{"id":38982,"date":"2019-06-06T04:00:00","date_gmt":"2019-06-06T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ahmed-ounaies-cinq-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite\/"},"modified":"2019-06-06T04:00:00","modified_gmt":"2019-06-06T08:00:00","slug":"ahmed-ounaies-cinq-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ahmed-ounaies-cinq-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite\/","title":{"rendered":"Ahmed Ouna\u00efes: Cinq recours tunisiens au Conseil de s\u00e9curit\u00e9"},"content":{"rendered":"<h2>1952 Internationalisation de la question tunisienne<\/h2>\n<p>La Tunisie s\u2019est adress\u00e9e au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en janvier 1952, en r\u00e9action au rejet par la France, le 15 d\u00e9cembre 1951, de la demande d\u2019accession de la Tunisie \u00e0 l\u2019autonomie interne. La lettre, adress\u00e9e au Pr\u00e9sident du Conseil et dat\u00e9e du 12 janvier 1952, est sign\u00e9e par Mhamed Chenik, Premier ministre. Dans cette lettre, le gouvernement tunisien d\u00e9nonce le non-respect par la France du Trait\u00e9 du 12 mai 1881, notamment le rejet du principe d\u2019autonomie interne, et pose plus largement la question du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Salah%20Ben%20Youssef.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"343\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le gouvernement demande au Conseil de \u00abdonner \u00e0 ce diff\u00e9rend une solution conforme \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9\u00bb. La plainte est d\u00e9pos\u00e9e le 14 janvier aupr\u00e8s du Cabinet du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Trygve Lie, par deux membres du Gouvernement, Salah Ben Youssef, ministre de la Justice, et Mohammed Badra, ministre des Affaires sociales. A cette date, la VIe session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU se tenait exceptionnellement \u00e0 Paris, au Palais de Chaillot.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/salah%20ben%20youssef%20-palais%20.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"449\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sur la base de la plainte tunisienne (class\u00e9e S\/2571), quinze pays arabes et asiatiques adressent le 30 janvier 1952 une lettre collective au Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 attirant son attention sur \u00abla gravit\u00e9 de la situation en Tunisie\u00bb. Mais c\u2019est seulement en avril, apr\u00e8s la fin de la pr\u00e9sidence du Conseil par la Hollande, et sous la pr\u00e9sidence du Pakistan, que la plainte pouvait \u00eatre s\u00e9rieusement examin\u00e9e. Le 2 avril, 11 d\u00e9l\u00e9gations arabes et asiatiques adressent une lettre au Pr\u00e9sident du Conseil pour lui demander d\u2019inscrire la question tunisienne \u00e0 l\u2019ordre du jour. Ce sont le Pakistan, l\u2019Afghanistan, la Birmanie, l\u2019Egypte, l\u2019Inde, l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019Iran, l\u2019Irak, les Philippines, l\u2019Arabie Saoudite et le Y\u00e9men. Ils sont bient\u00f4t rejoints par le Liban, la Syrie, l\u2019Ethiopie et le Liberia, soit 15 pays en tout. Ces d\u00e9marches consacrent l\u2019internationalisation de la question tunisienne.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Salah%20Ben%20Youssef1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"634\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Zafrullah%20khan.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"199\" align=\"right\"\/>La s\u00e9ance du Conseil est ouverte le 4 avril 1952 sous la pr\u00e9sidence de Sir Zafrullah Khan, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Pakistan. Avant de pouvoir aborder le fond, le Conseil doit d\u2019abord approuver l\u2019inscription m\u00eame de la question \u00e0 l\u2019ordre du jour. S\u2019agissant d\u2019une question de proc\u00e9dure, la majorit\u00e9 de 7 voix sur 11, sans droit de veto, suffit pour valider la d\u00e9cision. Un tel format limite le d\u00e9bat aux seuls membres du Conseil sans possibilit\u00e9 pour les autres Etats d\u2019y participer, notamment ceux qui ont parrain\u00e9 la demande d\u2019inscription. La composition du Conseil, \u00e0 cette date, s\u2019\u00e9tend aux cinq membres permanents (Chine, France, Royaume-Uni, Etats-Unis et Urss) et \u00e0 six autres pays: le Br\u00e9sil, le Chili, la Gr\u00e8ce, la Hollande, le Pakistan et la Turquie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Henri%20Hoppenot.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"219\" align=\"left\"\/>Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la France, l\u2019Ambassadeur Henri Hoppenot, prend la parole en premier pour d\u00e9clarer son opposition \u00e0 l\u2019inscription, plaidant la non-comp\u00e9tence du Conseil, et pour s\u2019efforcer de justifier, quant au fond, la politique fran\u00e7aise en Tunisie. Sir Zafrullah Khan introduit l\u2019affaire tunisienne: c\u2019est la premi\u00e8re pr\u00e9sentation de la cause tunisienne devant les Nations unies. Il d\u00e9nonce les violations par la France des conventions qui lient les deux pays, la politique discriminatoire de l\u2019administration coloniale ainsi que les mesures de r\u00e9pression des libert\u00e9s ayant port\u00e9 la crise \u00e0 un point tel qu\u2019il menace la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationale: un r\u00e9quisitoire implacable contre la politique coloniale de la France en Tunisie.<\/p>\n<p>Dans la suite du d\u00e9bat, le 10 et le 14 avril, seuls les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Royaume-Uni, Sir Gladwyn Jebb, et de la Hollande, Von Balluseck, soutiennent la th\u00e8se de la non-comp\u00e9tence du Conseil. La Gr\u00e8ce et la Turquie invitent les deux parties \u00e0 surmonter la crise par le dialogue et la n\u00e9gociation. Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des Etats-Unis soutient le droit de tous les pays de faire appel aux Nations unies pour tenter de surmonter les crises par les moyens pacifiques. Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019Urss, de la Chine (la Chine nationaliste \u00e0 l\u2019\u00e9poque), du Br\u00e9sil, du Chili et du Pakistan approuvent l\u2019inscription et affirment la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir la politique de d\u00e9colonisation et de lib\u00e9ration des peuples conform\u00e9ment au principe d\u2019autod\u00e9termination. Les repr\u00e9sentants du Pakistan, Sir Zafrullah Khan, ou l\u2019Ambassadeur Ahmed Boukhari, interviennent trois fois pour r\u00e9pliquer aux interventions des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s fran\u00e7ais et britannique.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Gladwyn.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"513\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le vote, intervenu le 14 avril dans la soir\u00e9e, donne cinq voix favorables \u00e0 l\u2019inscription (Urss, Chine, Chili, Br\u00e9silet Pakistan), deux voix contre (France et Royaume-Uni) et quatre abstentions (Etats- Unis, Gr\u00e8ce, Hollande et Turquie). Il aurait suffi de sept voix pour obtenir l\u2019inscription. Les abstentions ont pes\u00e9 plus lourd que les voix hostiles.<\/p>\n<p>Fallait-il ent\u00e9riner le rejet?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/lettre(7).jpg\" alt=\"\" width=\"300\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"431\" align=\"right\"\/>Le 20 juin, treize d\u00e9l\u00e9gations arabes et asiatiques ayant parrain\u00e9 la plainte au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 demandent la convocation d\u2019une session sp\u00e9ciale de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sur la question tunisienne. La requ\u00eate recueille 23 r\u00e9ponses favorables, alors qu\u2019il en fallait 31; les pays occidentaux recommandaient en particulier d\u2019attendre l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de la session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e. La question tunisienne \u00e9tait en effet inscrite le 16 octobre 1952 \u00e0 l\u2019ordre du jour de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale (VIIe session) avec l\u2019appui total des pays arabes, asiatiques et latino-am\u00e9ricains, et avec le vote positif des Etats-Unis. Depuis lors, les questions tunisienne et marocaine sont inscrites et d\u00e9battues aux sessions de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Le 30 septembre 1955, la question alg\u00e9rienne est inscrite en d\u00e9pit de la recommandation n\u00e9gative du Bureau de l\u2019Assembl\u00e9e par un vote majoritaire de l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re.<\/p>\n<p>Signalons trois faits significatifs. L\u2019ouverture du d\u00e9bat sur la question tunisienne le 4 avril 1952 co\u00efncide avec l\u2019inauguration de la Salle du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 qui \u00e9tait offerte \u00e0 l\u2019ONU, quant aux \u00e9quipements et \u00e0 la d\u00e9coration, par le Royaume de Norv\u00e8ge. La s\u00e9ance du Conseil, qui se tient pour la premi\u00e8re fois dans la salle qui lui est consacr\u00e9e, commence donc par l\u2019hommage rendu \u00e0 la Norv\u00e8ge avant d\u2019aborder la question tunisienne. D\u2019autre part, Bahi Ladgham venait tout juste d\u2019ouvrir \u00e0 New York le Bureau tunisien de lib\u00e9ration nationale (Tunisian Office for National Liberation), source d\u2019information essentielle des d\u00e9l\u00e9gations amies, et qui sera inaugur\u00e9 solennellement quelques semaines plus tard le 20 juin 1952.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/taher%20ben%20ammar.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"179\" align=\"left\"\/>Bahi Ladgham \u00e9tait pr\u00e9sent \u00e0 toutes les s\u00e9ances en compagnie de Farhat Hached qui, pour sa part, avait rejoint New York sp\u00e9cialement pour assister au d\u00e9bat sur la question tunisienne. A son retour \u00e0 Tunis le 30 avril, Farhat Hached, qui \u00e9tait accompagn\u00e9 de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la CISL, est soumis \u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019El Aouina \u00e0 une fouille minutieuse par la police fran\u00e7aise qui confisque son passeport et tous ses documents; le 2 mai, il est longuement re\u00e7u par Lamine Bey auquel il rapporte les faits dans le d\u00e9tail. Enfin, le 12 avril 1955, alors que les n\u00e9gociations d\u2019autonomie interne \u00e9taient avanc\u00e9es, et avant la signature des Conventions, Sir Gladwyn Jebb se rend \u00e0 Tunis en qualit\u00e9 d\u2019Ambassadeur du Royaume-Uni \u00e0 Paris, et demande une audience aupr\u00e8s du Premier ministre Tahar Ben Ammar qui le re\u00e7oit longuement au Palais du Gouvernement \u00e0 la Kasbah.<\/p>\n<h2>1958 Sakiet Sidi Youssef, la premi\u00e8re bataille de l\u2019\u00e9vacuation<\/h2>\n<p>Le samedi 8 f\u00e9vrier 1958, jour de march\u00e9, le village de Sakiet Sidi Youssef est bombard\u00e9, d\u00e8s 11 heures du matin, par l\u2019aviation fran\u00e7aise bas\u00e9e en Alg\u00e9rie. Une escadrille de 25 avions (onze bombardiers, six chasseurs-bombardiers et huit chasseurs) pilonne la ville, faisant pr\u00e8s de 80 morts et 150 bless\u00e9s. S\u2019agissant d\u2019un acte flagrant d\u2019agression, la Tunisie d\u00e9cide de d\u00e9poser une plainte contre la France au Conseil de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Mongi Slim se rend le matin m\u00eame de Washington \u00e0 New York et s\u2019entretient avec les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de tous les pays membres du Conseil, les membres permanents ainsi que le Canada, la Colombie, l\u2019Irak, le Japon, le Panama et la Su\u00e8de. La Tunisie s\u2019attache autant \u00e0 pr\u00e9venir le risque de nouvelles attaques qu\u2019\u00e0 amener le Conseil \u00e0 poser le probl\u00e8me de fond: la pr\u00e9sence de troupes fran\u00e7aises en Tunisie et la continuation de la guerre coloniale en Alg\u00e9rie. La finalit\u00e9 de la d\u00e9marche est d\u2019internationaliser la question sous responsabilit\u00e9 occidentale.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1958.jpg\" alt=\"\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Avec l\u2019Ambassadeur Wadsworth (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 adjoint des Etats-Unis, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Henry Cabot Lodge \u00e9tant absent), l\u2019entretien est positif: les Etats-Unis jugent s\u00e9v\u00e8rement l\u2019op\u00e9ration militaire contre la Tunisie et d\u00e9plorent la faiblesse du gouvernement fran\u00e7ais face \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Alg\u00e9rie; du reste, ils ne souhaitent pas un d\u00e9bat de fond au Conseil qui ne pourrait \u00eatre qu\u2019un d\u00e9ballage au profit de l\u2019Urss. Les Etats-Unis semblent m\u00fbrs pour une intervention directe aupr\u00e8s de la France.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/wads+%20henry.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"405\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">L\u2019entretien avec l\u2019Ambassadeur du Royaume-Uni, Sir Pierson Dixon, est difficile. Un d\u00e9bat \u00e0 chaud, selon lui, n\u2019apporterait rien: des accusations r\u00e9ciproques et des invectives sans int\u00e9r\u00eat. Il vaut mieux retarder le d\u00e9bat et, quand l\u2019\u00e9motion sera retomb\u00e9e, un \u00e9change substantiel permettra d\u2019envisager des mesures concr\u00e8tes. Dans l\u2019intervalle, il est pr\u00e9f\u00e9rable de pr\u00e9parer les conditions d\u2019une n\u00e9gociation sur l\u2019avenir de la paix dans la r\u00e9gion. Mongi Slim r\u00e9pond que la Tunisie est menac\u00e9e sur deux fronts: l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise d\u2019Alg\u00e9rie et les forces fran\u00e7aises bas\u00e9es en plusieurs points du territoire tunisien; d\u2019autre part, la Tunisie ne peut pas rester passive: faute de r\u00e9agir \u00e9nergiquement apr\u00e8s une agression arm\u00e9e de cette ampleur, elle s\u2019expose \u00e0 de nouvelles agressions et \u00e0 des incursions en profondeur sur son territoire.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sir%20Pierson%20Dixon.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"232\" align=\"left\"\/>Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 est en mesure de constater les faits et de pr\u00e9venir les risques. Du reste, nous r\u00e9alisons que la cause profonde de l\u2019agression est la guerre coloniale qui s\u2019intensifie \u00e0 nos fronti\u00e8res.Sir Dixon reconna\u00eet que l\u2019op\u00e9ration laisse craindre une escalade. La parade, dans ce cas, ne saurait \u00eatre un d\u00e9bat au Conseil mais un dialogue assorti d\u2019une caution cr\u00e9dible.<\/p>\n<p>Le raisonnement tunisien est bien re\u00e7u par les autres coll\u00e8gues. Le Canada recommande une mission confi\u00e9e aux Etats-Unis avec pour mandat de rapprocher les parties. Aupr\u00e8s du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Mongi Slim exprime le souhait d\u2019une mission dirig\u00e9e par le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral en personne. Hammarskj\u00f6ld en accepte le principe mais il estime que le contexte colonial \u00e9vident en ferait un pr\u00e9c\u00e9dent dans la politique de d\u00e9colonisation: de ce fait, la France et le Royaume-Uni s\u2019y opposeront certainement. Il estime par ailleurs que le pr\u00e9c\u00e9dent de Sakiet Sidi Youssef pourrait se renouveler et s\u2019\u00e9tendre au Maroc, les forces fran\u00e7aises en Alg\u00e9rie ayant d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tourn\u00e9 l\u2019avion marocain transportant les leaders alg\u00e9riens, \u00e0 l\u2019insu du gouvernement fran\u00e7ais. Les menaces d\u2019aggravation de la crise sont s\u00e9rieuses. Le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral appr\u00e9cie le souci d\u2019efficacit\u00e9 qui anime la Tunisie et son insistance \u00e0 poser le probl\u00e8me de fond sans rechercher la pol\u00e9mique.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse vient de l\u2019Ambassadeur Wadsworth qui propose \u00e0 Mongi Slim la formule d\u2019une mission de bons offices conjointe des Etats-Unis et du Royaume-Uni aupr\u00e8s des deux parties. La formule correspond au v\u0153u de la Tunisie qui cherche \u00e0 impliquer les Etats-Unis pour s\u2019interposer entre la Tunisie et la France afin de h\u00e2ter l\u2019\u00e9vacuation et d\u2019internationaliser la question alg\u00e9rienne. L\u2019accord g\u00e9n\u00e9ral s\u2019\u00e9tablit sur la mission de bons offices.<\/p>\n<p>La plainte tunisienne est inscrite le 13 f\u00e9vrier sous le libell\u00e9 \u2018\u2019Plainte de la Tunisie au sujet de l\u2019acte d\u2019agression commis par la France contre elle \u00e0 Sakiet Sidi Youssef le 8 f\u00e9vrier 1958 \u2019\u2019 (Document S\/3952), assortie d\u2019un M\u00e9moire explicatif. Le lendemain, la France inscrit une plainte libell\u00e9e \u2018\u2019Situation r\u00e9sultant de l\u2019aide apport\u00e9e par la Tunisie \u00e0 des rebelles, permettant \u00e0 ceux-ci de mener \u00e0 partir du territoire tunisien des op\u00e9rations dirig\u00e9es contre le territoire fran\u00e7ais et la s\u00e9curit\u00e9 des territoires et des biens des ressortissants fran\u00e7ais\u2019\u2019; la plainte est \u00e9galement assortie d\u2019un M\u00e9moire explicatif. Le d\u00e9bat, ouvert le 18 f\u00e9vrier, s\u2019achemine rapidement vers un compromis, mais il rebondit au lendemain de l\u2019insurrection du 13 mai \u00e0 Alger, pour se conclure le 18 juin 1958 sur le compromis endoss\u00e9 par le nouveau Pr\u00e9sident du Conseil fran\u00e7ais, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Le%20G%C3%A9n%C3%A9ral.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"578\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le Conseil s\u2019ouvre le 18 f\u00e9vrier sous la pr\u00e9sidence de l\u2019Ambassadeur Sobolev, Repr\u00e9sentant permanent de l\u2019Urss. La s\u00e9ance est cens\u00e9e ent\u00e9riner les plaintes des deux parties, puis enregistrer la proposition formelle d\u2019offre des bons offices et prendre acte de l\u2019accord des parties. Au cours de cette br\u00e8ve s\u00e9ance qui n\u2019a pas d\u00e9pass\u00e9 une heure et quart, Mongi Slim intervient quatre fois pour r\u00e9server le droit de la Tunisie de revenir devant le Conseil en cas de d\u00e9saccord et pour d\u00e9finir rigoureusement le mandat des deux puissances. Il pr\u00e9cise ainsi que le conflit opposant la Tunisie \u00e0 la France est double : d\u2019une part, la pr\u00e9sence des forces arm\u00e9es fran\u00e7aises en Tunisie, dont il demande l\u2019\u00e9vacuation compl\u00e8te; d\u2019autre part, mettre fin \u00e0 la situation qui met en danger la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationale dans cette r\u00e9gion du monde, en particulier la continuation de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. \u00abL\u2019offre de bons offices, conclut-il, vise \u00e0 l\u2019intervention conjointe du Royaume-Uni et des Etats-Unis dans les deux conflits\u00bb. Un additif au M\u00e9moire explicatif est transmis le 17 f\u00e9vrier au Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour clarifier ce mandat (Document S\/3957).<\/p>\n<p>Messieurs Bons Offices, Robert Murphy et Harold Beeley, commencent leur mission le 27 f\u00e9vrier. Au terme d\u2019une s\u00e9rie d\u2019entretiens, ils proposent un compromis approuv\u00e9 par Tunis le 15 mars et par la France le 14 avril. Ainsi, les forces fran\u00e7aises stationn\u00e9es en Tunisie, \u00e0 l\u2019exception de la base de Bizerte, seraient \u00e9vacu\u00e9es et les terrains d\u2019aviation militaire (Aouina, Sfax, Gab\u00e8s, Gafsa et Remada) remis aux autorit\u00e9s tunisiennes. Mais l\u2019insurrection du 13 mai \u00e0 Alger et la chute du gouvernement F\u00e9lix Gaillard en retardent la mise en \u0153uvre. Or, une campagne militaire d\u00e9clench\u00e9e le 19 mai par les forces fran\u00e7aises \u00e0 Remada, et appuy\u00e9e par l\u2019aviation bas\u00e9e en Alg\u00e9rie, relance le d\u00e9bat.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Robert%20Murphy.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"402\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Ces d\u00e9veloppements justifient les craintes con\u00e7ues par les dirigeants maghr\u00e9bins et pressenties par Dag Hammarskj\u00f6ld: l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, qui ne reconnaissait pas l\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie et du Maroc, projetait la reconqu\u00eate coloniale, seule option permettant de maintenir \u2018\u2019l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u2019\u2019. Le fol espoir des g\u00e9n\u00e9raux, aux prises avec la gu\u00e9rilla alg\u00e9rienne et hant\u00e9s par la m\u00e9moire du Vietnam, n\u2019est qu\u2019un aspect de la fuite en avant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, d\u00e9pass\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9colonisation. Du c\u00f4t\u00e9 maghr\u00e9bin, la Conf\u00e9rence de Tanger (27-30 avril 1958) r\u00e9pondait \u00e0 l\u2019alerte qu\u2019avait constitu\u00e9e l\u2019op\u00e9ration de Sakiet Sidi Youssef.<\/p>\n<p>Le 29 mai, Mongi Slim \u00e9crit au Pr\u00e9sident du Conseil, d\u00e9posant de nouveau une \u00abPlainte de la Tunisie au sujet d\u2019actes d\u2019agression arm\u00e9e commis contre elle par les forces militaires fran\u00e7aises stationn\u00e9es sur son territoire et en Alg\u00e9rie, depuis le 19 mai 1958\u00bb (S\/4013). La France r\u00e9plique en d\u00e9posant un m\u00e9moire intitul\u00e9 \u00abLa situation cr\u00e9\u00e9e par la rupture, du fait de la Tunisie, du modus vivendi qui s\u2019\u00e9tait \u00e9tabli depuis le mois de f\u00e9vrier 1958 sur le stationnement de troupes fran\u00e7aises en certains points du territoire tunisien\u00bb (S\/4015).<\/p>\n<p>Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 reprend le d\u00e9bat le 2 juin, sous la pr\u00e9sidence de la Chine. La veille \u00e0 Paris, un nouveau gouvernement dirig\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est investi. En toute vraisemblance, la crise d\u2019autorit\u00e9 en France est surmont\u00e9e tandis que la crise coloniale reste enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Devant le Conseil, Mongi Slim pr\u00e9sente d\u2019abord le compromis approuv\u00e9 par les deux parties puis gel\u00e9 \u00e0 la chute du gouvernement Gaillard. Il \u00e9nonce ensuite les violations commises par les forces fran\u00e7aises en Tunisie d\u00e8s le 14 mai et qui culminent le 19 mai \u00e0 Remada par des op\u00e9rations militaires d\u2019envergure contre les civils et contre les postes tenus par l\u2019arm\u00e9e tunisienne dans la zone. Ces violations sont appuy\u00e9es par l\u2019aviation fran\u00e7aise bas\u00e9e en Alg\u00e9rie. L\u2019Ambassadeur Georges-Picot, au nom de la France, r\u00e9cuse ces accusations et expose les s\u00e9quences ayant conduit aux affrontements, laissant entendre que l\u2019administration tunisienne est d\u00e9bord\u00e9e et qu\u2019elle recourt \u00e0 un double jeu ; il conclut en exprimant le souhait que la n\u00e9gociation se poursuive par la voie diplomatique et sans interf\u00e9rence ext\u00e9rieure. Mongi Slim promet de r\u00e9pondre aux all\u00e9gations de l\u2019Ambassadeur de France \u00e0 la prochaine s\u00e9ance.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Habib%20Bourguiba.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"476\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le Conseil reprend le 4 juin pour \u00e9couter les r\u00e9ponses de la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne. C\u2019est Ahmed Mestiri, ministre de la Justice, qui, venu de Tunis, fait le point de la situation. Il expose les craintes l\u00e9gitimes de la Tunisie du fait des agressions coordonn\u00e9es des forces fran\u00e7aises en Alg\u00e9rie et en Tunisie, du fait de la pr\u00e9sence m\u00eame des troupes \u00e9trang\u00e8res sur notre sol contre notre gr\u00e9, du fait des ambitions d\u2019une arm\u00e9e coloniale que rien n\u2019arr\u00eate et du fait de l\u2019inconsistance des r\u00e9ponses du gouvernement fran\u00e7ais. Il exige l\u2019\u00e9vacuation pure et simple des troupes fran\u00e7aises. L\u2019Ambassadeur de France fait \u00e9tat du message adress\u00e9 le 2 juin par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au Pr\u00e9sident Bourguiba, l\u2019invitant \u00e0 conclure sans retard un accord pour l\u2019\u00e9vacuation des forces fran\u00e7aises de Tunisie, \u00e0 l\u2019exception de Bizerte qui ferait l\u2019objet d\u2019un accord ult\u00e9rieur. L\u2019Ambassadeur offre de conclure le d\u00e9bat sur cette proposition. La derni\u00e8re s\u00e9ance, le 18 juin, ent\u00e9rine les d\u00e9clarations des deux parties qui annoncent l\u2019accord r\u00e9alis\u00e9 la veille, 17 juin, relativement \u00e0 l\u2019\u00e9vacuation des troupes fran\u00e7aises au cours des quatre prochains mois, sur la base du compromis repris dans le message fran\u00e7ais du 2 juin.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/conseil%20de%20secuti%C3%A9.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"512\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>1961 Bizerte, l\u2019ultime bataille de l\u2019\u00e9vacuation<\/h2>\n<p>La bataille de Bizerte est conduite dans le but de r\u00e9aliser l\u2019\u00e9vacuation totale. Un conflit purement militaire n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re concevable. L\u2019enjeu diplomatique, en revanche, est net: la Tunisie peut obtenir la caution internationale pour un droit qui lui est contest\u00e9 mais qui, gr\u00e2ce aux Nations unies, deviendra irr\u00e9cusable. L\u2019\u00e9preuve diplomatique, sans \u00eatre ais\u00e9e, devait \u00eatre tent\u00e9e afin d\u2019arracher la reconnaissance internationale et d\u00e9finitive de ce droit. Tel est le r\u00f4le inestimable de l\u2019ONU.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1961.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"331\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>En vertu de l\u2019\u00e9change de lettres du 17 juin 1958, l\u2019\u00e9vacuation des bases et des a\u00e9roports commence le 3 juillet \u00e0 Remada, suivie des autres installations jusqu\u2019au 11 octobre: Gafsa, Gab\u00e8s, Sfax et les environs de Tunis. C\u2019est alors que la n\u00e9gociation reprend sur la base de Bizerte, mais la Tunisie rompt la n\u00e9gociation en janvier 1960 car la France lie le statut de la base \u00e0 un accord global sur la D\u00e9fense. Ainsi, ce statut s\u2019\u00e9tablit de facto, sans r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finie. En raison de cette ind\u00e9cision, les dirigeants tunisiens maintiennent la pression et posent l\u2019\u00e9vacuation totale et d\u00e9finitive comme un droit.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sadok%20Mokaddem(1).jpg\" alt=\"\" width=\"200\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"175\" align=\"left\"\/>L\u2019exigence de l\u2019\u00e9vacuation totale est une constante du discours politique tunisien. Cinq d\u00e9veloppements ont contribu\u00e9 \u00e0 durcir la revendication. Les entretiens avec le Pr\u00e9sident Eisenhower \u00e0 Tunis (17 d\u00e9cembre 1959) et sa d\u00e9cision annonc\u00e9e le 22 d\u00e9cembre \u00e0 Rabat d\u2019\u00e9vacuer les cinq bases am\u00e9ricaines au Maroc d\u00e9terminent une d\u00e9marche diplomatique: Dr Mokaddem remet le 4 janvier 1960 une Note \u00e0 l\u2019Ambassadeur de France pour h\u00e2ter l\u2019\u00e9vacuation de la base; au lendemain de l\u2019essai nucl\u00e9aire fran\u00e7ais \u00e0 Reggane le 13 f\u00e9vrier 1960, le Pr\u00e9sident Bourguiba tire l\u2019argument que \u00abpour une puissance nucl\u00e9aire, l\u2019existence de bases militaires fixes n\u2019a plus la m\u00eame port\u00e9e strat\u00e9gique: le maintien de la base de Bizerte n\u2019est plus justifi\u00e9\u00bb;le 1er septembre 1960, le Maroc et la France parviennent \u00e0 un accord pour \u00e9vacuer toutes les troupes fran\u00e7aises du Maroc avant le 2 mars 1961; au cours du sommet de Rambouillet le 27 f\u00e9vrier 1961, le Pr\u00e9sident Bourguiba repose le probl\u00e8me de Bizerte sans recevoir une assurance du Pr\u00e9sident de Gaulle; enfin, au cours de ses visites officielles en mai 1961 \u00e0 Washington et \u00e0 Londres, le Pr\u00e9sident Bourguiba recueille aupr\u00e8s du Pr\u00e9sident Kennedy et du Premier ministre Mc Millan la r\u00e9ponse que la base de Bizerte devrait faire l\u2019objet d\u2019une n\u00e9gociation entre la Tunisie et la France; il en d\u00e9duit que la base ne repr\u00e9sente pas un int\u00e9r\u00eat direct pour l\u2019Otan.<\/p>\n<p>Deux r\u00e9ponses fran\u00e7aises repr\u00e9sentent, pour la Tunisie, le t\u00e9moignage d\u2019une politique de d\u00e9robade: une Note remise le 5 f\u00e9vrier 1960 au Dr Mokaddem est ainsi conclue: \u00abIl existe un danger grave et permanent de guerre mondiale; la France doit contribuer \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019Occident\u2026 Bizerte a une position strat\u00e9gique: la France accepte donc de discuter des conditions d\u2019utilisation de la base mais ne consent pas \u00e0 l\u2019\u00e9vacuer pour l\u2019instant \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/MC%20Millan%20et%20Kennedy.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"352\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La crise de Berlin, qui interf\u00e8re ainsi dans le contentieux, est-elle une vraie menace? N\u2019est-elle pas un pr\u00e9texte pour le renvoi ind\u00e9fini de l\u2019\u00e9vacuation? L\u2019autre r\u00e9ponse est une communication, le mois suivant, qui assure que les deux casernes situ\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la ville de Bizerte seront remises aux autorit\u00e9s tunisiennes avant fin octobre. Aucun engagement relativement \u00e0 la base. Bien au contraire, le commandant de la base d\u00e9cide d\u2019entreprendre en avril 1961 des travaux pour allonger la piste d\u2019atterrissage. Une d\u00e9marche formelle de l\u2019Ambassade de France le 4 mai explique que l\u2019allongement projet\u00e9, qui d\u00e9passe de quelques m\u00e8tres la limite de l\u2019enceinte, permettra d\u2019op\u00e9rer un type d\u2019avion plus \u00e9volu\u00e9. La Tunisie estime que la d\u00e9cision d\u2019introduire des am\u00e9nagements de cette nature signifie non pas l\u2019intention d\u2019\u00e9vacuation mais la volont\u00e9 d\u2019occupation prolong\u00e9e. Fin juin, les travaux sont suspendus, tandis qu\u2019un mur est construit, sur ordre des autorit\u00e9s tunisiennes, dans l\u2019axe de la piste, tout contre l\u2019enceinte ext\u00e9rieure de la base. Tout au long du mois suivant, l\u2019escalade est irr\u00e9sistible. Le 4 juillet, des centaines de volontaires tunisiens sont achemin\u00e9s \u00e0 Bizerte et d\u00e9ploy\u00e9s autour de la base, bloquant toute tentative de franchissement. Le 7 juillet, un message pr\u00e9sidentiel est remis au Pr\u00e9sident de Gaulle. Le 17 juillet, le Pr\u00e9sident Bourguiba, dans un discours solennel \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, fixe la date du 19 juillet \u00e0 minuit pour mettre fin au statu quo.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse, l\u2019Amiral Amman, commandant de la base, \u00e9met un ultimatum de 48 heures pour reprendre librement les travaux, tandis que le ministre fran\u00e7ais de l\u2019Information d\u00e9clare le 19 juillet que des renforts de parachutistes sont achemin\u00e9s vers la base de Bizerte. La Tunisie notifie aussit\u00f4t l\u2019interdiction de survol de la base. L\u2019arm\u00e9e tunisienne, qui avait bloqu\u00e9 l\u2019entr\u00e9e du canal et am\u00e9nag\u00e9 des postes de tir, re\u00e7oit l\u2019ordre d\u2019abattre tout avion violant l\u2019interdiction. Quatre navires de guerre, partis de France et d\u2019Alg\u00e9rie, font route vers Bizerte. L\u2019engrenage est fatal.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Amiral%20Amman.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"388\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le 19 juillet, des renforts en hommes et en mat\u00e9riel parviennent \u00e0 la base \u00e0 partir de l\u2019Alg\u00e9rie; les batteries tunisiennes entrent en action, l\u2019aviation fran\u00e7aise riposte, s\u2019attaquant aux d\u00e9fenses anti-a\u00e9riennes et aux civils qui encerclent la base. Pendant trois jours, la guerre fait rage.<\/p>\n<p>Le jeudi 20 juillet, la Tunisie rompt les relations diplomatiques avec la France et d\u00e9pose une plainte au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 \u2018\u2019pour actes d\u2019agression portant atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la Tunisie et mena\u00e7ant la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationales\u2019\u2019. Elle invite le Conseil \u00e0 \u2018\u2019prendre telles mesures qu\u2019il juge n\u00e9cessaires en vue de faire cesser cette agression et de faire \u00e9vacuer le territoire tunisien de toutes les troupes fran\u00e7aises\u2019\u2019. Rappelons que la Tunisie \u00e9tait membre du Conseil au cours des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes et qu\u2019en 1961, le Conseil comprend, \u00e0 part les cinq membres permanents, six autres pays: Equateur (Pr\u00e9sident), Ceylan, Chili, Liberia, R\u00e9publique Arabe Unie et Turquie.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re s\u00e9ance du Conseil se tient le lendemain vendredi 21 juillet \u00e0 14 heures 30 et dure plus de 6 heures. Mongi Slim prend la parole en premier pour pr\u00e9senter les faits et pour affirmer que la Tunisie rejette la pr\u00e9sence de toute force \u00e9trang\u00e8re sur son territoire. L\u2019Ambassadeur de France Armand B\u00e9rard plaide la l\u00e9galit\u00e9 de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise \u00e0 la base de Bizerte en vertu de l\u2019\u00e9change de lettres du 17 juin 1958, et se pr\u00e9vaut de la l\u00e9gitime d\u00e9fense contre les attaques dont la base \u00e9tait l\u2019objet depuis plusieurs semaines. Les repr\u00e9sentants des Etats-Unis et de la Turquie recommandent l\u2019arr\u00eat des combats et le retour au statu quo ante; ceux du Liberia et de l\u2019Urss appuient l\u2019exigence de la Tunisie d\u2019obtenir l\u2019\u00e9vacuation totale des troupes \u00e9trang\u00e8res, rejettent le principe du retour au statu quo et jugent que l\u2019existence m\u00eame de la base fran\u00e7aise contre la volont\u00e9 de la Tunisie est une violation des principes de la Charte. Mongi Slim et Armand B\u00e9rard, usant du droit de r\u00e9ponse, \u00e9l\u00e8vent la vivacit\u00e9 du d\u00e9bat. Dans son message \u00e0 Paris le soir m\u00eame, l\u2019Ambassadeur B\u00e9rard signale: \u00abL\u2019\u00e9tat d\u2019esprit favorable \u00e0 la Tunisie qui r\u00e8gne dans les milieux des Nations unies\u00bb ainsi que \u00abla g\u00eane certaine de nos amis africains \u00e0 notre \u00e9gard.\u00bb<\/p>\n<p>La s\u00e9ance reprend le samedi \u00e0 10 heures. D\u2019embl\u00e9e, Dag Hammarskj\u00f6ld lance un appel au Conseil pour une d\u00e9cision imm\u00e9diate de cessez-le-feu, \u00e0 titre int\u00e9rimaire, sans pr\u00e9juger de l\u2019issue du d\u00e9bat sur le fond. Les membres du Conseil lui font \u00e9cho. Un projet de r\u00e9solution, soumis dans ce sens par le Liberia, est approuv\u00e9 par 10 voix contre z\u00e9ro, la France ayant fait savoir qu\u2019elle ne participerait pas au vote. Auparavant, Mongi Slim pr\u00e9sente le tableau de la situation au cours de la matin\u00e9e m\u00eame, d\u00e9non\u00e7ant les attaques des parachutistes fran\u00e7ais dans la ville de Bizerte et dans un rayon de 50 km autour de la ville.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Dag%20Hammarskj%C3%B6ld.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"459\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Aux termes de la R\u00e9solution int\u00e9rimaire du 22 juillet (S\/4882), le Conseil: \u00abConsid\u00e9rant la gravit\u00e9 de la situation en Tunisie, En attendant la fin des d\u00e9bats sur la question \u00e0 son ordre du jour,<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>1 &#8211;<\/strong><\/span> Demande un cessez-le-feu imm\u00e9diat et le retour de toutes les forces arm\u00e9es \u00e0 leurs positions initiales;<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>2 &#8211;<\/strong><\/span> D\u00e9cide de poursuivre les d\u00e9bats.\u00bb<\/p>\n<p>Le cessez-le-feu entre en vigueur le soir m\u00eame \u00e0 minuit. Au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, les d\u00e9bats reprennent toute la semaine suivante jusqu\u2019au samedi 29 juillet, sans parvenir \u00e0 trancher: aucune r\u00e9solution sur le fond ne recueille la majorit\u00e9 requise. Cette semaine enregistre des d\u00e9veloppements significatifs.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Dag.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"459\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019arr\u00eat des combats n\u2019est pas suivi du retour des forces fran\u00e7aises \u00e0 leur base, ni du rapatriement des renforts. Cette d\u00e9faillance met la France en \u00e9tat de non-respect de la R\u00e9solution du Conseil. Ce constat est relev\u00e9 par tous.<\/li>\n<li>Le 23 juillet, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019invitation du Pr\u00e9sident Bourguiba, Dag Hammarskj\u00f6ld se rend en mission \u00e0 Tunis. Ayant constat\u00e9 le non-respect de la R\u00e9solution 4882 dans son int\u00e9gralit\u00e9, il adresse une lettre \u00e0 Couve de Murville, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de la France; en r\u00e9ponse, il est accus\u00e9 d\u2019avoir rompu l\u2019obligation de neutralit\u00e9 et d\u2019avoir pris parti pour la Tunisie. La voiture officielle qu\u2019il emprunte pour effectuer une visite \u00e0 Bizerte, bien qu\u2019elle porte le fanion des Nations unies, est arr\u00eat\u00e9e dans un barrage dress\u00e9 par les parachutistes fran\u00e7ais \u00e0 10 km de la ville et fouill\u00e9e. Il n\u2019est pas re\u00e7u par le commandant de la base, en d\u00e9pit de la demande qu\u2019il lui avait adress\u00e9e au pr\u00e9alable.<\/li>\n<li>Le 25 juillet, 40 pays africains et asiatiques, rejoints par la Yougoslavie, adressent une lettre au Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9(S\/4896) affirmant \u00able droit souverain qu\u2019ont tous les Etats de ne pas tol\u00e9rer la pr\u00e9sence de forces \u00e9trang\u00e8res ou de bases militaires \u00e9trang\u00e8res sur leur territoire\u2026 Nous soutenons, ajoutent-ils, que le d\u00e9sir explicite de ne pas avoir de forces ou de bases \u00e9trang\u00e8res sur le territoire de la Tunisie doit \u00eatre respect\u00e9\u00bb. La prise de position d\u00e9passe la seule base de Bizerte.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/dag%20bizerte.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"533\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sur le fond, trois projets de R\u00e9solution sont soumis au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, dont deux pr\u00e9sent\u00e9s par Ceylan, le Liberia et la R\u00e9publique Arabe Unie, le troisi\u00e8me par la Turquie. \u00ab Ils ont en commun, rel\u00e8ve Charles Yost, le Repr\u00e9sentant des Etats-Unis, deux \u00e9l\u00e9ments d\u2019importance primordiale : que la R\u00e9solution du 22 juillet soit mise en \u0153uvre imm\u00e9diatement et int\u00e9gralement et, d\u2019autre part, que les parties entament sans tarder des n\u00e9gociations en vue d\u2019un r\u00e8glement d\u00e9finitif du probl\u00e8me de Bizerte, r\u00e8glement qui serait compatible avec la souverainet\u00e9 tunisienne \u00bb. Ce consensus minimal des membres du Conseil, diplomatiquement mais fermement formul\u00e9 par l\u2019Ambassadeur des Etats-Unis, constitue le point fort de la Tunisie. La France, isol\u00e9e, constate le ralliement des alli\u00e9s de l\u2019Otan \u00e0 la th\u00e8se tunisienne quant au fond. Sa seule issue est d\u2019emp\u00eacher la formation d\u2019une majorit\u00e9 de sept voix en faveur d\u2019une quelconque r\u00e9solution. Ses alli\u00e9s, en effet, s\u2019abstiennent quant au vote. Ils \u00e9vitent de qualifier l\u2019agression et de reconna\u00eetre, en vertu de l\u2019Article 40 de la Charte, le non-respect par la France de la R\u00e9solution int\u00e9rimaire, ainsi que le demandait Mongi Slim, sachant que le constat formel, relativement aux deux points, entra\u00eene des sanctions.<\/p>\n<ul>\n<li>Mongi Slim s\u2019attaque enfin \u00e0 un point de substance: l\u2019argument, invoqu\u00e9 dans un communiqu\u00e9 officiel publi\u00e9 le 28 juillet \u00e0 Paris, de la s\u00e9curit\u00e9 nationale au d\u00e9triment des pays tiers. La pr\u00e9tention des puissances qui, au nom de la s\u00e9curit\u00e9, empi\u00e8tent sur la souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des autres pays ne saurait \u00eatre endoss\u00e9e par le Conseil. Cette clarification r\u00e9duit encore la marge de la France et jette la base du recours \u00e0 la session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La d\u00e9faillance du Conseil, qui n\u2019a adopt\u00e9 aucune R\u00e9solution sur le fond, justifie le recours \u00e0 une session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. La proc\u00e9dure requiert l\u2019appui de 50 sur 99 Etats membres. Ce seuil est ais\u00e9ment accessible dans un tel contexte. Or, la perspective d\u2019un d\u00e9bat sur les bases \u00e9trang\u00e8res inqui\u00e8te les Etats-Unis en raison du caract\u00e8re sensible du sujet: le d\u00e9bat ne manquera pas d\u2019accabler l\u2019Occident et de tourner \u00e0 l\u2019avantage de l\u2019Urss. Le 4 ao\u00fbt, le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Dean Rusk se rend \u00e0 Paris pour tenter de persuader Couve de Murville de h\u00e2ter le r\u00e8glement de la question de Bizerte et d\u2019\u00e9pargner aux membres de l\u2019Otan une \u00e9preuve difficile. La France s\u2019en tient \u00e0 la m\u00eame position soutenue devant le Conseil de s\u00e9curit\u00e9. Cette rigidit\u00e9 explique la distance prise par les membres de l\u2019Otan \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France lors de la session. La majorit\u00e9 requise \u00e9tant r\u00e9unie en 10 jours, Hammarskj\u00f6ld lance le 10 ao\u00fbt aux 99 Etats membres les invitations \u00e0 la IIIe session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale le lundi 21 ao\u00fbt \u00e0 10 heures 30 \u2018\u2019afin d\u2019examiner la situation en Tunisie\u2019\u2019. Seule la France d\u00e9clare ne pas y participer.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Couve%20de%20Murville.jpg\" alt=\"\" width=\"746\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"504\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La session s\u2019ouvre sous la pr\u00e9sidence de l\u2019Ambassadeur d\u2019Irlande, Frederick Boland, pr\u00e9sident de la XVe session ordinaire. Il est reconduit, ainsi que le Bureau de l\u2019Assembl\u00e9e. Mongi Slim, dans un discours mod\u00e9r\u00e9, introduit le d\u00e9bat. Une longue liste d\u2019orateurs lui succ\u00e8de (Liberia, Urss, Iran, Ceylan, etc.) parfaitement convergents. Le lendemain, un projet de r\u00e9solution est distribu\u00e9, parrain\u00e9 par 32 pays (africains et asiatiques, ainsi que Yougoslavie et Chypre). La session se poursuit toute la semaine avec deux s\u00e9ances par jour jusqu\u2019au vendredi 25 ao\u00fbt. Une s\u00e9ance de nuit est n\u00e9cessaire ce vendredi pour \u00e9puiser la liste des orateurs et proc\u00e9der au vote du projet de R\u00e9solution.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Frederick%20Boland.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"461\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le long du d\u00e9bat, quelques \u00e9lans d\u2019anticolonialisme radical \u00e9l\u00e8vent la tension, avec des allusions claires \u00e0 la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne. Quant au fond, deux points apportent une nuance \u00e0 la convergence profonde de l\u2019Assembl\u00e9e. Certains membres de l\u2019Otan, relay\u00e9s par des pays neutres, \u00e9mettent des r\u00e9serves sur le libell\u00e9 du paragraphe 4 du pr\u00e9ambule du projet de r\u00e9solution, estim\u00e9 excessif, et qui les incite \u00e0 l\u2019abstention : \u00ab(L\u2019Assembl\u00e9e) convaincue que la pr\u00e9sence des forces arm\u00e9es fran\u00e7aises sur le territoire tunisien contre la volont\u00e9 du gouvernement et du peuple tunisiens constitue une violation de la souverainet\u00e9 de la Tunisie, est une source permanente de frictions internationales et compromet la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationales\u2026\u00bb D\u2019autre part, Adlai Stevenson, qui affirme \u2018\u2019le respect indiscutable de la souverainet\u00e9 tunisienne sur Bizerte\u2019\u2019, \u00e9met la crainte qu\u2019une \u2018\u2019\u00e9tincelle au pire moment ne provoque une conflagration qui nous emportera tous\u2019\u2019\u2026 allusion \u00e0 la crise de Berlin. En tout, 49 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s prennent la parole, dont certains deux ou trois fois. 23 d\u00e9l\u00e9gations interviennent apr\u00e8s le vote, \u00e0 titre d\u2019explication de vote.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Adlai%20Steveson.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"421\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Mongi Slim intervient le dernier jour dans l\u2019apr\u00e8s-midi pour r\u00e9pondre aux interrogations et aux rares r\u00e9serves. Dans la soir\u00e9e, il remonte \u00e0 la tribune en tant que dernier orateur avant le vote. Il rappelle les fondamentaux: le respect de la souverainet\u00e9, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et de la dignit\u00e9 de la Tunisie. Il \u00e9voque l\u2019appel du 18 juin 1940 du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui invitait alors le peuple fran\u00e7ais \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation et qui r\u00e9clamait la solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019appui de la cause nationale. Mongi Slim invite l\u2019Assembl\u00e9e \u00e0 approuver la R\u00e9solution sans opposition. L\u2019Assembl\u00e9e, debout, lui fait une ovation extraordinaire. Le vote, intervenu \u00e0 22 heures, est de 66 voix contre z\u00e9ro, un vote historique interpr\u00e9t\u00e9 comme le Dien Bien Phu diplomatique.<br \/>Trois semaines plus tard, le 17 septembre 1961, Mongi Slim \u00e9tait \u00e9lu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pr\u00e9sident de la XVIe session, avec 96 voix contre z\u00e9ro. Le m\u00eame jour, Dag Hammarskj\u00f6ld succombait dans un accident d\u2019avion dans le ciel du Congo o\u00f9 il se rendait, deux mois apr\u00e8s Bizerte, pour une autre mission de paix.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(49).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"286\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>1985 Hammam-Chatt<\/h2>\n<p class=\"c3\">Le 1er octobre 1985, Isra\u00ebl lance une attaque contre Hammam-Chatt, dans la banlieue sud de Tunis. Dix avions F-15 partis d\u2019Isra\u00ebl traversent la M\u00e9diterran\u00e9e sur 3 000 km et bombardent la localit\u00e9 en bord de mer, si\u00e8ge officiel de la direction palestinienne, faisant pr\u00e8s de 70 morts, dont 58 Palestiniens, et une centaine de bless\u00e9s. Les dommages mat\u00e9riels sont consid\u00e9rables. L\u2019op\u00e9ration est revendiqu\u00e9e par Isra\u00ebl \u00e0 titre de repr\u00e9sailles contre\u2018\u2019un acte terroriste commis \u00e0 Chypre le 25 septembre et qui avait fait trois victimes isra\u00e9liennes\u2019\u2019. A Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche d\u00e9clare que l\u2019attaque \u00e9tait \u2018\u2019une l\u00e9gitime d\u00e9fense contre des actes de terrorisme\u2026 Par principe, conclut-il, une r\u00e9ponse appropri\u00e9e \u00e0 des actes de terrorisme est un acte l\u00e9gitime d\u2019autod\u00e9fense\u2019\u2019. Cette d\u00e9claration heurte le Pr\u00e9sident Bourguiba qui convoque aussit\u00f4t l\u2019Ambassadeur des Etats-Unis et lui signifie que la Tunisie rompra les relations diplomatiques au cas o\u00f9 les Etats-Unis s\u2019opposeraient \u00e0 la condamnation de l\u2019agression au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies.<\/p>\n<p class=\"c3\">Aux Nations unies, le groupe arabe et le Mouvement des non-align\u00e9s tiennent des r\u00e9unions et publient des communiqu\u00e9s condamnant sans r\u00e9serve l\u2019acte d\u2019agression commis contre la Tunisie et contre la direction palestinienne. Le ministre tunisien des Affaires \u00e9trang\u00e8res, M. B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi, se trouvait aux Nations unies, ayant pr\u00e9sent\u00e9 la veille \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e le discours de politique g\u00e9n\u00e9rale. Il entreprend aussit\u00f4t des consultations et d\u00e9cide de d\u00e9poser une \u2018\u2019Demande de convocation imm\u00e9diate du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour qu\u2019il examine la situation r\u00e9sultant de l\u2019agression isra\u00e9lienne\u2019\u2019(S\/17509). Le Conseil comprend, \u00e0 part les cinq membres permanents, les dix pays suivants: Australie, Burkina Faso, Danemark, Egypte, Inde, Madagascar, P\u00e9rou, Tha\u00eflande et Trinit\u00e9 et Tobago.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1985.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"436\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">Le Conseil tient la premi\u00e8re s\u00e9ance le lendemain mercredi 2 octobre \u00e0 11 heures 50 sous la pr\u00e9sidence des Etats-Unis. B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi, premier orateur, introduit la question en qualifiant l\u2019attaque de terrorisme d\u2019Etat et en invitant le Conseil \u00e0 \u00abcondamner l\u2019acte d\u2019agression autant que ses auteurs, \u00e0 exiger des auteurs la r\u00e9paration juste et int\u00e9grale de tous les dommages subis\u2026 et \u00e0 pr\u00e9venir et emp\u00eacher le renouvellement de tels actes de terrorisme commis par un Etat membre.\u00bb Il affirme par ailleurs: \u00abToute pr\u00e9tendue justification de ce forfait ou toute complaisance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses auteurs, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, ne seront que l\u2019expression d\u2019un encouragement \u00e0 l\u2019agression et un satisfecit d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l\u2019agresseur\u2026 Mon pays n\u2019aura d\u2019autre alternative que de les consid\u00e9rer comme un geste inamical dont il saura tirer les conclusions.\u00bb L\u2019allusion \u00e0 la d\u00e9claration de la Maison-Blanche est tr\u00e8s claire. Les orateurs suivants, Kowe\u00eft au nom du groupe arabe, Inde au nom du groupe des Non- Align\u00e9s, Egypte et OLP appuient sans r\u00e9serve la Tunisie.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Francois.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"295\" align=\"left\"\/>Le soir m\u00eame, le projet de R\u00e9solution \u00e9labor\u00e9 par le groupe des Non-Align\u00e9s membres du Conseil, avec la participation de la Tunisie et de l\u2019OLP, \u00e9tait distribu\u00e9. Parall\u00e8lement, l\u2019Ambassadeur de France assure M. Ca\u00efd Essebsi du soutien de la France et l\u2019informe que, sur ordre du Pr\u00e9sident Mitterrand, il avait l\u2019autorisation de se joindre au parrainage de la R\u00e9solution si la Tunisie le souhaite. En revanche, l\u2019Ambassadeur des Etats-Unis l\u2019avertit qu\u2019il a pour instruction d\u2019opposer le veto au projet de R\u00e9solution, les Etats-Unis ne pouvant qualifier Isra\u00ebl d\u2019Etat terroriste ni d\u2019Etat agresseur.<\/p>\n<p class=\"c3\">Le d\u00e9bat se poursuit les 3 et 4 octobre en quatre s\u00e9ances denses et tr\u00e8s largement convergentes, \u00e0 l\u2019appui de la Tunisie. L\u2019Ambassadeur Benyamin Netanyahu, au nom d\u2019Isra\u00ebl, r\u00e9alise l\u2019ampleur de l\u2019offensive diplomatique, y compris le discours tr\u00e8s dur du Repr\u00e9sentant de la France, mais il reste confiant dans le veto des Etats-Unis. Il plaide le caract\u00e8re extraterritorial de Hammam-Chatt, espace d\u00e9volu par la Tunisie \u00e0 l\u2019OLP, le caract\u00e8re criminel de la \u2018\u2019Force 17\u2019\u2019, bas\u00e9e au quartier g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OLP et qui organise et ex\u00e9cute des actes terroristes, et encha\u00eene sur la lutte contre le terrorisme et la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Dans la matin\u00e9e du 4 octobre, jour du vote, la Tunisie d\u00e9cide de modifier deux points du projet de r\u00e9solution initial, \u00e9liminant la notion de terrorisme d\u2019Etat et substituant \u00e0 la disposition \u2018\u2019 (le Conseil) condamne Isra\u00ebl \u2018\u2019 l\u2019expression \u2018\u2019condamne l\u2019acte d\u2019agression arm\u00e9e perp\u00e9tr\u00e9e par Isra\u00ebl\u2019\u2019. Ces amendements visent \u00e0 aider la d\u00e9l\u00e9gation am\u00e9ricaine, apparemment bienveillante, \u00e0 surmonter les objections formelles exprim\u00e9es par le g\u00e9n\u00e9ral Vernon Walters, Repr\u00e9sentant des Etats-Unis et Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, et qui justifiaient l\u2019usage du veto. Walters rel\u00e8ve en effet les amendements introduits par la Tunisie et s\u2019adresse au ministre B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi pour s\u2019assurer que le texte amend\u00e9 \u00e9tait bien le projet de R\u00e9solution d\u00e9finitif.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/BCE%20onu.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"383\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">Sur cette base, il s\u2019empresse d\u2019obtenir, \u00e0 la derni\u00e8re minute, l\u2019accord du Pr\u00e9sident Reagan pour renoncer au veto et \u00e9mettre un vote d\u2019abstention. Ce renversement prend de court la d\u00e9l\u00e9gation isra\u00e9lienne qui n\u2019a pas le temps de redresser le sens du vote et qui enregistre avec accablement l\u2019adoption de la R\u00e9solution tunisienne (S\/573) par 14 voix contre z\u00e9ro, avec l\u2019abstention des Etats-Unis. Pour sa part, la Tunisie enregistre le premier vote o\u00f9 le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 prononce la condamnation explicite d\u2019un acte d\u2019agression attribu\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl.<\/p>\n<p class=\"c3\">La R\u00e9solution mentionne \u00e9galement que \u00abla Tunisie \u00e0 droit \u00e0 des r\u00e9parations appropri\u00e9es comme suite aux pertes en vies humaines et aux d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels dont elle a \u00e9t\u00e9 victime et dont Isra\u00ebl a reconnu \u00eatre responsable\u00bb. La Tunisie pr\u00e9sente ainsi au Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, le 13 d\u00e9cembre 1985, un rapport d\u00e9taill\u00e9 de 127 pages sur les dommages subis comme suite au bombardement de Hammam- Chatt. La commission d\u2019enqu\u00eate constitu\u00e9e par le gouvernement \u00e9tablit le nombre des victimes \u00e0 68 morts (50 Palestiniens et 18 Tunisiens) et \u00e9value les d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels \u00e0 cette date \u00e0 5 432 125 dinars. En r\u00e9ponse, Isra\u00ebl accepte d\u2019honorer l\u2019obligation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Tunisie moyennant une n\u00e9gociation entre les deux gouvernements. La Tunisie rejette la condition et maintient ses droits.<\/p>\n<h2>1988 Assassinat de Khalil al-Wazir (Abou Jihad)<\/h2>\n<p class=\"c3\">Le samedi 16 avril 1988 \u00e0 1h 30 du matin, \u00e0 Sidi Bou Sa\u00efd, dans la banlieue nord de Tunis, un commando arm\u00e9 de mitraillettes munies de silencieux s\u2019introduit dans la r\u00e9sidence de Khalil al-Wazir, membre du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif de l\u2019OLP et, apr\u00e8s avoir abattu trois gardes (un Tunisien et deux Palestiniens), tue Khalil al-Wazir en pr\u00e9sence de son \u00e9pouse et de sa fille. Le commando quitte les lieux \u00e0 1 h 44 \u00e0 bord de trois v\u00e9hicules retrouv\u00e9s plus loin sur la plage de Raoued, \u00e0 15 km de Sidi Bou Sa\u00efd. Pendant que se d\u00e9roule l\u2019op\u00e9ration, un Boeing 707 portant embl\u00e8me isra\u00e9lien et immatricul\u00e9 4X977 survolait les c\u00f4tes tunisiennes et provoquait l\u2019interruption des communications dans la zone de l\u2019attentat. La responsabilit\u00e9 isra\u00e9lienne est \u00e9vidente.<\/p>\n<p class=\"c3\">M. Mahmoud Mestiri, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, se rend aux Nations unies. Le 19 avril, la Tunisie demande la r\u00e9union d\u2019urgence du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour examiner la situation cr\u00e9\u00e9e par cette nouvelle agression contre son int\u00e9grit\u00e9 territoriale et sa souverainet\u00e9 (document S\/19798). La demande mentionne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9cidive. Le Conseil se compose des cinq membres permanents et des dix pays suivants: Zambie (Pr\u00e9sident), Alg\u00e9rie, Argentine, Br\u00e9sil, Allemagne (RFA), Italie, Japon, N\u00e9pal, S\u00e9n\u00e9gal et Yougoslavie.<\/p>\n<p class=\"c3\">Le 20 avril, Perez de Cuellar, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, condamne dans un communiqu\u00e9 l\u2019assassinat et se dit \u00abextr\u00eamement pr\u00e9occup\u00e9 par ce qui para\u00eet \u00eatre une nouvelle atteinte par Isra\u00ebl \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la Tunisie\u00bb et rappelle la R\u00e9solution 573 et le pr\u00e9c\u00e9dent de Hammam-Chatt. Le lendemain, les pays membres de l\u2019Organisation de la Conf\u00e9rence islamique et le Bureau de coordination des pays non align\u00e9s tiennent des r\u00e9unions et publient des communiqu\u00e9s condamnant vigoureusement Isra\u00ebl pour l\u2019assassinat d\u2019Abou Jihad, tout en rappelant le pr\u00e9c\u00e9dent de Hammam-Chatt. Le 21 avril, la Mission permanente d\u2019Isra\u00ebl aupr\u00e8s des Nations unies publie un communiqu\u00e9 rejetant toute responsabilit\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration objet du d\u00e9bat au Conseil de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c3\">Le d\u00e9bat du Conseil s\u2019ouvre le jeudi 21 avril \u00e0 11 heures sous la pr\u00e9sidence de la Zambie. Mahmoud Mestiri, s\u2019exprimant en arabe, introduit la question. Il pr\u00e9sente les faits et s\u2019attache \u00e0 \u00e9tablir la responsabilit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl en se fondant sur les d\u00e9clarations enthousiastes des dirigeants isra\u00e9liens, les f\u00e9licitations d\u2019Yitzhak Shamir, Premier ministre, pour ceux qui ont ex\u00e9cut\u00e9 Abou Jihad et sur les rapports de presse occidentaux qui incriminent directement Isra\u00ebl et qui invoquent des sources militaires.<\/p>\n<p class=\"c3\">Les orateurs suivants, les Repr\u00e9sentants de l\u2019OLP (Nasser Al-Kidwa), la Syrie au nom du groupe arabe, la Jordanie au nom de l\u2019OCI, la France, le Royaume-Uni, le S\u00e9n\u00e9gal et l\u2019Alg\u00e9rie condamnent l\u2019assassinat du leader palestinien, expriment leur solidarit\u00e9 avec la Tunisie et, pour les Occidentaux, s\u2019abstiennent de mentionner Isra\u00ebl, tandis que les autres rattachent l\u2019acte \u00e0 Isra\u00ebl. L\u2019Ambassadeur de Jordanie cite des extraits d\u2019un article substantiel du Washington Post dat\u00e9 du 21 avril qui, sur la base d\u2019une enqu\u00eate \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00e9tablit la responsabilit\u00e9 directe du gouvernement isra\u00e9lien : la d\u00e9cision \u00e9tait prise au cours de deux r\u00e9unions d\u2019un cabinet restreint de dix membres. Parmi eux, Eizer Weizman, Shimon Peres et Yitshak Navon, r\u00e9serv\u00e9s au d\u00e9part, ont gard\u00e9 le silence ou \u00e9taient absents \u00e0 la seconde r\u00e9union. La mission est planifi\u00e9e et ex\u00e9cut\u00e9e par un commando sp\u00e9cial de l\u2019arm\u00e9e nomm\u00e9 Sayeret Matkal (une unit\u00e9 de reconnaissance de l\u2019Etat-Major); l\u2019op\u00e9ration de samedi matin \u00e0 Tunis \u00e9tait suivie \u00e0 partir d\u2019un Boeing 707 par des officiers sup\u00e9rieurs qui gardaient un contact radio continu avec l\u2019\u00e9quipe \u00e0 terre. Ces r\u00e9v\u00e9lations sont suivies le lendemain par une tr\u00e8s large couverture des m\u00e9dias isra\u00e9liens qui placent l\u2019arm\u00e9e et les services sp\u00e9ciaux au c\u0153ur de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"c3\">Les s\u00e9ances suivantes du Conseil se tiennent le vendredi 22 (matin et soir) et le lundi 25 avril, jour du vote. Dans l\u2019ensemble, 49 orateurs interviennent dans le d\u00e9bat. Isra\u00ebl s\u2019en abstient. Sur le fond, seul le point relatif \u00e0 la responsabilit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl fait la controverse. Ce point a clairement d\u00e9marqu\u00e9 les d\u00e9l\u00e9gations li\u00e9es \u00e0 la sph\u00e8re occidentale de tous les autres qui d\u00e9noncent le terrorisme d\u2019Etat et rattachent l\u2019assassinat d\u2019Abou Jihad aux services isra\u00e9liens, ainsi que le r\u00e9v\u00e9laient d\u00e9sormais les m\u00e9dias isra\u00e9liens. Les Repr\u00e9sentants de l\u2019Urss, de l\u2019Ukraine et de la Chine sont particuli\u00e8rement percutants: ils impliquent ouvertement le gouvernement et les services sp\u00e9ciaux isra\u00e9liens. Les d\u00e9l\u00e9gations occidentales condamnent certes le terrorisme et d\u00e9noncent la m\u00e9thode de l\u2019assassinat politique, mais en \u00e9vitant scrupuleusement d\u2019impliquer Isra\u00ebl. La France, l\u2019Allemagne et les Etats-Unis, de m\u00eame que le Br\u00e9sil et l\u2019Argentine, ne mentionnent pas Isra\u00ebl; l\u2019Italie et le Japon reconnaissent des pr\u00e9somptions accablantes contre Isra\u00ebl mais se d\u00e9clarent pr\u00eats \u00e0 examiner les \u00e9l\u00e9ments de preuve; la Turquie lance tout juste une allusion; le Royaume-Uni exon\u00e8re Isra\u00ebl.<\/p>\n<p class=\"c3\">Pour la Tunisie, il \u00e9tait important d\u2019\u00e9viter l\u2019\u00e9chec d\u2019un d\u00e9bat sans conclusion et sans r\u00e9solution. Il \u00e9tait possible, suivant la formulation du projet de r\u00e9solution, de sauver le fond et d\u2019\u00e9viter le veto. Le consensus condamnant l\u2019acte d\u2019agression devait \u00eatre mis \u00e0 profit et constituer la base de la r\u00e9solutions; Isra\u00ebl devait \u00eatre mentionn\u00e9, quitte \u00e0 l\u2019impliquer indirectement, faute de pouvoir le condamner comme le veut la majorit\u00e9 \u00e9crasante des Nations unies. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au cours des consultations, menacent de veto toute R\u00e9solution condamnant Isra\u00ebl d\u00e8s lors que sa responsabilit\u00e9, disent-ils, n\u2019est pas \u00e9tablie formellement. De ce fait, le compromis pouvant concilier l\u2019exigence de la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne et le non-veto a consist\u00e9 \u00e0 placer un alin\u00e9a relatif \u00e0 Isra\u00ebl dans le pr\u00e9ambule et non pas dans le dispositif du projet de R\u00e9solution. Cet alin\u00e9a, sobre et objectif, se pr\u00e9sente ainsi: \u00ab (Le Conseil) consid\u00e9rant que dans sa R\u00e9solution 573 (1985), adopt\u00e9e \u00e0 la suite de l\u2019acte d\u2019agression commis le 1er octobre 1985 par Isra\u00ebl contre la souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la Tunisie, il avait condamn\u00e9 Isra\u00ebl et exig\u00e9 qu\u2019il s\u2019abstienne de perp\u00e9trer de tels actes d\u2019agression ou de menacer de le faire. \u00bbEnsuite, le dispositif de la R\u00e9solution commence par: \u00ab (Le Conseil) condamne avec vigueur l\u2019agression perp\u00e9tr\u00e9e le 16 avril 1988 contre la souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la Tunisie, en violation flagrante de la Charte des Nations unies, du droit et des normes de conduite internationaux\u00bb. Cette formule, laborieusement n\u00e9goci\u00e9e, est finalement accept\u00e9e par l\u2019ensemble des membres du Conseil.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(50).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"1228\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">Passant au vote, le Conseil adopte la R\u00e9solution (S\/611) par 14 voix contre z\u00e9ro, avec l\u2019abstention des Etats-Unis. Avant le vote, le Repr\u00e9sentant des Etats-Unis demande la parole pour d\u00e9clarer son abstention, tout en d\u00e9plorant que le projet de R\u00e9solution use de termes relevant du Chapitre VII de la Charte (relatif aux sanctions). Apr\u00e8s le vote, le Repr\u00e9sentant du Royaume-Uni d\u00e9clare qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9 de voter en faveur du projet bien qu\u2019il regrette l\u2019existence de l\u2019alin\u00e9a qui mentionne la R\u00e9solution 573, qu\u2019il estime hors contexte.<\/p>\n<p class=\"c3\">Mahmoud Mestiri, prenant la parole en dernier, en conclusion du d\u00e9bat, tire les conclusions et brise la chape d\u2019hypocrisie qui avait emp\u00each\u00e9 le parfait consensus. Il se f\u00e9licite de l\u2019adoption de la R\u00e9solution et encha\u00eene: \u00ab \u2026Nous avons d\u00fb faire un effort, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile, pour nous satisfaire de cette d\u00e9cision qui, somme toute, r\u00e9pond pour l\u2019essentiel aux pr\u00e9occupations de notre peuple. Finalement, l\u2019agression est d\u00e9nonc\u00e9e et condamn\u00e9e et l\u2019agresseur est quand m\u00eame d\u00e9sign\u00e9\u2026<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(51).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"877\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">Notre gratitude va aussi \u00e0 ceux qui, malgr\u00e9 les pressions exerc\u00e9es sur eux, d\u2019une fa\u00e7on parfois peu \u00e9l\u00e9gante, ont quand m\u00eame, au nom de la morale, et cela les honore, \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de la responsabilit\u00e9 que leur conf\u00e8re la Charte\u2026Nous savons, nous, au-del\u00e0 de tout doute, qui est l\u2019agresseur, et la quasi-totalit\u00e9 de ceux qui ont pris la parole ont bien d\u00e9sign\u00e9 cet agresseur\u00bb. Malte, ajoute-t-il, apporte des \u00e9l\u00e9ments de preuve suppl\u00e9mentaires relativement \u00e0 l\u2019avion militaire isra\u00e9lien qui a survol\u00e9 notre espace a\u00e9rien. Le Liban fournit des d\u00e9tails sur les agents isra\u00e9liens impliqu\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(34).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"965\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">La Tunisie a adress\u00e9 des messages de remerciements \u00e0 Andrei Gromyko et \u00e0 Valentina Chevtchenko, Pr\u00e9sidents respectifs du Soviet Supr\u00eame de l\u2019Urss et du Soviet Supr\u00eame d\u2019Ukraine, pour leur ferme soutien \u00e0 la cause tunisienne lors du d\u00e9bat au Conseil de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h2>R\u00e9v\u00e9lations du quotidien Yediot Aharonot du 1er novembre 2012<\/h2>\n<p class=\"c3\">Le 1er novembre 2012, le quotidien isra\u00e9lien Yediot Aharonot publie des informations pr\u00e9cises sur l\u2019op\u00e9ration men\u00e9e le 16 avril 1988 \u00e0 Tunis. Il publie l\u2019identit\u00e9 et la photo du soldat isra\u00e9lien Nahum Lev qui a dirig\u00e9 le commando et qui avait \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par le journal en 2000. Mais le journal n\u2019a eu l\u2019autorisation de publier l\u2019information qu\u2019en novembre 2012. Pr\u00e8s de six mois de n\u00e9gociations \u00e9taient n\u00e9cessaires pour obtenir l\u2019autorisation de publier les r\u00e9v\u00e9lations. Nous reproduisons la substance de l\u2019article.<\/p>\n<p class=\"c3\">Le but avou\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration est d\u2019\u00e9liminer le chef militaire de l\u2019OLP afin d\u2019endiguer la premi\u00e8re intifada palestinienne \u00e9clat\u00e9e quelques mois plus t\u00f4t, en d\u00e9cembre 1987.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2012.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" hspace=\"5\" height=\"294\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">L\u2019op\u00e9ration \u00e9tait commandit\u00e9e par Mosh\u00e9 Yaalon, le ministre en exercice des Affaires strat\u00e9giques d\u2019Isra\u00ebl. L\u2019unit\u00e9 Kissiria du Mossad et l\u2019unit\u00e9 commando Sayeret Matkal ont conduit l\u2019op\u00e9ration. Le d\u00e9barquement des soldats isra\u00e9liens eut lieu le 16 avril 1988 dans les eaux tunisiennes, l\u00e0 o\u00f9 ils ont retrouv\u00e9 les hommes de l\u2019unit\u00e9 Kissiria qui sont arriv\u00e9s en Tunisie deux jours auparavant. 26 soldats, r\u00e9partis en groupes, ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"c3\">Nahum Lev, fils du professeur isra\u00e9lien Zaiev Lev, le premier officier religieux \u00e0 l\u2019unit\u00e9 sp\u00e9ciale Sayeret Matkal, a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait aucunement h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 ouvrir le feu sur Abou Jihad. A la t\u00eate d\u2019un groupe de huit membres, il devait p\u00e9n\u00e9trer dans la maison d\u2019Abou Jihad. Le commando est descendu \u00e0 une distance d\u2019un demi-km. A son arriv\u00e9e, il a ouvert le feu sur les deux gardiens et le jardinier puis il est mont\u00e9 au 2\u00e8me \u00e9tage. Il a tir\u00e9 des balles en rafales sur Abou Jihad sous les yeux de son \u00e9pouse, d\u2019autres soldats se sont assur\u00e9s qu\u2019il est bien mort. Nahum Lev n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 tirer sur Abou Jihad, mais il se serait \u00abassur\u00e9 de sa mort\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c3\">Dans l\u2019interview, Lev raconte: \u00abNous \u00e9tions masqu\u00e9s et avons fait irruption dans la maison. On a vu le garde du corps d\u2019Abou Jihad et on l\u2019a descendu aussi vite. On est mont\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tage o\u00f9 se tenait Abou Jihad. Il nous attendait. Il a tir\u00e9 le premier. Puis j\u2019ai tir\u00e9 une rafale, mais je me gardais bien de viser sa femme. Il \u00e9tait mort. Ce n\u2019\u00e9tait pas un moment facile ou agr\u00e9able. Sa femme se tenait l\u00e0, voulant se pr\u00e9cipiter vers lui\u2026 Mais elle ne pouvait bouger, comme nous lui en avions intim\u00e9 l\u2019ordre.\u00bb Quelques mois apr\u00e8s avoir fait cette confession, le soldat isra\u00e9lien Nahum Lev trouvait la mort en moto dans un accident de la route en 2000.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Ahmed Ouna\u00efes<\/strong><br \/><em>Ancien Ambassadeur<\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(20).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27222-cinq-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1952 Internationalisation de la question tunisienne La Tunisie s\u2019est adress\u00e9e au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en janvier 1952, en r\u00e9action au rejet par la France, le 15 d\u00e9cembre 1951, de la demande d\u2019accession de la Tunisie \u00e0 l\u2019autonomie interne. 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