{"id":45877,"date":"2019-07-12T05:31:00","date_gmt":"2019-07-12T09:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/djerba-une-ile-qui-cultive-bien-son-insularite\/"},"modified":"2019-07-12T05:31:00","modified_gmt":"2019-07-12T09:31:00","slug":"djerba-une-ile-qui-cultive-bien-son-insularite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/djerba-une-ile-qui-cultive-bien-son-insularite\/","title":{"rendered":"Djerba: une \u00eele qui cultive bien son insularit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Comment raconter Djerba \u00e0 ceux qui ne la connaissent pas ? Certes, le d\u00e9fi est grand quand l\u2019espace imparti est restreint et quand il y a tant de choses \u00e0 raconter. Djerba est une \u00eele qui a \u00e9t\u00e9 amplement \u00e9tudi\u00e9e et r\u00e9\u00e9tudi\u00e9e. Il ne s\u2019agira donc pas de refaire une nouvelle \u00e9tude sur Djerba, mais d\u2019essayer de susciter l\u2019envie de mieux conna\u00eetre cette \u00eele tunisienne dont la renomm\u00e9e est devenue mondiale, de susciter l\u2019envie de d\u00e9couvrir par soi-m\u00eame les charmes tant vant\u00e9s d\u2019une \u00eele aux multiples qualificatifs.<\/p>\n<h2>Accessibilit\u00e9<\/h2>\n<p>Le visiteur de Djerba peut y acc\u00e9der par air, mer et terre. Depuis le d\u00e9veloppement du tourisme, Djerba a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9e d\u2019un a\u00e9roport international sans cesse r\u00e9nov\u00e9 et dont la capacit\u00e9 d\u2019accueil a \u00e9t\u00e9 augment\u00e9e pour r\u00e9pondre aux besoins d\u2019un trafic en croissance. Le trafic a\u00e9rien a augment\u00e9 non seulement pour les touristes europ\u00e9ens, mais aussi pour les Libyens (surtout durant l\u2019embargo\u00a0 a\u00e9rien) et les Tunisiens qui utilisent cet a\u00e9roport pour les vols internes (Tunis essentiellement) et pour le p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque (pour les habitants du Sud-Est). Le visiteur a \u00e9galement le choix entre le bac qui relie Jorf et Ajim sur une distance de 2,5km et la route longue de 7km qui relie Djerba (par El Kantara) \u00e0 la presqu\u2019\u00eele de Zarzis.<\/p>\n<p>La travers\u00e9e par le bac garde tout son charme et surtout par beau temps et quand on a la chance d\u2019\u00eatre escort\u00e9 par des dauphins ! En \u00e9t\u00e9, mais de plus en plus, tout le long de l\u2019ann\u00e9e, les longues files d\u2019attente rallongent la dur\u00e9e du voyage par voie terrestre d\u2019une heure et m\u00eame plus. Malgr\u00e9 l\u2019augmentation du nombre de bacs, ceux qui sont r\u00e9ellement op\u00e9rationnels, ne suffisent pas \u00e0 assurer une fluidit\u00e9 du trafic souhait\u00e9e par les voyageurs. Ceux qui sont rebut\u00e9s par les longs d\u00e9lais d\u2019attente pr\u00e9f\u00e8rent faire le d\u00e9tour par M\u00e9denine pour contourner la mer de Boughrara et acc\u00e9der par El Kantara. La possibilit\u00e9 d\u2019am\u00e9nager une route \u00e0 travers la mer est la cons\u00e9quence de la faible profondeur des eaux marines et de la proximit\u00e9 du continent.<\/p>\n<p>De ce fait, Djerba est une \u00eele fortement rattach\u00e9e au continent et qui en subit les influences physiques et humaines depuis la nuit des temps. Du haut de la falaise de Jorf ou \u00e0 travers le\u00a0 hublot d\u2019un avion, le visiteur prend un premier contact avec\u00a0 le paysage djerbien. Djerba est une terre plate sans relief notable, l\u2019altitude moyenne est d\u2019une vingtaine de m\u00e8tres et le point culminant est \u00e0 53m \u00e0 Dhahret Gallala. Couvrant une superficie de 514 km2, c\u2019est la plus grande des \u00eeles tunisiennes et l\u2019une des plus grandes du littoral sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. Les distances entre les extr\u00e9mit\u00e9s de l\u2019\u00eele varient entre 20 et 30 km et le littoral s\u2019\u00e9tend sur 150 km. Le tour de l\u2019\u00eele est faisable \u00e0 v\u00e9lo pour les amateurs de paysages naturels o\u00f9 les bouquets de palmiers poussent \u00e0 proximit\u00e9 des terres sal\u00e9es des sebkhas et des marais. Le r\u00e9seau de routes et pistes bitum\u00e9es couvre 355km et il n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre par le bitumage de nombreuses pistes reliant les zones d\u2019habitat les plus denses. Les pistes non bitum\u00e9es s\u2019\u00e9tendent sur plus de 200km et dessinent un r\u00e9seau dense desservant les houmas et les terres agricoles avoisinantes<br \/>Climat, sol et eau.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/MBM-Equitation-Djerba-7541-1.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>L\u2019effet de la mer adoucit le climat m\u00e9diterran\u00e9en aride de Djerba. Les temp\u00e9ratures estivales sont inf\u00e9rieures \u00e0 celles du continent m\u00eame si le sirroco soufflant du sud-est ou du sud-ouest fait monter sensiblement les temp\u00e9ratures en juillet et ao\u00fbt. En hiver, les temp\u00e9ratures ne baissent en dessous de 10\u00b0 qu\u2019exceptionnellement. L\u2019insuffisance des pluies (une moyenne de 200 mm par an) est relativement compens\u00e9e par la ros\u00e9e facilement absorb\u00e9e par les sols sablonneux qui pr\u00e9dominent dans l\u2019\u00eele. Les eaux de pluie sont aussi collect\u00e9es par les citernes (fasguia et majen) am\u00e9nag\u00e9es dans les menzels et pr\u00e8s des mosqu\u00e9es. La tradition des citernes se maintient de nos jours et les Djerbiens qui construisent de nouvelles habitations pr\u00e9voient toujours l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une citerne dont l\u2019eau douce est utilis\u00e9e pour la boisson et pour les pr\u00e9parations culinaires.<\/p>\n<p>Pour les familles des zones de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eele, le recours aux eaux des citernes est devenu imp\u00e9ratif pendant la saison estivale en raison des coupures fr\u00e9quentes et de longue dur\u00e9e de l\u2019eau potable distribu\u00e9e par la Sonede qui donne la priorit\u00e9 \u00e0 la zone touristique tr\u00e8s gourmande en eau potable. L\u2019apport en eau douce du continent, renforc\u00e9 par le dessalement, ne couvre pas les besoins en eau pendant la saison estivale durant laquelle la consommation augmente pour les usages agricoles, touristiques et domestiques. A la consommation des familles r\u00e9sidant \u00e0 plein temps s\u2019ajoute celle des touristes \u00e9trangers et tunisiens. Les besoins de l\u2019agriculture et autres activit\u00e9s \u00e9conomiques sont aussi couverts par des puits de surface \u00e9quip\u00e9s de pompes \u00e9lectriques et des sondages de profondeur vari\u00e9e et dont le forage a augment\u00e9 malgr\u00e9 les interdictions craignant la surexploitation d\u2019une nappe menac\u00e9e aussi de salinisation par intrusion des eaux marines, surtout pour les terres proches de la c\u00f4te.<\/p>\n<p>La nappe phr\u00e9atique nich\u00e9e dans les sables de la zone centrale de l\u2019\u00eele est la moins charg\u00e9e de sel (moins de 2g\/l) et elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9veloppement des vergers s\u2019\u00e9tendant de Oualagh \u00e0 Midoun et de la forte densification du peuplement.<\/p>\n<h2>D\u00e9mographie et peuplement<\/h2>\n<p>Le paysage djerbien est fortement humanis\u00e9, la mise en valeur agricole et l\u2019habitat agglom\u00e9r\u00e9 et dispers\u00e9 en sont les marques les plus visibles. Le peuplement de l\u2019\u00eele est tr\u00e8s ancien et il n\u2019a cess\u00e9 de se renforcer malgr\u00e9 les maigres ressources naturelles locales. Djerba ne subvient aux besoins de plus de 140 000 habitants qu\u2019en faisant recours \u00e0 des ressources externes : l\u2019eau, les produits alimentaires, les revenus issus de l\u2019\u00e9migration vers l\u2019\u00e9tranger et les revenus du tourisme international et national.<\/p>\n<p>Peupl\u00e9e de pr\u00e8s de 32 000 habitants au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, Djerba avait une densit\u00e9 de population de 62 hab\/km<sup>2<\/sup>. En 2004, la densit\u00e9 est de plus de 270 hab\/km2. Cette moyenne, assez \u00e9lev\u00e9e par rapport \u00e0 la moyenne nationale (61), ne refl\u00e8te pas les variations de densit\u00e9 entre les diff\u00e9rentes zones de Djerba. La carte des densit\u00e9s par imadat rend compte de certaines de ces variations : les zones de densit\u00e9 sup\u00e9rieures \u00e0 230 hab\/km2 se situent dans le quart nord-est de Djerba. Dans la frange sud et ouest, les densit\u00e9s tombent au-dessous de 200 Hab\/km2, \u00e0 l\u2019exception de la zone d\u2019Ajim. La carte des zones b\u00e2ties (habitat dense et dispers\u00e9, h\u00f4tels et \u00e9quipements d\u2019apr\u00e8s l\u2019image satellitaire de 2013) montre une distribution plus pr\u00e9cise du peuplement. Trois grandes zones ressortent : l\u2019agglom\u00e9ration de Houmet Souk (y compris l\u2019a\u00e9roport et Mellita), la zone touristique au Nord-Est avec Midoun et la n\u00e9buleuse du Centre (autour d\u2019El May) et du Sud (Gallala et Ajim). Ces trois zones s\u2019\u00e9tendent sur 125km2 (soit le quart de l\u2019\u00eele), ce qui donne une densit\u00e9 r\u00e9elle de plus de 1000 hab\/km<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p>Houmet Souk est le chef-lieu de l\u2019\u00eele tant par le nombre d\u2019habitants (45 000 hab. soit le tiers de la population) que par les services publics et priv\u00e9s qu\u2019elle abrite. Midoun est la deuxi\u00e8me agglom\u00e9ration avec 25 000 hab. et de nombreux services publics et priv\u00e9s. Son dynamisme est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019expansion du tourisme sur les c\u00f4tes nord et est de Djerba et qui a dynamis\u00e9 l\u2019artisanat, les transports et les services commerciaux ainsi que les autres services (sant\u00e9, conseils juridiques et techniques).<\/p>\n<h2>Migrations<\/h2>\n<p>Si le peuplement de Djerba est d\u00e9termin\u00e9 par la croissance naturelle de la population, il a \u00e9t\u00e9 aussi et depuis longtemps conditionn\u00e9 par les mouvements migratoires. Sur un fond de peuplement amazigh, Djerba a vu affluer le long des si\u00e8cles des populations d\u2019origines g\u00e9ographiques et culturelles diverses. Elle a \u00e9t\u00e9 une \u00eele refuge pour des minorit\u00e9s pers\u00e9cut\u00e9es et par son insularit\u00e9 et par la pugnacit\u00e9 de ses habitants, Djerba a su pr\u00e9server un fonds culturel propre qui se r\u00e9v\u00e8le dans un patrimoine architectural sp\u00e9cifique et dans un patrimoine mat\u00e9riel et immat\u00e9riel o\u00f9 se m\u00e9langent les influences amazigh, arabes, turques, europ\u00e9ennes et autres. Tout en \u00e9tant une terre d\u2019asile pour des populations r\u00e9fugi\u00e9es, Djerba a aussi \u00e9t\u00e9 une terre d\u2019\u00e9migration quand les maigres ressources locales se sont av\u00e9r\u00e9es insuffisantes pour nourrir une population en croissance.<\/p>\n<p>Les Djerbiens ont \u00e9migr\u00e9 vers le nord de la Tunisie et vers l\u2019Alg\u00e9rie pour faire du commerce dans le cadre d\u2019un r\u00e9seau communautaire organisant la prise en charge, la formation, les mobilit\u00e9s et l\u2019alternance des p\u00e9riodes de repos et de travail. Puis, ils ont migr\u00e9 en France et dans d\u2019autres pays d\u2019Europe pour faire du commerce et travailler dans le b\u00e2timent et les divers autres services. Leurs descendants exercent encore les m\u00e9tiers de leurs parents sans exclure des conversions impos\u00e9es tant par la crise du petit commerce de d\u00e9tail et des autres m\u00e9tiers que par l\u2019ascension sociale pour ceux qui ont r\u00e9ussi leurs \u00e9tudes. Les \u00e9migr\u00e9s djerbiens sont\u00a0 encore fortement attach\u00e9s \u00e0 leur \u00eele. Ils investissent l\u2019essentiel de leurs \u00e9conomies dans le foncier et l\u2019immobilier. Ils se font construire des maisons modestes selon le mod\u00e8le architectural djerbien et certains se font\u00a0 b\u00e2tir de v\u00e9ritables palais dont le style n\u2019est pas toujours en harmonie avec l\u2019environnement ambiant.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/MBM-Djerba--2-0085.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le d\u00e9part des Djerbiens et la croissance \u00e9conomique ont entra\u00een\u00e9 le recours \u00e0 une main-d\u2019\u0153uvre non qualifi\u00e9e pour l\u2019agriculture, le b\u00e2timent et le tourisme, en majorit\u00e9 non originaire de l\u2019\u00eele. Depuis les ann\u00e9es cinquante et soixante du XX\u00e8me si\u00e8cle, Djerba a attir\u00e9 des migrants en provenance du Sud-Est (Matmata, Ben Guerdane et Tataouine). Ils se sont int\u00e9gr\u00e9s en travaillant la terre des familles \u00e9migr\u00e9es \u00e0 Tunis ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Parmi eux certains ont r\u00e9ussi \u00e0 acqu\u00e9rir progressivement un patrimoine foncier et immobilier qui fait d\u2019eux et de leurs descendants des notables respect\u00e9s. L\u2019afflux des \u00e9migr\u00e9s n\u2019a pas cess\u00e9 avec le d\u00e9veloppement du tourisme et de l\u2019immobilier qui a attir\u00e9 des migrants du Sud-Est mais aussi du Centre-Ouest et du Sud-Ouest. Comme ceux qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, les nouveaux migrants ont des projets d\u2019int\u00e9gration dans le tissu social et spatial de Djerba dont la r\u00e9alisation commence par l\u2019acquisition d\u2019un lopin de terre en vue de la construction d\u2019un logement aussi rudimentaire soit-il. Les terres sises \u00e0 proximit\u00e9 des zones de peuplement ancien sont les plus convoit\u00e9es, mais dont les prix ne sont pas toujours abordables.<\/p>\n<h2>Habitat<\/h2>\n<p>Sur des terres en propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et dont le morcellement se poursuit au fil du temps par partages successoraux, les convoitises se font de plus en plus nombreuses et ce, en rapport avec le rench\u00e9rissement des prix acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par la disponibilit\u00e9 des ressources financi\u00e8res issues de l\u2019\u00e9migration. Paradoxalement, cette tendance ancienne n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 une concentration de l\u2019habitat qui est rest\u00e9 dispers\u00e9 dans sa majorit\u00e9 en rapport avec l\u2019organisation territoriale de la soci\u00e9t\u00e9 djerbienne. Le mod\u00e8le du menzel est \u00e0 la base de cette organisation en \u00e9tant \u00e0 la fois cellule d\u2019habitat (houch) et cellule de production agricole (verger et cultures mara\u00eech\u00e8res). La cons\u00e9quence en est la dispersion de l\u2019habitat dans un tissu de terres agricoles dens\u00e9ment irrigu\u00e9 par un r\u00e9seau de pistes \u00e9troites (jadda) bord\u00e9es de tabias de cactus et d\u2019alo\u00e8s, formant \u00e0 la fois des voies de passage et des limites de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Certes les routes et les services commerciaux ont contribu\u00e9 \u00e0 une concentration ancienne des services au niveau des carrefours mais qui s\u2019est rarement accompagn\u00e9e d\u2019une concentration de l\u2019habitat dans ces centres \u00e9l\u00e9mentaires. Une certaine concentration de l\u2019habitat na\u00eet de l\u2019agglom\u00e9ration de menzels en houma qui regroupe les familles qui ont des racines communes et poss\u00e8dent des terres avoisinantes. La structure communautaire de la soci\u00e9t\u00e9 a produit une structure communautaire de l\u2019habitat et du territoire.<\/p>\n<p>Traditionnellement, les habitants de Houmt Souk ont tendance \u00e0 se distinguer de ceux des autres zones (qualifi\u00e9s de ghabagia). Fiers de leur urbanit\u00e9, ils tiennent \u00e0 marquer leurs diff\u00e9rences avec la ruralit\u00e9 des habitants des \u00abvillages\u00bb et des \u00abcampagnes\u00bb. Au-del\u00e0 de l\u2019aspect pol\u00e9mique, cette question pose l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me du statut administratif des populations et ce qui en d\u00e9coule en mati\u00e8re de r\u00e9glementation de l\u2019habitat. Depuis 1969, toute l\u2019\u00eele est \u00e9rig\u00e9e en territoire communal et ce malgr\u00e9 le fait que d\u2019apr\u00e8s le recensement de la population de 1966, moins de 20% de la population de Djerba \u00e9taient recens\u00e9s en territoire communal. Administrativement, si aujourd\u2019hui toute l\u2019\u00eele est territoire communal, elle doit \u00eatre couverte d\u2019un plan d\u2019am\u00e9nagement urbain r\u00e9glementant les superficies requises pour obtenir des autorisations de b\u00e2tir. Ce qui est loin d\u2019\u00eatre le cas et pose l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me du statut des terres non couvertes par un plan d\u2019am\u00e9nagement et qui font l\u2019objet d\u2019une sp\u00e9culation fonci\u00e8re acharn\u00e9e, surtout \u00e0 proximit\u00e9 des routes bitum\u00e9es.<\/p>\n<h2>Activit\u00e9s et sources de revenu<\/h2>\n<p>Les terres agricoles occupent pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du territoire insulaire mais elles n\u2019employaient que 4% de la population active en 2004 (contre 28% en 1966), y compris les p\u00eacheurs. L\u2019agriculture n\u2019est plus pour les Djerbiens qu\u2019une activit\u00e9 d\u2019appoint int\u00e9ressant les personnes \u00e2g\u00e9es plus que les jeunes. Rares sont les familles qui continuent \u00e0 cultiver par elles-m\u00eames leurs fruits et l\u00e9gumes. Ce sont surtout les femmes qui continuent \u00e0 pratiquer le jardinage et un petit \u00e9levage familial en utilisant l\u2019eau de puits et parfois l\u2019eau de robinet. Toutefois, une nouvelle dynamique agricole a vu le jour sur des terres longtemps abandonn\u00e9es et relativement \u00e9loign\u00e9es des zones d\u2019habitat. Elle est le fait de promoteurs investissant des capitaux importants en vue d\u2019une production commerciale essentiellement destin\u00e9e aux h\u00f4teliers (fruits frais, lait et fromage).<\/p>\n<p>La p\u00eache reste une activit\u00e9 de subsistance pour une population poss\u00e9dant une flottille de plus de 2 000 embarcations de p\u00eache c\u00f4ti\u00e8re en majorit\u00e9 non motoris\u00e9es (70%). Elle a fourni une production de pr\u00e8s de 9000 t en 2011 mais qui reste insuffisante en \u00e9t\u00e9 pour satisfaire les besoins des Djerbiens et des touristes.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2417-Djerba-Synagogue.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es soixante, l\u2019artisanat rapportait des revenus \u00e9quivalant \u00e0 ceux de l\u2019agriculture et la p\u00eache. Il s\u2019agissait essentiellement d\u2019un artisanat de la laine et de la poterie qui livrait des produits pour l\u2019usage de la population tunisienne en majorit\u00e9. L\u2019artisanat de la bijouterie \u00e9tait le fait d\u2019artisans juifs install\u00e9s \u00e0 Houmt Souk. L\u2019artisanat utilitaire ayant connu un d\u00e9clin quasi total, il a \u00e9t\u00e9 relay\u00e9 par un artisanat destin\u00e9 aux touristes et dont la poterie de Gallala subsiste plus par la vente de la poterie de Nabeul que par la fabrication de produits locaux dont l\u2019int\u00e9r\u00eat artistique ne manque pas. Les commer\u00e7ants vendant aux touristes des produits de l\u2019artisanat \u00e0 Houmt Souk et \u00e0 Midoun ne vendent qu\u2019exceptionnellement des produits de fabrication locale.<\/p>\n<p>Le tourisme est devenu l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique principale \u00e0 Djerba, non seulement par les emplois directs (plus de 10 000 emplois en 2011) mais aussi par les emplois induits dans le commerce, le transport et les autres services priv\u00e9s. En 2004, les services employaient plus de 57% de la population active \u00e0 Djerba (36% en 1966). Le tourisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 Djerba depuis les ann\u00e9es soixante (en 1965, il y avait six h\u00f4tels avec une capacit\u00e9 d\u2019accueil de 522 lits). Tr\u00e8s rapidement l\u2019expansion s\u2019est faite sur la c\u00f4te sablonneuse du quart nord-est de l\u2019\u00eele, exploitant \u00e0 fond les potentialit\u00e9s de la mer, du sable et du soleil. Initi\u00e9 par des investissements publics, le tourisme djerbien a vite attir\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des investisseurs priv\u00e9s tunisiens et \u00e9trangers et ce n\u2019est que tardivement que les hommes d\u2019affaires d\u2019origine djerbienne ont investi dans le tourisme \u00e0 Djerba. Malgr\u00e9 la crise qui perdure depuis les ann\u00e9es 2000, Djerba comptait plus d\u2019une centaine d\u2019h\u00f4tels en 2011 offrant plus de 42 000 lits et ayant abrit\u00e9 pr\u00e8s de 4 millions de nuit\u00e9es.<\/p>\n<p>Les touristes sont en majorit\u00e9 des Europ\u00e9ens (de plus en plus originaires de l\u2019Europe de l\u2019Est et de Russie) et tr\u00e8s partiellement des Maghr\u00e9bins (Libyens et Alg\u00e9riens) et des Tunisiens. Le tourisme des Tunisiens \u00e0 Djerba rev\u00eat des formes diverses : du s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel jusqu\u2019\u00e0 la location chez l\u2019habitant en passant par les r\u00e9sidences secondaires des Djerbiens ou autres r\u00e9sidant hors de l\u2019\u00eele. Les maisons d\u2019h\u00f4tes restent limit\u00e9es malgr\u00e9 quelques exp\u00e9riences r\u00e9ussies sur le plan architectural et les services fournis \u00e0 Midoun, Erriadh ou Houmt Souk.<\/p>\n<h2>Patrimoine<\/h2>\n<p>La campagne men\u00e9e par les associations et la soci\u00e9t\u00e9 civile pour l\u2019inscription de Djerba par l\u2019Unesco sur la liste du patrimoine culturel mondial, engag\u00e9e depuis les ann\u00e9es 90, a abouti \u00e0 l\u2019acceptation de la demande d\u2019inscription en attendant la reconnaissance de la \u00abvaleur universelle exceptionnelle\u00bb ainsi justifi\u00e9e : \u00abPar sa situation g\u00e9ographique et par la place qu\u2019elle a occup\u00e9e dans l\u2019histoire tant r\u00e9gionale que m\u00e9diterran\u00e9enne, l\u2019\u00eele de Djerba peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le carrefour de la M\u00e9diterran\u00e9e antique et m\u00e9di\u00e9vale.\u00bb \u00abChant\u00e9e par Hom\u00e8re sous le nom de \u00ab\u00eele des Lotophages\u00bb, \u00e9tape incontournable de la grande aventure ph\u00e9nicienne vers l\u2019Ouest, grand comptoir de productions \u00abindustrielles\u00bb et d\u2019\u00e9changes commerciaux et culturels pendant l\u2019Antiquit\u00e9 classique, terre de la \u00abGhriba\u00bb, la plus vieille synagogue de tout l\u2019Occident m\u00e9diterran\u00e9en, refuge paisible des Ibadhites, \u00abplace forte\u00bb disput\u00e9e par les grandes puissances de l\u2019\u00e9poque durant le Moyen Age, conservatoire de paysages \u00abhom\u00e9riques\u00bb et de traditions mill\u00e9naires, Djerba a gard\u00e9 de ce riche pass\u00e9 un patrimoine arch\u00e9ologique, historique et immat\u00e9riel d\u2019une grande vari\u00e9t\u00e9: le mausol\u00e9e numide de Henchir Bourgou, le vaste site arch\u00e9ologique de l\u2019opulente ville antique de Meninx, la v\u00e9n\u00e9rable synagogue de la Ghriba, la forteresse turque de Ghazi Mustapha \u00e9difi\u00e9e \u00e0 l\u2019emplacement d\u2019un ancien ribat des premiers temps de l\u2019Islam, de nombreuses mosqu\u00e9es d\u2019une grande puret\u00e9 et originalit\u00e9 architecturales, un habitat dispers\u00e9 typique illustrant une grande capacit\u00e9 d\u2019adaptation de l\u2019homme \u00e0 son milieu naturel et une occupation du sol originale.<\/p>\n<p>Ce riche patrimoine culturel n\u2019occulte pas la beaut\u00e9 et la qualit\u00e9 des paysages naturels encore sauvegard\u00e9s mais qui se trouvent menac\u00e9s par la conjugaison de plusieurs facteurs dont notamment l\u2019expansion de l\u2019urbanisation.\u00bb (Unesco).<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Djerba-0718-N-Midoun,Huilerie-souterraine.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le classement \u00e9tant fait, il reste beaucoup \u00e0 faire pour r\u00e9ellement pr\u00e9server ce patrimoine de fa\u00e7on durable et en faire les bases d\u2019un tourisme culturel, arch\u00e9ologique et \u00e9cologique qui peine \u00e0 s\u2019imposer dans l\u2019offre touristique de l\u2019\u00eele, comme ailleurs en Tunisie En focalisant les services touristiques sur la c\u00f4te nord et est de Djerba et au niveau des deux centres urbains (Houmt Souk et Midoun), le tourisme djerbien a tourn\u00e9 le dos \u00e0 la Djerba profonde, r\u00e9elle garante du patrimoine de valeur universelle exceptionnelle. Si ce patrimoine r\u00e9side dans un \u00e9cosyst\u00e8me avec des paysages sp\u00e9cifiques et dans un mod\u00e8le original d\u2019organisation architecturale et territoriale de la soci\u00e9t\u00e9 djerbienne, il se manifeste aussi \u00e0 travers des traditions vestimentaires, culinaires et festives propres aux Djerbiens et aux Djerbiennes.<\/p>\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins dans les mentalit\u00e9s, les croyances et les pratiques religieuses d\u2019une population qui s\u2019attache aux traditions comme elle peut faire preuve d\u2019ouverture et de modernit\u00e9. La scolarisation et l\u2019\u00e9migration vers l\u2019\u00e9tranger ont \u00e9t\u00e9 des facteurs d\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s et d\u2019\u00e9mancipation de la femme. Malgr\u00e9 le poids des traditions, et depuis les temps recul\u00e9s, la Djerbienne a affirm\u00e9 sa participation active \u00e0 la vie sociale en g\u00e9rant les affaires de la famille en l\u2019absence du mari \u00e9migr\u00e9, en poss\u00e9dant des terres et des biens par h\u00e9ritage, en concluant des achats et des ventes de biens fonciers et immobiliers\u2026<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ridha Lamine<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27490-djerba-l-ile-aux-sables-d-or\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment raconter Djerba \u00e0 ceux qui ne la connaissent pas ? Certes, le d\u00e9fi est grand quand l\u2019espace imparti est restreint et quand il y a tant de choses \u00e0 raconter. Djerba est une \u00eele qui a \u00e9t\u00e9 amplement \u00e9tudi\u00e9e et r\u00e9\u00e9tudi\u00e9e. 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