{"id":33253,"date":"2019-05-09T06:00:00","date_gmt":"2019-05-09T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-bout-du-desespoir-la-verite-sur-la-vie\/"},"modified":"2019-05-09T06:00:00","modified_gmt":"2019-05-09T10:00:00","slug":"au-bout-du-desespoir-la-verite-sur-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/au-bout-du-desespoir-la-verite-sur-la-vie\/","title":{"rendered":"Au bout du d\u00e9sespoir, la v\u00e9rit\u00e9 sur la vie"},"content":{"rendered":"<p>Le nouveau roman de Yasmina Khadra, L\u2019outrage fait \u00e0 Sarah Ikker, est disponible en librairie depuis le jeudi 2 mai 2019. L\u2019ouvrage est \u00e9dit\u00e9 simultan\u00e9ment en Alg\u00e9rie (Casbah-Editions), France (Julliard), Belgique et Suisse, puis au Canada le 10 mai.<\/p>\n<p>Fait notable, il s\u2019agit d\u2019un premier opus (le tome 1) d\u2019une trilogie romanesque que l\u2019auteur \u00e0 succ\u00e8s (et infatigable globe-trotter !) met en sc\u00e8ne au Maroc. Pour commencer, en attendant la suite de l\u2019histoire en&#8230; Tunisie. Dans ce premier volet, l\u2019intrigue se d\u00e9roule au c\u0153ur de la ville de Tanger. Et comme c\u2019est du Yasmina Khadra, on se doute bien que ce n\u2019est pas la coquette cit\u00e9 sur le d\u00e9troit de Gibraltar \u2014 ou, du\u00a0 moins, le c\u00f4t\u00e9 carte postale pour touristes \u2014 qui int\u00e9resse le romancier.<br \/>Bien entendu, ce sont les tr\u00e9fonds de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine, mais aussi ce qu\u2019il y a de plus secret et de plus sombre chez les individus qui sont explor\u00e9s, sond\u00e9s, furet\u00e9s par une \u00e9criture nette et tranchante comme un scalpel. L\u2019intensit\u00e9 dramatique, la puissance \u00e9motionnelle et le suspense sont \u00e9videmment au rendez-vous.<br \/>Philosophe de la connaissance humaine, fin psychologue du comportement de ses personnages vivants, complexes, Yasmina Khadra sait dire la v\u00e9rit\u00e9 sur la vie. Il sait surtout dire le d\u00e9sespoir, les douleurs intimes, la lente et inexorable descente aux enfers des \u00eatres victimes d\u2019un drame, d\u2019une trag\u00e9die, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement terrible, d\u2019une injustice quelconque, d\u2019une mauvaise rencontre avec le destin&#8230; C\u2019est ainsi que l\u2019immersion dans les eaux profondes de l\u2019\u00e2me humaine, l\u2019exploration de la jungle o\u00f9 r\u00e8gnent les fauves ont donn\u00e9, chez cet auteur, une prose moderne tout \u00e0 la fois\u00a0 vivante et concr\u00e8te. Ce dernier roman confirme les qualit\u00e9s pr\u00e9dominantes d\u2019une \u00e9criture bas\u00e9e sur le\u00a0 mouvement, la vitesse et la sensation.<br \/>Le langage est toujours aussi \u00abphysique\u00bb, direct, color\u00e9, surprenant, sensuel, vigoureux, marqu\u00e9 de profondes empreintes sociales. Un langage hautement \u00e9motionnel et qui flirte souvent avec les \u00e9clats flamboyants de la po\u00e9sie.<br \/>L\u2019outrage fait \u00e0 Sarah Ikker confirme, cette fois encore, l\u2019\u00e9crivain ma\u00eetre de son art. L\u2019histoire d\u00e9marre sur les chapeaux de roues. Le virage est si bien n\u00e9goci\u00e9 que le lecteur sait, d\u2019instinct, qu\u2019il a entre les mains un livre percutant qu\u2019il va d\u00e9vorer avec une avidit\u00e9 juv\u00e9nile. Le rideau monte et d\u00e9couvre une chambre sordide. Un officier de police compl\u00e8tement ivre en compagnie d\u2019une prostitu\u00e9e d\u00e9catie. Le principal protagoniste est le lieutenant Driss Ikker, retrouv\u00e9 dans cet \u00e9tat lamentable par le brigadier Farid Aghroub.<br \/>D\u2019autres personnages entrent en sc\u00e8ne : le commissaire Rachid Baaz, commandant de la police de Tanger, Slimane Rachgoune, son secr\u00e9taire particulier. Avec le d\u00e9cor ainsi plant\u00e9, on saura que, concernant le brigadier, \u00absi le commissaire le terrifiait, Slimane lui inspirait un profond d\u00e9go\u00fbt\u00bb. C\u2019\u00e9tait \u00abun pauvre type\u00bb, mais \u00abune belle plume\u00bb que le commissaire avait pris sous son aile. Rachid Baaz \u00ablui confia la gestion des dossiers confidentiels. Slimane ne tarda pas \u00e0 se rendre compte que les scrupules ne concernaient que les nigauds. Il se passionna pour l\u2019argent facile et s\u2019appliqua \u00e0 magouiller tous azimuts avec la b\u00e9n\u00e9diction de son patron\u00bb. C\u2019est justement Slimane qui propose \u00e0 son patron de confier le lieutenant (qui \u00ab\u00e9tait \u00e0 mi-chemin du coma \u00e9thylique\u00bb) au docteur El Fassi, g\u00e9rant d\u2019une clinique priv\u00e9e pr\u00e8s de Tanger. Dans le chapitre suivant, lorsque le docteur a voulu savoir \u00e0 quel genre de probl\u00e8me il avait \u00e0 faire, Slimane a simplement r\u00e9pondu ceci : \u00abSa femme a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e.\u00bb\u00a0<br \/>Au fil des pages, des sc\u00e8nes (les \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus par les personnages, donc des images en mouvement), des dialogues \u00e9clatants de v\u00e9rit\u00e9 et des flash-backs, le lecteur est entra\u00een\u00e9 dans un v\u00e9ritable tourbillon. Avant sa chute brutale et son \u00e9tat d\u2019extr\u00eame d\u00e9tresse, Driss Ikker \u00e9tait un homme heureux. Il avait tout : la jeunesse, la sant\u00e9, une femme belle qu\u2019il adorait, une villa, une carri\u00e8re prometteuse, un beau-p\u00e8re parmi les personnages les plus influents de la ville&#8230; Sa vie bascule une nuit o\u00f9, arriv\u00e9 chez lui vers 1h45, alors qu\u2019il devait se trouver encore \u00e0 une r\u00e9ception, il va vivre l\u2019innommable : \u00abIl gravit l\u2019escalier en d\u00e9nouant sa cravate. La porte de la chambre \u00e0 coucher \u00e9tait ouverte. Un abat-jour \u00e9tait allum\u00e9 sur la table de chevet. Driss manqua de tomber \u00e0 la renverse en d\u00e9courant sa femme toute nue, allong\u00e9e \u00e0 plat ventre sur le lit. Elle avait les mains menott\u00e9es \u00e0 la t\u00eate de lit, quelque chose de noir sur la bouche et un bandeau sur les yeux. Driss n\u2019eut pas le temps de comprendre, encore moins de r\u00e9agir. Un violent coup s\u2019abattit sur son cr\u00e2ne et il tomba par terre, sans connaissance.\u00bb Revenu \u00e0 lui, il apprend de la bouche de ses coll\u00e8gues que sa femme Sarah a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e. Pour le lieutenant Driss Ikker, la peine, le d\u00e9sespoir et la d\u00e9ch\u00e9ance morale sont doubles : son honneur d\u2019homme \u00e9tait perdu aux yeux des autres policiers et du monde, en m\u00eame temps qu\u2019il ne peut que se culpabiliser de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur, d\u2019\u00eatre incapable de prot\u00e9ger sa femme&#8230;\u00a0<br \/>La temp\u00eate s\u2019\u00e9levait dans son sang, il bouillonnait. Au moins tenter quelque chose. R\u00e9agir pour retrouver un semblant de paix int\u00e9rieure. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de son chef Rachid Baaz, il d\u00e9cide d\u2019entreprendre sa petite enqu\u00eate personnelle pour identifier le monstre qui a caus\u00e9 son irr\u00e9parable malheur.<br \/>Une enqu\u00eate marqu\u00e9e de r\u00e9alisme cru, empreinte de visions hallucinatoires, jonch\u00e9e de fausses pistes, min\u00e9e de doutes et de conflits int\u00e9rieurs. Au bout du long tunnel, la r\u00e9v\u00e9lation \u2014 absolument d\u00e9routante \u2014 de ce qui \u00e9tait cach\u00e9 jusque-l\u00e0 et enfin mis \u00e0 jour. Yasmina Khadra a su si bien construire son intrigue autour d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui cr\u00e9ent une attente impatiente chez le lecteur, que celui-ci se retrouve d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9, sans compter le d\u00e9nouement inattendu, tragique, de la chute finale. Tout cela est d\u2019une charge \u00e9motionnelle tr\u00e8s forte, le lecteur n\u2019ayant pas la moindre occasion de reprendre son souffle. Parce que, aussi, on retrouve dans ce livre les formes esth\u00e9tiques du roman policier de demain : l\u2019auteur d\u00e9veloppe une analyse politique autour de th\u00e8mes sous-jacents sociaux (soci\u00e9taux) ; il d\u00e9peint le monde actuel, ses enjeux, sa face cach\u00e9e et la plus sordide de sorte \u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir le lecteur.<br \/>A Tanger, il entra\u00eene \u00e0 la d\u00e9couverte des milieux les plus raffin\u00e9s et ce qui se passe r\u00e9ellement derri\u00e8re la vitrine, chez les puissants. Ou encore chez les plus d\u00e9favoris\u00e9s. Voyage dans le monde interlope des gens qui abusent de leur pouvoir et de leur position sociale. Un monde min\u00e9 par la corruption, le n\u00e9potisme, les passe-droits, la violence, l\u2019injustice, les crimes et les viols de toutes sortes. Du grand Yasmina Khadra.<br \/><strong><em>Hocine Tamou<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Yasmina Khadra, L\u2019outrage fait \u00e0 Sarah Ikker, tome 1, Casbah-Editions, Alger 2019, 280 pages, 1 000 DA.<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/culture\/au-bout-du-desespoir-la-verite-sur-la-vie-23557\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nouveau roman de Yasmina Khadra, L\u2019outrage fait \u00e0 Sarah Ikker, est disponible en librairie depuis le jeudi 2 mai 2019. L\u2019ouvrage est \u00e9dit\u00e9 simultan\u00e9ment en Alg\u00e9rie (Casbah-Editions), France (Julliard), Belgique et Suisse, puis au Canada le 10 mai. 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