{"id":45879,"date":"2019-07-12T05:52:00","date_gmt":"2019-07-12T09:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/habib-ayadi-la-derive-vers-la-republique-des-copains\/"},"modified":"2019-07-12T05:52:00","modified_gmt":"2019-07-12T09:52:00","slug":"habib-ayadi-la-derive-vers-la-republique-des-copains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/habib-ayadi-la-derive-vers-la-republique-des-copains\/","title":{"rendered":"Habib Ayadi: La d\u00e9rive vers la r\u00e9publique des copains"},"content":{"rendered":"<p>En ce moment, les Tunisiens estiment que la II<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique fonctionne tr\u00e8s mal. Cette critique n\u2019est pas nouvelle. Il y a cent ans en France et sous la III\u00e8me R\u00e9publique, Robert de Jouvenel publiait en 1914 \u00ab La R\u00e9publique des camarades \u00bb.<\/p>\n<p>Pour lui, la R\u00e9publique est une grande camaraderie entre les hommes charg\u00e9s des affaires publiques. Une continuit\u00e9 entre ces hommes s\u2019\u00e9tablit. Ce n\u2019est ni de la sympathie, ni de l\u2019estime, et encore moins de la confiance, mais plut\u00f4t de l\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>C\u2019est un Etat qui repose sur la combine, o\u00f9 tout s\u2019arrange, tout se combine. La d\u00e9saffection du r\u00e9gime est devenue le bonheur ordinaire des plus forts et souvent, devant une chambre \u00ab humili\u00e9e \u00bb se trouve un gouvernement omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Faut-il le rappeler, l\u2019histoire tend \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter. Tout ce qui a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 par Robert de Jouvenel n\u2019a rien perdu de son actualit\u00e9 en Tunisie.<\/p>\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 la R\u00e9publique s\u2019essouffle, o\u00f9 la d\u00e9mocratie s\u2019endort dans la complaisance et le passe-droit, le syst\u00e8me n\u2019en est que plus affaibli: \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 des uns, r\u00e9pond l\u2019indulgence des autres.<\/p>\n<p>L\u2019amendement de la loi \u00e9lectorale vot\u00e9e r\u00e9cemment par la chambre des repr\u00e9sentants du peuple rappelle l\u2019article 109 de la loi \u00e9lectorale alors en vigueur. En effet cet article a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 en 1969 en pr\u00e9cisant \u00abtout membre des Assembl\u00e9es nationales exclu d\u2019une organisation ou un parti dont il avait re\u00e7u l\u2019investiture au moment des \u00e9lections, cesse d\u2019appartenir \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour exclure Ahmed Ben Salah apr\u00e8s la crise de 1969. Cet article a \u00e9t\u00e9 vite abrog\u00e9 car consid\u00e9r\u00e9 ill\u00e9gal par nombre de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au congr\u00e8s de Monastir et contraire aux principes d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>L\u2019article 74 de la nouvelle Constitution pr\u00e9cise: \u00abLa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique est un droit reconnu \u00e0 toute \u00e9lectrice ou tout \u00e9lecteur de nationalit\u00e9 tunisienne par la naissance et de confession musulmane\u00bb.<\/p>\n<p>Cet article restitue \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur son droit inali\u00e9nable de choisir d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence ou de choisir librement son pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Si la situation politique actuelle demeure en l\u2019\u00e9tat et si les \u00e9lecteurs le 7 octobre prochain ne comprenant pas que le vote est le garant de la coh\u00e9sion sociale et que les partisans des plus faibles formations\u00a0 se r\u00e9fugient dans l\u2019abstention ou le vote blanc, le risque est grand de voir le sc\u00e9nario des \u00e9lections municipales de 2018 se r\u00e9p\u00e9ter en 2019, avec les m\u00eames r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Si la soci\u00e9t\u00e9 civile ne prend pas au s\u00e9rieux la situation actuelle et les risques du vote par d\u00e9faut contraire \u00e0 la coh\u00e9sion sociale et qui conditionne l\u2019existence politique des uns et des autres, le 7 octobre prochain, l\u2019\u00e9lecteur ne trouvera \u00e0 l\u2019isoloir que trois choix: une R\u00e9publique de camarades (ou de copains), une Chambre \u00abintrouvable\u00bb l\u2019expression est attribu\u00e9e \u00e0 Louis XVIII pour exprimer l\u2019id\u00e9e que la chambre d\u2019octobre 1815 est plus royaliste que le roi et une arm\u00e9e mexicaine.\u00a0 Une arm\u00e9e avec beaucoup de g\u00e9n\u00e9raux et de peu de soldats et donc pour nous, des chefs politiques d\u00e9pourvus d\u2019une base populaire, incapables de g\u00e9rer le pays, ni de d\u00e9cider de r\u00e9formes en profondeur.<\/p>\n<h2>Un pays sans Leadership<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas de candidats pouvant pr\u00e9tendre au titre de leader. La d\u00e9mocratie a-t-elle perdue la partie ? Ses ennemis existent, mais ils sont meilleurs dans la critique que dans la mise en \u0153uvre d\u2019une alternative.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections prochaines s\u2019annoncent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 critiques. Les \u00e9ch\u00e9ances ne manquent pas: 7 octobre l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple, 6 novembre, la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, et ce, dans un climat o\u00f9 les tensions politiques, \u00e9conomiques et sociales se multiplient.<\/p>\n<p>Qui est aujourd\u2019hui capable d\u2019apporter des r\u00e9ponses \u00e0 ces questions et \u00e0 toutes ces exigences?<\/p>\n<p>En cette p\u00e9riode \u00e9lectorale, il n\u2019y a gu\u00e8re de candidats au titre de leader pour donner confiance au peuple. La plupart de ces candidats sont r\u00e9put\u00e9s sans enjeu et n\u2019ont pas valeur de leader. Aucun des pr\u00e9tendants aux diverses \u00e9lections ne font envie au tunisien, ni par leur personnalit\u00e9, ni par leur programme, ni par leur charisme.<\/p>\n<p>Les partis politiques d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution sont r\u00e9duits \u00e0 des machines de candidats.\u00a0 Ils ne produisent que des candidats et\u00a0 sont inexistants face au ch\u00f4mage, aux r\u00e9gions oubli\u00e9es, \u00e0 la fraude fiscale, \u00e0 l\u2019administration. Ils se contentent de vagues discours sur ces probl\u00e8mes, sans les inscrire dans une vision d\u2019ensemble. Ce sont des partis \u00e9puis\u00e9s et incapables de revivifier une d\u00e9mocratie de moins en moins l\u00e9gitime aux yeux du peuple quelle est cens\u00e9 servir. Il ne fait pas de doute qu\u2019il s\u2019agit de partis d\u00e9pourvus, \u00e0 la fois d\u2019une assise sociale stable et homog\u00e8ne et de programme \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>En Tunisie, faut-il le rappeler : la libert\u00e9 ne suffit pas. Affirmer la libert\u00e9 de presse et d\u2019expression est incontestablement un acquis de la r\u00e9volution. Mais ces libert\u00e9s ch\u00e8rement acquises ne peuvent cacher les fragilit\u00e9s, voire les impasses d\u2019un transfert\u00a0 \u00e9conomique et social. Il est difficile de ne pas s\u2019interroger sur le d\u00e9calage entre ces deux r\u00e9alit\u00e9s et les dangers qu\u2019ils pr\u00e9sentent pour le pays.<\/p>\n<p>Pourtant, on le sait : sans r\u00e9forme de l\u2019administration, il n\u2019y aura pas de redressement de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9t\u00e9 quelques uns \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter depuis 2011: un programme doit \u00eatre complet et d\u00e9taill\u00e9 concernant le domaine \u00e9conomique, financier et social. Il s\u2019agit d\u2019un passage oblig\u00e9 en p\u00e9riode de transition, car sinon, la r\u00e9volution sombre dans le d\u00e9sordre et le chaos. Plus clairement la libert\u00e9 reconquise ne doit pas faire oublier l\u2019obligation des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Pour le malheur de la Tunisie, les candidats aux programmes les plus s\u00e9rieux ont \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s chez eux. Ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des inconnus, des amateurs et des muets qui ont converg\u00e9 rapidement et tout naturellement vers une politique gestionnaire. Aujourd\u2019hui, nous r\u00e9coltons les fautes de ce travail de destruction. Tout ce qui \u00e9tait l\u2019id\u00e9al des masses populaires a \u00e9t\u00e9 banni.<\/p>\n<h2>Les lueurs d\u2019espoir<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 du ras-le-bol des tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9gard des dirigeants qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s apr\u00e8s plus de huit ans, incapables de mettre en place un projet de r\u00e9forme cr\u00e9dible et applicable, des voix de plus en plus nombreuses appellent \u00e0 repenser l\u2019Etat. Un nombre croissant de citoyens, d\u2019intellectuels, de chefs d\u2019entreprise et surtout de responsables associatifs et syndicaux multiplient les initiatives et soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser l\u2019Etat et de promouvoir une soci\u00e9t\u00e9 plus solide, plus durable et une d\u00e9mocratie plus sociale.<\/p>\n<p>A une \u00e9crasante majorit\u00e9, les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, beaucoup au ch\u00f4mage, sont \u00e0 la recherche de sens de ces dipl\u00f4mes inutiles et sans espoir.<\/p>\n<p>Faut-il encore le rappeler: une r\u00e9volution \u00e9conomique et sociale se d\u00e9clenche quand un r\u00e9gime ne sait plus assumer le bien \u00eatre \u00e0 ceux qu\u2019il pr\u00e9tend servir?<br \/>Le r\u00e9gime en place semble incapable de r\u00e9soudre les difficult\u00e9s et frustrations r\u00e9elles ou ressenties, d\u2019un grand nombre de citoyens. Sais-t-on faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une r\u00e9volution.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Habib Ayadi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><em>Professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 la Facult\u00e9 des Sciences Juridiques,<br \/>politiques et sociales de Tunis 2<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27488-habib-ayadi-la-derive-vers-la-republique-des-copains\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce moment, les Tunisiens estiment que la II\u00e8me R\u00e9publique fonctionne tr\u00e8s mal. Cette critique n\u2019est pas nouvelle. Il y a cent ans en France et sous la III\u00e8me R\u00e9publique, Robert de Jouvenel publiait en 1914 \u00ab La R\u00e9publique des camarades \u00bb. 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