{"id":45874,"date":"2019-07-12T17:04:38","date_gmt":"2019-07-12T21:04:38","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/vincent-martigny-en-debat-a-lagora-la-marsa-sur-son-livre-le-retour-du-prince\/"},"modified":"2019-07-12T17:04:38","modified_gmt":"2019-07-12T21:04:38","slug":"vincent-martigny-en-debat-a-lagora-la-marsa-sur-son-livre-le-retour-du-prince","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/vincent-martigny-en-debat-a-lagora-la-marsa-sur-son-livre-le-retour-du-prince\/","title":{"rendered":"Vincent Martigny en d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;Agora La Marsa sur son livre \u00a0\u00bbLe retour du prince\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Vincent Martigny, Politologue, professeur de science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Nice et \u00e0 l\u2019\u00c9cole polytechnique. Journaliste dans l\u2019hebdomadaire le 1, et producteur de l\u2019\u00e9mission politique L\u2019atelier du pouvoir sur France Culture (2014-2017). Auteur de Dire la France. Culture(s) et identit\u00e9s nationales 1981-1995, Presses de Sciences Po, Paris, 2016. Vincent Martigny a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;invit\u00e9 de D\u00eew\u00e2n T\u00fbnis (Cycle de rencontres-d\u00e9bats), ce mardi 9 juillet \u00e0 l\u2019Agora, pour d\u00e9battre avec Rania Barrak au sujet de l\u2019apparition de son dernier livre, Le retour du prince (Flammarion, 2019).<\/span><\/p>\n<p>Le retour du prince marque la r\u00e9surgence d\u2019une figure que l\u2019on croyait \u00e9vanouie, qui est celle du prince tel que l\u2019a d\u00e9finie Machiavel. Le prince est dans sa pens\u00e9e un acteur politique qui gouverne seul, sans contrepouvoirs, et dont le principal enjeu est de parvenir, puis de se maintenir au pouvoir. Alors que les demandes de participation citoyennes sont de plus en plus fortes dans les d\u00e9mocraties contemporaines, on assiste aujourd\u2019hui \u00e0 la r\u00e9surgence d\u2019hommes forts qui pr\u00e9tendent r\u00e9gler tous les probl\u00e8mes d\u2019un monde de plus en plus complexe.<\/p>\n<p>On pourrait penser que ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas nouveau : la politique en d\u00e9mocratie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 domin\u00e9e hier par Margaret Thatcher, Ronald Reagan ou Fran\u00e7ois Mitterrand. Mais cette permanence de l\u2019incarnation est en trompe l\u2019\u0153il : en r\u00e9alit\u00e9, ce processus s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et a chang\u00e9 de nature. Les dirigeants d\u00e9mocratiques d\u2019hier devaient tenir compte des partis qui les avaient port\u00e9s au pouvoir, des m\u00e9dias qui les observaient, et des organisations collectives issues de la soci\u00e9t\u00e9 civile comme les syndicats qui contr\u00f4laient leur pouvoir. En outre, ils concevaient la politique comme une activit\u00e9 tenant de l\u2019action collective, dont l\u2019objet \u00e9tait de transformer le r\u00e9el, parfois sous l\u2019influence d\u2019id\u00e9ologies.<\/p>\n<p>L\u2019un des id\u00e9es principales du livre est que la distinction entre d\u00e9mocrates lib\u00e9raux et populistes autoritaires est excessive. Cela ne signifie pas que Trump et Macron pensent la m\u00eame chose ou gouvernent de la m\u00eame mani\u00e8re. Le populisme est la cons\u00e9quence d\u2019une crise politique aggrav\u00e9e de la d\u00e9mocratie, et il est un sympt\u00f4me plus accentu\u00e9 de la d\u00e9r\u00e9liction de la culture d\u00e9mocratique. Il n\u2019en reste pas moins que les dirigeants des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales comme Obama ou Macron et les populistes autoritaires comme Trump ou Salvini partagent plus de traits communs qu\u2019on ne l\u2019imagine dans leur mani\u00e8re de gouverner : solitude dans l\u2019exercice du pouvoir qui confine \u00e0 l\u2019ivresse, volont\u00e9 de mettre \u00e0 distance, voire de contr\u00f4ler ou de critiquer la presse, fantasme d\u2019omniscience et d\u2019omnipotence renforc\u00e9 par un culte de la personnalit\u00e9 par des courtisans aux ordres, incapacit\u00e9 \u00e0 accepter les formes de contestations d\u00e9mocratiques qui contrebalancent leur autorit\u00e9<\/p>\n<p>Le retour du prince est le produit d\u2019une triple d\u00e9responsabilisation. La premi\u00e8re, c\u2019est celle des dirigeants eux-m\u00eames, pris d\u2019un vertige de toute-puissance, entour\u00e9s de conseillers dociles, de ministres de second rang, de parlements fant\u00f4mes, de m\u00e9dias d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9s, et qui gouvernent seuls dans un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec l\u2019opinion publique. Persuad\u00e9s qu\u2019ils portent le seul r\u00e9cit possible, ignorant ouvertement l\u2019opposition et le r\u00f4le que celle-ci peut jouer dans une d\u00e9mocratie fonctionnelle, ils planent comme Icare au firmament d\u2019un pouvoir qui les dess\u00e8che.<\/p>\n<p>La seconde d\u00e9responsabilisation est celle des m\u00e9dias, qui plut\u00f4t que d\u2019expliquer un monde de plus en plus compliqu\u00e9, ont choisi la personnalisation. Il est en effet plus facile de s\u2019attacher aux petites phrases et aux pol\u00e9miques mont\u00e9es en \u00e9pingle que d\u2019analyser des politiques publiques complexes que les journalistes ne font plus eux-m\u00eames l\u2019effort de comprendre. Par un m\u00e9lange de conformisme, de paresse intellectuelle et de sentiment que les citoyens ne sont pas en mesure de comprendre une r\u00e9alit\u00e9 embrouill\u00e9e, ils ont choisi d\u2019entrer dans une approche strictement narrative et non plus analytique de l\u2019actualit\u00e9, ax\u00e9e sur la personnalisation, insistant sur les faits et gestes des personnages que sont devenus les dirigeants.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me est la n\u00f4tre, en tant que citoyens. L\u2019ascendant croissant qu\u2019ont pris les dirigeants sur l\u2019univers politique depuis une ou deux d\u00e9cennies tient avant tout \u00e0 notre irresponsabilit\u00e9 collective et \u00e0 notre d\u00e9sengagement de la vie d\u00e9mocratique. Les citoyens ne sont pas seulement les victimes de l\u2019obsession des chefs, ils en sont \u00e9galement en partie responsables. Il est plus facile de s\u2019identifier, puis de bl\u00e2mer des dirigeants pour leur incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer des probl\u00e8mes dont nous ne voulons pas entendre parler ni g\u00e9rer nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>La fascination collective pour la figure du prince tient au fait qu\u2019il est plus facile de d\u00e9signer des idoles et des coupables plut\u00f4t que de nous questionner sur nos propres devoirs vis-\u00e0-vis de la collectivit\u00e9. Le fantasme du consensus est l\u2019une des manifestations de notre immaturit\u00e9 d\u00e9mocratique collective, qu\u2019il vienne des soutiens du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui pensent les \u00ab r\u00e9formes \u00bb indispensables comme d\u00e9nu\u00e9es d\u2019alternatives, comme de ceux qui pensent repr\u00e9senter le \u00ab vrai peuple \u00bb au sein des gilets jaunes par exemple, alors qu\u2019ils n\u2019en repr\u00e9sentent qu\u2019une fraction. La d\u00e9mocratie est \u00ab un r\u00e9gime dans lequel les conflits sont ouverts et en outre n\u00e9gociables \u00bb disait Paul Ric\u0153ur, l\u2019un des ma\u00eetres \u00e0 penser d\u2019Emmanuel Macron. Il semble parfois l\u2019avoir oubli\u00e9 dans sa pratique du pouvoir, et les citoyens aussi.<\/p>\n<p><em>Propos recueillis par<\/em> <strong>Rania Barrak<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27487-rania-barrak-le-chant-du-cygne-de-la-democratie-liberale\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincent Martigny, Politologue, professeur de science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Nice et \u00e0 l\u2019\u00c9cole polytechnique. Journaliste dans l\u2019hebdomadaire le 1, et producteur de l\u2019\u00e9mission politique L\u2019atelier du pouvoir sur France Culture (2014-2017). Auteur de Dire la France. Culture(s) et identit\u00e9s nationales 1981-1995, Presses de Sciences Po, Paris, 2016. 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