{"id":35101,"date":"2019-05-18T05:00:00","date_gmt":"2019-05-18T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deux-monuments-millenaires-les-grandes-mosquees-de-kairouan-et-tunis\/"},"modified":"2019-05-18T05:00:00","modified_gmt":"2019-05-18T09:00:00","slug":"deux-monuments-millenaires-les-grandes-mosquees-de-kairouan-et-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deux-monuments-millenaires-les-grandes-mosquees-de-kairouan-et-tunis\/","title":{"rendered":"Deux monuments mill\u00e9naires: Les Grandes mosqu\u00e9es de Kairouan et Tunis"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Conquise de haute lutte au VIIe si\u00e8cle par les arm\u00e9es arabes, la province byzantine d\u2019Afrique, devenue l\u2019Ifriqiya et gouvern\u00e9e par des repr\u00e9sentants des califes omeyyades puis abbassides, eut Kairouan pour capitale. Fond\u00e9e en 670, celle-ci connut son apog\u00e9e sous les \u00e9mirs aghlabides qui, ayant r\u00e9ussi \u00e0 obtenir\u00a0 du calife suzerain de Bagdad un statut d\u2019autonomie, cr\u00e9\u00e8rent un \u00e9mirat brillant (800-909) dont le territoire s\u2019\u00e9tendait de la Tripolitaine \u00e0 l\u2019est alg\u00e9rien et qui, au-del\u00e0, exer\u00e7a sa domination sur Malte et la Sicile. Kairouan, qui du temps du conqu\u00e9rant Oqba Ibn N\u00e2fi\u2019 \u00e9tait davantage un vaste campement qu\u2019une ville proprement dite, devint sous les Aghlabides une v\u00e9ritable capitale, une m\u00e9tropole \u00e9conomique et un foyer actif pour les sciences, les lettres et les arts. Sa position au c\u0153ur de la steppe constituait cependant un handicap\u00a0 qui profita bient\u00f4t aux villes \u2013 souvent anciennes \u2013 du littoral. Tunis, qui abritait l\u2019arsenal, connut ainsi un essor remarquable qui en fit bient\u00f4t la s\u0153ur rivale de la Kairouan aghlabide. En 836, l\u2019\u00e9mir Ziy\u00e2dat Allah fit reconstruire la mosqu\u00e9e sommairement \u00e9difi\u00e9e au moment de la conqu\u00eate par Oqba. Une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, en 864, ce fut au tour de la mosqu\u00e9e de Tunis de faire l\u2019objet d\u2019une reconstruction \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019\u00e9mir Abou Ibrahim Ahmed.<\/span>Mais revenons \u00e0 la grande mosqu\u00e9e de Kairouan. Encore appel\u00e9e J\u00e2mi\u2019 Oqba Ibn N\u00e2fi, elle est donc en r\u00e9alit\u00e9 un monument d\u2019\u00e9poque aghlabide. Deuxi\u00e8me mosqu\u00e9e d\u2019Afrique apr\u00e8s la mosqu\u00e9e de \u2018Amr ibn al \u2018\u00c2s \u00e0 Fost\u00e2t en Egypte, c\u2019est sous l\u2019aspect splendide que lui donn\u00e8rent les \u00e9mirs qu\u2019elle est parvenue jusqu\u2019\u00e0 nous. Joyau de l\u2019art architectural arabe, elle constitue un bel exemple de mosqu\u00e9e du IXe si\u00e8cle. Son plan rectangulaire (126 m X 78), quoique gauchi, correspond \u00e0 la proportion harmonique obtenue gr\u00e2ce la fameuse section d\u2019or (ou nombre d\u2019or: 1,618) ch\u00e8re aux Pythagoriciens puis aux b\u00e2tisseurs byzantins et de haute \u00e9poque musulmane. Comme \u00e0 la mosqu\u00e9e El Aqs\u00e2 et \u00e0 celle de Samarra, elle comporte des nefs perpendiculaires au mur de la Qibla. Elle est construite en pierre et adopte le mod\u00e8le dit hypostyle, promis alors \u00e0 un grand avenir sous nos cieux, c\u2019est-\u00e0-dire le mod\u00e8le\u00a0 de la salle \u00e0 colonnes. Celles-ci, ainsi que leurs chapiteaux, proviennent de sites romains ou byzantins et ont \u00e9t\u00e9 remploy\u00e9s de mani\u00e8re judicieuse par les b\u00e2tisseurs. Elles supportent des arcs de pierre en plein cintre outrepass\u00e9 (ou en fer \u00e0 cheval) formant dix-sept nefs comme \u00e0 la mosqu\u00e9e de M\u00e9dine. La nef axiale, plus large et au plafond surhauss\u00e9, forme avec la trav\u00e9e de m\u00eames dimensions qui longe le mur de la qibla un plan dit \u00abbasilical\u00bb en T comme \u00e0 la mosqu\u00e9e Al Aqs\u00e2\u2019 de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(48).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"248\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le mihrab se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un renfoncement \u00e0 arc de plein cintre l\u00e9g\u00e8rement outrepass\u00e9 support\u00e9 par deux colonnes de marbre antique. Le fond est constitu\u00e9 d\u2019une s\u00e9rie de tr\u00e8s beaux panneaux de marbre ajour\u00e9 et sculpt\u00e9 \u00e0 entrelacs floraux et inscriptions en style koufique du plus bel effet. La partie sup\u00e9rieure ou calotte comporte une tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante frise dor\u00e9e \u00e0 terminaison v\u00e9g\u00e9tale. Quant au mur du mihrab, il poss\u00e8de une s\u00e9rie de carreaux de c\u00e9ramique dits \u00ab\u00e0 reflets m\u00e9talliques \u00bb import\u00e9s d\u2019Iraq qui constitue, de l\u2019avis des sp\u00e9cialistes, le plus ancien exemple connu. La coupole situ\u00e9e en avant du mihrab est un chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019architecture et de d\u00e9cor. C\u2019est une coupole c\u00f4tel\u00e9e en pierre reposant sur un tambour par le moyen de trompes affectant la forme de coquilles. Elle comporte dans sa partie sup\u00e9rieure des colonnettes dont les chapiteaux sont parmi les plus anciens de l\u2019art musulman. Quant aux plafonds, ils sont d\u00e9cor\u00e9s de peinture \u00e0 motifs floraux datant du IXe si\u00e8cle et des p\u00e9riodes post\u00e9rieures ziride et hafside.Le minbar en bois, d\u00e9licatement sculpt\u00e9, est le plus ancien qui nous soit parvenu. La cour, qui occupe pr\u00e8s des deux tiers de la superficie globale, est bord\u00e9e de portiques. Le minaret est l\u2019un des plus anciens de tout le monde musulman.\u00a0 Situ\u00e9 dans l\u2019axe de la salle de pri\u00e8res, il se compose de trois tours carr\u00e9es superpos\u00e9es (la plus haute est surmont\u00e9e d\u2019une coupole) qui attestent l\u2019influence de la Syrie, pays d\u2019origine du minaret carr\u00e9 mais qui s\u2019\u00e9panouira au Maghreb et en Andalousie. La puret\u00e9 des lignes et la majest\u00e9 des proportions en font un des plus\u00a0 importants minarets du monde.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(33).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"429\"\/><\/p>\n<p>La Grande mosqu\u00e9e de Kairouan est \u00abplus luxueuse et plus color\u00e9e que celles de Samarra en Iraq et d\u2019Ibn Touloun au Caire\u00bb, nous dit l\u2019\u00e9minent sp\u00e9cialiste Alexandre Papadopoulo qui observe aussi que son enceinte ext\u00e9rieure avec ses hauts murs cr\u00e9nel\u00e9s et\u00a0 leurs robustes contreforts \u00abdonne \u00e0 cette mosqu\u00e9e l\u2019allure d\u2019une forteresse\u00bb. Il n\u2019est pas exclu qu\u2019ici, comme \u00e0 la Zitouna de m\u00eame \u00e9poque, l\u2019\u00e9difice remplissait aussi un r\u00f4le d\u00e9fensif et le minaret celui d\u2019une tour de guet en m\u00eame temps que son usage destin\u00e9 \u00e0 l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re. Sous les gouverneurs zirides (XIe si\u00e8cle), la mosqu\u00e9e s\u2019enrichit d\u2019une superbe maqsoura (enclos isolant l\u2019\u00e9mir et sa suite du reste des fid\u00e8les) en bois ouvrag\u00e9 du plus bel effet. Sous les dynasties suivantes, des travaux furent entrepris, comme l\u2019\u00e9dification par les Hafsides de la porte Lella Rihana ou la reconstruction de la coupole du Bahw au XIXe si\u00e8cle, mais ils ne port\u00e8rent pas atteinte \u00e0 l\u2019harmonie de l\u2019ensemble aghlabide.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(50).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"313\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019usage m\u00e9di\u00e9val, la mosqu\u00e9e de Kairouan, outre sa vocation de lieu de pri\u00e8re, joua un r\u00f4le de premier plan dans l\u2019enseignement et la diffusion de l\u2019islam sunnite, des disciplines juridiques et de la langue et litt\u00e9rature arabes. Du Moyen \u00c2ge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne,\u00a0 les noms d\u2019\u00e9rudits illustres comme Al Labbad, Ibn Abi Zayd, Sohnoun, No\u2019m\u00e2n et, plus tard, des lign\u00e9es d\u2019imams, de magistrats et de professeurs, notamment les familles Adhoum, Saddam, Laouani) sont associ\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire du sanctuaire.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/4(24).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"452\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>A partir du XIIe si\u00e8cle cependant, victime de d\u00e9sordres politiques et sociaux qui affect\u00e8rent l\u2019Ifriqiya, Kairouan et sa Grande mosqu\u00e9e furent progressivement supplant\u00e9es par Tunis, devenue d\u00e9finitivement la capitale politique, \u00e9conomique et culturelle du pays; ce qui profita \u00e0 la mosqu\u00e9e Zitouna. La premi\u00e8re version de ce lieu de culte remonte tr\u00e8s probablement au temps du gouverneur omeyyade Hass\u00e2n Ibn No\u00f4m\u00e2n, conqu\u00e9rant de Carthage en 698. Sans doute a-t-elle connu, quelques ann\u00e9es plus tard, un embellissement \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un autre gouverneur, Ibn Al Habh\u00e2b.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/5%20fevrier(1).jpg\" alt=\"\" width=\"300\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"456\" align=\"left\"\/>Son appellation de J\u00e2mi\u2019 al Zayt\u00fbna ou mosqu\u00e9e de l\u2019olivier est nimb\u00e9e de l\u00e9gendes. La plus pittoresque, peut-\u00eatre de source chr\u00e9tienne, affirme que la mosqu\u00e9e aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9e \u00e0 l\u2019emplacement d\u2019une \u00e9glise (ce qui \u00e9tait fr\u00e9quent partout \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les \u00e9glises succ\u00e9dant \u00e0 des temples pa\u00efens et elles-m\u00eames remplac\u00e9es, comme \u00e0 Damas ou \u00e0 Cordoue, par des mosqu\u00e9es). L\u2019\u00e9glise en question abritant la s\u00e9pulture de Sainte Olive, n\u00e9e \u00e0 Palerme vers 448\u00a0 et morte \u00e0 Tunis en 463, on aurait donn\u00e9 son nom (\u00abZitouna\u00bb, en arabe)\u00a0 au nouvel \u00e9difice. Ce n\u2019est pas impossible, car les musulmans de haute \u00e9poque tenaient en haute estime les martyrs chr\u00e9tiens morts avant la r\u00e9v\u00e9lation islamique. Plus prosa\u00efque est le r\u00e9cit selon lequel un olivier se trouvant l\u00e0, on l\u2019aurait gard\u00e9 au milieu de la cour du masjid, d\u2019o\u00f9 son nom.<\/p>\n<p>Quant au monument actuel, il date du r\u00e8gne des \u00e9mirs Abou Ibr\u00e2h\u00eem Ahmed al Aghlabi (856-864) et de son fr\u00e8re Ziy\u00e2dat Allah II. De ce fait, et quoique plus petite, la Zitouna pr\u00e9sente de grandes similitudes avec sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Kairouan: un plan en T, un aspect d\u00e9fensif avec des hauts murs et des tours d\u2019angle, une salle de pri\u00e8re hypostyle avec, ici aussi, le recours aux colonnes et chapiteaux antiques (provenant, sans doute, principalement de Carthage) et l\u2019existence d\u2019une superbe coupole en avant du mihrab. Une frise \u00e9pigraphique\u00a0 comm\u00e9morant la construction de cette coupole\u00a0 en attribue le m\u00e9rite au calife abbasside Al Musta\u2019\u00een Bi Allah. Les sp\u00e9cialistes ont conjectur\u00e9 \u00e0 ce propos. A notre humble avis, il n\u2019est pas exclu de penser que Tunis \u00e9tant alors un arsenal et un port de guerre, il aurait paru plus politique \u00e0 Ziy\u00e2dat Allah II de rendre hommage \u00e0 son suzerain, Commandeur des croyants et chef supr\u00eame du djihad, et de rappeler, du m\u00eame coup, \u00e0 une population tunisoise turbulente, la l\u00e9gitimit\u00e9 abbasside des \u00e9mirs aghlabides. Il n\u2019est pas impossible non plus, qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 l\u2019importance de la ville comme point de d\u00e9part d\u2019exp\u00e9ditions maritimes contre les infid\u00e8les, le calife, dans le but de plaire \u00e0 Dieu, ait d\u00e9cid\u00e9 de financer la reconstruction du sanctuaire puisque l\u2019inscription fait mention d\u2019un certain Nusayr, mawl\u00e2 (intendant esclave) du calife d\u00fbment mandat\u00e9 pour la r\u00e9alisation de ce projet en l\u2019an 250 \/864. En 990-91, Al Mansour Ibn Youssouf, gouverneur ziride, vassal des Fatimides du Caire, y fit \u00e9difier le majestueux\u00a0 portique en avant de la salle de pri\u00e8re et la belle coupole dite du Bahw, une des plus r\u00e9ussies de l\u2019art architectural musulman.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/5(12).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"350\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Grande mosqu\u00e9e de la capitale, la Zitouna fit, comme on l\u2019imagine ais\u00e9ment, l\u2019objet d\u2019un int\u00e9r\u00eat particulier de la part de toutes les dynasties suivantes. Les Khorassanides au XIe si\u00e8cle, puis les sultans hafsides (XIIIe-XVe si\u00e8cle), si attach\u00e9s \u00e0 l\u2019embellissement de leur capitale, y proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 des travaux d\u2019extension et de restauration. Trois biblioth\u00e8ques y furent\u00a0 cr\u00e9\u00e9es aux XVe et XVIe si\u00e8cles\u00a0 par les \u00e9mirs Abou Far\u00e8s Abdelaziz, Abou Amrou Othman et Abou Abdillah Mohamed. Des d\u00e9pendances, notamment la salle des ablutions monumentale connue sous le nom de Midhat al Sult\u00e2n, au souk Al Attar\u00een, contribuaient au confort des fid\u00e8les. A l\u2019\u00e9poque mouradite (XVIIe si\u00e8cle), une famille d\u2019imams, les Al Bokri, devint si riche et si puissante qu\u2019elle finit par administrer la Zitouna de mani\u00e8re quasi ind\u00e9pendante; sans doute avec l\u2019accord tacite des beys, occup\u00e9s \u00e0 combattre, les armes \u00e0 la main, les dissidences et les conjurations qui secouaient alors le royaume. Les Al Bokri furent ainsi, en 1637, les b\u00e2tisseurs du grand portique donnant sur le souk al Faqqa.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/6(10).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"338\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Successeurs des Mouradites, les beys husse\u00efnites (1705-1957), ayant assur\u00e9 la stabilit\u00e9 au pays et \u00e0 leur tr\u00f4ne, se distingu\u00e8rent, \u00e0 leur tour, par l\u2019int\u00e9r\u00eat manifest\u00e9 \u00e0 la Grande mosqu\u00e9e. Au plan architectural, l\u2019apport beylical consista essentiellement dans l\u2019\u00e9dification de trois portiques de la cour compl\u00e9tant ainsi le portique ziride. Mais la r\u00e9alisation la plus spectaculaire fut sans conteste l\u2019\u00e9dification en 1894, sous le r\u00e8gne d\u2019Ali Pacha Bey III, d\u2019un nouveau minaret dont l\u2019architecture et la construction furent l\u2019\u0153uvre particuli\u00e8rement r\u00e9ussie de deux ma\u00eetres-ma\u00e7ons tunisois, Slimane Al Nigrou et Tahar Ben Saber.<\/p>\n<p>Mais l\u2019apport principal de la dynastie consista dans leur int\u00e9r\u00eat soutenu pour le premier sanctuaire de leur ville dans sa fonction d\u2019universit\u00e9 musulmane dont le rayonnement remontait au Moyen \u00c2ge, gr\u00e2ce \u00e0 des oul\u00e9mas comme l\u2019imam Ibn Arafa, son disciple Al Bourzouli et le grand historien Ibn Khaldoun. Les beys husse\u00efnites (suivis plus tard par certains dignitaires et notables fortun\u00e9s) se pr\u00e9occup\u00e8rent d\u2019abord des conditions de vie des \u00e9tudiants et des plus jeunes parmi les cheikhs. Ils furent ainsi de grands b\u00e2tisseurs de foyers connus sous le nom de m\u00e9dersas et destin\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement, \u00e0 proximit\u00e9 du monument et en divers endroits de la m\u00e9dina, d\u2019un nombre de plus en plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9tudiants venus de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays et du Maghreb qui se pressaient aux cours des professeurs de la Zitouna. A la mosqu\u00e9e m\u00eame, deux biblioth\u00e8ques, Al Ahmadiya et Al S\u00e2diqiya, vinrent s\u2019ajouter au fonds hafside. Jusque-l\u00e0, libre en mati\u00e8re d\u2019organisation, de recrutement et de programmes d\u2019enseignement, comme c\u2019\u00e9tait le cas \u00e0 Kairouan et partout ailleurs, la mosqu\u00e9e-universit\u00e9 de Tunis devint, \u00e0 partir de 1842, une institution contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019Etat, son corps enseignant titularis\u00e9 et son enseignement organis\u00e9. Les cours continuaient cependant d\u2019avoir lieu, comme au Moyen \u00c2ge, dans la salle de pri\u00e8re. Les \u00e9tudiants (tal\u00e2midha ou talaba) accroupis en cercle autour de leur ma\u00eetre recevaient un enseignement fig\u00e9 fond\u00e9 sur la m\u00e9morisation des trait\u00e9s et commentaires des \u00abvertueux anc\u00eatres\u00bb. Les pesanteurs qui plombaient dangereusement l\u2019enseignement traditionnel et l\u2019apparition d\u2019un enseignement moderne d\u00e8s 1875, avec la cr\u00e9ation du Coll\u00e8ge Sadiki puis, \u00e0 partir de 1881, l\u2019introduction du tr\u00e8s efficace mod\u00e8le d\u2019enseignement fran\u00e7ais, avaient fait prendre conscience d\u2019un n\u00e9cessaire aggiornamento. En d\u00e9pit des efforts des grands r\u00e9formistes \u2013 dont le plus c\u00e9l\u00e8bre fut le cheikh Tahar Ben Achour \u2013 et des mouvements de revendication des \u00e9tudiants (la premi\u00e8re gr\u00e8ve eut lieu en 1910), l\u2019enseignement arabo-islamique incarn\u00e9 par la Grande mosqu\u00e9e al Zayt\u00fbna et ses annexes, p\u00e2tissant en outre de la faiblesse des ressources et du n\u00e9potisme entretenu par certaines dynasties familiales, \u00e9choua, malgr\u00e9 de brillantes r\u00e9ussites individuelles, \u00e0 former une \u00e9lite d\u00e9finitivement tourn\u00e9e vers la modernit\u00e9. Quant \u00e0 la cohabitation, \u00e0 la mosqu\u00e9e m\u00eame, de l\u2019exercice du culte et de l\u2019enseignement,\u00a0 il a fallu atteindre l\u2019ann\u00e9e 1958 pour voir le rectorat et les cours de l\u2019Universit\u00e9 \u00abal J\u00e2mi\u2019a al Zayt\u00fbniya\u00bb install\u00e9s dans un b\u00e2timent \u00e0 part. A l\u2019issue de l\u2019affaire du ramadan qui, en f\u00e9vrier 1960, opposa le Pr\u00e9sident Bourguiba au Mufti de Tunisie El Aziz Dja\u00eft et au Recteur Tahar Ben Achour, Al J\u00e2mi\u2019a al Zayt\u00fbniya\u00a0 fut carr\u00e9ment supprim\u00e9e et remplac\u00e9e quelque temps plus tard par une facult\u00e9 de th\u00e9ologie relevant de la jeune Universit\u00e9 tunisienne.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/9(6).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"435\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>En tant que lieu de culte, la Zitouna, Grande mosqu\u00e9e de la capitale, a d\u00e9velopp\u00e9 une culture religieuse et sociale\u00a0 tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e. C\u2019est ainsi que des\u00a0 lign\u00e9es d\u2019imams se constitu\u00e8rent et dont la l\u00e9gitimit\u00e9, admise de tous, s\u2019accompagnait d\u2019une v\u00e9n\u00e9ration transmise, avec solennit\u00e9, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Nous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 l\u2019exemple aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles de la famille Al Bokri qui dirig\u00e8rent la mosqu\u00e9e pendant pr\u00e8s de 190 ans. A l\u2019\u00e9poque des beys husse\u00efnites, ce fut au tour des familles cousines Ch\u00e9rif et Mohsen dont le prestige en tant que descendants du Proph\u00e8te et naq\u00eeb-s al achr\u00e2f ajoutait \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration dont les membres de cette famille faisaient l\u2019objet\u00a0 comme grands-imams et imams. Cependant, le pouvoir central, toujours prompt \u00e0 rappeler \u00e0 tous son caract\u00e8re absolu, ne manquait pas, de temps \u00e0 autre, d\u2019interrompre la succession de telle ou telle auguste lign\u00e9e par la nomination au poste de premier imam un oul\u00e9ma nouveau venu dans la ville mais \u00e0 la science incontest\u00e9e. Autour du grand-imam, pr\u00e9dicateur, quatre imams, parfois cinq, \u00e9taient charg\u00e9s d\u2019assurer les pri\u00e8res quotidiennes et la pri\u00e8re facultative du tr\u00e2w\u00eeh durant le ramadan. Un nombre consid\u00e9rable de responsables et de\u00a0 servants, organis\u00e9s selon une hi\u00e9rarchie stricte, assuraient, sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019imam pr\u00e9dicateur, la bonne marche du sanctuaire. Comme, outre la pri\u00e8re hebdomadaire du vendredi et celle annuelle des deux A\u00efd-s, il s\u2019y tenait \u00e9galement des c\u00e9r\u00e9monies officielles rehauss\u00e9es, depuis le XIXe si\u00e8cle, par la pr\u00e9sence en grand apparat du souverain et des dignitaires \u00e0 l\u2019occasion du Mouled et de la Nuit du 27-Ramadan, un protocole \u00e9labor\u00e9 fut mis en place qui perdure vaille que vaille aujourd\u2019hui mais avec beaucoup moins de rigueur depuis la disparition, en 1980, du Cheikh al Imam Mustapha Mohsen.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/7(9).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"351\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Au terme de ce rapide voyage dans le temps, que dire de plus\u00a0 sinon que les Tunisiens sont en droit de se flatter de la pr\u00e9sence sur leur sol des deux plus anciennes mosqu\u00e9es du Maghreb et de la deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me de tout le continent. Leur anciennet\u00e9 mill\u00e9naire n\u2019a d\u2019\u00e9gale que leur valeur architecturale heureusement sauvegard\u00e9e. Les \u00e9l\u00e9ments architecturaux et d\u00e9coratifs \u00e0 Kairouan et \u00e0 Tunis tels que le mihrab, le minbar, la maqsoura et le minaret de la Grande mosqu\u00e9e kairouanaise sont des mod\u00e8les exemplaires de l\u2019art musulman. Les deux coupoles de la Zitouna sont de purs chefs-d\u2019\u0153uvre et son minaret, bien que tardif,\u00a0 s\u2019inscrit\u00a0 avec brio dans\u00a0 le r\u00e9pertoire architectural le plus pur. Il atteste qu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame fin du XIXe si\u00e8cle, nous avions encore des b\u00e2tisseurs et des artisans talentueux. Au plan religieux et intellectuel, il convient de retenir que les deux mosqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 des foyers particuli\u00e8rement actifs du mal\u00e9kisme (sans oublier le han\u00e9fisme pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019\u00e9poque aghlabide \u00e0 Kairouan et, bien plus tard, \u00e0 la Zitouna) et des sciences religieuses et juridiques. La scl\u00e9rose de cet enseignement portait en elle un grave p\u00e9ril mais il ne faut pas oublier les grandes figures form\u00e9es par des ma\u00eetres de la Zitouna, m\u00fbes par la volont\u00e9 de r\u00e9former la p\u00e9dagogie et les programmes. Il faut aussi rappeler les sacrifices consentis par les \u00e9tudiants zitouniens dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance du pays et leur r\u00eave path\u00e9tique d\u2019une renaissance de l\u2019enseignement religieux.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/8(7).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"472\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c4\">Enfin, on voudra bien permettre \u00e0 l\u2019auteur de ces lignes\u00a0 de s\u2019honorer ici d\u2019avoir contribu\u00e9 modestement \u00e0 une meilleure connaissance de l\u2019histoire de ces deux prestigieux sanctuaires et \u00e0 la sauvegarde de leur patrimoine, en r\u00e9alisant un ouvrage exhaustif sur la Zitouna et ses hommes \u00e0 travers les si\u00e8cles (paru en arabe chez C\u00e9r\u00e8s en 1991) et, en tant que ministre de la Culture, d\u2019avoir interdit, en 2007, l\u2019installation d\u2019un \u00e9norme syst\u00e8me de climatisation qui aurait d\u00e9figur\u00e9 la mosqu\u00e9e de Kairouan et mis en p\u00e9ril la stabilit\u00e9 de sa salle de pri\u00e8re mill\u00e9naire.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\">\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27126-deux-monuments-millenaires-les-grandes-mosquees-de-kairouan-et-tunis\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conquise de haute lutte au VIIe si\u00e8cle par les arm\u00e9es arabes, la province byzantine d\u2019Afrique, devenue l\u2019Ifriqiya et gouvern\u00e9e par des repr\u00e9sentants des califes omeyyades puis abbassides, eut Kairouan pour capitale. 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