{"id":32922,"date":"2019-05-08T06:13:16","date_gmt":"2019-05-08T10:13:16","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-gout-de-la-lecture-vint-en-realite-avec-le-college\/"},"modified":"2019-05-08T06:13:16","modified_gmt":"2019-05-08T10:13:16","slug":"le-gout-de-la-lecture-vint-en-realite-avec-le-college","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-gout-de-la-lecture-vint-en-realite-avec-le-college\/","title":{"rendered":"\u00abLe go\u00fbt de la lecture vint en r\u00e9alit\u00e9 avec le coll\u00e8ge\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong><span class=\"c2\">D<\/span>ans cette s\u00e9rie d\u2019articles, professeurs universitaires et intellectuels de tous bords relatent leur relation avec l\u2019univers de la lecture.\u00a0 Chacun, \u00e0 sa mani\u00e8re, nous fait voyager dans le temps pour nous montrer comment un livre ou des livres ont influenc\u00e9 sa trajectoire acad\u00e9mique et m\u00eame personnelle, en lui inspirant une vision du monde.<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"c4\">Il n\u2019y a pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 un livre, unique, qui m\u2019aurait marqu\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile pour la vie. Parler du livre, des livres, c\u2019est se rem\u00e9morer une succession de moments et de personnes, au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e, qui ont forg\u00e9, dans le F\u00e8s des ann\u00e9es 1960, d\u00e9finitivement, ce go\u00fbt pour la lecture, cet amour pour le livre qui ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la seule lecture. P\u00e9n\u00e9trer dans une librairie (une biblioth\u00e8que plut\u00f4t au d\u00e9but),\u00a0 fl\u00e2ner dedans en feuilletant les livres, d\u00e9couvrir le talent des artistes qui ont con\u00e7u la couverture, toucher le papier \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et d\u00e9couvrir sa couleur, son grammage, sa texture, lire le r\u00e9sum\u00e9 de la quatri\u00e8me de couverture et la petite notice biographique d\u2019un auteur que l\u2019on ne conna\u00eet pas et acheter dans un premier temps un de ses livres, le savourer puis acheter et lire d\u2019une traite tout ce qu\u2019il a publi\u00e9\u2026 J\u2019avance ainsi depuis des d\u00e9cennies dans l\u2019immensit\u00e9 de la fiction litt\u00e9raire, par auteur, lisant toute son \u0153uvre apr\u00e8s avoir\u00a0 appr\u00e9ci\u00e9 le premier.<\/p>\n<p class=\"c4\">Et attendant, pour les vivants, le livre suivant. D\u2019o\u00f9 cette tristesse lorsque la mort frappe, nous signifiant qu\u2019il n\u2019y aura pas de prochain livre. Je pense ainsi encore souvent \u00e0 Jim Harrisson ou \u00e0 James Welsh, un romancier am\u00e9rindien moins connu, tous deux r\u00e9cemment disparus.\u00a0 Ma derni\u00e8re d\u00e9couverte dans ce registre est une romanci\u00e8re afro-am\u00e9ricaine, Jesmyn Ward, dont quatre livres ont \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais et que je savoure en ce moment m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Les ann\u00e9es coll\u00e8ge<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\">Il n\u2019y avait pas de livre \u00e0 la maison lorsque j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire\u00a0: comme tous les parents marocains de l\u2019apr\u00e8s-ind\u00e9pendance, analphab\u00e8tes pour nombre d\u2019entre eux,\u00a0 les miens investissaient \u00e9norm\u00e9ment dans l\u2019\u00e9cole et nous sentions confus\u00e9ment, mon fr\u00e8re, ma s\u0153ur et moi, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un enjeu essentiel,\u00a0 mais ils ne pouvaient ni financi\u00e8rement ni intellectuellement, nous initier au livre. Nous baignions n\u00e9anmoins, gr\u00e2ce \u00e0 leur lien avec l\u2019\u00e9cole, dans une sorte d\u2019attachement, inconscient mais fort, avec le savoir. Ils aimaient et nous faisaient aimer en fait le livre.<\/p>\n<p class=\"c4\">Cet investissement des parents, je l\u2019apprendrais plus tard gr\u00e2ce \u00e0 quelques lectures en sociologie de l\u2019\u00e9ducation, qui est un puissant ressort pour la r\u00e9ussite scolaire, tout comme la mobilisation des enseignants. Mais il y a aussi l\u2019offre culturelle disponible et il faut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, nous ne manquions pas \u00e0 F\u00e8s de biblioth\u00e8ques.<\/p>\n<p class=\"c4\">Il y avait d\u2019abord celle du coll\u00e8ge et du lyc\u00e9e Moulay Driss. Nous n\u2019avions pas un acc\u00e8s direct aux livres et je crois me souvenir d\u2019une sorte de comptoir, et derri\u00e8re le biblioth\u00e9caire, tapis dans une relative obscurit\u00e9, plusieurs rayonnages. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai emprunt\u00e9 un r\u00e9cit de l\u2019auteur libanais Souha\u00efl Idriss, Quartier latin, un des premiers livres \u00e0 me donner l\u2019envie de partir. C\u2019est l\u00e0 aussi, ou peut \u00eatre \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville, pr\u00e8s du Mellah et du Palais Royal, que j\u2019ai d\u00fb emprunter l\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur la litt\u00e9rature arabe classique du Libanais Hanna El Fakhouri.\u00a0 Nous \u00e9tions un petit groupe de lyc\u00e9ens amis et nous empruntions ce livre \u00e0 tour de r\u00f4le pour le garder le plus possible.<\/p>\n<p class=\"c4\">Autour du lyc\u00e9e, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la m\u00e9dina et pr\u00e8s de la place El Batha (o\u00f9 se trouve la plaque comm\u00e9morant le Manifeste de l\u2019ind\u00e9pendance et la liste de ses signataires), il y avait trois autres biblioth\u00e8ques. En face du mus\u00e9e, celle du British Council, que nous avons \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 peu fr\u00e9quent\u00e9. Presque en face de cette rue, la ruelle amenant \u00e0 l\u2019annexe de ce qui s\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le Centre culturel fran\u00e7ais, une annexe ouverte alors aux coll\u00e9giens, install\u00e9e dans une belle maison traditionnelle,\u00a0 avec un patio-jardin, la biblioth\u00e8que occupant une pi\u00e8ce du rez-de-chauss\u00e9e et la salle de lecture une autre pi\u00e8ce. Je me souviens encore de l\u2019\u00e9motion ressentie lors de la d\u00e9couverte des Tintin et des Ast\u00e9rix, d\u2019une conf\u00e9rence sur le nouveau roman dont j\u2019avais saisi peu de choses, des livres de la Biblioth\u00e8que verte, Rouge et or, \u2026 des romans d\u2019Enid Blyton (et son club des cinq) et de ma lecture de Sans famille. Les larmes aux yeux.<\/p>\n<p class=\"c4\">C\u2019est aussi tout pr\u00e8s qu\u2019il y a eu pendant quelques ann\u00e9es le Centre culturel \u00e9gyptien, situ\u00e9 sur deux niveaux. Son souvenir se m\u00eale dans ma m\u00e9moire aux livres de Taha Hussein, d\u2019Al Manfalouti, d\u2019Al Akad, \u2026 Je ne crois avoir d\u00e9couvert Naguib Mahfouz que bien plus tard.<\/p>\n<p class=\"c4\">En ville nouvelle, il y avait place Lafayette (Lafiat disaient les Fassis) le Centre culturel am\u00e9ricain, et pas loin, aujourd\u2019hui encore ouvert, le Centre culturel fran\u00e7ais, que nous n\u2019avions le droit de fr\u00e9quenter qu\u2019une fois au lyc\u00e9e. C\u2019est au\u00a0 Centre am\u00e9ricain que nous avions pu, gr\u00e2ce \u00e0 une enseignante du Peace corps, imprimer un ou deux num\u00e9ros d\u2019un journal de lyc\u00e9e en anglais que nous avions intitul\u00e9 Reflections.<\/p>\n<p class=\"c4\">Mais c\u2019est dans la biblioth\u00e8que du Centre fran\u00e7ais que j\u2019ai pass\u00e9, trois ans durant, le plus de temps.<\/p>\n<p class=\"c4\">C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9couvert les grands auteurs fran\u00e7ais du XIXe et du XXe si\u00e8cles, gr\u00e2ce notamment \u00e0 mon premier professeur marocain de fran\u00e7ais, M. Laklalech. Je n\u2019oublierai jamais le jour o\u00f9 il est entr\u00e9 en classe et a pos\u00e9 sur son bureau un tourne-disque et a mis un 33 tours\u00a0: le Bol\u00e9ro de Ravel. C\u2019est \u00e0 sa demande que j\u2019ai fait mes deux premiers expos\u00e9s\u00a0: l\u2019un sur La Vingt-cinqui\u00e8me heure de Constantin Virgil Gheorgiu et le second sur Les Thibault de Roger Martin du Gard. Commen\u00e7ant cet expos\u00e9, j\u2019avais fait une faute de liaison disant \u00ab\u00a0les z\u00e9ros (pour les h\u00e9ros) de ce roman\u2026\u00bb. Le commentaire de M. Laklalech avait \u00e9t\u00e9 cinglant\u00a0: \u00ab\u00a0El Yazami, c\u2019est vous qui \u00eates un z\u00e9ro. Continuez\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c4\">C\u2019est aussi l\u00e0 que j\u2019ai fait connaissance avec la tradition litt\u00e9raire russe (Pouchkine, Dosto\u00efevski, Tolsto\u00ef, Tourgueniev, etc.) et les classiques am\u00e9ricains (Faulkner, Dos Passos, Steinbeck, \u2026).<\/p>\n<p class=\"c4\">C\u2019est l\u00e0 enfin que, pouss\u00e9 par un autre professeur marocain de fran\u00e7ais, M. Chefchaouni, j\u2019ai lu sans pratiquement rien comprendre, je dois l\u2019avouer, mes premiers livres sur la psychanalyse et c\u2019est \u00e0 cette biblioth\u00e8que que j\u2019ai d\u00e9couvert Une journ\u00e9e d\u2019Ivan Denissovitch de Soljenitsyne. Ce devait \u00eatre en 1969 ou en 1970, sur les conseils d\u2019un professeur d\u2019histoire-g\u00e9ographie, M. Bosom.<\/p>\n<p class=\"c4\">Habitant la m\u00e9dina, nous allions place Lafiat \u00e0 pied (une petite trotte), au moins deux fois par semaine,\u00a0 comme nous allions, r\u00e9guli\u00e8rement au cin\u00e9-club situ\u00e9 dans le m\u00eame quartier, faisant ainsi, sans que nous nous en rendions compte, un triple apprentissage\u00a0: litt\u00e9raire, esth\u00e9tique et politique.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Driss El Yazami<\/strong><\/p>\n<p>Auteur: rahal mehamed<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/le-gout-de-la-lecture-vint-en-realite-avec-le-college.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cette s\u00e9rie d\u2019articles, professeurs universitaires et intellectuels de tous bords relatent leur relation avec l\u2019univers de la lecture.\u00a0 Chacun, \u00e0 sa mani\u00e8re, nous fait voyager dans le temps pour nous montrer comment un livre ou des livres ont influenc\u00e9 sa trajectoire acad\u00e9mique et m\u00eame personnelle, en lui inspirant une vision du monde. 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