{"id":49231,"date":"2019-07-29T12:10:00","date_gmt":"2019-07-29T16:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-rais-le-parcours-de-caid-essebsi-cest-comme-ouvrir-un-manuel-de-lhistoire-de-la-tunisie\/"},"modified":"2019-07-29T12:10:00","modified_gmt":"2019-07-29T16:10:00","slug":"monji-ben-rais-le-parcours-de-caid-essebsi-cest-comme-ouvrir-un-manuel-de-lhistoire-de-la-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/monji-ben-rais-le-parcours-de-caid-essebsi-cest-comme-ouvrir-un-manuel-de-lhistoire-de-la-tunisie\/","title":{"rendered":"Monji ben Ra\u00efs ;  le parcours de Ca\u00efd Essebsi, c&rsquo;est comme ouvrir un manuel de l&rsquo;histoire de la Tunisie"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs \u00bb.<\/em> <strong>(Eloge fun\u00e8bre \u00e0 Benjamin Franklin, en 1790, Mirabeau)<\/strong><br \/>La Tunisie toute enti\u00e8re est en deuil. En rassemblant les vivants une derni\u00e8re fois autour du d\u00e9funt, le rituel des fun\u00e9railles donne un sens \u00e0 la mort. Une fa\u00e7on de personnaliser ce moment tout aussi douloureux qu\u2019essentiel pour honorer les disparus ; un au revoir qui fait, par les mots, revivre le d\u00e9funt avant que sa vie ne devienne souvenir. Aussi intimidant soit-il en public, c\u2019est une belle fa\u00e7on de rendre hommage \u00e0 la personne perdue. Des mots pour rendre sa pr\u00e9sence palpable au milieu de la douleur et de la tristesse, prendre du temps pour fa\u00e7onner cet ultime hommage. Mettre des mots sur l\u2019indicible afin d\u2019entamer son deuil, et de s\u2019habituer \u00e0 notre nouvelle relation \u00e0 entretenir avec le disparu. Ce jour est bien triste, parce que notre pays vient de perdre un de ses illustres piliers, un serviteur infatigable de l\u2019Etat ; un homme politique aux vertus cardinales.<\/p>\n<p>Rendre hommage \u00e0 un homme dont le parcours rejoint l\u2019Histoire de la Tunisie, un parcours qui rappelle \u00e0 tous, que l\u2019Histoire est faite d\u2019abord de cheminements individuels, de convictions et de travail, pour lesquelles les hommes et les femmes se battent au prix, parfois, de leur propre vie. Rendre hommage \u00e0 un homme qui a choisi tout au long de sa vie de mettre son g\u00e9nie au service du collectif, parce qu\u2019il pensait que l\u2019on ne progressait que comme cela. C\u2019est un honneur tout autant qu\u2019une douleur d\u2019\u00eatre Tunisien, pour rendre hommage \u00e0 une grande voix qui s\u2019est \u00e9teinte pour jamais, mais dont la R\u00e9publique n\u2019oubliera jamais, ni le timbre, ni les messages visionnaires. Beji CA\u00cfD ESSEBSI faisait montre de cette si \u00e9mouvante pudeur, de cette mani\u00e8re de garder pour soi la souffrance personnelle, pour mieux en tirer la dimension historique et ramener l\u2019exp\u00e9rience intime \u00e0 l\u2019Humain. Il avait cette capacit\u00e9 de faire \u00e9merger de la m\u00e9moire, des pr\u00e9ceptes, des enseignements collectifs, au service, non de la certitude, mais de ce qu\u2019il appelait un \u2018\u2019horizon de v\u00e9rit\u00e9\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Le parcours de Beji CA\u00cfD ESSEBSI, c\u2019est comme ouvrir un manuel de l\u2019histoire de la Tunisie de la premi\u00e8re p\u00e9riode de l\u2019ind\u00e9pendance. C\u2019est replonger au coeur de ce pays o\u00f9 il d\u00e9couvre les passions qui allaient forger sa vie, et duquel il h\u00e9rita d\u2019une conception forte et exigeante de la tol\u00e9rance, valeurs sur lesquelles, jamais il ne transigea et qu\u2019il d\u00e9finissait comme le contraire de l\u2019indiff\u00e9rence ; cette indiff\u00e9rence qui pr\u00e9cipita si souvent les Nations dans des guerres qu\u2019elles pensaient \u00e9viter par passivit\u00e9. Pour lui, \u00eatre tol\u00e9rant, c\u2019\u00e9tait se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre, partager son inqui\u00e9tude m\u00e9taphysique. C\u2019est pendant la jeunesse de notre pays, \u00e9galement, que na\u00eet sa passion pour l\u2019\u00e9galit\u00e9. La fid\u00e9lit\u00e9 de toute une vie \u00e0 ses id\u00e9aux, cette figure tut\u00e9laire resta fid\u00e8le jusqu\u2019au dernier jour de son existence \u00e0 son pays. \u00c0 Habib BOURGUIBA aussi, il resta fid\u00e8le, sans doute attach\u00e9 \u00e0 l\u2019homme, mais surtout \u00e0 sa doctrine, et \u00e0 une certaine vision de son pays. Cette affirmation est l\u2019illustration parfaite que celui qui travailla toute sa vie \u00e0 donner \u00e0 la Tunisie son rayonnement fut au fond, plus que l\u2019homme d\u2019un parti, l\u2019homme de la R\u00e9publique. Sa doctrine \u00e9tait la morale de la volont\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019inverse du laisser-faire ; plut\u00f4t la capacit\u00e9 \u00e0 dire et \u00e0 faire en sorte que rien ne soit une fatalit\u00e9, ni les in\u00e9galit\u00e9s de naissance, ni les injustices de la vie ; au fond, la d\u00e9finition m\u00eame de la R\u00e9publique. R\u00e9publicain, Beji CA\u00cfD ESSEBSI \u00e9tait fondamentalement attach\u00e9 aux valeurs de justice et au bonheur, qu\u2019il consid\u00e9rait comme les deux socles de l\u2019humanisme. Il aimait la r\u00e8gle fondamentale selon laquelle, \u00ab il n\u2019y a pas de progr\u00e8s \u00e9conomique qui vaille, s\u2019il ne d\u00e9bouche sur un progr\u00e8s social \u00bb. C\u2019est ce qui, d\u2019ailleurs, l\u2019unissait \u00e0 BOURGUIBA. L\u2019\u00e9l\u00e9vation des hommes, tel \u00e9tait son credo, et c\u2019est ainsi d\u2019ailleurs qu\u2019il expliquait son appartenance \u00e0 un univers qui conduit \u00e0 exalter toutes les tendances nobles de l\u2019Homme. Il f\u00fbt un homme politique plus attach\u00e9 aux causes qu\u2019aux partis. Il s\u2019impliqua surtout dans la cr\u00e9ation de plusieurs mouvements politiques. Particuli\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la Participation, d\u00e9fendant ainsi une forme de social-d\u00e9mocratie avant l\u2019heure.<br \/>Les membres de l\u2019Etat le consid\u00e9raient comme un sage, qui prodiguait des conseils avec la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute qu\u2019on lui connaissait. Il laisse, d\u2019ailleurs, des rapports d\u2019une grande qualit\u00e9, notamment sur les questions, grandes et petites, du moment.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces \u00e9pisodes, c\u2019est l\u2019oeuvre dans sa globalit\u00e9, c\u2019est l\u2019esprit dont elle est remplie dont il faudrait que l\u2019on se souvienne. En nous souvenant du Pr\u00e9sident Beji CA\u00cfD ESSEBSI, nous saluons plus qu\u2019un parcours, nous rendons hommage \u00e0 une conception du monde, presque \u00e0 une philosophie. Celui qui f\u00fbt form\u00e9 par BOURGUIBA avait-il conscience d\u2019\u00eatre devenu, lui-m\u00eame, porteur et passeur de sagesse ? Ce dont nous sommes s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019en nous souvenant de Beji CA\u00cfD ESSEBSI, nous nous faisons les gardiens de la foi dans l\u2019Homme tunisien et dans la volont\u00e9 politique de progr\u00e8s, qui sont aux fondations de la R\u00e9publique. Anatole France, \u00e9crivait la phrase suivante : \u00ab C\u2019est en croyant aux roses qu\u2019on les fait \u00e9clore \u00bb. Cette dialectique de la volont\u00e9 est profond\u00e9ment repr\u00e9sentative de ce qu\u2019il \u00e9tait. Pas seulement de ce qu\u2019il pensait, mais, de ce qu\u2019il \u00e9tait, car cette dialectique ne peut \u00eatre port\u00e9e que par des hommes qui, comme lui, pla\u00e7aient l\u2019exigence intellectuelle et morale au-dessus des querelles et des luttes pour les postes et les titres, qui \u00e9taient pour lui bien secondaires.<\/p>\n<p>Par sa profession, le Pr\u00e9sident Beji CA\u00cfD ESSEBSI \u00e9tait un diplomate chevronn\u00e9, aux analyses lucides, au verbe mesur\u00e9 et \u00e0 la plume raffin\u00e9e. Le Pr\u00e9sident BOURGUIBA l\u2019avait appel\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, parce qu\u2019il cherchait un Conseiller diplomatique qualifi\u00e9. Mais Beji CA\u00cfD ESSEBSI, a fait plus que relever le d\u00e9fi, puisque sous les Magist\u00e8res du Pr\u00e9sident BOURGUIBA, il gravira tous les \u00e9chelons, se forgeant patiemment un parcours exceptionnel d\u2019homme d\u2019Etat, rompu aux plus hautes servitudes de la R\u00e9publique, travailleur, m\u00e9thodique, sobre et discret. Il avait de la tenue et de la retenue, parce qu\u2019il \u00e9tait conscient des r\u00e8gles d\u2019\u00e9thique et de la gravit\u00e9 des charges qui incombent \u00e0 un serviteur de l\u2019Etat et de la R\u00e9publique. Du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la fin, sa carri\u00e8re r\u00e9sonne comme une formidable le\u00e7on de d\u00e9ontologie, soucieux du bien commun, pour ceux qui lui succ\u00e8deront. Homme politique de grande valeur, retenons sa grande courtoisie, sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de tout instant et sa dignit\u00e9 jamais prise en d\u00e9faut dans la majorit\u00e9 comme dans l\u2019opposition. Il avait une haute id\u00e9e de la politique et de l\u2019adversit\u00e9 qu\u2019elle pouvait renfermer. Anim\u00e9 par la force in\u00e9branlable de l\u2019id\u00e9al et de la conviction, la sc\u00e8ne politique \u00e9tait, pour lui, le lieu d\u2019un d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es f\u00e9cond et respectueux de l\u2019adversaire et des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la Nation.<\/p>\n<p>R\u00e9publicain hors norme, il avait un sens aiguis\u00e9 du dialogue, argument\u00e9 mais apais\u00e9, de m\u00eame que pour le compromis. C\u2019\u00e9tait un homme de son temps, qui comprenait parfaitement le sens et l\u2019essence de l\u2019action publique, tant il avait la pleine mesure des enjeux nationaux et mondiaux contemporains. Il \u00e9tait aussi un humaniste, d\u2019une urbanit\u00e9 exquise, qui tenait aux valeurs de culture et de civilisation, qui irriguent de chaleur humaine nos traditions ancestrales, Comme tout enfant attach\u00e9 \u00e0 ses racines. C\u2019\u00e9tait une personne d\u2019une agr\u00e9able compagnie, comme aiment \u00e0 le dire ceux qui l\u2019ont approch\u00e9, de celles qui vous marquent et vous laissent en impression, d\u2019ind\u00e9l\u00e9biles sentiments m\u00eal\u00e9s d\u2019affection et de respect.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, en ces moments de deuil national, ayons une pens\u00e9e particuli\u00e8re pour ses proches, sa famille ; je pense \u00e0 son \u00e9pouse, \u00e0 ses enfants, ses amis. Je voudrais leur pr\u00e9senter mes condol\u00e9ances et leur exprimer le t\u00e9moignage de ma profonde compassion. Leur douleur est aujourd\u2019hui la n\u00f4tre. C\u2019est la douleur de la Tunisie qui perd l\u2019un de ses braves, l\u2019un de ceux qui ne cessa jamais de croire en elle et de lutter pour elle. Dans son \u00e9loge fun\u00e8bre \u00e0 Benjamin Franklin, en 1790, Mirabeau d\u00e9clarait : \u00ab Les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs \u00bb. Quiconque a crois\u00e9 l\u2019Homme Beji CA\u00cfD ESSEBSI sur son chemin, sait pourquoi nous sommes r\u00e9unis, pour lui rendre un hommage national. La Nation et le Peuple portent le deuil de l\u2019un de leurs bienfaiteurs.<\/p>\n<p>La mort emporte les Hommes, mais elle interpelle et avertit les vivants sur le sens et la port\u00e9e de leurs actes. Elle rappelle aux croyants que nous sommes une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente par elle-m\u00eame ; tout est vanit\u00e9 ici-bas et chacun attend son tour d\u2019\u00eatre rappel\u00e9. Si son tombeau est en terre, son souvenir est dans le coeur des hommes pour honorer et perp\u00e9tuer sa m\u00e9moire en viatique pour les g\u00e9n\u00e9rations actuelles et futures.<br \/>Que son \u00e2me repose en paix.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><em>Universitaire, Juriste,<br \/>Enseignant et chercheur en droit public et sciences politiques,<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar,<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences politiques de Tunis<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27618-monji-ben-rais-le-parcours-de-caid-essebsi-c-est-comme-ouvrir-un-manuel-de-l-histoire-de-la-tunisie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs \u00bb. (Eloge fun\u00e8bre \u00e0 Benjamin Franklin, en 1790, Mirabeau)La Tunisie toute enti\u00e8re est en deuil. 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