{"id":48211,"date":"2019-07-24T16:50:10","date_gmt":"2019-07-24T20:50:10","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/penurie-deau-a-dori-une-corvee-jusquau-bout-de-la-nuit\/"},"modified":"2019-07-24T16:50:10","modified_gmt":"2019-07-24T20:50:10","slug":"penurie-deau-a-dori-une-corvee-jusquau-bout-de-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/penurie-deau-a-dori-une-corvee-jusquau-bout-de-la-nuit\/","title":{"rendered":"P\u00e9nurie d\u2019eau \u00e0 Dori : une corv\u00e9e jusqu\u2019au bout de la nuit"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?fit=738%2C575&#038;ssl=1\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"542\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?resize=696%2C542&#038;ssl=1\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?w=738&#038;ssl=1 738w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?resize=300%2C234&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?resize=696%2C542&#038;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1-48.jpg?resize=539%2C420&#038;ssl=1 539w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"1\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Depuis f\u00e9vrier 2019, les habitants de Dori, chef-lieu de la r\u00e9gion du Sahel, font des pieds et des mains pour se procurer l\u2019eau. La raison : l\u2019Office national de l\u2019eau et de l\u2019assainissement (ONEA) n\u2019arrive pas \u00e0 desservir la ville et les villages environnants. Les femmes sont les premi\u00e8res victimes de cette situation. Constat.<\/strong><\/p>\n<p>Peu avant 21 heures, ce mardi 21 mai 2019, Adjara Ouattara et Oumou Ciss\u00e9 du secteur n\u00b04, toutes voil\u00e9es, errent devant le Bureau de garnison (BG) du 11e R\u00e9giment d\u2019infanterie commando (RIC) de Dori, non loin du rond-point Hama-Arba- Diallo. Epuis\u00e9es tant par le car\u00eame musulman que par les travaux m\u00e9nagers, elles sillonnent la ville \u00e0 la recherche d\u2019eau. Adjara, qui pousse une charrette remplie de huit bidons de 20 litres, et sa voisine Oumou, \u00e9galement charg\u00e9e, expliquent que depuis plus de deux heures, elles sont en qu\u00eate du liquide pr\u00e9cieux. Dame Ouattara pr\u00e9cise qu\u2019elle tourne en rond depuis 18 h 30 mn. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rendue dans deux endroits o\u00f9 elle esp\u00e9rait trouver de l\u2019eau, elle est retourn\u00e9e bredouille \u00e0 domicile. M\u00eame gal\u00e8re pour Oumou, qui dit \u00eatre all\u00e9e \u00e0 la mosqu\u00e9e pour accomplir sa pri\u00e8re, avant de rentrer \u00e0 la maison. Pour autant, les deux jeunes femmes ne vont pas dormir. Elles vont passer une longue nuit \u00e0 la recherche d\u2019eau. Arriv\u00e9es \u00e0 21h devant la \u00abMaison blanche\u00bb (logements pour agents de sant\u00e9 nouvellement affect\u00e9s au CHR de Dori), elles trouvent des militaires assis au bord de la voie. Charg\u00e9es de leurs bidons, elles lancent un bonsoir de politesse et s\u2019introduisent dans la cour. Elles expriment leur joie du fait qu\u2019il n\u2019y ait pas assez de monde ce soir-l\u00e0. En effet, quatre jeunes hommes munis de 26 bidons ont investi les lieux avant elles. A ceux-l\u00e0, s\u2019ajoutent quelques habitants qui viennent remplir un ou deux bidons. C\u2019est dans cette ambiance conviviale que les chercheuses d\u2019eau, habitu\u00e9es des lieux, int\u00e8grent la file d\u2019attente. On discute de tout et de rien.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Avoir l\u2019eau \u00e0 tout prix<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-10830 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2-4.jpg?resize=300%2C192&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"192\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2-4.jpg?resize=300%2C192&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2-4.jpg?resize=696%2C445&#038;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2-4.jpg?resize=657%2C420&#038;ssl=1 657w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2-4.jpg?w=738&#038;ssl=1 738w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\"\/>Malgr\u00e9 la fatigue, les femmes font tout pour avoir le liquide pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>Certes, la file d\u2019attente n\u2019est pas longue, mais la pression de l\u2019eau est faible. Toute chose qui am\u00e8ne les usagers \u00e0 patienter environ 5 minutes pour remplir un bidon de 20 litres. L\u2019attente devient longue, mais les deux jeunes dames disent ne pas avoir d\u2019alternative, parce qu\u2019elles doivent retourner \u00e0 la maison avec l\u2019eau. Selon Adjara Ouattara, une r\u00e8gle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie pour \u00e9viter les disputes autour du robinet, mais ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es n\u2019ont pas voulu s\u2019y conformer. Elles affirment qu\u2019en cas de grande affluence autour du robinet, chacun remplit un ou deux bidons, de sorte que tout le monde soit servi. Mais h\u00e9las, d\u00e9plorent-elles, les devanciers ont rejet\u00e9 cette r\u00e8gle. \u00abIl arrive qu\u2019une personne remplisse une dizaine ou une vingtaine de bidons, tandis que d\u2019autres n\u2019ont aucune goutte d\u2019eau ni pour boire ni pour cuisiner. Il y a \u00e9galement ceux qui arrivent et veulent se servir sur-le-champ. Tout cela engendre des disputes qui se soldent par des bagarres, d\u2019o\u00f9 la mise en place de cette r\u00e8gle\u00bb, explique dame Ouattara. Il est 22 h 10 mn et c\u2019est le tour des deux jeunes dames de remplir leurs bidons.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019elles font \u00e0 tour de r\u00f4le. \u00abDieu merci, mon tour est arriv\u00e9. Mais je suis fatigu\u00e9e et j\u2019ai faim. Surtout, je suis inqui\u00e8te pour ma fille parce que je ne l\u2019ai ni douch\u00e9e ni nourrie avant de sortir. J\u2019ai bu seulement du zoom-koom (jus \u00e0 base de petit mil) \u00e0 la rupture du je\u00fbne avant de sortir\u00bb, explique-t-elle. Et de se demander si elle aura assez de force pour pousser sa charrette. Tout de m\u00eame, dit-elle, l\u2019essentiel est d\u2019avoir eu de l\u2019eau. A la question de savoir quel temps met-elle habituellement pour avoir de l\u2019eau, dame Ouattara r\u00e9torque qu\u2019elle a trop train\u00e9, cette fois-ci. \u00abG\u00e9n\u00e9ralement, quand je quitte l\u2019\u00e9cole \u00e0 17 heures, je rentre prendre mes bidons et autour de 19h ou 20h, je retourne \u00e0 la maison avec de l\u2019eau\u00bb, dit-elle. Les minutes s\u2019\u00e9gr\u00e8nent et la fatigue se fait sentir sur les visages. Malgr\u00e9 tout, la qu\u00eate d\u2019eau continue jusqu\u2019\u00e0 ce que les 13 bidons soient pleins.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Fortunes diverses<\/strong><\/p>\n<p>De l\u2019avis de Adjara Ouattara, son mari, un militaire, l\u2019aide chaque jour en apportant de l\u2019eau du retour du service. \u00abQuand il n\u2019est pas en mission, il m\u2019aide \u00e9norm\u00e9ment. Actuellement, il est parti en mission pour trois mois. \u00c7a ne sera pas facile, mais je vais me d\u00e9brouiller\u00bb, dit-elle. Outre les cours de couture, elle vend des jus pendant le Ramadan. \u00abA ma descente \u00e0 12h, je vais chercher l\u2019eau et tr\u00e8s souvent, je viens en retard pour suivre les cours de l\u2019apr\u00e8s-midi qui d\u00e9butent \u00e0 15h\u00bb, informe l\u2019\u00e9l\u00e8ve couturi\u00e8re. Ce n\u2019est pas le cas pour Oumou, qui ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de soutien. M\u00e8re d\u2019un enfant de quatre ans, la m\u00e9nag\u00e8re avance que son mari ne lui apporte aucun soutien dans sa qu\u00eate quotidienne d\u2019eau. Vivant dans sa belle-famille, elle a d\u00fb laisser son enfant avec sa grand-m\u00e8re alors que Adjara, quant \u00e0 elle, a confi\u00e9 son nourrisson \u00e0 une voisine. Sur les cinq bidons qu\u2019elle compte remplir, Oumou donnera deux \u00e0 sa belle-m\u00e8re. Pour le reste, indique-t-elle, deux bidons seront utilis\u00e9s pour la consommation et les travaux domestiques. Le dernier bidon servira \u00e0 abreuver les trois animaux de la famille.<\/p>\n<p>Pour sa part, Adjara Ouattara remplira son f\u00fbt avec trois bidons, deux pour abreuver ses cinq moutons et le reste pour ses travaux domestiques et la pr\u00e9paration des jus pour son commerce. Il est 22h30 et les deux dames continuent de remplir au fur et \u00e0 mesure leurs bidons. En d\u00e9pit de la fatigue, elles comptent rentrer pr\u00e9parer le riz pour le je\u00fbne \u00e0 4 heures du matin. Pour le diner, Adjara Ouattara envisage se contenter de bouillie.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>\u00abPr\u00e8s de trois mois de calvaire\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est le m\u00eame sc\u00e9nario chez Oumou qui, \u00e9galement, par manque d\u2019eau, n\u2019a pu faire la cuisine. Heureusement pour cette derni\u00e8re, les membres de sa famille pourront manger le reste du repas de midi. Selon Oumou, les populations de Dori vivent cette p\u00e9nurie d\u2019eau depuis pr\u00e8s de trois mois. Quand l\u2019eau vient, dit-elle, le d\u00e9bit ne tarde pas \u00e0 faiblir.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re fois que l\u2019eau a coul\u00e9 du robinet dans leur cour, c\u2019est le mercredi 8 mai 2019. \u00abC\u2019est autour de 22 heures que j\u2019ai entendu l\u2019eau couler du robinet\u00bb, relate Oumou. Et aussit\u00f4t, elle est sortie de son sommeil pour remplir ses r\u00e9cipients. Adjara Ouattara confie que le voisinage a accouru avec seaux et bidons pour se servir jusqu\u2019\u00e0 3 heures du matin, car la p\u00e9nurie est criante au secteur n\u00b04 de Dori. Pour Adjara, la fourniture d\u2019eau par l\u2019Office national de l\u2019eau et de l\u2019assainissement (ONEA) \u00e0 Dori a toujours \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matique, de f\u00e9vrier \u00e0 juin. Selon elle, les ann\u00e9es ant\u00e9rieures, l\u2019eau venait tard dans la nuit, et elle passait des nuits blanches pour s\u2019en procurer. \u00abCette ann\u00e9e, c\u2019est pire et nous en souffrons trop \u00e0 telle enseigne qu\u2019il faut parcourir la ville \u00e0 la recherche d\u2019eau, de jour comme de nuit.<\/p>\n<p>Avec le car\u00eame et la chaleur, ce n\u2019est pas facile pour nous les femmes. Souvent, je laisse mes bidons et je cours en classe pour suivre les cours\u00bb, rapporte-t-elle. Il est 23h18 devant la \u00abMaison blanche\u00bb, les deux jeunes dames ont charg\u00e9 sept bidons dans la charrette et comptent lais-ser le reste qu\u2019elles viendront r\u00e9cup\u00e9rer le lendemain. Malheureusement, au moment de rentrer, la roue gauche de la charrette est endommag\u00e9e, donc impossible de la pousser. \u00abOn n\u2019est pas contente, parce que demain, apr\u00e8s le repas du je\u00fbne, on est oblig\u00e9 de venir chercher tous les bidons \u00e0 moto\u00bb, se lamente dame Ouattara. Et Oumou de rench\u00e9rir : \u00abJe ne suis pas tr\u00e8s contente parce que j\u2019ai eu l\u2019eau, mais je n\u2019ai pas pu la ramener \u00e0 la maison\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Souaibou NOMBRE<\/strong><\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Snombre29@yahoo.fr<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom td_uid_30_5d38d133b6d26_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9623\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Projet-bannie%CC%80re-Orange-mobile.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"81\"\/><\/div>\n<p>Auteur: DD. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2019\/07\/24\/penurie-deau-a-dori-une-corvee-jusquau-bout-de-la-nuit\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis f\u00e9vrier 2019, les habitants de Dori, chef-lieu de la r\u00e9gion du Sahel, font des pieds et des mains pour se procurer l\u2019eau. La raison : l\u2019Office national de l\u2019eau et de l\u2019assainissement (ONEA) n\u2019arrive pas \u00e0 desservir la ville et les villages environnants. Les femmes sont les premi\u00e8res victimes de cette situation. Constat. 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