{"id":41359,"date":"2019-06-18T10:16:00","date_gmt":"2019-06-18T14:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/il-y-a-67-ans-le-premier-recours-tunisien-au-conseil-de-securite-1952-internationalisation-de-la-question-tunisienne\/"},"modified":"2019-06-18T10:16:00","modified_gmt":"2019-06-18T14:16:00","slug":"il-y-a-67-ans-le-premier-recours-tunisien-au-conseil-de-securite-1952-internationalisation-de-la-question-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/il-y-a-67-ans-le-premier-recours-tunisien-au-conseil-de-securite-1952-internationalisation-de-la-question-tunisienne\/","title":{"rendered":"Il y a 67 ans, le premier recours tunisien au conseil de s\u00e9curit\u00e9: 1952 Internationalisation de la question tunisienne"},"content":{"rendered":"<p>La Tunisie s\u2019est adress\u00e9e au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 cinq reprises : la premi\u00e8re fois fut en janvier 1952, en r\u00e9action au rejet par la France, le 15 d\u00e9cembre 1951, de la demande d\u2019accession de la Tunisie \u00e0 l\u2019autonomie interne. La lettre, adress\u00e9e au Pr\u00e9sident du Conseil et dat\u00e9e du 12 janvier 1952, est sign\u00e9e par Mhamed Chenik, Premier ministre. Dans cette lettre, le gouvernement tunisien d\u00e9nonce le non-respect par la France du Trait\u00e9 du 12 mai 1881, notamment le rejet du principe d\u2019autonomie interne, et pose plus largement la question du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n<p>Le gouvernement demande au Conseil de \u00abdonner \u00e0 ce diff\u00e9rend une solution conforme \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9\u00bb. La plainte est d\u00e9pos\u00e9e le 14 janvier aupr\u00e8s du Cabinet du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Trygve Lie, par deux membres du Gouvernement, Salah Ben Youssef, ministre de la Justice, et Mohammed Badra, ministre des Affaires sociales. A cette date, la VIe session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU se tenait exceptionnellement \u00e0 Paris, au Palais de Chaillot.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/salah%20ben%20youssef%20-palais%20.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"449\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sur la base de la plainte tunisienne (class\u00e9e S\/2571), quinze pays arabes et asiatiques adressent le 30 janvier 1952 une lettre collective au Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 attirant son attention sur \u00abla gravit\u00e9 de la situation en Tunisie\u00bb. Mais c\u2019est seulement en avril, apr\u00e8s la fin de la pr\u00e9sidence du Conseil par la Hollande, et sous la pr\u00e9sidence du Pakistan, que la plainte pouvait \u00eatre s\u00e9rieusement examin\u00e9e. Le 2 avril, 11 d\u00e9l\u00e9gations arabes et asiatiques adressent une lettre au Pr\u00e9sident du Conseil pour lui demander d\u2019inscrire la question tunisienne \u00e0 l\u2019ordre du jour. Ce sont le Pakistan, l\u2019Afghanistan, la Birmanie, l\u2019Egypte, l\u2019Inde, l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019Iran, l\u2019Irak, les Philippines, l\u2019Arabie Saoudite et le Y\u00e9men. Ils sont bient\u00f4t rejoints par le Liban, la Syrie, l\u2019Ethiopie et le Liberia, soit 15 pays en tout. Ces d\u00e9marches consacrent l\u2019internationalisation de la question tunisienne.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Salah%20Ben%20Youssef1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"634\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Zafrullah%20khan.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"199\" align=\"right\"\/>La s\u00e9ance du Conseil est ouverte le 4 avril 1952 sous la pr\u00e9sidence de Sir Zafrullah Khan, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Pakistan. Avant de pouvoir aborder le fond, le Conseil doit d\u2019abord approuver l\u2019inscription m\u00eame de la question \u00e0 l\u2019ordre du jour. S\u2019agissant d\u2019une question de proc\u00e9dure, la majorit\u00e9 de 7 voix sur 11, sans droit de veto, suffit pour valider la d\u00e9cision. Un tel format limite le d\u00e9bat aux seuls membres du Conseil sans possibilit\u00e9 pour les autres Etats d\u2019y participer, notamment ceux qui ont parrain\u00e9 la demande d\u2019inscription. La composition du Conseil, \u00e0 cette date, s\u2019\u00e9tend aux cinq membres permanents (Chine, France, Royaume-Uni, Etats-Unis et Urss) et \u00e0 six autres pays: le Br\u00e9sil, le Chili, la Gr\u00e8ce, la Hollande, le Pakistan et la Turquie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Henri%20Hoppenot.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"219\" align=\"left\"\/>Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la France, l\u2019Ambassadeur Henri Hoppenot, prend la parole en premier pour d\u00e9clarer son opposition \u00e0 l\u2019inscription, plaidant la non-comp\u00e9tence du Conseil, et pour s\u2019efforcer de justifier, quant au fond, la politique fran\u00e7aise en Tunisie. Sir Zafrullah Khan introduit l\u2019affaire tunisienne: c\u2019est la premi\u00e8re pr\u00e9sentation de la cause tunisienne devant les Nations unies. Il d\u00e9nonce les violations par la France des conventions qui lient les deux pays, la politique discriminatoire de l\u2019administration coloniale ainsi que les mesures de r\u00e9pression des libert\u00e9s ayant port\u00e9 la crise \u00e0 un point tel qu\u2019il menace la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationale: un r\u00e9quisitoire implacable contre la politique coloniale de la France en Tunisie.<\/p>\n<p>Dans la suite du d\u00e9bat, le 10 et le 14 avril, seuls les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Royaume-Uni, Sir Gladwyn Jebb, et de la Hollande, Von Balluseck, soutiennent la th\u00e8se de la non-comp\u00e9tence du Conseil. La Gr\u00e8ce et la Turquie invitent les deux parties \u00e0 surmonter la crise par le dialogue et la n\u00e9gociation. Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des Etats-Unis soutient le droit de tous les pays de faire appel aux Nations unies pour tenter de surmonter les crises par les moyens pacifiques. Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019Urss, de la Chine (la Chine nationaliste \u00e0 l\u2019\u00e9poque), du Br\u00e9sil, du Chili et du Pakistan approuvent l\u2019inscription et affirment la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir la politique de d\u00e9colonisation et de lib\u00e9ration des peuples conform\u00e9ment au principe d\u2019autod\u00e9termination. Les repr\u00e9sentants du Pakistan, Sir Zafrullah Khan, ou l\u2019Ambassadeur Ahmed Boukhari, interviennent trois fois pour r\u00e9pliquer aux interventions des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s fran\u00e7ais et britannique.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Gladwyn.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"513\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le vote, intervenu le 14 avril dans la soir\u00e9e, donne cinq voix favorables \u00e0 l\u2019inscription (Urss, Chine, Chili, Br\u00e9silet Pakistan), deux voix contre (France et Royaume-Uni) et quatre abstentions (Etats- Unis, Gr\u00e8ce, Hollande et Turquie). Il aurait suffi de sept voix pour obtenir l\u2019inscription. Les abstentions ont pes\u00e9 plus lourd que les voix hostiles.<\/p>\n<p>Fallait-il ent\u00e9riner le rejet?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/lettre(7).jpg\" alt=\"\" width=\"300\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"431\" align=\"right\"\/>Le 20 juin, treize d\u00e9l\u00e9gations arabes et asiatiques ayant parrain\u00e9 la plainte au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 demandent la convocation d\u2019une session sp\u00e9ciale de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sur la question tunisienne. La requ\u00eate recueille 23 r\u00e9ponses favorables, alors qu\u2019il en fallait 31; les pays occidentaux recommandaient en particulier d\u2019attendre l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de la session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e. La question tunisienne \u00e9tait en effet inscrite le 16 octobre 1952 \u00e0 l\u2019ordre du jour de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale (VIIe session) avec l\u2019appui total des pays arabes, asiatiques et latino-am\u00e9ricains, et avec le vote positif des Etats-Unis. Depuis lors, les questions tunisienne et marocaine sont inscrites et d\u00e9battues aux sessions de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Le 30 septembre 1955, la question alg\u00e9rienne est inscrite en d\u00e9pit de la recommandation n\u00e9gative du Bureau de l\u2019Assembl\u00e9e par un vote majoritaire de l\u2019Assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re.<\/p>\n<p>Signalons trois faits significatifs. L\u2019ouverture du d\u00e9bat sur la question tunisienne le 4 avril 1952 co\u00efncide avec l\u2019inauguration de la Salle du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 qui \u00e9tait offerte \u00e0 l\u2019ONU, quant aux \u00e9quipements et \u00e0 la d\u00e9coration, par le Royaume de Norv\u00e8ge. La s\u00e9ance du Conseil, qui se tient pour la premi\u00e8re fois dans la salle qui lui est consacr\u00e9e, commence donc par l\u2019hommage rendu \u00e0 la Norv\u00e8ge avant d\u2019aborder la question tunisienne. D\u2019autre part, Bahi Ladgham venait tout juste d\u2019ouvrir \u00e0 New York le Bureau tunisien de lib\u00e9ration nationale (Tunisian Office for National Liberation), source d\u2019information essentielle des d\u00e9l\u00e9gations amies, et qui sera inaugur\u00e9 solennellement quelques semaines plus tard le 20 juin 1952.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/taher%20ben%20ammar.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"179\" align=\"left\"\/>Bahi Ladgham \u00e9tait pr\u00e9sent \u00e0 toutes les s\u00e9ances en compagnie de Farhat Hached qui, pour sa part, avait rejoint New York sp\u00e9cialement pour assister au d\u00e9bat sur la question tunisienne. A son retour \u00e0 Tunis le 30 avril, Farhat Hached, qui \u00e9tait accompagn\u00e9 de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la CISL, est soumis \u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019El Aouina \u00e0 une fouille minutieuse par la police fran\u00e7aise qui confisque son passeport et tous ses documents; le 2 mai, il est longuement re\u00e7u par Lamine Bey auquel il rapporte les faits dans le d\u00e9tail. Enfin, le 12 avril 1955, alors que les n\u00e9gociations d\u2019autonomie interne \u00e9taient avanc\u00e9es, et avant la signature des Conventions, Sir Gladwyn Jebb se rend \u00e0 Tunis en qualit\u00e9 d\u2019Ambassadeur du Royaume-Uni \u00e0 Paris, et demande une audience aupr\u00e8s du Premier ministre Tahar Ben Ammar qui le re\u00e7oit longuement au Palais du Gouvernement \u00e0 la Kasbah.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(20).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(20).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27310-il-y-a-67-ans-le-premier-recours-tunisien-au-conseil-de-securite-1952-internationalisation-de-la-question-tunisienne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie s\u2019est adress\u00e9e au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 cinq reprises : la premi\u00e8re fois fut en janvier 1952, en r\u00e9action au rejet par la France, le 15 d\u00e9cembre 1951, de la demande d\u2019accession de la Tunisie \u00e0 l\u2019autonomie interne. La lettre, adress\u00e9e au Pr\u00e9sident du Conseil et dat\u00e9e du 12 janvier 1952, est sign\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":41360,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-41359","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41359"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41359\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}