{"id":38694,"date":"2019-06-04T09:42:00","date_gmt":"2019-06-04T13:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/une-recension-par-le-pr-karim-ben-kahla-du-recent-livre-de-la-pr-riadh-zghal-transition-politique-et-developpement-inclusif\/"},"modified":"2019-06-04T09:42:00","modified_gmt":"2019-06-04T13:42:00","slug":"une-recension-par-le-pr-karim-ben-kahla-du-recent-livre-de-la-pr-riadh-zghal-transition-politique-et-developpement-inclusif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/une-recension-par-le-pr-karim-ben-kahla-du-recent-livre-de-la-pr-riadh-zghal-transition-politique-et-developpement-inclusif\/","title":{"rendered":"Une recension par le Pr Karim Ben Kahla du r\u00e9cent livre de la Pr Riadh Zghal : Transition politique et d\u00e9veloppement inclusif"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong>Par le Pr. Karim Ben Kahla &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Le centre des publications universitaires vient d\u2019\u00e9diter le dernier ouvrage du professeure Riadh Zghal portant sur la transition politique et le d\u00e9veloppement inclusif. Une analyse pluridisciplinaire fort int\u00e9ressante qui nous fait sortir des recettes creuses et des discours \u00e9cul\u00e9s des pseudos experts. Un regard lucide qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 confronter les th\u00e9ories les plus avanc\u00e9es aux exigences bassement pratiques de la transition.<\/p>\n<p>Le rapport entre d\u00e9mocratie et d\u00e9veloppement a d\u00e9j\u00e0 fait couler beaucoup d\u2019encre. Des politologues et des \u00e9conomistes se sont pench\u00e9s sur cette question sans apporter de r\u00e9ponses d\u00e9finitives. Cette probl\u00e9matique a pris une actualit\u00e9 nouvelle avec le printemps arabe et la crise de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Au moment o\u00f9 les droits de l\u2019Homme passent pour une v\u00e9rit\u00e9 universelle, les in\u00e9galit\u00e9s mondiales deviennent intenables. Une globalisation \u00e9cocide et inqui\u00e9tante \u00e0 laquelle les populations locales ont du mal \u00e0 s\u2019adapter.<\/p>\n<p>Sociologue et professeur \u00e9m\u00e9rite en sciences de gestion, la professeure Riadh Zghal apporte avec cet ouvrage, une r\u00e9flexion et un t\u00e9moignage forts utiles sur la complexit\u00e9 des interactions entre transition politique, d\u00e9veloppement \u00e9conomique et inclusion sociale.<\/p>\n<p>Avec beaucoup de p\u00e9dagogie, elle analyse les transformations du monde pour mieux comprendre les contraintes, les d\u00e9fis et les opportunit\u00e9s qui s\u2019offrent aux populations des pays en d\u00e9veloppement. Forte d\u2019une grande exp\u00e9rience d\u2019intervention et de recherche-action, elle se d\u00e9marque des raisonnements circulaires des \u00e9conomistes en termes d\u2019agr\u00e9gats pour mieux plonger dans les logiques d\u2019acteurs. Elle arrive ainsi \u00e0 porter un regard pluridisciplinaire, compr\u00e9hensif et pragmatique sur la question des in\u00e9galit\u00e9s du d\u00e9veloppement ainsi que sur la complexit\u00e9 de la transition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h2>Le premier chapitre de ce livre porte sur \u00ab\u00a0Les droits de l&rsquo;homme, la d\u00e9mocratie, l\u2019aide \u00e9trang\u00e8re et le d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Il d\u00e9marre par une analyse fouill\u00e9e des effets de la globalisation. Celle-ci produit des dynamiques contradictoires avec d&rsquo;une part un souci d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et de lutte contre la pauvret\u00e9 et d&rsquo;autre part un creusement des in\u00e9galit\u00e9s, et des risques syst\u00e9miques aux effets multiplicateurs. Face aux \u00e9checs, aux d\u00e9rives et aux risques de cette globalisation, les organismes internationaux se limitent \u00e0 \u00e9laborer des conventions et des concepts qui restent des v\u0153ux pieux. Les solutions sont s\u00e9ri\u00e9es, d\u00e9connect\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 et \u00e9tatis\u00e9es.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le creusement des in\u00e9galit\u00e9s dans le monde appelle une gouvernance mondiale et un renouveau de la d\u00e9mocratie.<\/strong><\/span> L\u2019auteure constate que la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et repr\u00e9sentative fond\u00e9e sur l&rsquo;individualisme c\u00e8de le pas \u00e0 une d\u00e9mocratie d\u00e9lib\u00e9rative qui, en reposant sur l&rsquo;individuation plut\u00f4t que sur l&rsquo;identit\u00e9, permet de g\u00e9rer la diversit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>S\u2019agissant du cas particulier de la Tunisie, la professeure Zghal constate que <span class=\"c2\"><strong>la demande d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 \u00e9conomique et politique a \u00e9t\u00e9 activ\u00e9e par la r\u00e9volution.<\/strong><\/span> Elle pose la double hypoth\u00e8se que la variable explicative des tensions sociales est l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 politique et que dans chaque localit\u00e9 ou r\u00e9gion il y a un capital humain de savoir et d&rsquo;intelligence qui demande \u00e0 \u00eatre lib\u00e9r\u00e9. Elle affirme alors que <span class=\"c2\"><strong>la solution aux probl\u00e8mes ne viendra \u201c ni d&rsquo;en haut ni d&rsquo;en bas mais des interactions verticales et horizontales entre les institutions\u201d<\/strong><\/span> (p. 37)<\/p>\n<p>La professeure Zghal analyse \u00e9galement le cercle vicieux cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;aide internationale. Celle-ci a souvent \u00e9t\u00e9 politis\u00e9e et orient\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats nationaux et internationaux des pays donateurs plut\u00f4t que par les besoins des b\u00e9n\u00e9ficiaires. Cette aide a notamment \u00e9t\u00e9 prodigu\u00e9e sans une \u00e9valuation rigoureuse des r\u00e9sultats des projets ; fa\u00e7onn\u00e9e par une d\u00e9marche positiviste insensible au caract\u00e8re idiosyncrasique du contexte ; focalis\u00e9e sur la dimension \u00e9conomique et orient\u00e9e vers des programmes non transformationnels qui se trouvent \u00eatre plus faciles \u00e0 mesurer.<\/p>\n<p>Alors que les citoyens des soci\u00e9t\u00e9s riches ont \u201cune obligation morale d\u2019\u00e9radiquer la pauvret\u00e9 dans le monde\u201d (p. 39), l&rsquo;aide internationale ne peut faire face aux m\u00e9faits de la globalisation qui devrait s&rsquo;attacher \u00e0 \u00ab\u00a0plus de capacit\u00e9 et \u00e0 moins d&rsquo;aide\u00a0\u00bb (p. 55).<\/p>\n<p>La professeure Zghal conclut ce chapitre par la pr\u00e9sentation de sept principes devant permettre \u00e0 l&rsquo;aide internationale de servir \u00e0 l&rsquo;autonomisation des populations locales (pp. 65-74).<\/p>\n<h2>Le deuxi\u00e8me chapitre est intitul\u00e9 \u201cTroubles de la transition, gouvernance d\u00e9mocratique et d\u00e9centralisation\u201d<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 en revue l\u2019historique de la notion de gouvernance, l\u2019auteure se pose une s\u00e9rie de questions fondamentales : <span class=\"c2\"><strong>comment gouverner efficacement dans un contexte postmoderne ?<\/strong><\/span> Comment r\u00e9pondre \u00e0 la crise de gouvernabilit\u00e9 et d\u00e9velopper de nouveaux mod\u00e8les qui ne soient pas focalis\u00e9s sur un organe central dot\u00e9 du monopole de la d\u00e9cision et de sa mise en \u0153uvre ?<br \/>Alors que ces mod\u00e8les devraient permettre une mise en commun d&rsquo;expertise et un partage de responsabilit\u00e9, plusieurs obstacles emp\u00eachent la transformation de l\u2019Etat qui d\u00e9sormais \u00ab\u00a0doit prot\u00e9ger et non diriger les individus\u00a0\u00bb. Ces obstacles se situent au niveau de l&rsquo;histoire des nouveaux pays ind\u00e9pendants qui ont h\u00e9rit\u00e9 du mod\u00e8le bureaucratique de leurs colonisateurs. Ils se situent \u00e9galement au niveau de la culture politique et du socle culturel g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>La professeure Zghal analyse les turbulences de la transition tunisienne. <span class=\"c2\"><strong>Elle affirme qu&rsquo;apr\u00e8s 2011 la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne \u201cs&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9e orpheline d\u2019un ennemi commun : le dictateur et sa famille\u201d<\/strong><\/span> comme si elle ne se reconnaissait que dans un liant n\u00e9gatif, la solidarit\u00e9 sociale ne s\u2019est pas appuy\u00e9e sur une vision commune mais sur l&rsquo;existence d&rsquo;un ennemi commun\u201d. Longtemps infantilis\u00e9e, la \u201cnouvelle\u201d soci\u00e9t\u00e9 tunisienne ne s\u2019est pas encore \u00e9mancip\u00e9e de son d\u00e9sir de p\u00e8re ni de son d\u00e9sir d&rsquo;un ennemi commun \u00e0 combattre. Alors la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019est retourn\u00e9e contre elle-m\u00eame et a appliqu\u00e9 le m\u00eame paradigme que celui d&rsquo;un dictateur : ceux qui ne sont pas avec moi sont mes ennemis, ceux qui ne sont pas comme moi le sont aussi. Elle s\u2019est ainsi install\u00e9e dans un manich\u00e9isme simplificateur niant par l\u00e0-m\u00eame la diversit\u00e9 de ses \u00e9l\u00e9ments constitutifs\u00a0\u00bb (p. 94-95)<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Selon l\u2019auteure, la fin de la traditionnelle hi\u00e9rarchie du pouvoir \u00e9tatique a eu pour cons\u00e9quence l&rsquo;\u00e9mergence de la polyarchie<\/strong><\/span> qui impose le partage du pouvoir et exige des comp\u00e9tences dont ne disposent ni les anciens gouvernants habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ordre du pouvoir centralis\u00e9, ni les nouveaux gouvernants sans exp\u00e9rience de gestion des affaires publiques et plut\u00f4t anim\u00e9s par le ressentiment, un d\u00e9sir inassouvi de vengeance et une volont\u00e9 d&rsquo;imposer qui un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 et qui un mod\u00e8le \u00e9conomique (pp. 100-101).<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>La professeure Zghal insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;actionner le socle culturel.<\/strong><\/span> Elle proc\u00e8de ainsi \u00e0 l&rsquo;analyse de la configuration culturelle tunisienne bas\u00e9e sur \u00ab\u00a0l&rsquo;attachement aux valeurs d&rsquo;\u00e9galit\u00e9-dignit\u00e9 ; le paternalisme comme r\u00e9gulateur des situations o\u00f9 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 est in\u00e9vitable ; la d\u00e9r\u00e9glementation, le flou et l\u2019\u00e9vitement de la sanction ; l\u2019attrait des relations fond\u00e9es sur l&rsquo;appartenance sociale en l&rsquo;absence de confiance et d&rsquo;un socle de normes relativement stable et partag\u00e9 par tous\u00a0\u00bb. Cette configuration culturelle \u2026 a jou\u00e9 un r\u00f4le de moteur dans la gen\u00e8se d\u2019un cercle vicieux. (P. 113).<\/p>\n<p>En conclusion de ce chapitre, l\u2019auteure analyse les r\u00f4les de la d\u00e9centralisation et de l\u2019innovation dans la \u00ab\u00a0transformation de ce cercle vicieux en cercle vertueux\u00a0\u00bb et dans la r\u00e9alisation d\u2019un changement de fond \u00ab\u00a0qui transforme l&rsquo;administration publique en vecteur de d\u00e9veloppement au lieu d&rsquo;\u00eatre un simple instrument de pouvoir et d&rsquo;ordre social\u00a0\u00bb (p. 132).<\/p>\n<h2>Le troisi\u00e8me chapitre porte sur \u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement local, l&rsquo;entrepreneuriat et les m\u00e9tiers traditionnels\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><strong>L\u2019auteure constate que certaines r\u00e9gions tunisiennes souffrent d&rsquo;un triple d\u00e9sert<\/strong>\u00a0: un d\u00e9sert d&rsquo;opportunit\u00e9s, un d\u00e9sert de culture \u00e0 part le folklore et quelques cha\u00eenes audiovisuelles, et un d\u00e9sert de pouvoir d&rsquo;achat. Les dynamiques entrepreneuriales dans ces r\u00e9gions sont brid\u00e9es. \u00a0<br \/>Professeur Zghal analyse \u00e0 travers sa propre exp\u00e9rience du terrain et les recherches qu&rsquo;elle a men\u00e9es dans certaines r\u00e9gions de Tunisie les freins \u00e0 l&rsquo;entrepreneuriat.\u00a0 Parmi ses principaux freins, elle mentionne le manque de confiance qui limite le recours \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation et \u00e0 la sous-traitance\u00a0; l&rsquo;attraction de l&#8217;emploi administratif\u00a0et la perception de l&rsquo;entrepreneuriat non comme un choix premier mais comme une \u00e9ventualit\u00e9. Au niveau des gouvernements ces \u00e9tudes rel\u00e8vent l&rsquo;absence de strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement de l&rsquo;entrepreneuriat\u00a0et une confusion entre entrepreneuriat et PME. Enfin, les programmes souffrent d&rsquo;une grande fragmentation et les diff\u00e9rents acteurs qui initient des projets le font sans concertation entre eux.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer les demandeurs d&#8217;emploi en entrepreneurs potentiels,<\/strong><\/span> professeure Zghal, critique la formation en entrepreneuriat qui souffre notamment d&rsquo;un cloisonnement des institutions universitaires et prive les \u00e9tudiants d&rsquo;une mobilit\u00e9 qui leur aurait permis de suivre des programmes sp\u00e9cialis\u00e9s (p. 157). Elle reprend l&rsquo;id\u00e9e d\u2019Allan Gibb qui consid\u00e8re que l&rsquo;entrepreneuriat est moins l\u2019affaire de comp\u00e9tences transf\u00e9rables que d\u2019attitudes et de comportements.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Deux strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement local<\/strong><\/span> sont pr\u00e9sent\u00e9es et illustr\u00e9es par des travaux de recherche-action men\u00e9es par l\u2019auteure.<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"c2\"><strong>En premier lieu,<\/strong><\/span> il s&rsquo;agit du rajeunissement et de la modernisation des m\u00e9tiers traditionnels qui permettraient une accumulation primitive du capital n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement de l&rsquo;artisanat.<\/li>\n<li><span class=\"c2\"><strong>En deuxi\u00e8me lieu,<\/strong><\/span> l\u2019auteure analyse la question de la mobilisation de ressources humaines locales pour l&rsquo;\u00e9radication de la pauvret\u00e9. Cette mobilisation passe par la lib\u00e9ration des initiatives et de l&rsquo;entrepreneuriat ainsi que par la participation des populations \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration des plans de d\u00e9veloppement. Ceci permettrait de prendre en compte leurs aspirations r\u00e9elles et pr\u00e9parerait l&rsquo;engagement du plus grand nombre ainsi que la mobilisation des ressources humaines et mat\u00e9rielles locales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Professeur Zghal pr\u00e9sente alors un certain nombre de leviers permettant de rompre le cercle vicieux et de d\u00e9clencher une dynamique de d\u00e9veloppement local soutenue et durable (p. 162.). Il s&rsquo;agit de :<\/p>\n<ul>\n<li>La mobilisation des ressources humaines locales via une gouvernance d\u00e9centralis\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<li>L&rsquo;engagement d&rsquo;un partenariat public-priv\u00e9\u00a0;<\/li>\n<li>La cr\u00e9ation de synergie via la collaboration organis\u00e9e et entre les diff\u00e9rentes structures administratives\u00a0;<\/li>\n<li>Le rajeunissement des m\u00e9tiers traditionnels de l&rsquo;artisanat d&rsquo;art et autres petits m\u00e9tiers<\/li>\n<li>Le renforcement du potentiel entrepreneurial f\u00e9minin\u00a0;<\/li>\n<li>L&rsquo;indemnisation des populations rurales et des petits exploitants agricoles\u00a0;<\/li>\n<li>La r\u00e9vision du syst\u00e8me fiscal\u00a0;<\/li>\n<li>L\u2019exploitation optimale des TIC pour l&rsquo;innovation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce chapitre se conclut par deux \u00e9tudes de cas d&rsquo;intervention en faveur de m\u00e9tiers artisanaux. Ces \u00e9tudes (des recherche-action) articulent transformation des perceptions des acteurs et processus d&rsquo;intervention participatif du chercheur. Elles permettent l&rsquo;\u00e9volution des besoins, des attentes et des r\u00e9alisations au fur \u00e0 mesure de la progression de l&rsquo;action. \u00a0Les conclusions de ces recherche-action sont d&rsquo;autant plus int\u00e9ressantes qu&rsquo;elles se situent sur un plan m\u00e9thodologique et qu&rsquo;elles peuvent donc orienter l&rsquo;action et la r\u00e9flexion d\u2019autres experts et chercheurs en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement local.<\/p>\n<h2>Le quatri\u00e8me et dernier chapitre de cet ouvrage pr\u00e9sente trois vecteurs du D\u00e9veloppement r\u00e9gional<\/h2>\n<p>Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire, la responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises et l&rsquo;autonomisation des populations locales. Partant d&rsquo;une analyse des fondements de l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire, l\u2019auteure d\u00e9nonce un certain romantisme inh\u00e9rent aux adeptes de celle-ci et pr\u00e9sente les menaces qui p\u00e8sent sur cette \u00e9conomie ainsi que les piliers qui permettraient son d\u00e9veloppement (les aptitudes, les compl\u00e9mentarit\u00e9s institutionnelles et la participation) (p. 190).<\/p>\n<p>Faisant une br\u00e8ve incursion dans l&rsquo;entrepreneuriat social au travers d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;exemples de r\u00e9ussite, l\u2019auteure pr\u00e9sente la responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises comme \u00e9tant \u00ab\u00a0\u00e0 la fronti\u00e8re de l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire\u00a0\u00bb. Elle analyse la naissance du concept de responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises et les enqu\u00eates les plus r\u00e9centes en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>S\u2019arr\u00eatant sur la RSE en Tunisie, la professeure Zghal affirme que les strat\u00e9gies dans ce domaine devraient avoir quatre priorit\u00e9s : le r\u00e9\u00e9quilibrage r\u00e9gional de l&rsquo;investissement et de l&rsquo;entrepreneuriat, l&rsquo;encouragement et le soutien \u00e0 l&rsquo;entrepreneuriat, la protection de la nature et de l&rsquo;environnement et enfin la GRH (pp. 205-206).<\/p>\n<p>La combinaison de l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire, de la responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises et de la d\u00e9centralisation serait source d&rsquo;une synergie porteuse d\u2019un d\u00e9veloppement r\u00e9gional endog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Si \u201cl&rsquo;entrepreneuriat cr\u00e9e l&rsquo;entrepreneuriat par la diffusion d&rsquo;une culture\u201d (p. 211), la pr\u00e9sence de services vari\u00e9s sur le territoire et la coop\u00e9ration interinstitutionnelle et notamment le partenariat public-priv\u00e9 peuvent combler les d\u00e9faillances de la cha\u00eene de valeur (p. 211).<br \/>Afin de d\u00e9velopper cette synergie la professeure Zghal propose que chaque structure priv\u00e9e ou publique devrait disposer d&rsquo;une autonomie suffisante pour prendre les d\u00e9cisions et surtout pour \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute du contexte et \u00eatre r\u00e9active. Elle pr\u00e9conise \u00e9galement que les entreprises privil\u00e9gient l&rsquo;approvisionnement par des circuits courts et offrent des march\u00e9s pour les entreprises de proximit\u00e9. Plut\u00f4t que de r\u00e9pliquer un mod\u00e8le unique de d\u00e9veloppement dit \u201cnational\u201d elle propose la mise en valeur des facteurs de diff\u00e9renciation des r\u00e9gions et l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un plan r\u00e9gional de d\u00e9veloppement de l&rsquo;entrepreneuriat qui tienne compte des sp\u00e9cificit\u00e9s r\u00e9gionales et des forces motrices qui commandent l\u2019\u00e9conomie moderne (p. 213).<\/p>\n<p>Constatant que les territoires marqu\u00e9s par la pauvret\u00e9 ne sont pas un d\u00e9sert d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique, l\u2019auteure critique l&rsquo;opposition entre secteur formel et secteur informel elle montre notamment que ce qui est appel\u00e9 secteur informel a toute sa place dans des \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es telles que celles de l&rsquo;OCDE. Par contre, la concurrence entre op\u00e9rateurs de l\u2019informel est souvent rude voire violente par effet de saturation du fait que les m\u00eames activit\u00e9s sont engag\u00e9es sur un territoire r\u00e9duit (p. 221).<\/p>\n<p>Le chapitre se conclut par la pr\u00e9sentation de deux \u00e9tudes \u00e9labor\u00e9es par l\u2019auteure qui illustrent la difficult\u00e9 voire l&rsquo;impossibilit\u00e9 de l&rsquo;autonomisation des populations dans une situation de d\u00e9ficit d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se qui a fond\u00e9 cet ouvrage est que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social est une affaire de gouvernance et de comportement humain. Il est aussi et surtout une affaire politique. La d\u00e9mocratie est un moteur indispensable si l&rsquo;on veut que l&rsquo;aide au d\u00e9veloppement nationale o\u00f9 \u00e9trang\u00e8re soit r\u00e9ellement utile et qu&rsquo;il y ait une appropriation par la population concern\u00e9e des projets de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>L\u2019autonomisation ou \u201cempowerment\u201d soul\u00e8ve la question de la bonne gouvernance aussi bien au niveau local qu\u2019au niveau global et mondial. Le livre s&rsquo;ach\u00e8ve ainsi sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;instituer la bonne gouvernance aussi bien \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, nationale, r\u00e9gionale que locale (p. 236).<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le livre est agr\u00e9able \u00e0 lire, bien document\u00e9<\/strong><\/span> et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 proposer des recommandations qui seront fort utiles pour les acteurs et les experts du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Rompant avec les analyses classiques<\/strong><\/span> de l\u2019\u00e9conomie du d\u00e9veloppement et les grilles th\u00e9oriques de la \u00ab\u00a0transitologie\u00a0\u00bb, il constitue un apport ind\u00e9niable de la gestion pour la compr\u00e9hension des transitions politiques et du d\u00e9veloppement inclusif.<\/p>\n<p><strong>Pr. Karim Ben Kahla<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Transition politique et d\u00e9veloppement inclusif. Transformer le processus de d\u00e9mocratisation en levier de d\u00e9veloppement<br \/>de Riadh Zghal\u00a0<\/em><\/strong><em><br \/>Centre des publications universitaires, 2019,<br \/>\u00c9ditions universitaires europ\u00e9ennes, 2018<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27240-une-recension-du-pr-karim-ben-kahla-du-recent-livre-de-la-pr-riadh-zghal-transition-politique-et-developpement-inclusif\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par le Pr. Karim Ben Kahla &#8211; Le centre des publications universitaires vient d\u2019\u00e9diter le dernier ouvrage du professeure Riadh Zghal portant sur la transition politique et le d\u00e9veloppement inclusif. Une analyse pluridisciplinaire fort int\u00e9ressante qui nous fait sortir des recettes creuses et des discours \u00e9cul\u00e9s des pseudos experts. Un regard lucide qui n\u2019h\u00e9site pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-38694","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38694","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38694"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38694\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38694"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38694"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38694"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}