{"id":35728,"date":"2019-05-21T06:00:00","date_gmt":"2019-05-21T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/quand-la-fiction-desublime-la-realite\/"},"modified":"2019-05-21T06:00:00","modified_gmt":"2019-05-21T10:00:00","slug":"quand-la-fiction-desublime-la-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/quand-la-fiction-desublime-la-realite\/","title":{"rendered":"Quand la fiction d\u00e9sublime la r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Le Varda Film Club poursuit son programme ramadhanesque hebdomadaire. Jeudi dernier, le long m\u00e9trage franco-kurde Les filles du soleil (2018), d\u2019Eva Husson, a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 la salle Cosmos de l\u2019Office Riad El Feth.\u00a0<br \/>Comment rendre la beaut\u00e9, la grandeur et la force politique des bataillons des combattantes kurdes dans le cadre d\u2019une fiction de cin\u00e9ma ? Eva Husson a relev\u00e9 le d\u00e9fi et\u00a0 choisi pour sa fiction les histoires crois\u00e9es de Bahar (Golshifteh Farahani), commandante du bataillon \u00abLes filles du soleil\u00bb (anciennes captives et esclaves sexuelles de Daesh), et de Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter de guerre fran\u00e7aise, \u00e9borgn\u00e9e par un tir de mortier, veuve et blas\u00e9e. Cette derni\u00e8re est venue couvrir l\u2019offensive des combattantes kurdes pour la reprise de la ville de Bahar ; c\u2019est une ancienne avocate, dont le mari fut ex\u00e9cut\u00e9 et le fils kidnapp\u00e9 et enr\u00f4l\u00e9 de force par les islamistes arm\u00e9s.\u00a0 \u00a0 \u00a0 Le film affiche sa couleur d\u00e8s le d\u00e9but : raconter la guerre en Syrie \u00e0 travers des regards exclusivement f\u00e9minins et rendre hommage \u00e0 ces femmes qui ne craignent ni la mort ni le viol et vont, en premi\u00e8res lignes du front, en chantant et en scandant leur sacrosainte devise : \u00ab La femme, la vie, la libert\u00e9.\u00bb\u00a0<br \/>Apr\u00e8s avoir perdu un \u0153il et un mari journaliste tu\u00e9 lors d\u2019un reportage, Mathilde sillonne les zones de conflit pour fuir son vide int\u00e9rieur. Sa rencontre avec Bahar, authentique fille du soleil ayant pris les armes apr\u00e8s des mois de tortures et de viols chez Daesh et esp\u00e9rant retrouver son fils kidnapp\u00e9. Eva Husson semble avoir toutes les bonnes intentions du monde et porter un discours f\u00e9ministe saillant sauf que, pour \u00e9toffer sa fiction, la r\u00e9alisatrice tombe dans l\u2019antith\u00e8se de sa d\u00e9marche. Certes, elle opte pour le choix judicieux d\u2019\u00e9viter les codes classiques du film de guerre, mais elle leur substitue un dispositif narratif et sc\u00e9nique dont les longueurs et les langueurs desservent s\u00e9rieusement le sujet et, pis encore, le d\u00e9politisent. En effet, les personnages qui peuplent le film peinent \u00e0 incarner v\u00e9ritablement les guerri\u00e8res kurdes et apparaissent, \u00e0 force de st\u00e9r\u00e9otypes et manque de relief psychologique, comme une simple caricature d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus complexe.\u00a0<br \/>Cette complexit\u00e9 semble avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Husson qui abuse d\u2019artefacts et de m\u00e9lodrame comme \u00e9l\u00e9ments constitutifs de la psychologie strictement f\u00e9minine de ses h\u00e9ro\u00efnes. Ainsi, loin de toute conviction politique, ces femmes combattent par vengeance ou pour un int\u00e9r\u00eat personnel. Bahar, pourtant brillamment interpr\u00e9t\u00e9e par Golshifteh Farahani, est r\u00e9duite \u00e0 une simple maman cherchant son fils dans une ville contr\u00f4l\u00e9e par Daesh ; quant \u00e0 Mathilde, elle oublie son veuvage sur les lignes de front, etc.\u00a0<br \/>Sur le plan formel, les flashbacks qui occupent une bonne partie du film finissent par simplifier le personnage de Bahar jusqu\u2019\u00e0 le rendre risible. Les moments de bonheur et d\u2019amour avec son d\u00e9funt mari et son fils, la joie, la communion des r\u00e9unions familiales, puis la captivit\u00e9, la sauvagerie et l\u2019esclavage sexuel\u2026 Bahar, sch\u00e9matis\u00e9e \u00e0 l\u2019exc\u00e8s comme ses camarades de lutte, n\u2019est donc qu\u2019une simple femme qui ne demandait qu\u2019\u00e0 vivre normalement avant d\u2019\u00eatre jet\u00e9e dans les bras de l\u2019horreur et de choisir les armes comme seule issue \u00e0 son malheur. Ce profil r\u00e9duit consid\u00e9rablement la port\u00e9e \u00e9thique et politique du film.\u00a0<br \/>Le prochain rendez-vous du Varda Film Club est pr\u00e9vu pour ce jeudi, \u00e0 22h, \u00e0 la salle Cosmos.<br \/>\u00a0A l\u2019affiche, Imitation game de Morten Tyldum, un bio-pic sur le math\u00e9maticien et cryptologue anglais Alan Turing, charg\u00e9 par le gouvernement britannique de percer le secret de la c\u00e9l\u00e8bre machine de cryptage allemande Enigma.\u00a0<br \/>Sarah H.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/culture\/quand-la-fiction-desublime-la-realite-24181\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Varda Film Club poursuit son programme ramadhanesque hebdomadaire. 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