{"id":35484,"date":"2019-05-20T06:44:00","date_gmt":"2019-05-20T10:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/democratie-et-si-la-societe-avait-des-reponses-a-proposer-pour-resoudre-la-crise-dont-elle-est-lobjet\/"},"modified":"2019-05-20T06:44:00","modified_gmt":"2019-05-20T10:44:00","slug":"democratie-et-si-la-societe-avait-des-reponses-a-proposer-pour-resoudre-la-crise-dont-elle-est-lobjet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/democratie-et-si-la-societe-avait-des-reponses-a-proposer-pour-resoudre-la-crise-dont-elle-est-lobjet\/","title":{"rendered":"D\u00e9mocratie: Et si la soci\u00e9t\u00e9 avait des r\u00e9ponses \u00e0 proposer pour r\u00e9soudre la crise dont elle est l\u2019objet"},"content":{"rendered":"<p>Nous n&rsquo;avons pas \u00e0 marcher, seuls, dans la rue solitaire des r\u00eaves. En d\u00e9pit de l\u2019adversit\u00e9 nous sommes toujours l\u00e0 et pr\u00eats \u00e0 avancer avec notre guide. Nous ne sommes pas seuls, mais l\u00e9gions. Si les cicatrices de nos \u00e2mes sont un rappel des r\u00eaves bris\u00e9s d\u2019autres Hommes, nous ne devons pas cacher la douleur et le mal qu\u2019inflige le monde, sous un masque trompeur. M\u00eame lorsque les adultes voient le vrai visage du mal, ils peuvent ne jamais s\u2019en remettre. Cette image est ind\u00e9l\u00e9bile et on ne peut l\u2019effacer de sa m\u00e9moire, jamais. Les blessures inflig\u00e9es par la vie ne sont finalement, que le processus qui nous pousse \u00e0 nous relever et \u00e0 essayer de tout refaire, avec le sourire, quand nous le pouvons et l&rsquo;espoir inconditionnel d\u2019un avenir. La vie est \u00e0 la fois l&rsquo;Enfer et l\u2019eau b\u00e9nite et sa saveur que nous go\u00fbtons \u00e0 chaque instant, d\u00e9pend souvent de comment nous la traitons.<\/p>\n<h2>Une mission partag\u00e9e, qui transcende les int\u00e9r\u00eats particuliers, constitue un ciment indispensable<\/h2>\n<p>Perte de confiance dans les Etats, doutes sur les \u00e9lus, corruption \u00e0 tous les niveaux, \u2026, telle est la situation. Partout, dans le monde, la crise des institutions s\u2019exprime ouvertement et parfois, de mani\u00e8re violente. Les revendications sont bien-s\u00fbr de nature diff\u00e9rente, tout comme la mani\u00e8re de leur formulation. Les gilets jaunes en France, les cafouillages et salmigondis post- r\u00e9f\u00e9rendum au Royaume-Uni, la r\u00e9volte alg\u00e9rienne, les gr\u00e8ves \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition en Tunisie, dans tous les secteurs, le terrorisme de par le monde ; toutes ces formes de protestation, ont chacune leurs propres motivations. Mais ces mouvements partagent en commun, le besoin ressenti par le citoyen de se r\u00e9approprier leur pouvoir, leur soci\u00e9t\u00e9 et leur destin\u00e9e. Or, les nouveaux modes de gouvernance soci\u00e9tale peuvent inspirer une \u00e9poque qui cherche \u00e0 repenser son mod\u00e8le de repr\u00e9sentativit\u00e9, lorsque les anciens sont d\u00e9savou\u00e9s. Depuis longtemps en effet, la soci\u00e9t\u00e9 est confront\u00e9e \u00e0 cette probl\u00e9matique du, comment s\u2019adapter \u00e0 des citoyens qui veulent \u00eatre parties prenantes aux d\u00e9cisions les concernant ? La mont\u00e9e des comp\u00e9tences, les nouvelles fontaines de connaissances, la digitalisation, l\u2019hyper connexion, les aspirations des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, ont remis en question le mod\u00e8le d\u2019organisation sociopolitique vertical, qui imposait des d\u00e9cisions de mani\u00e8re unilat\u00e9rale, du haut d\u2019une tour d\u2019ivoire. D\u2019autres modes de gouvernance sont en train d\u2019\u00eatre invent\u00e9s, selon de nouvelles orientations cardinales, qui donnent au Peuple plus de parole et droit de regard. Ainsi, le mod\u00e8le de \u00ab leadership collectif \u00bb, qui fonctionne en faisant remonter les id\u00e9es du terrain, en s\u2019assurant que les d\u00e9cisions soient, non seulement comprises, mais aussi port\u00e9es par le plus grand nombre. Ce faisant, il offre une libert\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution, quant \u00e0 la mise en oeuvre des plans et objectifs. Cela ne signifie cependant pas, que la gouvernance soit l\u2019affaire de tous, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il est du ressort du \u2018\u2019top management\u2019\u2019 de concevoir la vision strat\u00e9gique, de dire o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 va. L\u2019\u00e8re du Chef supr\u00eame, qui d\u00e9cide tout seul, a v\u00e9cu et il ne saurait y avoir de plan strat\u00e9gique efficace sans association de toutes les parties prenantes de la soci\u00e9t\u00e9, car c\u2019est l\u2019\u00e9clairage de diff\u00e9rentes visions et expertises, qui assure la pertinence d\u2019une d\u00e9cision et son approbation par le plus grand nombre. C\u2019est pourquoi, les citoyens doivent participer collectivement \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du plan de transformation et de croissance, qui se d\u00e9ploie au d\u00e9but de chaque p\u00e9riode pr\u00e9vue, nourris des contributions propos\u00e9es par les managers institutionnels de l\u2019Etat. Il faut donc aller plus loin dans le processus de d\u00e9centralisation et de la prise de d\u00e9cision locale, avec \u00e0 la cl\u00e9 plus de confiance et d\u2019autonomie pour les populations concern\u00e9es. Une seconde source d\u2019inspiration, que les soci\u00e9t\u00e9s peuvent proposer, se rapporte \u00e0 la culture du dialogue social. Il serait de bon ton, surtout en Tunisie,\u00a0 mais aussi dans le reste du monde, de faire preuve de r\u00e9silience, c&rsquo;est-\u00e0-dire de se remettre en question. L\u2019exp\u00e9rience de notre pays montre que nous ne sommes pas capables d\u2019avoir un dialogue social digne de ce nom. Notre syndicalisme est archa\u00efque, par rapport \u00e0 la cogestion en vigueur dans d\u2019autres pays d\u2019Europe ou d\u2019Asie. Or, nous constatons tous les jours, que nous ne disposons pas d\u2019un syndicalisme m\u00e2ture et responsable, qui placerait l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif au premier plan. Pourtant, ce corps interm\u00e9diaire sera essentiel, partout dans le monde, pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis qui s\u2019annoncent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent ; la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accompagner des salari\u00e9s-citoyens qui se r\u00e9inventent au rythme des transformations technologiques, repenser l\u2019organisation du travail et leur place soci\u00e9tale, pour coller aux nouvelles aspirations, \u00eatre un maillon positif de la cha\u00eene de r\u00e9flexion, au service de toute la soci\u00e9t\u00e9. Ces corps interm\u00e9diaires doivent \u00eatre fiables, pour faire passerelle entre citoyens et institutions de l\u2019Etat, pour canaliser des aspirations parfois antinomiques, sans le mettre en p\u00e9ril. Enfin, pour cr\u00e9er un consensus social, les int\u00e9r\u00eats doivent \u00eatre associ\u00e9s, pour servir de leviers d\u2019implication au progr\u00e8s. Ce processus b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019abord aux citoyens, qui deviendraient de v\u00e9ritables associ\u00e9s de l\u2019Etat, avec des retours positifs \u00e0 la cl\u00e9. Il est \u00e9galement bon pour la soci\u00e9t\u00e9, qui profiterait d\u2019une coh\u00e9sion et d\u2019une appropriation, plus fortes, de la population. Associer les int\u00e9r\u00eats, revivifier les corps interm\u00e9diaires, apprendre \u00e0 faire ensemble, sont autant de pistes qui peuvent inspirer les d\u00e9mocraties en qu\u00eate de nouveau souffle. Mais elles ne suffiront s\u00fbrement pas \u00e0 unir un corps social incoh\u00e9rent. Dans un pays, une mission partag\u00e9e, qui transcende les int\u00e9r\u00eats particuliers, constitue un ciment indispensable. Un m\u00eame objectif, unit des parcours, des attentes et des quotidiens parfois radicalement diff\u00e9rents. Il transcende la g\u00e9ographie, les croyances et d\u00e9passe les clivages id\u00e9ologiques, mais encore faut-il qu\u2019il ne soit pas quelque chose qu\u2019on exhibe seulement pour se donner bonne figure ou d\u00e9tourner les attentions. C\u2019est ce qui fait avancer, au-del\u00e0 des objectifs financiers et techniques ; Ce qui permet de trancher entre des options strat\u00e9giques multiples ; Ce qui motive les peuples au quotidien ; ce qui donne envie aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations de faire partie de l\u2019aventure soci\u00e9tale. Toute institution doit avoir une mission, dans laquelle chacun de ses membres puisse se projeter, car la crise de confiance rencontr\u00e9e dans de nombreux pays, r\u00e9sulte sans nul doute d\u2019une absence de raison d\u2019\u00eatre, sachant f\u00e9d\u00e9rer au-del\u00e0 des int\u00e9r\u00eats personnels. Confront\u00e9e depuis longtemps au d\u00e9fi de l\u2019engagement, la soci\u00e9t\u00e9 peut inspirer une \u00e9poque qui veut recr\u00e9er l\u2019envie de vivre ensemble. Les soci\u00e9t\u00e9s au quotidien, sont surtout des lieux de vie, de lien social, des lieux d\u2019\u00e9changes, de d\u00e9bats, o\u00f9 des femmes et des hommes, au-del\u00e0 de tout ce qui les s\u00e9pare, apprennent \u00e0 cohabiter et \u00e0 faire ensemble, dans ce qui est une grande aventure collective. Faut-il \u00eatre fou pour y croire et arriver au pouvoir avec cet id\u00e9al, ou est-ce le pouvoir qui rend fou une fois que l\u2019on y a acc\u00e8s ? Sans doute les deux !<\/p>\n<h2>\u00a0\u00bb Le pouvoir est une drogue qui rend fou quiconque y go\u00fbte \u00a0\u00bb a pu dire Fran\u00e7ois Mitterrand<\/h2>\n<p>Mais pr\u00e9dire le choix des \u00e9lecteurs est difficile et incertain, car les param\u00e8tres en jeu sont trop nombreux et ce choix, irrationnel, et \u00e9motionnel. Si les fous sont au pouvoir, c\u2019est parce que les citoyens-\u00e9lecteurs, nous, les y auront mis, justement parce qu\u2019ils sont fous. Oui, nous votons pour les plus fous, pour les s\u00e9ducteurs, les menteurs et les enj\u00f4leurs, parce que leurs d\u00e9fauts nous rassurent sur nous-m\u00eames et que nous pr\u00e9f\u00e9rons voter pour ceux qui nous ressemblent, plut\u00f4t que pour les rationnels, les cart\u00e9siens ou les acad\u00e9miques. Celui qui peut \u00eatre \u00e9lu n\u2019est pas forc\u00e9ment celui qui fera le bon dirigeant, tous le savent. Mais l\u2019\u00e9lecteur est, peut-\u00eatre, plus fou que celui qu\u2019il \u00e9lit.<\/p>\n<p>Un id\u00e9al comme la D\u00e9mocratie, est une qu\u00eate exaltante, sacralis\u00e9e, et en m\u00eame temps la source de tous les maux. V\u00e9rit\u00e9, justice, bien-\u00eatre, bonheur, amour du prochain, droits humains\u2026 Les id\u00e9aux font partie de ces \u00e9toiles que nous h\u00e9sitons \u00e0 regarder en face. Ils nous fascinent, comme elles, mais ils nous \u00e9blouissent aussi, au risque de nous aveugler. Ces \u00e9toiles exercent un tel pouvoir sur notre vie, que nous ne pouvons les ignorer. L\u2019id\u00e9al est l\u2019une des productions les plus typiques et les plus d\u00e9sarmantes de l\u2019exp\u00e9rience humaine et bien des forteresses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es ou sont tomb\u00e9es en son nom. S\u2019il repr\u00e9sente a priori ce qu\u2019il y a de plus grand chez l\u2019Homme, il est aussi ce qu\u2019il y a de plus noir, de plus violent et de plus dangereux. On l\u00e8ve des arm\u00e9es, on tue et on massacre au nom de l\u2019id\u00e9al, on accomplit des oeuvres merveilleuses en son nom aussi, et chacun mesure ais\u00e9ment qu\u2019il joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans sa destin\u00e9e. L\u2019id\u00e9al est, comme on le pense souvent, un facteur positif, exaltant, une notion sacr\u00e9e, depuis des temps imm\u00e9moriaux. Mais il est aussi source de toutes les calamit\u00e9s et de tous les d\u00e9bordements. Nous enfermons souvent l\u2019id\u00e9al dans une gangue de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, afin qu\u2019il soit apprivois\u00e9 par le psychisme humain. Cette notion r\u00e9sonne en chacun, comme un message venu de l\u2019inconscient, afin d\u2019en mesurer toute la port\u00e9e. Une approche r\u00e9aliste qui d\u00e9gage l\u2019id\u00e9al de toutes les r\u00e9cup\u00e9rations et de tous les exc\u00e8s dont il est l\u2019enjeu. Nous devons restaurer le n\u00f4tre, celui qui a fait la grandeur et la particularit\u00e9 de notre pays. La Tunisie n\u2019est pas comme les autres nations et par cela, elle pourrait conna\u00eetre un grand destin, si nous y croyons et nous en donnons les moyens.<\/p>\n<p>Mais, outre une crise \u00e9conomique et financi\u00e8re qui perdure, la Tunisie vient de traverser en quelques mois deux autres crises gravissimes une crise migratoire sans pr\u00e9c\u00e9dent et une crise terroriste qui a \u00e9branl\u00e9 le pays tout entier. Alors qu\u2019elles d\u00e9terminent notre pr\u00e9sent et notre futur, aucune ne semble vraiment sous contr\u00f4le. La difficult\u00e9 des gouvernants, quelle que soit leur couleur politque, \u00e0 pr\u00e9voir et surmonter ces al\u00e9as, est particuli\u00e8rement frappante. Tout se passe comme si le politique (les partis politiques, le personnel politique \u00e9lu et son entourage, les institutions nationales et la soci\u00e9t\u00e9 civile) \u00e9voluait dans un monde parall\u00e8le, se laissant souvent surprendre par la duret\u00e9 du r\u00e9el. D\u2019o\u00f9 vient ce d\u00e9calage, cette difficult\u00e9 \u00e0 gouverner ? Il y a plusieurs raisons \u00e0 cela, mais l\u2019une d\u2019entre elles, et non la moindre, tient au foss\u00e9 qui existe entre le ouvernement et le Peuple. La D\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 largement capt\u00e9e par les experts et les communicants, qui n\u2019ont pour mission que de faire accepter par les citoyens des d\u00e9cisions auxquelles ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s. La progression des partis populistes est la cons\u00e9quence directe de cette d\u00e9possession du politique, de son recul et de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la classe politique. Les lois et les institutions exercent peu d&rsquo;action sur la nature impulsive des foules. Elles sont incapables d&rsquo;avoir des opinions quelconques en dehors de celles qui leur sont sugg\u00e9r\u00e9es. Seules les impressions, que l&rsquo;on fait na\u00eetre dans leur \u00e2me, peuvent les s\u00e9duire. C\u2019est le discours que l\u2019on nous sert, pour justifier cet \u00e9cart.<\/p>\n<h2>Que vaut la D\u00e9mocratie comme mod\u00e8le d\u2019organisation politique?<\/h2>\n<p>Depuis 2011, on ne cesse de clamer, avec une satisfaction incantatoire, que notre pays est d\u00e9sormais une d\u00e9mocratie. Et on \u00e9voque l\u2019existence de telle ou telle institution, par exemple un parlement \u00e9lu au suffrage universel, ou une presse dont la libert\u00e9 est garantie par une Constitution. Par ces mots l\u2019Etat ou ses repr\u00e9sentants se d\u00e9cernent, \u00e0 eux-m\u00eames, un brevet de haute civilisation politique, un brevet non seulement de sup\u00e9riorit\u00e9, mais aussi d&rsquo;ach\u00e8vement, de perfection en mati\u00e8re d&rsquo;institutions. C&rsquo;est en fonction de cette certitude proclam\u00e9e, d&rsquo;\u00eatre les meilleurs, que les gouvernements de ce pays, avec l&rsquo;appui et la complicit\u00e9 de son peuple (par action ou par omission), prononcent magistralement l\u2019anath\u00e8me de tel autre gouvernement. Cette pr\u00e9tention serait simplement risible, si elle ne signifiait mort, destruction et mis\u00e8re. Que vaut la D\u00e9mocratie comme mod\u00e8le d\u2019organisation politique ? Par ailleurs, la D\u00e9mocratie peut-elle \u00eatre impos\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tranger?<\/p>\n<p>La vie politique internationale du XXIe si\u00e8cle, comme celle du pr\u00e9c\u00e9dent, rend manifeste l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la nature r\u00e9elle de la D\u00e9mocratie et son aboutissement dans une d\u00e9finition, qui permette d&rsquo;y voir clair sur sa p\u00e9rennit\u00e9. Mais la t\u00e2che est d\u00e9licate car, manifestement, grande est la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision en quoi consiste l&rsquo;exercice du pouvoir par le Peuple. Si l&rsquo;on con\u00e7oit ais\u00e9ment de quelle mani\u00e8re le pouvoir peut \u00eatre exerc\u00e9 par un seul, si l&rsquo;on con\u00e7oit encore mieux de quelle mani\u00e8re il peut \u00eatre exerc\u00e9 par un petit nombre, les modalit\u00e9s selon lesquelles le Peuple tout entier va pouvoir l&rsquo;exercer, sont obscures. C&rsquo;est pour \u00e9chapper \u00e0 ce probl\u00e8me qu&rsquo;on peut \u00eatre tent\u00e9 de d\u00e9finir la D\u00e9mocratie, non comme l&rsquo;exercice du pouvoir par tous, mais comme son exercice au b\u00e9n\u00e9fice de tous. Comme s&rsquo;il \u00e9tait bien entendu, que l&rsquo;exercice du pouvoir en faveur du Peuple, et non de telle minorit\u00e9, ne pouvait \u00eatre le fait que du Peuple lui-m\u00eame. Cependant le pouvoir est par nature au service d&rsquo;une minorit\u00e9, d\u00e8s lors que les droits des Hommes et leurs charges sont in\u00e9gaux, en fonction de leur all\u00e9geance. Tout au long de son histoire politique, le Peuple Tunisien a v\u00e9cu dans un syst\u00e8me autocratique. En Tunisie, l&rsquo;ancien r\u00e9gime a d\u00e9riv\u00e9, au cours des ann\u00e9es, vers une soci\u00e9t\u00e9 caricaturale, dans laquelle les droits \u00e9taient pour les uns et les charges pour les autres. C&rsquo;est bien entendu la raison pour laquelle la R\u00e9publique, issue de la \u2018\u2019R\u00e9volution\u2019\u2019, a fait de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 l&rsquo;un de ses premiers mots d&rsquo;ordre. Mais sa r\u00e9alit\u00e9 en dehors des textes qui la consacrent est empreinte de doute. Il est vrai que la question de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, m\u00e9riterait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e longuement, car l\u2019\u00e9galitarisme qui en d\u00e9rive, exprime de mani\u00e8re transparente l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 quelque chose d&rsquo;\u00e9minemment critiquable. Mais le d\u00e9bat sur ce point peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 l\u2019on \u00e9voque \u00e0 la fois celle des droits et celle des charges. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits n&rsquo;a pas de sens sans celle des charges. A supposer donc que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 soit requise par la D\u00e9mocratie, elle n&rsquo;est pas suffisante pour la caract\u00e9riser. Il n&rsquo;y a de D\u00e9mocratie que dans et pour une croissance et un respect des Droits. Elle est aussi incompatible avec la r\u00e9gression \u00e9conomique et sociale, que subissent les pays soumis \u00e0 une domination h\u00e9g\u00e9moniste, d\u2019ordre politique, \u00e9conomique ou financier, parce que la corruption, par voie de cons\u00e9quence, y est telle qu&rsquo;elle substitue au moindre droit, un privil\u00e8ge. On peut aussi \u00eatre tent\u00e9 de d\u00e9finir la D\u00e9mocratie par l&rsquo;absence de loi, c&rsquo;est-\u00e0-dire par l&rsquo;absence de contraintes pesant sur l&rsquo;activit\u00e9 de chacun. Il n&rsquo;y a alors pas de gouvernement, pas d&rsquo;Etat, ni m\u00eame de soci\u00e9t\u00e9. Aucun pouvoir n&rsquo;existe pour dicter aux Hommes ce qu&rsquo;ils ne d\u00e9sirent pas. (Voir Jean-Jacques Rousseau, \u2018\u2019examen de la d\u00e9mocratie\u2019\u2019 ; in \u2018\u2019du Contrat social\u2019\u2019, III, 4). Mais l\u2019exp\u00e9rience des si\u00e8cles a montr\u00e9 que les hommes sont incapables de vivre sans lois, donc sans un pouvoir gouvernemental qui les contraigne \u00e0 les appliquer. La d\u00e9finition de la D\u00e9mocratie doit donc s&rsquo;accommoder de cette n\u00e9cessit\u00e9. Qu\u2019en est-il de l\u2019\u00e9lection comme mode de conqu\u00eate du pouvoir ? Universel ou pas, le droit de suffrage est encore loin de constituer le summum de la D\u00e9mocratie. Exprimer un choix entre des r\u00e9ponses, entre des programmes, entre des personnes, ne constitue pas encore un r\u00f4le politique actif, car m\u00eame dans le meilleur des cas, celui o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lecteur n&rsquo;est pas invit\u00e9 simplement \u00e0 prendre un nom au lieu d&rsquo;un autre, m\u00eame s&rsquo;il est invit\u00e9 \u00e0 trancher entre deux orientations politiques, il n&rsquo;y est encore qu&rsquo;invit\u00e9 par le pouvoir en place, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne se prononce que quand et si on le lui demande ; et que par cons\u00e9quent, il n&rsquo;a rien \u00e0 dire, tant qu&rsquo;on ne le lui demande pas. Se rendre docilement aux urnes tous les cinq ans, et puisqu\u2019 alternent les \u00e9lections des repr\u00e9sentants \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, est-ce en cela que consiste la citoyennet\u00e9 ? Tout un battage est aussi fait sur l&rsquo;abstention, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas, lors des derni\u00e8res \u00e9lections. Il faut dire \u00e0 raison, qu&rsquo;il est malsain de d\u00e9laisser l&rsquo;usage d&rsquo;un droit qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 acquis qu&rsquo;au prix de durs combats politiques men\u00e9s par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Il est vrai qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de D\u00e9mocratie, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de consultation. Mais la D\u00e9mocratie ne s&rsquo;ach\u00e8ve pas avec la consultation. L&rsquo;origine \u00e9lective du pouvoir, son origine populaire m\u00eame, ne suffit pas \u00e0 le rendre d\u00e9mocratique. Si la D\u00e9mocratie n&rsquo;est pas dans l&rsquo;origine populaire du pouvoir, elle devrait alors l\u2019\u00eatre dans son contr\u00f4le. La D\u00e9mocratie serait, ainsi, l&rsquo;exercice du contr\u00f4le des gouvern\u00e9s sur les gouvernants, tous les jours. Mais pas plus que \u00e7a n&rsquo;en est l&rsquo;origine, \u00e7a n&rsquo;en est l&rsquo;exercice. En ce sens-l\u00e0 il n&rsquo;y a pas et il ne peut pas y avoir de D\u00e9mocratie, car il n&rsquo;est possible au Peuple en corps, ni de faire appliquer la loi, ni de l&rsquo;\u00e9dicter et encore moins de contr\u00f4ler son application. Ce qui existe ce sont seulement diff\u00e9rents \u00e9quilibres entre pouvoir d&rsquo;un seul, pouvoir d&rsquo;un petit nombre et pouvoir du Peuple. Les institutions r\u00e9elles sont toujours plus ou moins monarchiques, en m\u00eame temps qu&rsquo;oligarchiques, autocratiques et d\u00e9mocratiques, avec des \u00e9quilibres plus ou moins favorables au Peuple. Ce qu&rsquo;on couvre du nom de D\u00e9mocratie, tout en conservant une part de monarchie et une part d&rsquo;oligarchie, r\u00e9alise l&rsquo;\u00e9quilibre le plus possible, favorable au Peuple. M\u00eame si les domaines d&rsquo;intervention sont partag\u00e9s entre diff\u00e9rents responsables, les d\u00e9cisions qu\u2019ils prennent, doivent \u00eatre harmonis\u00e9es entre elles pour faire une politique.<\/p>\n<p>On nous a toujours dit que la D\u00e9mocratie \u00e9tait le gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple. Mis \u00e0 part le c\u00f4t\u00e9 esth\u00e9tique de la formule, il est une question majeure qui n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 \u00e9claircie depuis l\u2019\u00e9poque ath\u00e9nienne de sa naissance. De quel Peuple parle-t-on ? On se pose assez rarement la question de savoir, qui est le Peuple ? On peut le chercher dans la rue, dans les assembl\u00e9es, mais on ne le trouve jamais. Devant cet \u00e9chec \u00e0 le trouver, on cherche ses \u00ab ennemis \u00bb, les \u00e9lites, les technocrates, les gouvernants, d\u2019autres peuples, la guerre, \u2026 Et l\u2019on finit par se convaincre que l\u2019on est soi-m\u00eame le Peuple. Mais en fait, le Peuple est moins une entit\u00e9 physique, qu\u2019une m\u00e9thode et une d\u00e9marche qui l\u2019accompagne. Le Peuple de la D\u00e9mocratie n\u2019est qu\u2019une collectivit\u00e9 quelconque, qui s\u2019accorde sur une mani\u00e8re de s\u2019autogouverner ; une m\u00e9thode en quatre phases, des \u00e9lections, de la d\u00e9lib\u00e9ration, des d\u00e9cisions et de la redevabilit\u00e9 (rendre des comptes), sans opposition entre le Peuple et les \u00e9lus. Si nous assistons \u00e0 un moment de crise d\u00e9mocratique, c\u2019est que, au moins l\u2019un des piliers est en train de vaciller. Il semble que les dimensions du peuple soient toutes fragiles aujourd\u2019hui. En v\u00e9rit\u00e9, nous souffrons aujourd\u2019hui d\u2019avoir oubli\u00e9 que dans le mot D\u00e9mocratie, il n\u2019y a pas seulement \u2018\u2019demos\u2019\u2019, la masse, mais il y a aussi \u2018\u2019kratos\u2019\u2019, c\u2019est-\u00e0-dire le pouvoir. Or, en Tunisie, comme dans bien des pays, on adore le pouvoir, mais on le d\u00e9teste aussi, alors qu\u2019on en a besoin pour \u00eatre un Peuple et un Etat. La principale faiblesse d\u00e9mocratique tient \u00e0 l\u2019impuissance publique, autant qu\u2019\u00e0 la crise de la repr\u00e9sentation. Des repr\u00e9sentants impuissants devant des situations graves et qui prennent de mauvaises d\u00e9cisions, des \u00e9lections fauss\u00e9es par une ignorance des vraies r\u00e8gles du jeu, et le libre cours laiss\u00e9 \u00e0 des ambitions sauvages. Un r\u00e9f\u00e9rentiel constitutionnel qui n\u2019en est plus un. Une redevabilit\u00e9 qui se perd dans les m\u00e9andres de la corruption. Et la d\u00e9lib\u00e9ration, qui n\u2019est qu\u2019un dialogue de sourds entre factions rivales, avec des alliances qui se font et se d\u00e9font \u2018\u2019au petit bonheur la chance\u2019\u2019. En effet, il est extr\u00eamement difficile de gouverner, du fait de la mondialisation, de la m\u00e9diatisation, du d\u00e9veloppement technologique ou encore de la technicit\u00e9 de tous les dossiers. La clef de l\u2019avenir ne tient plus seulement dans le fait d\u2019avoir de meilleurs gouvernants, mais aussi dans l\u2019art d\u2019\u00eatre bien gouvern\u00e9. Le citoyen ne prend pas suffisamment conscience de ces difficult\u00e9s et est parfois un peu adolescent, infantile et\/ou immature.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux sociaux a une lourde responsabilit\u00e9 dans cette difficult\u00e9 de gouverner et d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9. Sans doute un des points les plus spectaculaires de notre temps, les r\u00e9seaux sociaux, et l\u2019Internet en g\u00e9n\u00e9ral, sont, pour une part, une formidable invention, qui produit et distribue un surcro\u00eet de connaissances. Mais ils viennent aussi fragiliser l\u2019espace public. Pour la premi\u00e8re fois, des textes sans auteur circulent, pour lesquels personne n\u2019est responsable. L\u2019espace public appara\u00eet ainsi comme \u2018\u2019ensauvag\u00e9\u2019\u2019. Ce qui complique consid\u00e9rablement l\u2019exercice de la D\u00e9mocratie car l\u2019espace public en est la nouvelle Agora. Un espace public fragilis\u00e9 parfois par la rumeur, de fausses informations, des manipulations et autres manoeuvres fallacieuses et des gesticulations qui constituent de graves dangers pour la D\u00e9mocratie. L\u2019Internet pourrait permettre de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la D\u00e9mocratie, si des instruments d\u2019autor\u00e9gulation ou de r\u00e9gulation se mettaient en oeuvre, pour tenter d\u2019apprivoiser l\u2019espace public et qu\u2019il en redevienne un fondement solide. Le pouvoir r\u00e9side l\u00e0 o\u00f9 les Hommes s\u2019imaginent qu\u2019il doit r\u00e9sider. C\u2019est un leurre, une ombre sur un mur. Quand on voit le d\u00e9sir conduire nos contemporains et ce qu\u2019il a fait \u00e0 ce pays, je suis content de ne pas y participer. Le ma\u00eetre mot est l\u2019Information. Il faut apprendre les forces et les strat\u00e9gies des adversaires. La Tunisie est un pays grandiose et s\u00e9culaire qui suffoque de violence, de corruption et de tromperie. Qui pourrait donc avoir quelque exp\u00e9rience dans l\u2019administration d\u2019un monstre aussi colossal et maladroit, surtout lorsque c\u2019est la peur qui conduit les cit\u00e9s dans des impasses.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Monji\u00a0 Ben Raies<\/strong><br \/><em>Universitaire, Juriste,<br \/>Enseignant et chercheur en droit public et sciences politiques,<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar,<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences politiques de Tunis.<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27140-democratie-et-si-la-societe-avait-des-reponses-a-proposer-pour-resoudre-la-crise-dont-elle-est-l-objet\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous n&rsquo;avons pas \u00e0 marcher, seuls, dans la rue solitaire des r\u00eaves. En d\u00e9pit de l\u2019adversit\u00e9 nous sommes toujours l\u00e0 et pr\u00eats \u00e0 avancer avec notre guide. 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