{"id":37966,"date":"2019-05-31T08:06:59","date_gmt":"2019-05-31T12:06:59","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/hicham-el-moussaoui-aucun-repreneur-rationnel-naccepterait-de-racheter-la-samir\/"},"modified":"2019-05-31T08:06:59","modified_gmt":"2019-05-31T12:06:59","slug":"hicham-el-moussaoui-aucun-repreneur-rationnel-naccepterait-de-racheter-la-samir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/hicham-el-moussaoui-aucun-repreneur-rationnel-naccepterait-de-racheter-la-samir\/","title":{"rendered":"Hicham El Moussaoui : \u00ab Aucun repreneur rationnel n\u2019accepterait de racheter la Samir \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>La saga malheureuse de <strong>la Samir<\/strong> devrait conna\u00eetre son \u00e9pilogue le 21 juillet prochain, \u00e0 moins que le Tribunal prolonge encore le d\u00e9lai de continuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 pour la 13\u00e8me fois depuis le 21 mars 2016. Et d\u2019ici l\u00e0, l\u2019unique raffineur du Royaume, qui a \u00e9t\u00e9 mis en liquidation d\u00e9finitive, devra avoir trouv\u00e9 un repreneur, faute de quoi ses diff\u00e9rents actifs seront vendus s\u00e9par\u00e9ment. Hicham El Moussaoui, professeur HDR \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sultan Moulay Slimane, fait le point sur ce dossier br\u00fblant qui constitue la plus grande faillite de l\u2019histoire \u00e9conomique du Maroc.<\/p>\n<div class=\"c10\"\/>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Challenge\u00a0: Le 18 juillet prochain, la SAMIR devra avoir trouv\u00e9 un repreneur, faute de quoi elle sera vendue \u00e0 la d\u00e9coupe. Pensez-vous vraiment que quelqu\u2019un voudra la racheter\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Hicham El Moussaoui<\/strong>\u00a0:<\/span> Depuis le lancement de sa liquidation en mars 2016, tout le monde caressait l\u2019id\u00e9e que La Samir soit rachet\u00e9e par un repreneur priv\u00e9 ou du moins un tour de table compos\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019acteurs publics et priv\u00e9s marocains et \u00e9trangers. Malheureusement, et \u00e0 moins d\u2019un coup de th\u00e9\u00e2tre, force est de constater que la tendance est \u00e0 la vente \u00e0 la d\u00e9coupe. Ainsi, et malgr\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de plusieurs investisseurs \u00e9trangers, de mon point de vue, il me semble peu vraisemblable que La Samir puisse \u00eatre rachet\u00e9e par un repreneur pour les raisons suivantes\u00a0: D\u2019abord, parce qu\u2019aucun repreneur rationnel n\u2019accepterait de racheter une soci\u00e9t\u00e9 dont la valeur totale des actifs (21,6 MM DH) correspond \u00e0 peine \u00e0 la moiti\u00e9 de ses dettes (43 MM DH). Ensuite, la proc\u00e9dure de liquidation en vigueur n\u2019est pas propice car elle accule les repreneurs potentiels \u00e0 formuler une offre incluant l\u2019ensemble des actifs de La Samir, y compris celles qui ne rel\u00e8vent pas de leur m\u00e9tier, sans oublier les exigences \u00e9lev\u00e9es de la reprise concernant le montant des garanties (le d\u00e9p\u00f4t d\u2019une caution de 10% du montant global du potentiel de rachat de la Samir), la continuit\u00e9 d\u2019exploitation, le maintien des employ\u00e9s. Enfin, le manque de visibilit\u00e9 en raison de l\u2019absence de vision strat\u00e9gique de la part du gouvernement concernant ce secteur d\u2019activit\u00e9, et surtout les d\u00e9clarations de certains officiels comme le ministre de l\u2019Energie et des Mines ne sont pas l\u00e0 pour encourager et rassurer les repreneurs potentiels. Le juge-commissaire r\u00e9clame des garanties aux candidats, ces derniers exigent des garanties au gouvernement qui fait la sourde oreille.<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons, il n\u2019y a eu aucune vente, ni les actifs ni la raffinerie en tant que telle ni les participations de la Samir. La mani\u00e8re dont la liquidation est men\u00e9e y est \u00e9galement pour quelque chose. Juste pour rappel, le premier syndic a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 remplac\u00e9 par un nouveau qui, \u00e0 son tour, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 averti deux fois par le juge-commissaire, ce qui prouve l\u2019inefficacit\u00e9 du processus.<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Est-ce \u00e0 dire que le seul sc\u00e9nario plausible est la vente \u00e0 la d\u00e9coupe\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>M\u00eame la vente \u00e0 la d\u00e9coupe conna\u00eet des r\u00e9ticences, notamment de la part des cr\u00e9anciers comme La Banque populaire, les salari\u00e9s, la Douane, BB Energy, etc. Mais disons que c\u2019est l\u2019option la plus plausible, et la d\u00e9cision finale reviendra au juge-commissaire Abderrafii Bouhamria. Ceci dit, entre la vente \u00e0 la d\u00e9coupe et la cession \u00e0 un tiers (soit priv\u00e9 soit une soci\u00e9t\u00e9 mixte), il existe deux autres sc\u00e9narios possibles\u00a0: soit la transformation de la dette en participation au capital, soit carr\u00e9ment la renationalisation. Dans ce premier sc\u00e9nario, il est possible que la Douane n\u00e9gocie avec les autres cr\u00e9anciers pour convenir d\u2019un accord de transformation des cr\u00e9ances en participation au capital, quitte apr\u00e8s \u00e0 se retirer en r\u00e9alisant une plus-value. Cela d\u00e9bouchera sur la cr\u00e9ation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 mixte regroupant tous les actionnaires. Dans le second sc\u00e9nario, l\u2019Etat r\u00e9cup\u00e8re tous les actifs de La Samir pour une r\u00e9appropriation nationale de l\u2019activit\u00e9 du raffinage. Toutefois, ces deux sc\u00e9narios ont du plomb dans l\u2019aile. Le premier car la douane cherche prioritairement \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer sa dette de 13 milliards de DH, et donc elle n\u2019est pas int\u00e9ress\u00e9e par la conversion de sa cr\u00e9ance en part de capital. La renationalisation est une option qui a peu de chance d\u2019\u00eatre suivie car, d\u2019une part, cela renierait l\u2019orientation id\u00e9ologique de l\u2019\u00e9conomie marocaine (reprise des privatisations), et d\u2019autre part, une telle op\u00e9ration est en contradiction avec l\u2019assainissement des finances publiques et la stabilisation des \u00e9quilibres macro\u00e9conomiques, notamment la r\u00e9duction de la dette publique d\u00e9j\u00e0 dans le rouge. Sans parler du fait que la renationalisation viendrait \u00e0 faire payer les pots cass\u00e9s aux contribuables marocains. On en revient au m\u00eame point\u00a0: jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et sauf \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb de derni\u00e8re minute, il ne semble pas que le gouvernement actuel soit dans la posture de vouloir sauver La Samir. D\u2019o\u00f9 la question l\u00e9gitime : le gouvernement est-il impuissant face aux lobbies p\u00e9troliers, ce qui explique son inertie dans ce dossier\u00a0?<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Quels sont les actifs de la SAMIR qui ont aujourd\u2019hui\u00a0une r\u00e9elle valeur\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le groupe la Samir contient 10 filiales. Dans le m\u00e9tier du raffinage, on compte les raffineries de Mohammedia et Sidi Kacem d\u00e9tenues toutes les deux \u00e0 hauteur de 100%. Dans le m\u00e9tier de la distribution, le groupe compte trois filiales (SDCC, COMADI et Africbitumes).\u00a0Dans le secteur de la logistique, la Samir d\u00e9tient \u00e0 100%, TSPP et \u00e0 hauteur de 60% l\u2019entreprise JPS. Dans le secteur du gaz, le groupe compte deux acteurs de poids du secteur : Salam Gaz (50%) et SOMAS (38%). Enfin, la Samir dispose d\u2019un centre de formation, l\u2019ACAFE d\u00e9tenu \u00e0 100% par le groupe.<\/p>\n<p>Selon l\u2019expertise diligent\u00e9e par le tribunal, le patrimoine de la Samir est estim\u00e9 \u00e0 21,6 MMDH. Les unit\u00e9s de production de Mohammedia et de Sidi Kacem repr\u00e9sentent 15 MMDH. Les biens install\u00e9s dans l\u2019aile de raffinage, (restaurant, caf\u00e9, centre m\u00e9dical et service informatique) valent 7,7 millions de dirhams. Les titres fonciers d\u00e9tenus un peu partout au Maroc s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 plus de 4,8 milliards DH. A cela s\u2019ajoutent, les moyens de transport des deux sites (Mohammedia et Sidi Kacem) estim\u00e9s \u00e0 1,9 million de dirhams. Par ailleurs, le stock de la Samir vaut 800 millions de dirhams.\u00a0Les centres d\u2019estivage sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 22,3 millions de dirhams. Pour les immobilisations incorporelles, le fonds commercial de la Samir est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 45 millions de dirhams.\u00a0 Les actions qu\u2019elle d\u00e9tient dans le capital d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s sont estim\u00e9es \u00e0 827 MDH (SDCC \u00e0 150 MDH, ACAFE \u00e0 3,5 MDH, TSPP \u00e0 60 MDH, ADM \u00e0 12 MDH, Somas \u00e0 220 MDH, Salam Gaz \u00e0 327 MDH, JPS \u00e0 12 MDH, Soci\u00e9t\u00e9 h\u00f4teli\u00e8re d\u2019Ifrane \u00e0 17 MDH, AFRICBITUMES \u00e0 26 MDH). Ces estimations sont bien \u00e9videmment susceptibles de changer avec le temps en fonction des conditions du march\u00e9, ce qui signifie que tout le retard pris dans la proc\u00e9dure de liquidation ne peut que nuire aux int\u00e9r\u00eats des cr\u00e9anciers qui pourraient voir la valeur des actifs de d\u00e9pr\u00e9cier.<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Selon plusieurs observateurs, voire des membres du gouvernement, il est hors de questions que l\u2019Etat renationalise la SAMIR. Dans ce cas, une entreprise priv\u00e9e marocaine peut-elle racheter, lors de la d\u00e9coupe, la centrale de raffinage qui est tr\u00e8s v\u00e9tuste\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Effectivement, une renationalisation de La Samir est peu probable si le gouvernement veut conserver son \u00e9quilibre budg\u00e9taire. Si l\u2019on se met dans la configuration de la vente \u00e0 la d\u00e9coupe, il est clair que la centrale de raffinage suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat des investisseurs car malgr\u00e9 l\u2019arr\u00eat de production, elle avait fait l\u2019objet d\u2019entretien et de maintenance pour \u00e9viter sa d\u00e9gradation. La raffinerie pr\u00e9sente donc un \u00e9tat correct. Dans la perspective de la vente de la raffinerie aux ench\u00e8res, le repreneur tout d\u00e9sign\u00e9 pourrait \u00eatre le Groupe Akwa, de la famille d\u2019Aziz Akhanouch, ministre de l\u2019Agriculture. Il peut aussi racheter la part d\u00e9tenue par la raffinerie (50%) dans le capital de Salam Gaz, que le distributeur marocain contr\u00f4le d\u00e9j\u00e0 \u00e0 hauteur de 20%. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour lui, en reprenant cette activit\u00e9, est que \u00e7a lui permettrait de gagner la marge de raffinage en plus de celle de l\u2019interm\u00e9diation, sans oublier les \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration des infrastructures de stockage et la reprise du r\u00e9seau de distribution. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour Akhanouch sera \u00e9galement de redorer son blason sur le front social, apr\u00e8s la campagne de boycott, en se pr\u00e9sentant comme le sauveur.<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>D\u2019apr\u00e8s certaines sources, de nombreux actifs comme le port, les infrastructures de stockage ou encore les gazoducs, sont tr\u00e8s convoit\u00e9s par des traders et des p\u00e9troliers. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ind\u00e9niablement, la raffinerie\u00a0 reste l\u2019actif le plus convoit\u00e9. Elle int\u00e9resse plusieurs compagnies d\u2019envergure comme les traders BB Energy et Glencore. Le p\u00e9trolier espagnol Cepsa et le marocain Afriquia convoitent de leur c\u00f4t\u00e9 les installations de stockage. L\u2019int\u00e9r\u00eat des traders et des p\u00e9troliers existe, et si l\u2019on s\u2019inscrit dans la vente \u00e0 la d\u00e9coupe, il y aura plus de chance que les transactions aboutissent. Chaque repreneur devra d\u00e9terminer le p\u00e9rim\u00e8tre de son offre. La d\u00e9cision sera prise au cas par cas, en comparant toutes les offres. Ceci dit, pour faciliter les transactions, il faudrait d\u00e9sint\u00e9resser les cr\u00e9anciers privil\u00e9gi\u00e9s. Par exemple, dans le cas du terrain sur lequel est implant\u00e9e la raffinerie, il est hypoth\u00e9qu\u00e9 au profit de la Banque Populaire, comme garantie d\u2019un cr\u00e9dit. Il faut que le syndic arrive \u00e0 d\u00e9sint\u00e9resser la banque cr\u00e9anci\u00e8re. Pour en tirer le maximum de chaque actif d\u2019un patrimoine \u00e9tendu et diversifi\u00e9, il faudrait de la transparence et faire jouer la concurrence via des appels d\u2019offre. Bref, je pense que dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 cet int\u00e9r\u00eat se confirmerait, il pourrait d\u00e9boucher sur un sc\u00e9nario qui sera int\u00e9ressant \u00e0 creuser, celui consistant \u00e0 mettre tous les distributeurs en pool pour ma\u00eetriser l\u2019ensemble du march\u00e9 local, tout en raffinant une partie des besoins du pays sur place.<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Quelles sont les cons\u00e9quences de la liquidation des actifs de la SAMIR sur l\u2019\u00e9conomie nationale\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La liquidation impactera aussi bien l\u2019\u00e9conomie locale que nationale. Sur le plan local, rappelons que l\u2019\u00e9conomie de Mohammedia d\u00e9pend de 20 \u00e0 25% de La Samir. Ainsi, la r\u00e9gion de Mohammedia souffrira fortement si l\u2019arr\u00eat de la raffinerie s\u2019av\u00e8re d\u00e9finitif. La fermeture de ce poumon \u00e9conomique va mettre au ch\u00f4mage 1.000 de ses salari\u00e9s et 5.000 chez les sous-traitants permanents. Sachant qu\u2019en moyenne, un employ\u00e9 devrait faire vivre 3 ou 4 personnes, l\u2019impact social sera cons\u00e9quent. Pour l\u2019instant, l\u2019effet est amorti, car les salari\u00e9s continuent toujours \u00e0 recevoir leurs salaires, les 200 entreprises qui travaillaient avec la Samir ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 licencier. Plusieurs de ces entreprises suffoquent financi\u00e8rement \u00e0 cause de la fermeture de la Samir en raison des non recouvertes, ce qui risque de les pousser \u00e0 mettre la cl\u00e9 sous le paillasson. De m\u00eame, en raison de l\u2019arr\u00eat de la production, depuis 2015, l\u2019activit\u00e9 du port de la ville a baiss\u00e9 de pr\u00e8s de 70%. Par ailleurs, la plus grande majorit\u00e9 des employ\u00e9s sont propri\u00e9taires de leurs logements dans la ville, si jamais l\u2019entreprise ferme on assistera \u00e0 un grand mouvement de vente puisque la plupart de ces gens ne sont pas originaires de la ville\u00bb. Les risques d\u2019une crise immobili\u00e8re sont tr\u00e8s significatifs.<\/p>\n<p>Sur le plan national, les banquiers, d\u00e9tenant \u00e0 eux seuls de 8 \u00e0 10 MMDH, ne pourront pas r\u00e9cup\u00e9rer toutes leurs cr\u00e9ances; il vont \u00eatre impact\u00e9s n\u00e9gativement, pas au point de s\u2019\u00e9crouler quand m\u00eame, mais leur liquidit\u00e9 en subira un coup. En sus, un savoir-faire sera \u00e9galement perdu, celui du m\u00e9tier du raffinage et tous les m\u00e9tiers connexes, que le Maroc a mis du temps \u00e0 d\u00e9velopper. Enfin, il y aura le risque d\u2019apprivoisement strat\u00e9gique. Ainsi, tant que les conditions sont favorables (routes\u00a0 et ports op\u00e9rationnels, climat de paix et de s\u00e9curit\u00e9), le probl\u00e8me ne se pose pas, la marchandise arrive \u00e0 bon port. N\u00e9anmoins, en cas de crise g\u00e9opolitique, perturbation des transports, le risque de rupture se fera sentir. Dans le r\u00e9cent rapport de l\u2019AIA, l\u2019agence a point\u00e9 du doigt les r\u00e9percussions de la fermeture de La Samir sur la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019approvisionnement en p\u00e9trole, car cela exposera le Maroc aux al\u00e9as de la cha\u00eene d\u2019approvisionnement mondiale. La non exploitation des installations de stockage et le non respect des distributeurs des obligations d stocks strat\u00e9giques de s\u00e9curit\u00e9, rend le Maroc vuln\u00e9rable face aux risques de d\u00e9pr\u00e9ciation des niveaux du stock, qui restent inf\u00e9rieurs aux seuils autoris\u00e9s, et \u00e9galement face \u00e0 sa d\u00e9pendance du march\u00e9 international (plus de 90% de nos besoins en produits p\u00e9troliers sont import\u00e9s).<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Quels sont les cr\u00e9anciers qui peuvent esp\u00e9rer \u00eatre rembours\u00e9s apr\u00e8s la liquidation des actifs\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans l\u2019hypoth\u00e8se la plus plausible, celle de liquidation par lots, le syndic va collecter le produit de chaque vente et indemniser les cr\u00e9anciers\u00a0 suivant leur ordre de priorit\u00e9 (super privil\u00e9gi\u00e9s, privil\u00e9gi\u00e9s, chirographaires). Dans les 43 MMDH de dette, les banques marocaines d\u00e9tiennent 8,5 MMDH, les banques internationales 3,3 MMDH, les fournisseurs 9 MMDH, les obligataires 800 MDH, et l\u2019Etat, via l\u2019administration des douanes notamment, 14 MMDH. Vu que la vente ne permettra m\u00eame pas de couvrir la moiti\u00e9 des cr\u00e9ances, l\u2019ordre de priorit\u00e9 sera primordial pour que ce beau monde esp\u00e8re r\u00e9cup\u00e9rer quelque chose. L\u2019Etat, ayant le statut de super privil\u00e9gi\u00e9 aura la priorit\u00e9, notamment via la douane et la Banque populaire. Ils seront naturellement servis les premiers. Les autres banques seront privil\u00e9gi\u00e9es, donc servies juste apr\u00e8s la Douane et la BCP. Quant aux autres, ils se disputeront le reste. Par exemple, le groupe Carlyle (4,5 \u00e0 5 MMDH) ou l\u2019International Islamic Trade Finance Corporation ITFC (1,7 MMDH) ne disposent d\u2019aucun privil\u00e8ge, les fournisseurs \u00e9galement devront donc faire la queue, et surtout esp\u00e9rer que la vente soit fructueuse afin qu\u2019il leur reste un montant consistant. Mais faut-il encore que leurs cr\u00e9ances soient admises. Quant aux actionnaires de la Samir, les petits porteurs, ils sont chirographaires, ne disposant d\u2019aucune priorit\u00e9. Ils ne pourront esp\u00e9rer r\u00e9cup\u00e9rer leurs mises que si par miracle la vente a rapport\u00e9 un montant exceptionnel, ce qui est loin d\u2019\u00eatre le cas. Avec la dette que tra\u00eene la soci\u00e9t\u00e9, les 900 salari\u00e9s, qui deviendraient automatiquement des cr\u00e9anciers apr\u00e8s la liquidation, ne toucheraient probablement pas plus du quart de leur d\u00fb, dans le meilleur des cas.<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Finalement,\u00a0Mohammed Al-Amoudi ne cherchait-il pas tout au d\u00e9but \u00e0 sortir simplement de ce dossier et focaliser sur son recours contre l\u2019Etat marocain aupr\u00e8s du tribunal d\u2019arbitrage CIRDI (Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements)\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Effectivement, les agissements d\u2019Al-Amoudi penchent dans ce sens-l\u00e0. Ainsi, depuis le d\u00e9but, en 2015, il a introduit un recours aupr\u00e8s du Centre international de r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements (CIRDI), une sorte de stratag\u00e8me lui permettant de suspendre toutes les proc\u00e9dures du recouvrement. Il pr\u00e9tend que l\u2019Etat marocain a viol\u00e9 la convention de d\u00e9part, notamment lorsque le gouvernement a ouvert les importations aux distributeurs de produits p\u00e9troliers. Pourtant, le raffineur avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 apr\u00e8s la privatisation d\u2019un d\u00e9lai de gr\u00e2ce de 4 ann\u00e9es, prorog\u00e9 de 2 ans.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but Al-Amoudi man\u0153uvrait, faisait tra\u00eener les choses, afin de faire chanter le gouvernement marocain, pour qu\u2019il lui accorde de nouvelles concessions. AL-Amoudi refuse non seulement d\u2019honorer ses engagements mais exige l\u2019abandon d\u2019une partie de ses dettes et le r\u00e9\u00e9chelonnement du reste. Il n\u2019a jamais respect\u00e9 ses engagements d\u2019investissement et de recapitalisation et n\u2019a fait que profiter des cr\u00e9dits bancaires marocains aussi bien lors de l\u2019achat que pendant l\u2019exploitation, sans parler des cr\u00e9dits de tarifs douaniers et de TC conc\u00e9d\u00e9s par l\u2019Etat et les privil\u00e8ges de protection dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 depuis le lancement de son activit\u00e9. Depuis le d\u00e9but il a profit\u00e9 de la couverture des relations privil\u00e9gi\u00e9es entre le Maroc et l\u2019Arabie Saoudite, ce qui lui a permis d\u2019agir en toute impunit\u00e9, croyant que ses entr\u00e9es lui permettront de s\u2019en sortir. Aujourd\u2019hui, la donne a chang\u00e9, notamment au niveau des relations avec l\u2019Arabie Saoudite. En ce sens, les autorit\u00e9s marocaines ne veulent plus donner de cadeaux, et Al-Amoudi l\u2019a bien compris quand ses appels \u00e0 l\u2019intervention royale n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 entendus. La seule porte de sortie lui restant est l\u2019arbitrage du CIRDI o\u00f9 il a r\u00e9clam\u00e9 r\u00e9cemment 1,5 milliard de dollars, soit 14 milliards de dirhams au Maroc. Affaire \u00e0 suivre\u2026<\/p>\n<p><span class=\"c11\"><strong>Dossier sur le naufrage de La Samir \u00e0 lire dans votre magazine Challenge en vente dans tous les points de presse.<\/strong><\/span><\/p>\n<div class=\"c18\">\n<fieldset class=\"c17\">\n<legend><strong><span class=\"c12\">Challenge<\/span><span class=\"c13\">news<\/span><\/strong><\/legend>\n<div class=\"c16\">Le meilleur de la r\u00e9daction s\u00e9lectionn\u00e9 par Challenge :<\/p>\n<\/div>\n<\/fieldset>\n<\/div>\n<p>Auteur: challenge<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.challenge.ma\/hicham-el-moussaoui-aucun-repreneur-rationnel-naccepterait-de-racheter-la-samir-109958\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La saga malheureuse de la Samir devrait conna\u00eetre son \u00e9pilogue le 21 juillet prochain, \u00e0 moins que le Tribunal prolonge encore le d\u00e9lai de continuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 pour la 13\u00e8me fois depuis le 21 mars 2016. 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