{"id":43950,"date":"2019-07-02T06:12:00","date_gmt":"2019-07-02T10:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-raies-tunisie-des-villes-contre-tunisie-des-champs\/"},"modified":"2019-07-02T06:12:00","modified_gmt":"2019-07-02T10:12:00","slug":"monji-ben-raies-tunisie-des-villes-contre-tunisie-des-champs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-raies-tunisie-des-villes-contre-tunisie-des-champs\/","title":{"rendered":"Monji Ben Raies : Tunisie des villes contre Tunisie des champs."},"content":{"rendered":"<p>Ces derniers mois, le foss\u00e9 entre les r\u00e9gions a sembl\u00e9 encore se creuser. Notre \u00e9conomie est incapable de g\u00e9n\u00e9rer une croissance qui ne se limite pas seulement aux seules m\u00e9tropoles. Incapable de cr\u00e9er de l\u2019emploi pour tous, de maintenir le pouvoir d\u2019achat citoyen, d\u2019offrir des perspectives aux ruraux autant qu\u2019aux urbains et par l\u00e0 d\u2019emp\u00eacher l\u2019exode rural end\u00e9mique. Peut-\u00eatre l\u2019industrie d\u00e9tient-elle une partie de la r\u00e9ponse. Bien s\u00fbr, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, le mot industrie a r\u00e9sonn\u00e9 de fa\u00e7on assez n\u00e9gative, trop souvent synonyme de perte d\u2019emploi et de perte d\u2019attractivit\u00e9 pour de nombreuses zones industrielles. Depuis 2011, notre pays a aussi ferm\u00e9 davantage d\u2019usines qu\u2019elle n\u2019en a ouvertes. Cette dynamique est \u00e9videmment n\u00e9gative et doit \u00eatre imp\u00e9rativement rectifi\u00e9e, car elle contribue \u00e0 accroitre la fracture territoriale qui mine, aujourd\u2019hui, notre pays et de nombreux autres dans le monde dont les probl\u00e8mes sont similaires. Nos usines sont des centres \u00e9conomiques vitaux pour les territoires de l\u2019int\u00e9rieur. Elles vivifient les villes alentour, offrent des perspectives aux populations locales, soutiennent la coh\u00e9sion du tissu social, associatif et entrepreneurial, et constituent plus largement un appui majeur pour les \u00e9cosyst\u00e8mes locaux. Ancr\u00e9es dans leurs territoires, elles participent activement aux dynamiques d\u2019emploi, ainsi que d\u2019approvisionnements, locaux. Pour un emploi direct, c\u2019est presque deux emplois indirects qui sont cr\u00e9\u00e9s dans les bassins d\u2019emplois par ces interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, dans une approche de partenariat, l\u2019Etat doit reconcevoir sa mission sociale et son engagement. Pour ce faire, il doit s\u2019impliquer dans de multiples initiatives multisectorielles, selon un protocole diff\u00e9rent de celui d\u2019hier. A travers les centres de formation, qui contribuent au d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences, des incitations \u00e0 la cr\u00e9ation et au maintien de PME sur les territoires r\u00e9gionaux, notamment \u00e0 travers la restauration et l\u2019amplification des infrastructures de communication, des actions d\u2019appui en comp\u00e9tences et la mise en place de nouveaux modes d\u2019implication des organismes de financement offrant une large panoplie de pr\u00eats participatifs. Son engagement doit \u00eatre rationnel et r\u00e9pondre aux exigences de la gouvernance moderne. De la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019une usine g\u00e9n\u00e8re de multiples externalit\u00e9s positives pour un territoire, l\u2019encadrement du tissu entrepreneurial est vital pour une industrie et ses unit\u00e9s de production. Elle a besoin de PME performantes, de technologie, de main d\u2019oeuvre qualifi\u00e9e, de territoires dynamiques, bien \u00e9quip\u00e9s et d\u00e9senclav\u00e9s. L\u2019engagement au plus pr\u00e8s du niveau local est aussi intimement li\u00e9 au type de production, sans que ce soit un pr\u00e9texte \u00e0 la discrimination. Ce choix, autant \u00e9conomique qu\u2019\u00e9cologique, n\u00e9cessite une production locale et un maillage de distribution tr\u00e8s dense. Ce pourrait \u00eatre le cas \u00e0 travers des enseignes de distribution sp\u00e9cifiques, des labels qualit\u00e9 et un classement sp\u00e9cifique. Motiv\u00e9 par un objectif prioritaire de performance, l\u2019engagement de l\u2019Etat doit aussi conduire \u00e0 innover et investir massivement dans le contexte et la population. Aujourd\u2019hui, il est possible de produire et d\u2019\u00eatre performant en Tunisie dans nos r\u00e9gions, si l\u2019on s\u2019en donne les moyens. La performance industrielle a toutes les cartes en main, avec la transformation num\u00e9rique intelligente et le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie 4.0, dans nos r\u00e9gions, qui pourraient disposer d\u2019un cr\u00e9neau unique pour trouver leur place parmi les champions de l\u2019industrie mondiale. Pour cela, il est indispensable d\u2019associer toutes les bonnes volont\u00e9s et de mettre autour d\u2019une table tous les acteurs et parties prenantes : responsables politiques, organisations nationales, associations, investisseurs, entreprises, start-up, fournisseurs et consommateurs de technologies et aussi les partenaires acad\u00e9miques. Cette ambition n\u00e9cessite bien s\u00fbr de renforcer et rationnaliser le secteur de la formation et le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences en fonction des standards internationaux et des exigences des march\u00e9s, nationaux et internationaux. En effet, dans l\u2019industrie du futur, la bataille cruciale se jouera presque exclusivement sur les comp\u00e9tences et les talents. C\u2019est ainsi que, selon un rapport de \u00ab\u00a0l&rsquo;Institut pour le Futur\u00a0\u00bb, 85% des emplois de 2030 n&rsquo;existent pas aujourd&rsquo;hui. Entre automation et robotique, il nous faudra, sans cesse, tirer parti des innovations techniques et digitales pour toujours reprendre un temps d\u2019avance, au niveau des formations. Cette ambition n\u00e9cessite enfin de la part de l\u2019Etat, au-del\u00e0 des moyens \u00e0 consacrer au plan Territoire &#8211; Industrie, une attention plus forte \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises. Nos r\u00e9gions doivent se forger une culture industrielle, acqu\u00e9rir le savoir-faire et l\u2019envie de suivre cette mouvance. Nous avons les moyens de consolider une Tunisie industrielle performante, qui profiterait \u00e0 toutes les r\u00e9gions, et r\u00e9concilierait \u00e0 la fois la Tunisie des villes et la Tunisie de la campagne, mais aussi tous les Tunisiens.<br \/>Robots, data et technologies vont donner naissance \u00e0 la future industrie 4.0 et \u00e0 un monde en mutation continue. Int\u00e9grant les technologies de l\u2019information et de la communication, <span class=\"c2\"><strong>l\u2019usine intelligente<\/strong><\/span> viendra remodeler le travail, les m\u00e9tiers et les qualifications dans tous leurs aspects. Ce pourrait \u00eatre l\u2019occasion de redonner un second souffle \u00e0 l\u2019industrie tunisienne, qui a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment d\u00e9laiss\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment par les responsables \u00e9tatiques. Il faut donc oublier le mod\u00e8le vieillissant de l\u2019usine et des modes d\u2019hier, et se projeter r\u00e9solument vers ceux du futur. Par exemple, des capteurs de donn\u00e9es seront implant\u00e9s sur toutes les machines et structures, pour tout enregistrer : vibrations, indications techniques, interventions \u00e0 r\u00e9aliser. Le travail sera aussi moins dangereux et moins p\u00e9nible. Nous pourrons, par la m\u00eame occasion, en profiter pour restaurer, consolider et renforcer le capital productif tunisien, dans un univers de plus en plus comp\u00e9titif. Le probl\u00e8me sera sans doute de cr\u00e9er les bons emplois. Cette exigence pose, en effet, une grande probl\u00e9matique, celle de l\u2019\u00e9mergence des talents et comp\u00e9tences, tout en ne causant pas l\u2019\u00e9limination des \u00ab personnes peu qualifi\u00e9es, donc peu formables \u00bb. Le capital humain, pour les gens d\u00e9favoris\u00e9s, devra \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9, surtout pour les cat\u00e9gories laiss\u00e9es pour compte, de la tranche d\u2019\u00e2ge de 50 \u00e0 62 ans, probl\u00e8mes qui se pr\u00e9sentent de fa\u00e7on diff\u00e9rente selon la taille de l\u2019entreprise et l\u2019ampleur de leur champ d\u2019activit\u00e9. En effet, ces cat\u00e9gories risquent une grande ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Il faudra beaucoup d\u2019argent, d\u2019autant qu\u2019il faudra s\u2019inscrire dans les exigences environnementales de l\u2019accord de Paris sur l\u2019\u00e9nergie et la r\u00e9duction carbone. Se pose aussi la question des accords \u00e0 conclure avec les g\u00e9ants technologiques am\u00e9ricains et chinois. Pour nous adapter avec le capitalisme mondial, qui est en train de changer profond\u00e9ment.<br \/><span class=\"c2\"><strong>L\u2019entreprise intelligente au coeur de l\u2019industrie 4.0,<\/strong><\/span> est un mariage de l\u2019industrie et des technologies du <span class=\"c2\"><strong>num\u00e9rique<\/strong><\/span>. Les robots command\u00e9s par intelligence artificielle seront partout, les exosquelettes aideront au transport de lourdes charges. Les op\u00e9rateurs utiliseront des lunettes 3D de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et augment\u00e9e, leur indiquant la proc\u00e9dure \u00e0 suivre dans l\u2019ex\u00e9cution des divers processus, les imprimantes 3D r\u00e9aliseront, \u00e0 la demande du client, des pi\u00e8ces complexes ou qui n\u2019existeraient plus en stock dans les magasins. Toutes les informations (objets, cadences, historique des op\u00e9rations de manutention et de maintenance, etc.) seront accessibles \u00e0 tous par des applications informatiques sp\u00e9cifiques install\u00e9es sur diff\u00e9rentes plateformes (ordiphones, tablettes, ordinateurs). La r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e viendra remplacer la pr\u00e9sence obligatoire pour les r\u00e9unions, gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u00a0la t\u00e9l\u00e9-pr\u00e9sence\u00a0\u00bb pour bient\u00f4t, d&rsquo;abord en r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e puis en hologramme. Ces performances technologiques en entreprises, peu nombreuses aujourd\u2019hui, se g\u00e9n\u00e9raliseront partout dans le monde comme des standards. Elles seront la partie visible de la <span class=\"c2\"><strong>4e r\u00e9volution<\/strong><\/span> industrielle, apr\u00e8s la machine \u00e0 vapeur, le moteur thermique, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et l\u2019automatisation. Cette unit\u00e9 connect\u00e9e est tr\u00e8s adaptative et pr\u00e9sente de r\u00e9els avantages, qui peuvent nous faire gagner de nouveaux clients et des parts de march\u00e9 appr\u00e9ciables, si nous entreprenons cette transformation. Dans cette course, les ouvriers sont , certes, plus r\u00e9ticents au changement, par peur de perdre leur emploi, comme l\u2019ont augur\u00e9 \u00e0 tort certaines \u00e9tudes, affirmant qu\u2019un robot d\u00e9truirait plus de cinq (5) emplois, et que les premiers \u00e0 \u00eatre touch\u00e9s seraient les ouvriers de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re. Mais ce qu\u2019elles n\u2019ont pas dit, c\u2019est que l\u2019on assisterait aussi \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux savoir-faire, de nouveaux emplois plus qualifi\u00e9s, moins p\u00e9nibles et mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. En fait, la transformation num\u00e9rique ne sera pas amen\u00e9e \u00e0 remplacer le travail des hommes par celui des machines, mais le remod\u00e8lera et transformera le secteur des m\u00e9tiers. Aussi est-il \u00e0 d\u00e9plorer qu\u2019en Tunisie, aucun programme industriel n\u2019ait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 pour relever ces d\u00e9fis, si ce n\u2019est quelques d\u00e9clarations d\u2019intentions \u00e9pisodiques dans le discours politique, sans concr\u00e9tisation, ni r\u00e9flexion r\u00e9elle.<\/p>\n<p>En mars 2019, une \u00e9tude de la F\u00e9d\u00e9ration internationale de la robotique a \u00e9tabli un classement des pays du monde en fonction du nombre de robots industriels en fonction. La France \u00e9tait 18\u00e8me avec 140 robots pour 10 000 salari\u00e9s, contre 631 en Cor\u00e9e du Sud, en premi\u00e8re place, 488 \u00e0 Singapour, 309 en Allemagne, 223 en Su\u00e8de, 211 au Danemark, 185 en Italie, 160 en Espagne. Quant \u00e0 notre pays, il n\u2019existe pas dans ce secteur et pour y rem\u00e9dier, nous avons d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s \u00e0 faire, car les robots changent la vie d\u2019une PME et permettent de r\u00e9aliser de plus grandes performances et donc de plus grands b\u00e9n\u00e9fices. Mais encore faut-il vouloir franchir le pas. Mais, pour que <span class=\"c2\"><strong>l\u2019usine connect\u00e9e et automatis\u00e9e<\/strong><\/span> voie le jour et soit viable, il faut un personnel qualifi\u00e9 et pour cela, il faut former et recruter de nouveaux profils (formation professionnelle, \u00e9ducation nationale, universit\u00e9s, \u2026, etc.) pour les m\u00e9tiers de demain, comme par exemple : Ing\u00e9nieurs et Techniciens en m\u00e9canique et automatismes industriels ; Ing\u00e9nieurs et Techniciens en maintenance pr\u00e9dictive (usure et d\u00e9faillance des robots\u2026) ; Data Scientist : Ing\u00e9nieurs et Techniciens recensant, traitant et analysant la multitude de donn\u00e9es fournies par les capteurs install\u00e9s sur toutes les machines ; Chief digital officer : Il sera le garant de la continuit\u00e9 num\u00e9rique de l\u2019entreprise digitalis\u00e9e et de sa p\u00e9rennit\u00e9 ; Ing\u00e9nieurs experts en cyber-s\u00e9curit\u00e9 pour \u00e9viter le piratage, le vol et l\u2019interception des donn\u00e9es ; Marketeur, utilisant le Big Data et les algorithmes intelligents, pour anticiper finement, efficacement, en amont, les usages du futur client et les contraintes de la production ; Ing\u00e9nieurs en simulation num\u00e9rique notamment dans l\u2019industrie a\u00e9ronautique et spatiale et automobile ; Ing\u00e9nieurs d\u00e9veloppeurs en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et augment\u00e9e pour concevoir de nouvelles lignes de production et d\u00e9tecter les probl\u00e8mes potentiels de fonctionnement, afin que les op\u00e9rateurs et techniciens y soient pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n<p>Les anciens op\u00e9rateurs devront, quant \u00e0 eux, recevoir des formations compl\u00e9mentaires pour apprendre \u00e0 ma\u00eetriser ces nouveaux outils num\u00e9riques. Ce sera une autre mani\u00e8re de travailler qui traduit le besoin de briser les silos entre les diverses unit\u00e9s d\u2019une organisation et de favoriser une gestion horizontale, par processus et en r\u00e9seau au sein de laquelle, la collaboration soutenue des divers acteurs organisationnels est n\u00e9cessaire, afin de g\u00e9n\u00e9rer un r\u00e9sultat \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e pour le client. Les d\u00e9fis pos\u00e9s par cette Quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle sont consid\u00e9rables, d\u2019autant que le client n\u2019est plus le dernier maillon de la cha\u00eene, mais en devient le premier, du fait que c\u2019est lui qui devrait orienter les fonctionnalit\u00e9s et la fabrication du produit. L\u2019entreprise ne travaillant plus verticalement, mais de fa\u00e7on transversale, il y aura n\u00e9cessairement un impact consid\u00e9rable au niveau des ressources humaines, quant aux comp\u00e9tences requises sur le march\u00e9. Dans les secteurs de l\u2019enseignement et de la formation professionnelle, les ing\u00e9nieurs et techniciens futurs devront apprendre \u00e0 accompagner leurs \u00e9quipes vers le changement et par cons\u00e9quent acqu\u00e9rir des comp\u00e9tences de management, pour les aider \u00e0 utiliser ces nouveaux outils num\u00e9riques, afin qu\u2019ils ne soient pas per\u00e7us comme risques ou menaces, mais plut\u00f4t comme facteurs de <span class=\"c2\"><strong>progr\u00e8s.<\/strong><\/span> Dans la vague de la transformation 4.0, les entreprises deviendront les symboles de l\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 intelligente, laquelle rel\u00e8ve de la responsabilit\u00e9 des leaders-managers gouvernementaux, r\u00e9gionaux et locaux. Mais l\u2019av\u00e8nement d\u2019une nouvelle urbanit\u00e9 repr\u00e9sente bien plus. Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un projet collectif, dans lequel l\u2019engagement des gouvernements et des autorit\u00e9s r\u00e9gionales et locales, est indispensable. Le tout rendu possible par les ressources des technologies, qui nous permettront de fa\u00e7onner ce qui \u00e9tait jusqu\u2019alors fiction. Les secteurs, public et priv\u00e9, devront anticiper, ensemble, les \u00e9volutions des usages. Pour preuve, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle maintenant, la d\u00e9mocratisation de l\u2019automobile individuelle a profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9 le tissu urbain. Les espaces publics ouverts et partag\u00e9s ont progressivement \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, les rues se scind\u00e8rent, cr\u00e9ant des espaces distincts entre les pi\u00e9tons et les usagers de l\u2019automobile. En parall\u00e8le, sans qu\u2019aucune politique commune de r\u00e9gulation n\u2019ait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e par les villes, les moyens de transport, collectifs comme individuels, se sont d\u00e9velopp\u00e9s, par le biais d\u2019initiatives publiques et priv\u00e9es.<br \/>Alors que des disparit\u00e9s et in\u00e9galit\u00e9s territoriales subsistent, les agglom\u00e9rations font d\u00e9sormais face \u00e0 une m\u00eame croissance d\u00e9mographique dense et diffuse et par voie de cons\u00e9quence \u00e0 une extension du territoire urbain. L\u2019urgence quant \u00e0 solutionner le probl\u00e8me, ne peut \u00eatre saisie, en premier lieu, que par les autorit\u00e9s centrales, r\u00e9gionales et locales, comme une opportunit\u00e9 de transformer en profondeur la ville, pour en faire une \u2018\u2019Smart City\u2019\u2019, avec comme objectif partag\u00e9, la qualit\u00e9 de vie. Cette transformation pourra favoriser l\u2019attractivit\u00e9, ainsi que la croissance \u00e9conomique, et r\u00e9pondre aux besoins humains, aux enjeux environnementaux de notre \u00e9poque et aux enjeux soci\u00e9taux, avec une mobilit\u00e9 alternative compl\u00e8te, connect\u00e9e et inclusive et une adaptation, au mieux, des v\u00e9hicules et services.<\/p>\n<h2>L\u2019intelligence artificielle pourra devenir le levier de la ville intelligente<\/h2>\n<p>L\u2019av\u00e8nement des technologies de l\u2019information et de la communication a modifi\u00e9 en profondeur de nombreux aspects de nos vies. La ville et l\u2019exp\u00e9rience que nous en faisons n\u2019est pas en reste. L\u2019intelligence artificielle, le Big Data et l\u2019Internet des Objets (IoT), sont au coeur des d\u00e9bats sur le comment ils permettront de r\u00e9inventer l&rsquo;urbanit\u00e9 et sa planification. A terme, l\u2019exploitation des donn\u00e9es recueillies va permettre une optimisation des actifs et des ressources, \u00e0 la cl\u00e9 des besoins de mieux en mieux adress\u00e9s et des flux de circulations mieux r\u00e9gul\u00e9s, permettant l\u2019optimisation de la s\u00e9curit\u00e9 et de la qualit\u00e9 environnementale. La technologie nous permettra, entre-autre chose, de faire \u00e9voluer nos v\u00e9hicules au plus pr\u00e8s des besoins et des usages, ce qui devrait illustrer pleinement cet \u00e9quilibre in\u00e9dit \u00e0 trouver. Alors que l\u2019E-commerce progresse chaque ann\u00e9e un peu plus dans le monde, il semble indispensable de repenser et d\u2019ajuster les villes aux normes de respect de l\u2019environnement et r\u00e9pondant, au plus pr\u00e8s, aux besoins des parties prenantes, avec la data au coeur de l\u2019Entertainment pour r\u00e9inventer la vie, selon une d\u00e9marche bas\u00e9e sur le Deep Learning, qui pr\u00e9figure d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 l\u2019avenir. L\u2019implication des autorit\u00e9s publiques ne s\u2019arr\u00eate cependant pas \u00e0 la d\u00e9finition de la ville intelligente de demain. Un encadrement l\u00e9gislatif et r\u00e8glementaire de la data et de ses usages est n\u00e9cessaire, qu\u2019il faudra inventer, tout comme une nouvelle \u00e9thique. Port\u00e9 par les institutions de gouvernance, elle aura un impact fort et positif sur leur d\u00e9veloppement. Les entreprises devront donc \u00eatre en mesure d\u2019adapter rapidement leurs produits et les usages associ\u00e9s. C\u2019est l\u00e0 tout l\u2019enjeu : \u00eatre au plus pr\u00e8s des usagers-citoyens avec une qualit\u00e9 de service optimale, le tout en consolidant un business mod\u00e8le \u00e0 la croissance forte et durable.<br \/>Mais dans un monde devenu incertain par d\u00e9faut, la course technologique est trop souvent envisag\u00e9e comme la voie unique pour transformer les entreprises et les mentalit\u00e9s. Une observation plus fine des acteurs qui ont su tirer leur parti de la \u00ab r\u00e9volution num\u00e9rique \u00bb nous prouve pourtant qu\u2019aujourd\u2019hui, la transformation requise est en m\u00eame temps celle des \u2018\u2019business models\u2019\u2019.<\/p>\n<h2>Pour commencer, ne plus appr\u00e9hender le num\u00e9rique comme un secteur<\/h2>\n<p>Au coeur de la tourmente, les g\u00e9ants am\u00e9ricains et chinois de la technologie ont r\u00e9ussi en quelques ann\u00e9es l\u2019exploit de faire de la r\u00e9gulation un argument politique de premier plan. Mais ce faisant, les d\u00e9cideurs politiques ont contribu\u00e9 \u00e0 nourrir l\u2019opinion publique d\u2019une vision erron\u00e9e des logiques \u00e0 l\u2019oeuvre. \u00c0 \u00e9couter le discours ambiant, on pourrait croire qu\u2019il existe r\u00e9ellement un \u00ab secteur du num\u00e9rique \u00bb, monolithique et surpuissant, n\u2019attendant plus que de se consolider pour enfin d\u00e9vorer le monde ; mais il n\u2019en est rien. C\u2019est m\u00eame le signe d\u2019un profond malentendu sur ce que repr\u00e9sente le num\u00e9rique aujourd\u2019hui et sur le r\u00f4le des acteurs qui en r\u00e9pondent. Il n\u2019existe pas, ou plus, de coh\u00e9rence industrielle, \u00e9conomique ou technologique des acteurs concern\u00e9s. Tout au plus une certaine coh\u00e9rence id\u00e9ologique. De fait, les g\u00e9ants technologiques r\u00e9unis sous l\u2019\u00e9tiquette \u2018\u2019GAFAM\u2019\u2019 n\u2019ont plus en commun que l\u2019acronyme par lequel on a vite fait de les d\u00e9signer. D\u2019ailleurs, les r\u00e9duire simplement \u00e0 des \u00ab entreprises du num\u00e9rique \u00bb ou \u00ab technologiques \u00bb devient de plus en plus difficile, \u00e0 mesure que leurs activit\u00e9s se diversifient et viennent impacter des champs aussi divers que la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation&#8230; la politique ou la d\u00e9mocratie. Arr\u00eatons un peu les raccourcis simplistes et retrouvons de vrais mots pour d\u00e9crire r\u00e9ellement ce qu\u2019elles sont et font. Facebook par exemple, est \u00e0 la fois un r\u00e9seau social, un \u00e9diteur de contenus, un laboratoire d\u2019intelligence artificielle et de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et augment\u00e9e, un \u00e9cosyst\u00e8me applicatif, un interm\u00e9diaire bancaire et une base de donn\u00e9es ; Amazon, une plateforme de distribution, un gestionnaire d\u2019actifs, un fournisseur de services de stockage et de services financiers, un producteur audiovisuel, un fabricant d\u2019objets connect\u00e9s\u2026 ; etc. Ces d\u00e9finitions \u00e0 entr\u00e9es multiples sont les preuves m\u00eames du succ\u00e8s du mod\u00e8le de plateforme de ces entreprises, puisqu\u2019elles t\u00e9moignent de leur capacit\u00e9 \u00e0 hybrider leurs mod\u00e8les. Aussi, ce qui r\u00e9unit ces entreprises, n\u2019est pas tant leur composante num\u00e9rique ou technologique, que l\u2019hybridation des mod\u00e8les qu\u2019elles adoptent pour s\u2019adapter, en temps r\u00e9el et continu, \u00e0 un monde devenu incertain par d\u00e9faut. En cela, concentrer tous ses efforts de transformation sur la brique technologique, plut\u00f4t que sur celles des business \u00e0 venir, c\u2019est regarder son doigt plut\u00f4t que la Lune.<\/p>\n<h2>Basculer d\u2019une logique de production \u00e0 une logique d\u2019hybridation des mod\u00e8les<\/h2>\n<p>Face \u00e0 ces entreprises qui pr\u00f4nent et exp\u00e9rimentent le mod\u00e8le issu de l\u2019hybridation, les grandes entreprises Tunisiennes ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 mettre \u00e0 jour leur palette technologique hardware et software. Le volet num\u00e9rique n\u2019est plus l\u2019apanage de quelque unes, mais concerne d\u00e9sormais toutes les entreprises. Il est la condition d\u2019une hybridation s\u00fbre et rapide. Plut\u00f4t que de s\u2019\u00e9vertuer \u00e0 b\u00e2tir seule ses nouveaux business, l\u2019entreprise hybride se dote avec le num\u00e9rique d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 identifier et \u00e0 assembler des briques existantes \u00e0 son \u00e9difice en construction, qu\u2019il s\u2019agisse de talents, d\u2019outils et\/ou de comp\u00e9tences. Loin d\u2019uniformiser les mod\u00e8les \u00e9conomiques ou les transformations op\u00e9rationnelles, le num\u00e9rique les d\u00e9cuple ; de cette complexit\u00e9, les plateformes tirent leur force, en concevant un produit unique, pour permettre aux entreprises de naviguer dans ce nouveau monde. Ce que propose la logique d\u2019hybridation, adopt\u00e9e par les entreprises nativement num\u00e9riques, c\u2019est un basculement du mod\u00e8le classique, fond\u00e9 sur la r\u00e9ponse \u00e0 un besoin identifi\u00e9 par l\u2019augmentation constante des capacit\u00e9s de production ; vers un mod\u00e8le original, qui consiste, pour l\u2019entreprise, \u00e0 identifier une grande diversit\u00e9 de besoins, et \u00e0 s\u2019organiser au mieux pour y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019hybridation permet de faire coexister des business models anciens et nouveaux, de nouveaux talents et savoir-faire, avec les m\u00e9tiers traditionnels, mais aussi de faire \u00e9merger des relais de croissance \u00e0 partir d\u2019actifs d\u00e9laiss\u00e9s, et de redistribuer la valeur nouvellement cr\u00e9\u00e9e au sein des \u00e9cosyst\u00e8mes. Elle permet d\u2019envisager la transformation soci\u00e9tale 4.0, comme une adaptation en continu, une mise \u00e0 jour perp\u00e9tuelle au monde num\u00e9rique plut\u00f4t qu\u2019une r\u00e9volution brutale \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance programm\u00e9e.<\/p>\n<h2>Hybrider, c\u2019est seulement traduire<\/h2>\n<p>Que le num\u00e9rique acc\u00e9l\u00e8re toute transformation, nous le savons depuis que le num\u00e9rique est devenu un nouveau langage universel et que tout le monde devra se mettre \u00e0 la page. L\u00e0 encore, l\u2019image est trompeuse par exag\u00e9ration. En effet, que le num\u00e9rique soit l\u2019affaire de toutes les organisations et entreprises est une chose, mais qu\u2019il en devienne l\u2019esp\u00e9ranto, tant r\u00eav\u00e9 par les sociologues et linguistes, en est une autre. Certes, une grande organisation peut ressembler, \u00e0 maints \u00e9gards, \u00e0 une tour de Babel, o\u00f9 chaque comp\u00e9tence et m\u00e9tier parle et d\u00e9fend son langage propre. Dans ce contexte, une bonne approche de la transformation serait celle qui mise sur la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences, le dialogue fructueux entre strat\u00e9gie et ex\u00e9cution, entre business et technologie. Et, quand le dialogue est plus difficile, le r\u00f4le du leadership n\u2019est pas d\u2019imposer une langue unique, mais plut\u00f4t de se faire le traducteur, capable de conjuguer ensemble des visions diff\u00e9rentes du monde. Il appartient \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s en transformation et \u00e0 leurs dirigeants, de mettre en oeuvre cette capacit\u00e9 nouvelle de traduction. Par-l\u00e0, il s\u2019agit aussi bien de traduire un actif technologique en opportunit\u00e9 business, qu\u2019une expertise inexploit\u00e9e en vivier de talents et comp\u00e9tences, ou encore une ressource dormante, en nouveau march\u00e9 en \u00e9veil. Traduire, c\u2019est embrasser la complexit\u00e9 d\u2019une culture entrepreneuriale diff\u00e9rente de celle en usage jusque-l\u00e0. C\u2019est rechercher et appr\u00e9cier les nuances et subtilit\u00e9s des diff\u00e9rences, plut\u00f4t qu\u2019imposer une voie unique. C\u2019est, enfin, l\u2019attitude n\u00e9cessaire qu\u2019il convient, pour mener une v\u00e9ritable dynamique d\u2019hybridation, celle-l\u00e0 seule capable de transformer des atouts en opportunit\u00e9s de business \u00e0 venir et de valeurs ajout\u00e9es \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><em>Universitaire, Juriste,<br \/>Enseignant et chercheur en droit public et sciences politiques,<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar,<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences politiques de Tunis.<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27423-monji-ben-raies-tunisie-des-villes-contre-tunisie-des-champs\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces derniers mois, le foss\u00e9 entre les r\u00e9gions a sembl\u00e9 encore se creuser. 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