas de soi mais r\u00e9sultent de l\u2019initiative d\u2019un leadership fond\u00e9e sur une vision claire : rep\u00e9rage d\u2019un candidat cr\u00e9dible et r\u00e9union des moyens\u00a0 renfor\u00e7ant ses chances de succ\u00e8s aux \u00e9lections. Le passage du pouvoir d\u2019un parti unique \u00e0 une transition d\u00e9mocratique aiguise les app\u00e9tits de plusieurs pour se saisir du pouvoir. D\u2019o\u00f9 la ru\u00e9e vers la cr\u00e9ation de partis. On en a plus de 200 aujourd\u2019hui en Tunisie \u2014 et ce n\u2019est pas termin\u00e9 ! Lorsque le multipartisme a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990 en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, quatre cents partis ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Combien ont surv\u00e9cu ? Combien survivront ?<\/p>\n<p>La question des alliances se pose avec insistance en cette ann\u00e9e \u00e9lectorale. Souvent les intentions d\u00e9clar\u00e9es ou implicites sont l\u2019obtention du maximum de suffrages. Mais on a vu avec l\u2019exp\u00e9rience de Nidaa Tounes que l\u2019association de \u00abtout venant\u00bb non seulement n\u2019est pas durable mais elle est n\u00e9faste pour la gouvernance et la stabilit\u00e9 du pays. Elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des guerres de position et un effritement en l\u2019absence d\u2019engagement de tous envers un projet de soci\u00e9t\u00e9 consensuel qui aurait constitu\u00e9 un liant unificateur solide. Beaucoup de partis se d\u00e9clarent aujourd\u2019hui mod\u00e9r\u00e9s, modernistes, bourguibistes, centristes\u2026 sans pouvoir s\u2019unir autour d\u2019une vision commune ni d\u2019un projet commun. L\u2019initiative de l\u2019ancien ministre Mabrouk Kourchid et son \u00e9quipe qui, au lieu de s\u2019inscrire dans une logique partisane propose d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 une charte de cinq points, constitue une tentative de rassemblement autour de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9fini par cette charte. Mais une charte, cela reste des principes beaucoup trop g\u00e9n\u00e9raux pour attirer des foules et encore moins des partis pr\u00e9tendant disposer chacun de sa propre vision et surtout de son propre leader!<\/p>\n<p>Principes g\u00e9n\u00e9raux, id\u00e9ologies, tout cela ne peut rassembler, surtout si cela vient d\u2019un groupe ou d\u2019un parti qui, n\u00e9cessairement, ne dispose pas de l\u2019autorit\u00e9 morale pouvant amener les uns et les autres \u00e0 se d\u00e9partir soit de leur ego, soit de leur radicalisation id\u00e9ologique. Tant que l\u2019on ne s\u2019est pas entendu sur ce qui repr\u00e9sente l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, ni sur les politiques n\u00e9cessaires pour le servir, tant qu\u2019on n\u2019a pas admis que cela ne peut se transformer en l\u00e9gitimit\u00e9 morale que par la participation d\u2019acteurs politiques et sociaux cr\u00e9dibles, tant qu\u2019il n\u2019y a pas une organisation et une force sociale qui soutiennent les choix strat\u00e9giques et assurent l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action que recherche le peuple, il n\u2019y aura pas d\u2019alliance qui tienne.\u00a0 Atteindre un tel degr\u00e9 de consensus sur les strat\u00e9gies et les moyens d\u2019action sur le court et moyen terme (un mandat de 5 ans) n\u2019est \u00e0 la port\u00e9e ni d\u2019un groupe de personnes si bien intentionn\u00e9 soit-il, ni \u00e0 celle de partis qui tentent de se rapprocher au sommet. C\u2019est une op\u00e9ration complexe qui n\u00e9cessite un soutien technique ind\u00e9pendant, ext\u00e9rieur aux partis. Les solutions aux probl\u00e8mes complexes sont \u00e9galement complexes car elles n\u00e9cessitent, en plus du bon sens et de la sagesse, la mobilisation d\u2019un savoir sp\u00e9cialis\u00e9. Le m\u00e9tier de coach est par exemple n\u00e9 d\u2019un tel besoin de gestion du collectif.<\/p>\n<p>Le pays a besoin d\u2019une nouvelle solidarit\u00e9 politique, la d\u00e9mocratie a besoin de partis, elle a aussi besoin d\u2019un leadership cr\u00e9dible pour affronter trois grands risques : l\u2019affairisme religieux qui se r\u00e9pand comme un cancer et est en train d\u2019atteindre les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, le retour \u00e0 l\u2019autoritarisme et enfin l\u2019anarchie g\u00e9n\u00e9ratrice de d\u00e9composition des institutions et de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019inflation de partis ne peut prot\u00e9ger la nation de ces terribles menaces (ce que le pays a exp\u00e9riment\u00e9 successivement avant 2011 et apr\u00e8s). Il y a n\u00e9cessit\u00e9 de recentrer des valeurs d\u00e9mocratiques et de couper avec ce que le philosophe Marcel Gauchet appelle \u00abl\u2019anomie d\u00e9mocratique\u00bb. Pour cela, l\u2019alliance entre des acteurs sociaux et des partis r\u00e9ellement engag\u00e9s dans la recherche de l\u2019int\u00e9r\u00eat du plus grand nombre de nos concitoyens s\u2019impose. Il y a urgence car si rien ne se fait dans ce sens, il y a \u00e0 craindre fort pour notre peuple pr\u00e9sentement et dans le futur.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Riadh Zghal<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(19).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27036-riadh-zghal-l-alliance-entre-partis-quel-mode-d-emploi\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parce que la multiplication des partis en rangs dispers\u00e9s a un co\u00fbt, beaucoup appellent de leurs v\u0153ux l\u2019alliance de ceux qui se d\u00e9clarent modernistes. Mais en sont-ils capables ? 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