{"id":41752,"date":"2019-06-20T15:33:00","date_gmt":"2019-06-20T19:33:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite-1961-bizerte-lultime-bataille-de-levacuation\/"},"modified":"2019-06-20T15:33:00","modified_gmt":"2019-06-20T19:33:00","slug":"les-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite-1961-bizerte-lultime-bataille-de-levacuation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite-1961-bizerte-lultime-bataille-de-levacuation\/","title":{"rendered":"Les recours tunisiens au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 : 1961 Bizerte, l\u2019ultime bataille de l\u2019\u00e9vacuation"},"content":{"rendered":"<p>La bataille de Bizerte est conduite dans le but de r\u00e9aliser l\u2019\u00e9vacuation totale. Un conflit purement militaire n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re concevable. L\u2019enjeu diplomatique, en revanche, est net: la Tunisie peut obtenir la caution internationale pour un droit qui lui est contest\u00e9 mais qui, gr\u00e2ce aux Nations unies, deviendra irr\u00e9cusable. L\u2019\u00e9preuve diplomatique, sans \u00eatre ais\u00e9e, devait \u00eatre tent\u00e9e afin d\u2019arracher la reconnaissance internationale et d\u00e9finitive de ce droit. Tel est le r\u00f4le inestimable de l\u2019ONU.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-1(30).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"427\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>En vertu de l\u2019\u00e9change de lettres du 17 juin 1958, l\u2019\u00e9vacuation des bases et des a\u00e9roports commence le 3 juillet \u00e0 Remada, suivie des autres installations jusqu\u2019au 11 octobre: Gafsa, Gab\u00e8s, Sfax et les environs de Tunis. C\u2019est alors que la n\u00e9gociation reprend sur la base de Bizerte, mais la Tunisie rompt la n\u00e9gociation en janvier 1960 car la France lie le statut de la base \u00e0 un accord global sur la D\u00e9fense. Ainsi, ce statut s\u2019\u00e9tablit de facto, sans r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finie. En raison de cette ind\u00e9cision, les dirigeants tunisiens maintiennent la pression et posent l\u2019\u00e9vacuation totale et d\u00e9finitive comme un droit.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sadok%20Mokaddem(1).jpg\" alt=\"\" width=\"200\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"175\" align=\"left\"\/>L\u2019exigence de l\u2019\u00e9vacuation totale est une constante du discours politique tunisien. Cinq d\u00e9veloppements ont contribu\u00e9 \u00e0 durcir la revendication. Les entretiens avec le Pr\u00e9sident Eisenhower \u00e0 Tunis (17 d\u00e9cembre 1959) et sa d\u00e9cision annonc\u00e9e le 22 d\u00e9cembre \u00e0 Rabat d\u2019\u00e9vacuer les cinq bases am\u00e9ricaines au Maroc d\u00e9terminent une d\u00e9marche diplomatique: Dr Mokaddem remet le 4 janvier 1960 une Note \u00e0 l\u2019Ambassadeur de France pour h\u00e2ter l\u2019\u00e9vacuation de la base; au lendemain de l\u2019essai nucl\u00e9aire fran\u00e7ais \u00e0 Reggane le 13 f\u00e9vrier 1960, le Pr\u00e9sident Bourguiba tire l\u2019argument que \u00abpour une puissance nucl\u00e9aire, l\u2019existence de bases militaires fixes n\u2019a plus la m\u00eame port\u00e9e strat\u00e9gique: le maintien de la base de Bizerte n\u2019est plus justifi\u00e9\u00bb;le 1er septembre 1960, le Maroc et la France parviennent \u00e0 un accord pour \u00e9vacuer toutes les troupes fran\u00e7aises du Maroc avant le 2 mars 1961; au cours du sommet de Rambouillet le 27 f\u00e9vrier 1961, le Pr\u00e9sident Bourguiba repose le probl\u00e8me de Bizerte sans recevoir une assurance du Pr\u00e9sident de Gaulle; enfin, au cours de ses visites officielles en mai 1961 \u00e0 Washington et \u00e0 Londres, le Pr\u00e9sident Bourguiba recueille aupr\u00e8s du Pr\u00e9sident Kennedy et du Premier ministre Mc Millan la r\u00e9ponse que la base de Bizerte devrait faire l\u2019objet d\u2019une n\u00e9gociation entre la Tunisie et la France; il en d\u00e9duit que la base ne repr\u00e9sente pas un int\u00e9r\u00eat direct pour l\u2019Otan.<\/p>\n<p>Deux r\u00e9ponses fran\u00e7aises repr\u00e9sentent, pour la Tunisie, le t\u00e9moignage d\u2019une politique de d\u00e9robade: une Note remise le 5 f\u00e9vrier 1960 au Dr Mokaddem est ainsi conclue: \u00abIl existe un danger grave et permanent de guerre mondiale; la France doit contribuer \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019Occident\u2026 Bizerte a une position strat\u00e9gique: la France accepte donc de discuter des conditions d\u2019utilisation de la base mais ne consent pas \u00e0 l\u2019\u00e9vacuer pour l\u2019instant \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/MC%20Millan%20et%20Kennedy.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"352\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La crise de Berlin, qui interf\u00e8re ainsi dans le contentieux, est-elle une vraie menace? N\u2019est-elle pas un pr\u00e9texte pour le renvoi ind\u00e9fini de l\u2019\u00e9vacuation? L\u2019autre r\u00e9ponse est une communication, le mois suivant, qui assure que les deux casernes situ\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la ville de Bizerte seront remises aux autorit\u00e9s tunisiennes avant fin octobre. Aucun engagement relativement \u00e0 la base. Bien au contraire, le commandant de la base d\u00e9cide d\u2019entreprendre en avril 1961 des travaux pour allonger la piste d\u2019atterrissage. Une d\u00e9marche formelle de l\u2019Ambassade de France le 4 mai explique que l\u2019allongement projet\u00e9, qui d\u00e9passe de quelques m\u00e8tres la limite de l\u2019enceinte, permettra d\u2019op\u00e9rer un type d\u2019avion plus \u00e9volu\u00e9. La Tunisie estime que la d\u00e9cision d\u2019introduire des am\u00e9nagements de cette nature signifie non pas l\u2019intention d\u2019\u00e9vacuation mais la volont\u00e9 d\u2019occupation prolong\u00e9e. Fin juin, les travaux sont suspendus, tandis qu\u2019un mur est construit, sur ordre des autorit\u00e9s tunisiennes, dans l\u2019axe de la piste, tout contre l\u2019enceinte ext\u00e9rieure de la base. Tout au long du mois suivant, l\u2019escalade est irr\u00e9sistible. Le 4 juillet, des centaines de volontaires tunisiens sont achemin\u00e9s \u00e0 Bizerte et d\u00e9ploy\u00e9s autour de la base, bloquant toute tentative de franchissement. Le 7 juillet, un message pr\u00e9sidentiel est remis au Pr\u00e9sident de Gaulle. Le 17 juillet, le Pr\u00e9sident Bourguiba, dans un discours solennel \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, fixe la date du 19 juillet \u00e0 minuit pour mettre fin au statu quo.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse, l\u2019Amiral Amman, commandant de la base, \u00e9met un ultimatum de 48 heures pour reprendre librement les travaux, tandis que le ministre fran\u00e7ais de l\u2019Information d\u00e9clare le 19 juillet que des renforts de parachutistes sont achemin\u00e9s vers la base de Bizerte. La Tunisie notifie aussit\u00f4t l\u2019interdiction de survol de la base. L\u2019arm\u00e9e tunisienne, qui avait bloqu\u00e9 l\u2019entr\u00e9e du canal et am\u00e9nag\u00e9 des postes de tir, re\u00e7oit l\u2019ordre d\u2019abattre tout avion violant l\u2019interdiction. Quatre navires de guerre, partis de France et d\u2019Alg\u00e9rie, font route vers Bizerte. L\u2019engrenage est fatal.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Amiral%20Amman.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"388\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le 19 juillet, des renforts en hommes et en mat\u00e9riel parviennent \u00e0 la base \u00e0 partir de l\u2019Alg\u00e9rie; les batteries tunisiennes entrent en action, l\u2019aviation fran\u00e7aise riposte, s\u2019attaquant aux d\u00e9fenses anti-a\u00e9riennes et aux civils qui encerclent la base. Pendant trois jours, la guerre fait rage.<\/p>\n<p>Le jeudi 20 juillet, la Tunisie rompt les relations diplomatiques avec la France et d\u00e9pose une plainte au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 \u2018\u2019pour actes d\u2019agression portant atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la Tunisie et mena\u00e7ant la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationales\u2019\u2019. Elle invite le Conseil \u00e0 \u2018\u2019prendre telles mesures qu\u2019il juge n\u00e9cessaires en vue de faire cesser cette agression et de faire \u00e9vacuer le territoire tunisien de toutes les troupes fran\u00e7aises\u2019\u2019. Rappelons que la Tunisie \u00e9tait membre du Conseil au cours des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes et qu\u2019en 1961, le Conseil comprend, \u00e0 part les cinq membres permanents, six autres pays: Equateur (Pr\u00e9sident), Ceylan, Chili, Liberia, R\u00e9publique Arabe Unie et Turquie.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re s\u00e9ance du Conseil se tient le lendemain vendredi 21 juillet \u00e0 14 heures 30 et dure plus de 6 heures. Mongi Slim prend la parole en premier pour pr\u00e9senter les faits et pour affirmer que la Tunisie rejette la pr\u00e9sence de toute force \u00e9trang\u00e8re sur son territoire. L\u2019Ambassadeur de France Armand B\u00e9rard plaide la l\u00e9galit\u00e9 de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise \u00e0 la base de Bizerte en vertu de l\u2019\u00e9change de lettres du 17 juin 1958, et se pr\u00e9vaut de la l\u00e9gitime d\u00e9fense contre les attaques dont la base \u00e9tait l\u2019objet depuis plusieurs semaines. Les repr\u00e9sentants des Etats-Unis et de la Turquie recommandent l\u2019arr\u00eat des combats et le retour au statu quo ante; ceux du Liberia et de l\u2019Urss appuient l\u2019exigence de la Tunisie d\u2019obtenir l\u2019\u00e9vacuation totale des troupes \u00e9trang\u00e8res, rejettent le principe du retour au statu quo et jugent que l\u2019existence m\u00eame de la base fran\u00e7aise contre la volont\u00e9 de la Tunisie est une violation des principes de la Charte. Mongi Slim et Armand B\u00e9rard, usant du droit de r\u00e9ponse, \u00e9l\u00e8vent la vivacit\u00e9 du d\u00e9bat. Dans son message \u00e0 Paris le soir m\u00eame, l\u2019Ambassadeur B\u00e9rard signale: \u00abL\u2019\u00e9tat d\u2019esprit favorable \u00e0 la Tunisie qui r\u00e8gne dans les milieux des Nations unies\u00bb ainsi que \u00abla g\u00eane certaine de nos amis africains \u00e0 notre \u00e9gard.\u00bb<\/p>\n<p>La s\u00e9ance reprend le samedi \u00e0 10 heures. D\u2019embl\u00e9e, Dag Hammarskj\u00f6ld lance un appel au Conseil pour une d\u00e9cision imm\u00e9diate de cessez-le-feu, \u00e0 titre int\u00e9rimaire, sans pr\u00e9juger de l\u2019issue du d\u00e9bat sur le fond. Les membres du Conseil lui font \u00e9cho. Un projet de r\u00e9solution, soumis dans ce sens par le Liberia, est approuv\u00e9 par 10 voix contre z\u00e9ro, la France ayant fait savoir qu\u2019elle ne participerait pas au vote. Auparavant, Mongi Slim pr\u00e9sente le tableau de la situation au cours de la matin\u00e9e m\u00eame, d\u00e9non\u00e7ant les attaques des parachutistes fran\u00e7ais dans la ville de Bizerte et dans un rayon de 50 km autour de la ville.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Dag%20Hammarskj%C3%B6ld.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"459\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Aux termes de la R\u00e9solution int\u00e9rimaire du 22 juillet (S\/4882), le Conseil: \u00abConsid\u00e9rant la gravit\u00e9 de la situation en Tunisie, En attendant la fin des d\u00e9bats sur la question \u00e0 son ordre du jour,<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>1 &#8211;<\/strong><\/span> Demande un cessez-le-feu imm\u00e9diat et le retour de toutes les forces arm\u00e9es \u00e0 leurs positions initiales;<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>2 &#8211;<\/strong><\/span> D\u00e9cide de poursuivre les d\u00e9bats.\u00bb<\/p>\n<p>Le cessez-le-feu entre en vigueur le soir m\u00eame \u00e0 minuit. Au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, les d\u00e9bats reprennent toute la semaine suivante jusqu\u2019au samedi 29 juillet, sans parvenir \u00e0 trancher: aucune r\u00e9solution sur le fond ne recueille la majorit\u00e9 requise. Cette semaine enregistre des d\u00e9veloppements significatifs.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Dag.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"459\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019arr\u00eat des combats n\u2019est pas suivi du retour des forces fran\u00e7aises \u00e0 leur base, ni du rapatriement des renforts. Cette d\u00e9faillance met la France en \u00e9tat de non-respect de la R\u00e9solution du Conseil. Ce constat est relev\u00e9 par tous.<\/li>\n<li>Le 23 juillet, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019invitation du Pr\u00e9sident Bourguiba, Dag Hammarskj\u00f6ld se rend en mission \u00e0 Tunis. Ayant constat\u00e9 le non-respect de la R\u00e9solution 4882 dans son int\u00e9gralit\u00e9, il adresse une lettre \u00e0 Couve de Murville, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de la France; en r\u00e9ponse, il est accus\u00e9 d\u2019avoir rompu l\u2019obligation de neutralit\u00e9 et d\u2019avoir pris parti pour la Tunisie. La voiture officielle qu\u2019il emprunte pour effectuer une visite \u00e0 Bizerte, bien qu\u2019elle porte le fanion des Nations unies, est arr\u00eat\u00e9e dans un barrage dress\u00e9 par les parachutistes fran\u00e7ais \u00e0 10 km de la ville et fouill\u00e9e. Il n\u2019est pas re\u00e7u par le commandant de la base, en d\u00e9pit de la demande qu\u2019il lui avait adress\u00e9e au pr\u00e9alable.<\/li>\n<li>Le 25 juillet, 40 pays africains et asiatiques, rejoints par la Yougoslavie, adressent une lettre au Pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9(S\/4896) affirmant \u00able droit souverain qu\u2019ont tous les Etats de ne pas tol\u00e9rer la pr\u00e9sence de forces \u00e9trang\u00e8res ou de bases militaires \u00e9trang\u00e8res sur leur territoire\u2026 Nous soutenons, ajoutent-ils, que le d\u00e9sir explicite de ne pas avoir de forces ou de bases \u00e9trang\u00e8res sur le territoire de la Tunisie doit \u00eatre respect\u00e9\u00bb. La prise de position d\u00e9passe la seule base de Bizerte.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/dag%20bizerte.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"533\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sur le fond, trois projets de R\u00e9solution sont soumis au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, dont deux pr\u00e9sent\u00e9s par Ceylan, le Liberia et la R\u00e9publique Arabe Unie, le troisi\u00e8me par la Turquie. \u00ab Ils ont en commun, rel\u00e8ve Charles Yost, le Repr\u00e9sentant des Etats-Unis, deux \u00e9l\u00e9ments d\u2019importance primordiale : que la R\u00e9solution du 22 juillet soit mise en \u0153uvre imm\u00e9diatement et int\u00e9gralement et, d\u2019autre part, que les parties entament sans tarder des n\u00e9gociations en vue d\u2019un r\u00e8glement d\u00e9finitif du probl\u00e8me de Bizerte, r\u00e8glement qui serait compatible avec la souverainet\u00e9 tunisienne \u00bb. Ce consensus minimal des membres du Conseil, diplomatiquement mais fermement formul\u00e9 par l\u2019Ambassadeur des Etats-Unis, constitue le point fort de la Tunisie. La France, isol\u00e9e, constate le ralliement des alli\u00e9s de l\u2019Otan \u00e0 la th\u00e8se tunisienne quant au fond. Sa seule issue est d\u2019emp\u00eacher la formation d\u2019une majorit\u00e9 de sept voix en faveur d\u2019une quelconque r\u00e9solution. Ses alli\u00e9s, en effet, s\u2019abstiennent quant au vote. Ils \u00e9vitent de qualifier l\u2019agression et de reconna\u00eetre, en vertu de l\u2019Article 40 de la Charte, le non-respect par la France de la R\u00e9solution int\u00e9rimaire, ainsi que le demandait Mongi Slim, sachant que le constat formel, relativement aux deux points, entra\u00eene des sanctions.<\/p>\n<ul>\n<li>Mongi Slim s\u2019attaque enfin \u00e0 un point de substance: l\u2019argument, invoqu\u00e9 dans un communiqu\u00e9 officiel publi\u00e9 le 28 juillet \u00e0 Paris, de la s\u00e9curit\u00e9 nationale au d\u00e9triment des pays tiers. La pr\u00e9tention des puissances qui, au nom de la s\u00e9curit\u00e9, empi\u00e8tent sur la souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des autres pays ne saurait \u00eatre endoss\u00e9e par le Conseil. Cette clarification r\u00e9duit encore la marge de la France et jette la base du recours \u00e0 la session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La d\u00e9faillance du Conseil, qui n\u2019a adopt\u00e9 aucune R\u00e9solution sur le fond, justifie le recours \u00e0 une session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. La proc\u00e9dure requiert l\u2019appui de 50 sur 99 Etats membres. Ce seuil est ais\u00e9ment accessible dans un tel contexte. Or, la perspective d\u2019un d\u00e9bat sur les bases \u00e9trang\u00e8res inqui\u00e8te les Etats-Unis en raison du caract\u00e8re sensible du sujet: le d\u00e9bat ne manquera pas d\u2019accabler l\u2019Occident et de tourner \u00e0 l\u2019avantage de l\u2019Urss. Le 4 ao\u00fbt, le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Dean Rusk se rend \u00e0 Paris pour tenter de persuader Couve de Murville de h\u00e2ter le r\u00e8glement de la question de Bizerte et d\u2019\u00e9pargner aux membres de l\u2019Otan une \u00e9preuve difficile. La France s\u2019en tient \u00e0 la m\u00eame position soutenue devant le Conseil de s\u00e9curit\u00e9. Cette rigidit\u00e9 explique la distance prise par les membres de l\u2019Otan \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France lors de la session. La majorit\u00e9 requise \u00e9tant r\u00e9unie en 10 jours, Hammarskj\u00f6ld lance le 10 ao\u00fbt aux 99 Etats membres les invitations \u00e0 la IIIe session extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale le lundi 21 ao\u00fbt \u00e0 10 heures 30 \u2018\u2019afin d\u2019examiner la situation en Tunisie\u2019\u2019. Seule la France d\u00e9clare ne pas y participer.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Couve%20de%20Murville.jpg\" alt=\"\" width=\"746\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"504\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La session s\u2019ouvre sous la pr\u00e9sidence de l\u2019Ambassadeur d\u2019Irlande, Frederick Boland, pr\u00e9sident de la XVe session ordinaire. Il est reconduit, ainsi que le Bureau de l\u2019Assembl\u00e9e. Mongi Slim, dans un discours mod\u00e9r\u00e9, introduit le d\u00e9bat. Une longue liste d\u2019orateurs lui succ\u00e8de (Liberia, Urss, Iran, Ceylan, etc.) parfaitement convergents. Le lendemain, un projet de r\u00e9solution est distribu\u00e9, parrain\u00e9 par 32 pays (africains et asiatiques, ainsi que Yougoslavie et Chypre). La session se poursuit toute la semaine avec deux s\u00e9ances par jour jusqu\u2019au vendredi 25 ao\u00fbt. Une s\u00e9ance de nuit est n\u00e9cessaire ce vendredi pour \u00e9puiser la liste des orateurs et proc\u00e9der au vote du projet de R\u00e9solution.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Frederick%20Boland.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"461\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le long du d\u00e9bat, quelques \u00e9lans d\u2019anticolonialisme radical \u00e9l\u00e8vent la tension, avec des allusions claires \u00e0 la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne. Quant au fond, deux points apportent une nuance \u00e0 la convergence profonde de l\u2019Assembl\u00e9e. Certains membres de l\u2019Otan, relay\u00e9s par des pays neutres, \u00e9mettent des r\u00e9serves sur le libell\u00e9 du paragraphe 4 du pr\u00e9ambule du projet de r\u00e9solution, estim\u00e9 excessif, et qui les incite \u00e0 l\u2019abstention : \u00ab(L\u2019Assembl\u00e9e) convaincue que la pr\u00e9sence des forces arm\u00e9es fran\u00e7aises sur le territoire tunisien contre la volont\u00e9 du gouvernement et du peuple tunisiens constitue une violation de la souverainet\u00e9 de la Tunisie, est une source permanente de frictions internationales et compromet la paix et la s\u00e9curit\u00e9 internationales\u2026\u00bb D\u2019autre part, Adlai Stevenson, qui affirme \u2018\u2019le respect indiscutable de la souverainet\u00e9 tunisienne sur Bizerte\u2019\u2019, \u00e9met la crainte qu\u2019une \u2018\u2019\u00e9tincelle au pire moment ne provoque une conflagration qui nous emportera tous\u2019\u2019\u2026 allusion \u00e0 la crise de Berlin. En tout, 49 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s prennent la parole, dont certains deux ou trois fois. 23 d\u00e9l\u00e9gations interviennent apr\u00e8s le vote, \u00e0 titre d\u2019explication de vote.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Adlai%20Steveson.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"421\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Mongi Slim intervient le dernier jour dans l\u2019apr\u00e8s-midi pour r\u00e9pondre aux interrogations et aux rares r\u00e9serves. Dans la soir\u00e9e, il remonte \u00e0 la tribune en tant que dernier orateur avant le vote. Il rappelle les fondamentaux: le respect de la souverainet\u00e9, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et de la dignit\u00e9 de la Tunisie. Il \u00e9voque l\u2019appel du 18 juin 1940 du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui invitait alors le peuple fran\u00e7ais \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation et qui r\u00e9clamait la solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019appui de la cause nationale. Mongi Slim invite l\u2019Assembl\u00e9e \u00e0 approuver la R\u00e9solution sans opposition. L\u2019Assembl\u00e9e, debout, lui fait une ovation extraordinaire. Le vote, intervenu \u00e0 22 heures, est de 66 voix contre z\u00e9ro, un vote historique interpr\u00e9t\u00e9 comme le Dien Bien Phu diplomatique.<br \/>Trois semaines plus tard, le 17 septembre 1961, Mongi Slim \u00e9tait \u00e9lu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pr\u00e9sident de la XVIe session, avec 96 voix contre z\u00e9ro. Le m\u00eame jour, Dag Hammarskj\u00f6ld succombait dans un accident d\u2019avion dans le ciel du Congo o\u00f9 il se rendait, deux mois apr\u00e8s Bizerte, pour une autre mission de paix.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(49).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"286\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27253-le-president-caid-essebsi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Le pr\u00e9sident Ca\u00efd Essebsi apr\u00e8s la brillante \u00e9lection de la Tunisie au Conseil de S\u00e9curit\u00e9: Fiert\u00e9 et engagement<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27252-par-191-voix-la-tunisie-elue-au-conseil-de-securite-de-l-onu-quasiment-toute-la-communaute-internationale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Par 191 voix, la Tunisie \u00e9lue au conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU : Quasiment toute la communaut\u00e9 internationale<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27222-cinq-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ahmed Ouna\u00efes: Cinq recours tunisiens au Conseil de s\u00e9curit\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27189-la-tunisie-au-conseil-de-securite-pourquoi-que-peut-elle-faire?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">La Tunisie au Conseil de s\u00e9curit\u00e9: Pourquoi? Que peut-elle faire?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27195-khemaies-jhinaoui-oui-la-tunisie-est-prete-pour-jouer-un-role-actif-au-conseil-de-securite?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Khemaies Jhinaoui: Oui, la Tunisie est pr\u00eate pour jouer un r\u00f4le actif au conseil de S\u00e9curit\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27199-le-conseil-de-securite-a-la-veille-de-l-adhesion-de-la-tunisie?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection de la Tunisie<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27208-ali-hachani-quelles-opportunites-quels-defis?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ali Hachani: La Tunisie au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, quelles opportunit\u00e9s, quels d\u00e9fis?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27221-les-ambassadeurs-representants-permanents-de-tunisie-aupres-de-l-onu-a-new-york?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Qui sont les 18 ambassadeurs, repr\u00e9sentants permanents de Tunisie, depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, aupr\u00e8s de l\u2019ONU \u00e0 New York<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27209-l-incontournable-mister-kacem?nuid=0&#038;did=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">L\u2019incontournable Mister Kacem : 40 ans d&rsquo;affil\u00e9e \u00e0 la mission de Tunisie aupr\u00e8s de l&rsquo;ONU \u00e0 New York<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27310-il-y-a-67-ans-le-premier-recours-tunisien-au-conseil-de-securite-1952-internationalisation-de-la-question-tunisienne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Il y a 67 ans, le premier recours tunisien au conseil de s\u00e9curit\u00e9:\u00a0 l&rsquo;Internationalisation de la question tunisienne<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27316-1958-sakiet-sidi-youssef-la-premiere-bataille-de-l-evacuation\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Les recours tunisiens au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 :1958, Sakiet Sidi Youssef, la premi\u00e8re bataille de l\u2019\u00e9vacuation<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"c2\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(20).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27326-les-recours-tunisiens-au-conseil-de-securite-1961-bizerte-l-ultime-bataille-de-l-evacuation\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bataille de Bizerte est conduite dans le but de r\u00e9aliser l\u2019\u00e9vacuation totale. Un conflit purement militaire n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re concevable. L\u2019enjeu diplomatique, en revanche, est net: la Tunisie peut obtenir la caution internationale pour un droit qui lui est contest\u00e9 mais qui, gr\u00e2ce aux Nations unies, deviendra irr\u00e9cusable. L\u2019\u00e9preuve diplomatique, sans \u00eatre ais\u00e9e, devait \u00eatre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":41753,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-41752","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41752","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41752"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41752\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41752"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41752"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41752"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}