{"id":47461,"date":"2019-07-20T06:00:00","date_gmt":"2019-07-20T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lettres-et-marchands-dans-lhistoire-des-villes-musulmanes\/"},"modified":"2019-07-20T06:00:00","modified_gmt":"2019-07-20T10:00:00","slug":"lettres-et-marchands-dans-lhistoire-des-villes-musulmanes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lettres-et-marchands-dans-lhistoire-des-villes-musulmanes\/","title":{"rendered":"Lettr\u00e9s et marchands: dans l\u2019histoire des villes musulmanes"},"content":{"rendered":"<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(18).jpg\" alt=\"\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Il est un fait bien connu que les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es au cours de leur histoire par la coexistence entre des populations s\u00e9dentaires (rurales et citadines) et des populations nomades. Si les milieux ruraux \u00e0 structures tribales solides \u00e9taient domin\u00e9s par une aristocratie de b\u00e9douins \u00e9leveurs (notamment les grands nomades chameliers), pas toujours en conflit avec l\u2019Etat (et m\u00eame fr\u00e9quemment en association d\u2019int\u00e9r\u00eat avec lui) certes, mais capables de lui tenir la drag\u00e9e haute, voire de mettre en p\u00e9ril son existence, qu\u2019en \u00e9tait-il des milieux citadins alors m\u00eame que la civilisation musulmane fut massivement et brillamment une civilisation des villes ? Quels rapports ces milieux entretenaient-ils avec l\u2019Etat qui, au cours des si\u00e8cles, prit la forme du despotisme ? Un pouvoir d\u2019une telle nature, \u00e9videmment hostile \u00e0 toute forme d\u2019autonomie des groupes sociaux, y compris les plus paisibles, pouvait-il rel\u00e2cher sa surveillance tatillonne alors m\u00eame que la ville musulmane \u00e9tait le lieu par excellence o\u00f9 s\u2019exprimaient avec force les valeurs religieuses, o\u00f9 s\u2019\u00e9panouissait la civilisation islamique et o\u00f9 r\u00e9sidaient les deux personnages embl\u00e9matiques de l\u2019oul\u00e9ma et du marchand ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-2.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La proximit\u00e9 g\u00e9ographique avec le pouvoir et ses repr\u00e9sentants, la prosp\u00e9rit\u00e9 des villes, voire leur opulence, un certain traitement de faveur au b\u00e9n\u00e9fice des notables, tout cela a donn\u00e9 naissance \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue tenace \u2013 y compris chez les sp\u00e9cialistes &#8211; selon laquelle les \u00e9lites citadines \u00e9taient associ\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir politique en ville et m\u00eame, crurent certains, au niveau central. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019Etat, fort de son r\u00f4le de protecteur, \u00e9tait omnipotent. En d\u00e9pit des apparences, c\u2019est donc l\u2019aristocratie b\u00e9douine qui, au cours des \u00e2ges, fut associ\u00e9e par le pouvoir au maintien de l\u2019ordre sur les pistes qui traversaient les vastes \u00e9tendues semi-d\u00e9sertiques (comme le fait d\u2019escorter les caravanes contre r\u00e9tribution bien s\u00fbr) ainsi qu\u2019\u00e0 la perception de certains imp\u00f4ts que l\u2019administration du Prince donnait en affermage. L\u2019\u00e9quilibre politico-\u00e9conomique r\u00e9el \u00e9tait donc celui qui existait entre \u00ables ma\u00eetres des villes et les ma\u00eetres des routes\u00bb (selon l\u2019expression de l\u2019historien marocain Abdallah Laroui), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Etat et les plus puissantes des tribus nomades.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-3.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Omnipr\u00e9sent, l\u2019Etat, non seulement contr\u00f4lait les institutions urbaines (cadis, imams, cheikh el m\u00e9dina \u00e0 Tunis ou cheikh al balad au Moyen-Orient, syndics des m\u00e9tiers, notaires, et d\u2019autres encore) mais avait rapidement r\u00e9ussi \u00e0 intervenir directement dans leurs affaires. Cette omnipr\u00e9sence \u2013 qui distinguait fondamentalement la gestion des villes musulmanes des villes europ\u00e9ennes fortes de leurs libert\u00e9s communales acquises d\u00e8s le Moyen \u00c2ge \u2013 avait abouti fatalement \u00e0 un assujettissement des \u00e9lites urbaines et principalement les oul\u00e9mas (\u00e0 tout le moins dans le monde sunnite) et les marchands. Le milieu des lettr\u00e9s comprenait essentiellement les enseignants, les magistrats et les notaires auxquels il faut ajouter les secr\u00e9taires des chancelleries form\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9cole que les premiers. En haut de la hi\u00e9rarchie sociale urbaine se trouvaient les titulaires des dignit\u00e9s de la magistrature religieuse qui relevaient directement du souverain : cadis et muftis organis\u00e9s comme dans le cas de la Tunisie des beys husse\u00efnites de fa\u00e7on \u00e9labor\u00e9e et hi\u00e9rarchis\u00e9e. D\u00e9fenseurs de l\u2019ordre \u00e9tabli, ces personnages respect\u00e9s \u00e9taient n\u00e9anmoins conscients de leur responsabilit\u00e9 morale et certains d\u2019entre eux se distinguaient par leur v\u00e9h\u00e9mence r\u00e9probatrice \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Emir ou de ses subordonn\u00e9s, au nom de l\u2019islam et de la justice. Si au cours de l\u2019histoire, beaucoup pouss\u00e8rent jusqu\u2019au bout \u2013 au risque de subir les foudres du prince &#8211; leur contestation d\u2019un pouvoir qu\u2019ils jugeaient inique, la majorit\u00e9 des oul\u00e9mas se sentaient cependant li\u00e9s par l\u2019engagement donn\u00e9 lors du serment d\u2019all\u00e9geance donn\u00e9 au souverain et, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ils pr\u00e9f\u00e9raient contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 la survie de l\u2019ordre politique\u2013 d\u2019ailleurs g\u00e9n\u00e9ralement favorable \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats \u2013 plut\u00f4t que de r\u00e9veiller les vieux d\u00e9mons de la discorde.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-4.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Ceux d\u2019entre les oul\u00e9mas qui se consacraient \u00e0 l\u2019enseignement jouissaient eux aussi d\u2019un grand prestige pour leur r\u00f4le dans la diffusion des sciences religieuses, du droit et de la langue arabe. L\u2019absence jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle d\u2019une institution universitaire structur\u00e9e leur assurait une relative ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pouvoir. Ils tiraient leurs ressources en exer\u00e7ant parall\u00e8lement un m\u00e9tier dans le commerce ou comme notaires. De sorte que la proximit\u00e9 entre la Mosqu\u00e9e (o\u00f9 \u00e9tait dispens\u00e9 le savoir) et les souks \u00e9tait aussi une proximit\u00e9 \u00e9conomique, sociale et culturelle, d\u2019autant plus que beaucoup d\u2019artisans ne manquaient pas d\u2019assister aux cours. L\u2019activit\u00e9 intellectuelle, qui fut intense en certaines p\u00e9riodes de l\u2019histoire des villes musulmanes, \u00e9tait cependant \u00e9troitement surveill\u00e9e par le pouvoir. De sorte que si l\u2019\u00e9rudition citadine a pu donner naissance tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la pens\u00e9e critique, celle-ci fit malheureusement long feu, emp\u00each\u00e9s que furent ses fondateurs de faire \u00e9cole. L\u2019exemple embl\u00e9matique \u00e9tant celui du c\u00e9l\u00e8bre Averro\u00e8s (Ibn Rushd, 1126-1198), mais nous pourrions en citer bien d\u2019autres. Dans ces conditions, la libre r\u00e9flexion fut progressivement refoul\u00e9e au profit d\u2019un travail intellectuel enserr\u00e9 dans le cadre \u00e9troit des corpus \u00e9tablis. L\u2019enseignement dispens\u00e9 dans de v\u00e9n\u00e9rables institutions comme la Zitouna de Tunis, la Qarawiyine de F\u00e8s et Al Azhar au Caire fut immanquablement frapp\u00e9 d\u2019une scl\u00e9rose durable entretenue par une p\u00e9dagogie qui privil\u00e9giait la transmission orale, la m\u00e9morisation, la r\u00e9p\u00e9tition et le respect p\u00e9trifi\u00e9 des auteurs anciens. Il aura fallu attendre le XIXe si\u00e8cle, les projets de r\u00e9forme de certains princes et vizirs, conscients du retard accumul\u00e9, et l\u2019introduction de l\u2019imprimerie pour que les choses commencent \u00e0 bouger.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-5.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Mais qu\u2019en \u00e9tait-il de l\u2019autre milieu social typiquement citadin, c\u2019est-\u00e0-dire celui des marchands ? Forts de l\u2019image valorisante que conf\u00e9rait la civilisation musulmane \u00e0 leur m\u00e9tier, ceux-ci (qui \u00e9taient souvent aussi en m\u00eame temps des fabricants de produits comme la ch\u00e9chia ou les tissages en soie dans les souks de Tunis) contribu\u00e8rent longtemps \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 des villes. Pour les plus puissants, leur p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019intervention sur terre et sur mer \u00e9tait \u00e9tendu, en particulier, dans le bassin oriental de la M\u00e9diterran\u00e9e et l\u2019oc\u00e9an Indien. Ils jou\u00e8rent, en m\u00eame temps, un r\u00f4le primordial dans l\u2019islamisation de plusieurs contr\u00e9es de l\u2019Extr\u00eame-Orient et de l\u2019Afrique subsaharienne. Ces tujj\u00e2r-s audacieux, immortalis\u00e9s par le personnage de Sindbad le marin, r\u00e9ussissaient \u00e0 \u00e9difier des fortunes consid\u00e9rables. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de leurs homologues europ\u00e9ens \u2013 constamment prot\u00e9g\u00e9s par leurs Etats \u2013 la r\u00e9ussite professionnelle et la puissance financi\u00e8re des marchands des villes musulmanes les rendaient vuln\u00e9rables car leur r\u00e9ussite suscitait souvent la convoitise du prince. En pays de despotisme oriental, le riche \u00e9tait forc\u00e9ment l\u2019oblig\u00e9 du pouvoir politique qui, pour toutes sortes de pr\u00e9textes, pr\u00e9levait un \u00abtribut\u00bb sous forme d\u2019acceptation de cadeaux somptueux ou, plus prosa\u00efquement, d\u2019argent en esp\u00e8ces. Tous ces efforts ne les mettant d\u2019ailleurs gu\u00e8re \u00e0 l\u2019abri d\u2019une confiscation pure et simple des richesses accumul\u00e9es gr\u00e2ce au commerce. Ces confiscations \u00e9taient d\u2019autant plus fr\u00e9quentes que l\u2019Etat, comme partout et toujours, \u00e9tait imp\u00e9cunieux et que les marchands les plus riches \u00e9taient souvent aussi des fermiers d\u2019imp\u00f4ts. Cette fragilit\u00e9, en quelque sorte structurelle, des fortunes marchandes, \u00e9tait aggrav\u00e9e par le fait que le souverain lui-m\u00eame ou ses ministres se lan\u00e7aient dans les affaires. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se traduisait fatalement par une concurrence d\u00e9loyale et d\u00e9vastatrice. A toutes les \u00e9poques, toute activit\u00e9 de quelque envergure obligeait le marchand \u00e0 une compromission avec les d\u00e9tenteurs du pouvoir, \u00e0 une soumission \u00e0 ses exigences ou \u00e0 un abandon pur et simple de son activit\u00e9. A l\u2019\u00e9poque abbasside, les auxiliaires du fisc, charg\u00e9s de v\u00e9rifier la valeur des esp\u00e8ces vers\u00e9es par les contribuables, \u00e9taient,simultan\u00e9ment, des hommes d\u2019affaires ou des fermiers d\u2019imp\u00f4ts.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-6.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>En 1483, le cadi de Tripoli du Levant \u00e9tait aussi marchand de coton et dans la Tunisie des ann\u00e9es 1820, des dignitaires politiques \u00e9taient engag\u00e9s dans des op\u00e9rations commerciales. De la sorte, \u00e0 aucun moment de l\u2019histoire des villes musulmanes, les marchands ne purent se constituer en groupe puissant susceptible de contenir les app\u00e9tits du prince et de son entourage. Au XVe si\u00e8cle, au temps des sultanats ayyoubide puis mamelouk d\u2019Egypte et de Syrie, les K\u00e2rimi, un important groupe de marchands sp\u00e9cialis\u00e9s dans le commerce des denr\u00e9es pr\u00e9cieuses et les op\u00e9rations financi\u00e8res de grande envergure, n\u2019\u00e9chapp\u00e8rent pas \u00e0 la r\u00e8gle. Pour se maintenir, ils furent en effet contraints d\u2019entrer au service du sultan Barsbay (1422-1437) parce que celui-ci \u00e9tait devenu, selon l\u2019expression de l\u2019historien Sobhi Labib, \u00able grossiste par excellence de l\u2019Egypte\u00bb. Ce prince alla m\u00eame plus loin en \u00e9tablissant un monopole de fait sur des produits particuli\u00e8rement recherch\u00e9s comme le poivre qu\u2019il achetait pour son propre compte et interdit aux marchands de faire des transactions sur cette denr\u00e9e avant qu\u2019il e\u00fbt termin\u00e9 ses propres affaires! Bien plus tard, mais toujours dans le m\u00eame esprit, sous le r\u00e8gne de Hammouda Pacha Bey de Tunis (1782-1814), l\u2019\u00e9conomie fut mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e par son puissant ministre Youssouf Saheb Ettaba\u00e2, qui exer\u00e7a un quasi-monopole sur les exportations.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-7.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Souvent, l\u2019Etat beylical accaparait le march\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales et de l\u2019huile en recourant \u00e0 la vente forc\u00e9e \u00e0 un prix modique pour les revendre aux n\u00e9gociants europ\u00e9ens \u00e0 un prix beaucoup plus \u00e9lev\u00e9. Les pr\u00e9dations de l\u2019Etat all\u00e8rent m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 ruiner l\u2019\u00e9conomie du pays comme dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, lorsque face \u00e0 des difficult\u00e9s croissantes de tr\u00e9sorerie, le gouvernement du bey accaparant le commerce d\u2019exportation de l\u2019huile, recourut \u00e0 la vente par anticipation et \u00e0 un prix inf\u00e9rieur au cours normal. Des ann\u00e9es de suite, la r\u00e9colte vint \u00e0 manquer et les n\u00e9gociants \u00e9trangers exig\u00e8rent d\u2019\u00eatre rembours\u00e9s au prix qui en cette p\u00e9riode de crise avait augment\u00e9 de mani\u00e8re drastique. A la ruine des producteurs s\u2019ajout\u00e8rent le surendettement de l\u2019Etat et la faillite d\u2019un nombre \u00e9lev\u00e9 de familles fortun\u00e9es forc\u00e9es de contribuer au renflouement des finances beylicales.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-8.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Sans bourgeoisie \u00e9conomiquement structur\u00e9e et autonome, les villes musulmanes \u00e9taient aussi des villes sans banques. La rapacit\u00e9 d\u2019un pouvoir omnipr\u00e9sent rendait en effet illusoire toute garantie en mati\u00e8re d\u2019op\u00e9rations bancaires. Dynamiques et laborieuses, souvent prosp\u00e8res, voire opulentes (Bagdad puis Istanbul furent \u00e0 l\u2019apog\u00e9e des Abbassides et des Ottomans les plus grandes du monde), savantes aussi, les villes musulmanes furent constamment des villes \u00e0 \u00e9lites captives. Dans ce caract\u00e8re particulier r\u00e9side une des raisons fondamentales des difficult\u00e9s auxquelles nos pays ne cessent aujourd\u2019hui encore d\u2019\u00eatre confront\u00e9s face aux exigences de la modernit\u00e9 et du progr\u00e8s. Partout dans le monde, le milieu citadin a \u00e9t\u00e9, dans l\u2019histoire, le seul espace susceptible de donner naissance \u00e0 une relation constructive entre le pouvoir politique et la soci\u00e9t\u00e9. Dans la civilisation musulmane, qui fut par ailleurs si brillante, la ville n\u2019a malheureusement pas pu remplir ce r\u00f4le majeur parce qu\u2019elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre coinc\u00e9e entre la tyrannie de l\u2019Etat et la corruption de ses agents, d\u2019une part et, d\u2019autre part,le go\u00fbt des rivalit\u00e9s\u00a0 intertribales et des archa\u00efsmes propres \u00e0 un monde b\u00e9douin enclin \u00e0 l\u2019anarchie.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Achour-9.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><br \/><em>\u201cPour en savoir plus, voir de l\u2019auteur: L\u2019Exc\u00e8s d\u2019Orient, la notion de pouvoir dans le monde arabe, \u00e9ditions. Erick Bonnier, Paris, 2015\u201c<\/em><\/p>\n<p class=\"c2\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/banniere%20fr%2098.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27540-lettres-et-marchands-dans-l-histoire-des-villes-musulmanes\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est un fait bien connu que les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es au cours de leur histoire par la coexistence entre des populations s\u00e9dentaires (rurales et citadines) et des populations nomades. 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