{"id":32816,"date":"2019-05-07T04:00:00","date_gmt":"2019-05-07T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/comment-jalloul-ayed-a-lu-le-livre-de-hakim-ben-hammouda-sortir-du-desenchantement\/"},"modified":"2019-05-07T04:00:00","modified_gmt":"2019-05-07T08:00:00","slug":"comment-jalloul-ayed-a-lu-le-livre-de-hakim-ben-hammouda-sortir-du-desenchantement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/comment-jalloul-ayed-a-lu-le-livre-de-hakim-ben-hammouda-sortir-du-desenchantement\/","title":{"rendered":"Comment Jalloul Ayed a lu le livre de Hakim Ben Hammouda \u2018\u2019Sortir du d\u00e9senchantement\u2019\u2019"},"content":{"rendered":"<div><strong>\u00ab C\u2019est une v\u00e9ritable bo\u00eete \u00e0 outils de plaidoyer pour un renouveau de notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. Ce renouveau passe par la red\u00e9finition du r\u00f4le de l\u2019\u00e9tat d\u2019un \u00e9tat-providence \u00e0 un \u00e9tat-strat\u00e8ge \u00e0 qui reviendrait la t\u00e2che de red\u00e9finir les contours d\u2019un nouveau contrat social digne du 21\u00e9ni\u00e8me si\u00e8cle. \u00bb Ainsi commente l\u2019ancien ministre des Finances, Jalloul Ayed (2011), le livre de Hakim Ben Hammouda (lui aussi ministre des Finances, 2014) \u2018\u00b4Sortir du d\u00e9senchantement : des voies pour renouveler le contrat social tunisien\u2019\u2019, r\u00e9cemment paru aux \u00e9ditions Nirv\u00e2na. Lors d\u2019une pr\u00e9sentation du livre, samedi matin \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, (<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/photo.php?fbid=10218241997822041&#038;set=pcb.10218242007102273&#038;type=3&#038;theater\">voir photos<\/a>) il r\u00e9sum\u00e9 en 10 points les \u00e9l\u00e9ments strat\u00e9giques saillants que l\u2019auteur\u00a0 expose. Extraits.<\/strong><\/div>\n<p>Je n\u2019ai gu\u00e8re besoin de m\u2019\u00e9tendre sur les qualifications de Si Hakim, connu de vous tous non seulement en tant que Ministre de l\u2019\u00e9conomie et des finances au sein du gouvernement Mehdi Jomaa, mais aussi en tant que grand sp\u00e9cialiste en \u00e9conomie du d\u00e9veloppement ayant pass\u00e9 l\u2019essentiel de sa carri\u00e8re au sein de grandes organisations internationales telles que les NU, l\u2019OMC, la BAD entre autres. Autant dire que quand Si Hakim parle les gens \u00e9coutent. Et quand il \u00e9crit, et il en a \u00e9crit des tomes durant sa vie professionnelle, on lit attentivement le message qu\u2019il souhaite v\u00e9hiculer. Son dernier livre vient \u00e0 point nomm\u00e9 \u00e0 un moment crucial de l\u2019histoire de notre pays frapp\u00e9 par l\u2019une des plus graves crises \u00e9conomiques et sociales de son histoire.\u00a0<\/p>\n<p>Il serait pr\u00e9somptueux de ma part de r\u00e9sumer en peu de mots l\u2019ouvrage de Si Hakim tellement il est riche en enseignements et en analyses approfondies. Mais je vais m\u2019aventurer, avec sa permission,\u00a0 de vous pr\u00e9senter ce que j\u2019estime comme \u00e9tant\u00a0 les id\u00e9es phares qui ressortent de son livre en mettant principalement l\u2019accent sur les contours du nouveau contrat social qu\u2019il propose d\u2019esquisser et des moyens pour y arriver.\u00a0<\/p>\n<p>La principale th\u00e8se d\u00e9fendue par Si Hakim dans son essai est que la Tunisie doit initier un changement de paradigme de son mod\u00e8le de d\u00e9veloppement pour sortir de la crise actuelle et \u00e9riger ainsi un nouveau contrat social dont notre pays a ardemment besoin. Les \u00e9v\u00e9nements douloureux que notre pays a connus r\u00e9cemment sont venus nous en rappeler l\u2019urgence.\u00a0<\/p>\n<p>Si Hakim d\u00e9montre que le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement post-ind\u00e9pendance\u00a0 que la Tunisie a adopt\u00e9 est largement d\u00e9pass\u00e9 et doit \u00eatre remplac\u00e9 par un nouveau mod\u00e8le qui sous-tend la croissance \u00e9conomique comme condition sine qua non pour appr\u00e9hender les probl\u00e8mes structurels de notre \u00e9conomie tels que le d\u00e9ficit des finances publiques, le niveau \u00e9lev\u00e9 du ch\u00f4mage et les d\u00e9ficits chroniques des comptes ext\u00e9rieurs. C\u2019est uniquement sur cette base qu\u2019un nouveau contrat social peut \u00eatre \u00e9rig\u00e9 afin d\u2019assurer la prosp\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019inclusion sociale. Reste \u00e0 savoir si le bourbier politique par lequel traverse notre pays\u00a0 permettrait un retournement rapide de la situation.\u00a0<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re partie du livre, l\u2019auteur pr\u00e9sente une \u00e9bauche sur la difficile transition \u00e9conomique et revient sur les d\u00e9fis que les gouvernements successifs devaient relever, \u00e0 savoir le\u00a0 d\u00e9ficit croissant des finances publiques, la faiblesse de la croissance, et la lenteur dans l\u2019ex\u00e9cution des r\u00e9formes. Il retrace les difficult\u00e9s de la transition politique qui a connu des tiraillements entre violence et recherche du consensus mais qui aboutit en dernier lieu \u00e0 une relative accalmie avec l\u2019\u00e9laboration de la Constitution de 2014 et la tenue d\u2019\u00e9lections libres et d\u00e9mocratiques qui s\u2019en sont suivies. Sauf que cette cons\u00e9cration n\u2019a pas milit\u00e9 en faveur d\u2019une stabilisation de la sc\u00e8ne politique du fait de la multiplicit\u00e9 des gouvernements, de la mont\u00e9e du terrorisme et des effets pervers des conflits r\u00e9gionaux.\u00a0<\/p>\n<p>Il va sans dire que les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans la gestion de la transition politique ont rel\u00e9gu\u00e9es au deuxi\u00e8me plan l\u2019attention qui devait \u00eatre port\u00e9 \u00e0 la transition \u00e9conomique qui est rest\u00e9, de ce fait, bloqu\u00e9. Si Hakim nous rappelle que bien que la r\u00e9volution porte en elle un co\u00fbt \u00e9conomique \u00e9lev\u00e9, la crise \u00e9conomique de notre pays n\u2019est pas uniquement le produit de celle-ci mais qu\u2019elle est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique qui a montr\u00e9 ses limites d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 80\u2019, p\u00e9riode durant laquelle notre pays s\u2019est trouv\u00e9 pi\u00e9g\u00e9 dans ce qu\u2019on appelle la \u2018trappe des pays interm\u00e9diaires\u2019. Les efforts des diff\u00e9rents gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9s sont rest\u00e9s \u00e0 court d&rsquo;un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui aurait r\u00e9duit la d\u00e9pendance aux secteurs \u00e9conomiques traditionnels essouffl\u00e9s, et la promotion de nouveaux secteurs \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e ainsi que des niches qu\u2019offraient l\u2019av\u00e8nement de la mondialisation.\u00a0<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat aujourd\u2019hui est sans \u00e9quivoque: une \u00e9conomie trichotomique o\u00f9 les secteurs formel, non-r\u00e9sident, et informel se c\u00f4toient mais op\u00e8rent en p\u00e9rim\u00e8tres herm\u00e9tiques. Pour un petit pays tel que le n\u00f4tre cette fragmentation du tissu \u00e9conomique constitue une d\u00e9ficience majeure. Si Hakim souligne \u00e0 ce propos que la logique de la convergence entre les secteurs on-shore et off-shore n\u2019est plus une question de choix strat\u00e9gique, mais qu\u2019elle nous est d\u00e9sormais impos\u00e9 par l\u2019Europe qui a inscrit notre pays sur sa liste noire en grande partie \u00e0 cause des incitations fiscales accord\u00e9es aux entreprises \u00e9trang\u00e8res. Par ailleurs, une analyse de chacun de ces secteurs r\u00e9v\u00e8lerait un secteur publique boulimique et peu productif, un secteur priv\u00e9 brim\u00e9 et qui se trouve doublement assujetti \u00e0 une fiscalit\u00e9 on\u00e9reuse et \u00e0 des charges financi\u00e8res\u00a0 \u00e9touffantes, un secteur off-shore \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e et une \u00e9conomie parall\u00e8le qui se propage dangereusement et qui op\u00e8re en dehors de tout contr\u00f4le de l\u2019\u00e9tat. Aussi, ne faut-il pas s\u2019\u00e9tonner qu\u2019on se retrouve aujourd\u2019hui \u00e0 faire face \u00e0 la plus grave crise \u00e9conomique de notre histoire o\u00f9 tous les indicateurs sont au rouge: des d\u00e9ficits tous azimuts, une inflation rampante, un taux de ch\u00f4mage inqui\u00e9tant, une in\u00e9galit\u00e9 r\u00e9gionale aggrav\u00e9e, un niveau d\u2019endettement alarmant, un d\u00e9ficit p\u00e9rilleux de la finance publique, une monnaie nationale en chute libre, un niveau de r\u00e9serves de change pr\u00e9occupant et, en cons\u00e9quence, une croissance amorphe.\u00a0<\/p>\n<p>En 10 points les \u00e9l\u00e9ments strat\u00e9giques saillants<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie de son livre, Si Hakim nous propose quelques pistes de r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019effet d\u2019amorcer une sortie de crise \u00e0 moyen terme et d\u2019esquisser ainsi les contours d\u2019un nouveau contrat social. Je propose de r\u00e9sumer en 10 points les \u00e9l\u00e9ments strat\u00e9giques saillants qu\u2019il expose.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>1-<\/strong><\/span> Pour Si Hakim l\u2019ambition d\u2019atteindre un niveau de croissance \u00e9lev\u00e9 passe par\u00a0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle pens\u00e9e strat\u00e9gique qui sort des sentiers battus et qui initie un changement de paradigme de d\u00e9veloppement pour notre pays. Cette vision devrait poursuivre la qu\u00eate d\u2019une \u00e9conomie inclusive, participative et durable. Elle doit prioriser les secteurs \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e incarnant un bon niveau d\u2019employabilit\u00e9. Elle doit favoriser l\u2019\u00e9conomie du savoir et l\u2019adoption de la transformation digitale dans l\u2019ensemble des secteurs \u00e9conomiques. Elle doit surtout mettre la dimension sociale au c\u0153ur des priorit\u00e9s gouvernementales surtout dans les r\u00e9gions int\u00e9rieures.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>2-<\/strong><\/span> Si Hakim souligne par ailleurs les dangers que peut provoquer le manque de coordination entre la politique budg\u00e9taire d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et la politique mon\u00e9taire de l\u2019autre. Il s\u2019inqui\u00e8te en particulier du revirement r\u00e9cent de la politique mon\u00e9taire suivie par la Banque Centrale d\u2019une approche expansive adopt\u00e9e apr\u00e8s la r\u00e9volution vers une politique nettement restrictive caract\u00e9ris\u00e9e par une rafale d\u2019augmentations du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat directeur. Il pr\u00e9conise \u00e0 cet effet l\u2019\u00e9laboration d\u2019un policy-mix qui assurerait l\u2019harmonisation des politiques budg\u00e9taires et mon\u00e9taires afin de r\u00e9unir les meilleures conditions pour un retour \u00e0 la croissance.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>3-<\/strong><\/span> Si Hakim pr\u00e9cise que la nouvelle politique de la BCT est largement dict\u00e9e par le FMI qui pr\u00e9conise une politique mon\u00e9taire clairement ax\u00e9e sur la lutte contre l\u2019inflation. Toutefois, il met en doute l\u2019efficacit\u00e9 de cette politique en arguant que (i) que la pression inflationniste n\u2019est pas n\u00e9cessairement d\u2019origine mon\u00e9taire, (II) que cette politique a un effet n\u00e9faste sur l\u2019investissement et (iii) qu\u2019elle r\u00e9duirait davantage le pouvoir d\u2019achat des citoyens \u00e0 un moment o\u00f9 celui-ci s\u2019est largement d\u00e9grad\u00e9. Concernant les pressions inflationnistes Si Hakim nous pr\u00e9cise qu\u2019elle sont principalement dues au glissement du Dinar, au nouveau m\u00e9canisme d\u2019ajustement automatique des prix de l\u2019\u00e9nergie, des r\u00e9seaux de distribution non contr\u00f4l\u00e9s et des circuits parall\u00e8les ainsi que de facteurs structurels tels que la baisse de la production et de la productivit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>4-<\/strong><\/span> La relation qu\u2019entretient notre pays avec le FMI a \u00e9t\u00e9 longuement d\u00e9battue par Si Hakim. Il pose \u00e0 ce propos la question de savoir si on peut \u00e9chapper au dictat du FMI et nous soustraire \u00e0 ses conditionnalit\u00e9s particuli\u00e8rement quand ses recommandations en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire et de change nous obligent \u00e0 rompre avec des choix de politique de relance qui nous a permis d\u2019\u00e9viter une r\u00e9cession forte et maintenir malgr\u00e9 tout une croissance, certes fragile, mais soutenue. Il regrette \u00e0 ce propos que le FMI s\u2019est engag\u00e9 sur un rythme plus \u00e9lev\u00e9 de ses revues ce qui semble indiquer son m\u00e9contentement sur l\u2019avanc\u00e9e de nos r\u00e9formes et le retard dans la r\u00e9alisation des engagements pris.\u00a0 Il\u00a0 craint que cette politique dict\u00e9e par le Fonds nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019orthodoxie des politiques anciennes et d\u00e9faillantes, et tuerait ainsi dans l\u2019\u0153uf la reprise de la croissance dont notre pays a grandement besoin. En administrant les pr\u00e9ceptes traditionnels proclam\u00e9s par le consensus de Washington, le FMI ignore les circonstances particuli\u00e8res pr\u00e9valant dans un pays en transition tel que le n\u00f4tre. Ceci est d\u2019autant plus vrai que toutes les promesses qui ont \u00e9t\u00e9 faites par le G8 dans le cadre du sommet de Deauville sont rest\u00e9es lettre morte. J\u2019ai eu l\u2019honneur d\u2019accompagner le chef du gouvernement en qualit\u00e9 de Sherpa dans la r\u00e9union \u00e0 huit clos des chefs d\u2019\u00e9tats du G8 et j\u2019\u00e9tais t\u00e9moin de l\u2019engouement affich\u00e9 par le Groupe des huit pour venir en aide \u00e0 la Tunisie. Des promesses autant en emporte le vent. Cela dit, Si Hakim reconna\u00eet que les n\u00e9gociations avec le Fonds sont essentielles pour notre pays, mais il propose de rejeter la soumission en r\u00e9clamant du FMI d\u2019adopter une plus grande flexibilit\u00e9 du fait de la fragilit\u00e9 de la p\u00e9riode de transition ainsi que les pressions sociales\u00a0 que notre pays conna\u00eet actuellement.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>5-<\/strong><\/span> Par ailleurs, il appara\u00eet clairement de son essai que Si Hakim s\u2019inscrit en faux contre la politique de d\u00e9pr\u00e9ciation du Dinar poursuivie par la banque centrale. A part son effet induit sur l\u2019inflation import\u00e9e, le glissement du Dinar rench\u00e9rit le co\u00fbt des biens interm\u00e9diaires et augmente la taille de notre endettement. En outre, cette politique d\u00e9courage l\u2019investissement et en particulier les IDE. En effet, la d\u00e9pr\u00e9ciation continue du Dinar r\u00e9duirait sensiblement le TRI exprim\u00e9 en devises \u00e9trang\u00e8res des projets envisag\u00e9s par des investisseurs potentiels. Ceci est d\u2019autant vrai que les m\u00e9canismes de couverture des risques de change \u00e0 moyen et long terme font d\u00e9faut dans notre pays. Pourtant les solutions existent mais aussi faut-il avoir le courage de les appliquer.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la d\u00e9pr\u00e9ciation du Dinar a eu un effet limit\u00e9 sur la r\u00e9duction des d\u00e9ficits de nos comptes ext\u00e9rieurs. Ceci est d\u00fb d\u2019une part \u00e0 la faible propensit\u00e9 de notre appareil productif \u00e0 booster nos exportations, et d\u2019autre part \u00e0 la perte de notre comp\u00e9titivit\u00e9 sur le march\u00e9 international. L\u2019accumulation de nos d\u00e9ficits ext\u00e9rieurs a un effet pervers sur les r\u00e9serves de change de la BCT, et rend sa t\u00e2che plus difficile \u00e0 g\u00e9rer \u00e0 bon escient la valeur de la monnaie nationale. L\u2019\u00e9quilibre de nos comptes ext\u00e9rieurs passe n\u00e9cessairement par une r\u00e9vision de nos politiques industrielles et agricoles ainsi que par la r\u00e9duction de notre d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de quelques pays Europ\u00e9ens qui repr\u00e9sentent la part de lion de nos \u00e9changes avec l\u2019\u00e9tranger. Une t\u00e2che ardue qu\u2019il nous importe d\u2019entreprendre sans plus atermoyer. Par ailleurs, \u00e0 l\u2019occasion de la tenue ces derniers jours du quatri\u00e8me round de n\u00e9gociations sur l\u2019ALECA, Si Hakim me permettra d\u2019\u00e9mettre (entre parenth\u00e8ses) des r\u00e9serves personnelles les plus v\u00e9h\u00e9mentes sur toute pr\u00e9cipitation \u00e0 engager notre pays dans un processus qui risque, s\u2019il est retenu, de porter un coup fatal \u00e0 plusieurs secteurs clefs de notre \u00e9conomie.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>6-<\/strong><\/span> Si Hakim revient dans son essai \u00e0 la double pression sur les finances publiques provoqu\u00e9e par l\u2019accumulation du d\u00e9ficit budg\u00e9taire d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019accumulation de la dette publique de l\u2019autre. Le redoublement remarquable des recettes fiscales entre 2011 et 2018 (plus de 98%) n\u2019a pas suffit \u00e0 combler l\u2019augmentation des d\u00e9penses (surtout celles relatives au fonctionnement) durant la m\u00eame p\u00e9riode. De ce fait, le d\u00e9ficit budg\u00e9taire qui se situait autour de 1% en 2010 a explos\u00e9 pour atteindre un pic de 7% en 2013 et continue \u00e0 enregistrer un niveau \u00e9lev\u00e9. Du coup, cela a provoqu\u00e9 un accroissement de l\u2019endettement de notre \u00e9conomie financ\u00e9 principalement par le recours aux FMI au titre du m\u00e9canisme \u00e9largi de cr\u00e9dit, et au march\u00e9 bancaire\u00a0 domestique par l\u2019\u00e9mission de bons du tr\u00e9sor ainsi que par le recours \u00e0 des cr\u00e9dits en devises. L\u2019encours de la dette publique a augment\u00e9 de 25 milliards de Dinars en 2010 \u00e0 80 milliards en 2019 (70% en devises) repr\u00e9sentant plus de 70% du PIB. De toute \u00e9vidence la gestion de la dette publique dans les ann\u00e9es \u00e0 venir repr\u00e9sente l\u2019un des plus grands d\u00e9fis que notre pays devrait affronter. Si Hakim met surtout l\u2019accent sur l\u2019imp\u00e9ratif du retour \u00e0 un niveau de croissance \u00e9lev\u00e9 pour pouvoir relever ce d\u00e9fi. En effet, il estime qu\u2019un point de croissance g\u00e9n\u00e8re plus de 400 millions de Dinars aux recettes de l\u2019\u00e9tat, \u00e0 d\u00e9faut de quoi le gouvernement trouverait des difficult\u00e9s \u00e0 honorer m\u00eame la charge de la dette dans un horizon proche.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>7-<\/strong><\/span> Pour Si Hakim la poursuite de la croissance exige la lance des investissements qui affichent, h\u00e9las, des performances en berne depuis la r\u00e9volution. L\u2019investissement \u00e9tant l\u2019\u00e9pine dorsale de toute activit\u00e9 \u00e9conomique et le premier g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019emploi, l\u2019\u00e9tat doit repenser sa strat\u00e9gie afin de le promouvoir surtout dans les secteurs prioritaires. Son r\u00f4le ne se limite pas \u00e0 engager les grands investissements publics mais consiste aussi \u00e0 impulser l\u2019investissement priv\u00e9 qui prend une importance toute particuli\u00e8re surtout \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019espace fiscal du gouvernement se trouve largement r\u00e9duit. Un int\u00e9r\u00eat particulier doit \u00eatre accord\u00e9 aux secteur agricole qui joue un r\u00f4le primordial dans le d\u00e9veloppement r\u00e9gional. Notre strat\u00e9gie industrielle doit d\u00e9courager graduellement la sous-traitance et s\u2019orienter r\u00e9solument vers les industries innovantes \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e en s\u2019alignant avec les nouveaux pr\u00e9ceptes de l\u2019industrie 4.0. Par ailleurs, un effort soutenu doit \u00eatre accord\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du climat des affaires dans notre pays. La\u00a0 Tunisie occupe la 80 ni\u00e8me place dans le Ease-of-Doing Business Index (compar\u00e9 \u00e0 la 69 ni\u00e8me position pour le Maroc), ce qui est carr\u00e9ment inacceptable. Si Hakim esp\u00e8re que le nouveau code de l\u2019investissement de 2016 ainsi que les r\u00e9centes dispositions r\u00e9glementaires promouvant l\u2019environnement des affaires marqueront un tournant dans la promotion d\u2019un cadre favorable aux investissements. C\u2019est ainsi qu\u2019on pourra r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9riger un nouveau mod\u00e8le de croissance bas\u00e9 sur l\u2019investissement et la cr\u00e9ation de valeurs plut\u00f4t que sur la consommation tel que ce f\u00fbt\u00a0 le cas historiquement.\u00a0<\/p>\n<p>Afin de r\u00e9ussir ce pari, Si Hakim recommande des actions audacieuses afin de relever les d\u00e9fis qui p\u00e8sent sur l\u2019investissement, \u00e0 savoir:<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; la stabilisation de la situation politique et s\u00e9curitaire,<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; l\u2019am\u00e9lioration du climat des affaires<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; la r\u00e9forme de l\u2019administration et la red\u00e9finition du r\u00f4le de l\u2019\u00e9tat<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; les r\u00e9formes des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 sociale<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; le rassemblement de l\u2019ensemble des organismes en charge de l\u2019investissement au sein d\u2019une institution unique agissant en tant que \u2018one-stop-shop\u2019 qui r\u00e9pondrait promptement \u00e0 l\u2019ensemble des exigences administratives et r\u00e9glementaires des investisseurs.<\/p>\n<p>Finalement, Si Hakim met l\u2019accent sur la n\u00e9cessaire r\u00e9forme et la modernisation de notre syst\u00e8me financier qui joue un r\u00f4le essentiel dans la mobilisation de l\u2019\u00e9pargne nationale qui est tomb\u00e9 \u00e0 un niveau inqui\u00e9tant afin qu\u2019il puisse assurer le financement de la croissance.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>8-<\/strong><\/span> En effet, une \u00e9conomie forte requiert avant tout un syst\u00e8me financier solide. Par syst\u00e8me financier on entend\u00a0 non seulement le syst\u00e8me bancaire mais l\u2019ensemble des secteurs financiers tels que le march\u00e9 des capitaux, l\u2019industrie des assurances, et la micro-finance. La triste v\u00e9rit\u00e9 est que notre pays a pris \u00e9norm\u00e9ment de retard dans ce domaine alors qu\u2019il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme pionnier en Afrique il y\u2019a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Il est en effet affligeant qu\u2019en 2019 notre pays n\u2019a toujours pas pu \u00e9tablir un march\u00e9 obligataire et que notre capitalisation boursi\u00e8re ne repr\u00e9sente que 22% du PNB compar\u00e9 \u00e0 62% au Maroc. Il est, par ailleurs, regrettable que notre pays est rest\u00e9 bien en-de\u00e7\u00e0 des attentes en termes de politique de promotion des MPME (micro-, petites et moyennes entreprises) surtout que celles-ci repr\u00e9sentent la part de lion de notre tissu \u00e9conomique et contribue \u00e0 hauteur de 70% des emplois cr\u00e9\u00e9s et 50% du PNB. Le probl\u00e8me des MPME ne se limite pas aux difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux cr\u00e9dits bancaires mais englobe la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir davantage le march\u00e9 du capital investissement, et d\u2019initier des programmes de mise \u00e0 niveau pour les encourager\u00a0 \u00e0 am\u00e9liorer leur gouvernance, faire preuve de transparence et am\u00e9liorer leur levier technologique. Il reste que, comme indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment,\u00a0 nos entreprises se trouvent assujetties \u00e0 une double pression fiscale et financi\u00e8re qui r\u00e9duit sensiblement leur capacit\u00e9 de d\u00e9veloppement et perp\u00e9tue leurs difficult\u00e9s. C\u2019est ce qui explique en partie qu\u2019elles arrivent difficilement \u00e0 honorer leurs engagements financiers provoquant une augmentation notable des cr\u00e9dits accroch\u00e9s enregistr\u00e9s par les banques qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 24% en Tunisie compar\u00e9 \u00e0 seulement 5% au Maroc.\u00a0<\/p>\n<p>D\u2019autre part, notre politique d\u2019inclusion financi\u00e8re affiche un d\u00e9ficit flagrant en termes de promotion des micro-cr\u00e9dits, de micro-assurance, d\u2019\u00e9pargne en milieu rural, de programmes d\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re et de facilitations financi\u00e8res rendue possible par le biais technologique. Des pays sub-sahariens, qui \u00e9taient bien loin derri\u00e8re nous il y\u2019a \u00e0 peine deux d\u00e9cades, nous ont largement d\u00e9pass\u00e9s dans ce domaine. Il est par ailleurs, regrettable que le projet de loi relatif \u00e0 l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire ne semble pas b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019urgence dans le traitement qu\u2019il m\u00e9rite.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>9-<\/strong><\/span> Sur un autre registre, Si Hakim regrette le retard des r\u00e9formes dans notre pays. En particulier, la r\u00e9forme de la fonction publique et de l\u2019administration qui ambitionne d\u2019\u00e9riger une administration moderne qui inscrirait ses actions selon les prescriptions technologiques du Gouvernement 3.0. Cette r\u00e9forme doit aussi pr\u00e9voir une rationalisation en profondeur de la gestion des ressources humaines qui ont atteint des niveaux pl\u00e9thoriques ces derni\u00e8res ann\u00e9es. En effet, il n\u2019est gu\u00e8re normal que le nombre de personnes qui travaillent dans la fonction publique en Tunisie soit 3 fois sup\u00e9rieur \u00e0 un pays tel que le Maroc (ramen\u00e9e \u00e0 la taille de la population), ou que le ratio des salaires de la fonction publique par rapport au PNB soit l\u2019un des plus \u00e9lev\u00e9s au Monde. Par ailleurs, il devient urgent d\u2019engager un plan d\u00e9taill\u00e9 pour la restructuration des entreprises publiques afin d\u2019assurer leur p\u00e9rennit\u00e9 et leur efficience. Ceci passe in\u00e9luctablement par une r\u00e9forme de leur gouvernance, une modernisation de leur gestion, un redimensionnement des ressources humaines et financi\u00e8res mises \u00e0 leur disposition et \u00e9ventuellement par un renforcement de leurs fonds propres par un appel publique \u00e0 l\u2019\u00e9pargne recourant aux march\u00e9s de capitaux.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>10-<\/strong><\/span> Si Hakim nous rappelle aussi la n\u00e9cessaire r\u00e9forme du syst\u00e8me de compensation surtout en raison de la charge croissante qu\u2019elle fait subir au budget de l\u2019\u00e9tat. Celle-ci reste \u00e9lev\u00e9e malgr\u00e9 la fin des subventions pour les industries \u00e9nergivores initi\u00e9es en 2014. Il recommande la formulation d\u2019une nouvelle politique de compensation plus \u00e9quitable, efficace et cibl\u00e9e aux franges d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es de la population surtout que celles-ci ne b\u00e9n\u00e9ficient que de 13% des d\u00e9penses de subventions \u00e9nerg\u00e9tiques compar\u00e9 \u00e0 29% aux m\u00e9nages \u00e0 revenus plus \u00e9lev\u00e9s. La m\u00eame approche devrait aussi retenue \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la compensation des biens de base.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>En conclusion,\u00a0<\/strong><\/span> le livre de ce Hakim est une v\u00e9ritable bo\u00eete \u00e0 outils de plaidoyer pour un renouveau de notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. Ce renouveau passe par la red\u00e9finition du r\u00f4le de l\u2019\u00e9tat d\u2019un \u00e9tat-providence \u00e0 un \u00e9tat-strat\u00e8ge \u00e0 qui reviendrait la t\u00e2che de red\u00e9finir les contours d\u2019un nouveau contrat social digne du 21\u00e9ni\u00e8me si\u00e8cle. Parvenir \u00e0 ce contrat exige la r\u00e9vision de fond en comble du mod\u00e8le post-ind\u00e9pendance pour lequel le glas a sonn\u00e9 depuis longtemps. La r\u00e9ussite de ce nouveau contrat social\u00a0 exige de remettre la croissance au c\u0153ur de notre strat\u00e9gie \u00e9conomique. Celle-ci passe par la promotion de l\u2019investissement; la mise en place d\u2019une judicieuse harmonisation de politiques fiscale, mon\u00e9taire et de change; d\u2019une gestion plus efficace des d\u00e9ficits chroniques de nos finances publiques et de nos comptes ext\u00e9rieurs; d\u2019une ma\u00eetrise de l\u2019endettement; de l\u2019audace dans la mise en place des r\u00e9formes n\u00e9cessaires; et de la poursuite d\u2019une politique audacieuse d\u2019inclusion sociale, et de promotion du d\u00e9veloppement r\u00e9gional. C\u2019est seulement alors qu\u2019on peut esp\u00e9rer \u00e9riger un contrat social qui offrirait \u00e0 notre peuple une prosp\u00e9rit\u00e9 inclusive et partag\u00e9e, la perspective d\u2019une vie digne, et l\u2019espoir d\u2019un avenir florissant \u00e0 nos enfants.\u00a0<\/p>\n<p>A bon entendeur, Salut!<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27059-comment-jalloul-ayed-a-lu-le-livre-de-hakim-ben-hammouda-sortir-du-desenchantement\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab C\u2019est une v\u00e9ritable bo\u00eete \u00e0 outils de plaidoyer pour un renouveau de notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. 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