{"id":51070,"date":"2019-08-09T07:30:00","date_gmt":"2019-08-09T11:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/me-caid-essebsi-premiers-pas-au-barreau\/"},"modified":"2019-08-09T07:30:00","modified_gmt":"2019-08-09T11:30:00","slug":"me-caid-essebsi-premiers-pas-au-barreau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/me-caid-essebsi-premiers-pas-au-barreau\/","title":{"rendered":"Me Ca\u00efd Essebsi : premiers pas au barreau"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Paru en 2009, chez Sud Editions, le livre autobiographique \u00ab Bourguiba, le bon grain et l\u2019ivraie \u00bb de B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi, est un t\u00e9moignage de premier ordre qui nous renseigne autant sur l\u2019auteur que sur la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance et ses acteurs, notamment Bourguiba. Un personnage central par l\u2019ampleur de sa contribution autant \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du pays qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dification de l\u2019Etat moderne auquel l&rsquo;auteur voue une admiration sans bornes. Nous vous en proposons ci-apr\u00e8s des bonnes feuilles.<\/span><\/p>\n<p>Rentr\u00e9 \u00e0 Tunis le 15 juillet 1952, j\u2019\u00e9tais accueilli \u00e0 bras ouverts par Fathi Zouhir qui dirigeait un Cabinet d\u2019avocat tr\u00e8s important. Il m\u2019offrait d\u2019entrer aussit\u00f4t dans son Cabinet o\u00f9 je serais principalement charg\u00e9 des affaires des militants traduits devant le tribunal militaire. J\u2019ai donc commenc\u00e9 dans le feu de la r\u00e9sistance une carri\u00e8re d\u2019avocat aupr\u00e8s des tribunaux militaires fran\u00e7ais qui, dans la conjoncture, fonctionnaient \u00e0 plein r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Je pr\u00eate serment le 3 octobre et je commence aussit\u00f4t \u00e0 plaider. Au bout de quelques semaines, \u00e0 l\u2019issue de l\u2019assassinat de Farhat Hached le 5 d\u00e9cembre, Fathi Zouhir \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 avec d\u2019autres dirigeants. Ayant \u00e9t\u00e9 membre du Conseil des Quarante, form\u00e9 le 1er ao\u00fbt par le Bey pour se prononcer sur les r\u00e9formes propos\u00e9es par le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral de Hauteclocque, Fathi Zouhir avait pouss\u00e9 au rejet pur et simple du plan de r\u00e9formes et avait contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer l\u2019argumentation juridique et politique. Le 9 septembre, le Bey communiquait au R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral la lettre formelle qui lui signifiait le rejet. Depuis lors, Fathi Zouhir se savait cibl\u00e9 par la police. Il fut arr\u00eat\u00e9 le 5 d\u00e9cembre \u00e0 la sortie du tribunal de l\u2019ouzara. Pour ma part, je n\u2019\u00e9tais pas assez lanc\u00e9 dans le barreau pour assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019un Cabinet en pleine activit\u00e9, l\u2019un des plus importants de Tunis. Mais le Secr\u00e9taire principal du Cabinet, Habib Driss, m\u2019encadrait et me pr\u00eatait un concours pr\u00e9cieux. Autour de moi, mes confr\u00e8res me soutenaient aussi chaleureusement.<\/p>\n<h2>\u2026 et Ahmed Tlili sera acquitt\u00e9<\/h2>\n<p>En ces jours tragiques pour la r\u00e9sistance tunisienne, le barreau m\u2019absorbait totalement. C\u2019est dans ces conditions que j\u2019ai fait la connaissance d\u2019Ahmed Tlili. D\u00e9tenu \u00e0 la prison militaire pour une affaire o\u00f9 il risquait la peine capitale, il m\u2019avait sollicit\u00e9 personnellement pour assurer sa d\u00e9fense. J\u2019ai plaid\u00e9 pour lui, il a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9. En fait, il \u00e9tait acquitt\u00e9 parce qu\u2019il devait en \u00eatre ainsi, mais il est vrai que j\u2019en ai r\u00e9colt\u00e9 l\u2019aura. J\u2019ai eu cette chance. Notre amiti\u00e9 depuis lors ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-2(8).jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"397\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<h2>Dans les maquis pour recueillir les armes des combattants<\/h2>\n<p>Le 23 novembre, Bourguiba lance un appel solennel aux combattants dans les maquis et dans les villes pour rendre les armes entre les mains du gouvernement tunisien, tout en leur exprimant la reconnaissance de la Nation et en garantissant l\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale. En d\u00e9cembre, une Commission est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 ces fins sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019Ahmed Tlili. Je re\u00e7ois aussit\u00f4t un appel du parti pour me joindre \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation charg\u00e9e de recueillir les armes des r\u00e9sistants dans la r\u00e9gion de Kasserine. Qui avait avanc\u00e9 mon nom pour cette mission ? Bourguiba, Ta\u00efeb Mehiri, Ahmed Tlili ? Je ne l\u2019ai pas su. La d\u00e9marche \u00e9tait p\u00e9rilleuse car les r\u00e9sistants n\u2019\u00e9taient pas tous convaincus et la controverse avec Ben Youssef, qui s\u2019opposait ouvertement au compromis de l\u2019autonomie interne, risquait de fausser les enjeux. Du reste, les r\u00e9sistants n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re assur\u00e9s que l\u2019ordre de d\u00e9sarmer \u00e9manait v\u00e9ritablement de Bourguiba. Enfin, la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne qui montait en puissance et qui op\u00e9rait en liaison avec nos maquis s\u2019opposait ouvertement au principe du d\u00e9sarmement ; de part et d\u2019autre, les radicaux s\u2019employaient \u00e0 d\u00e9naturer la port\u00e9e de la d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Ma mission a failli tourner au tragique : le chef du groupe dont nous attendions qu\u2019il nous \u00e9coute et qu\u2019il nous remette ses armes \u2013 il s\u2019appelait Hakim \u2013 m\u2019a mis en joue et, comme son fusil mitrailleur s\u2019enrayait, c\u2019est Abdelmajid Azzouzi qui intervient avec son groupe de militants, d\u00e9sarme Hakim et me tire d\u2019une mauvaise passe. Dans une autre zone, Habib Jr \u00e9tait appel\u00e9 comme caution par la d\u00e9l\u00e9gation destourienne pour prouver que le Pr\u00e9sident Bourguiba \u00e9tait bien \u00e0 l\u2019origine de la d\u00e9cision ; \u00e0 son tour, il a \u00e9galement risqu\u00e9 sa vie devant Tahar Lassoued, un des chefs de la r\u00e9sistance. L\u00e0 aussi, les armes ont retenti et la d\u00e9marche a failli mal tourner. Ahmed Tlili lui-m\u00eame a eu une violente altercation avec Sassi Lassoued qui exigeait un accord \u00e9crit et sign\u00e9 que son \u2018\u2018secr\u00e9taire\u2019\u2019 Abdallah Fakraoui se proposait de r\u00e9diger. Pour tous, l\u2019\u00e9preuve \u00e9tait tr\u00e8s dure, mais elle a constitu\u00e9 un test national crucial et conf\u00e9r\u00e9 au parti destourien et \u00e0 Habib Bourguiba un cr\u00e9dit tr\u00e8s solide aupr\u00e8s des dirigeants fran\u00e7ais, surtout aupr\u00e8s de Mend\u00e8s France.\u00a0<\/p>\n<h2>\u00abCe n\u2019est plus la salle des f\u00eates, c\u2019est la salle des t\u00eates !\u00bb<\/h2>\n<p>Durant plus de deux ans, j\u2019\u00e9tais presque quotidiennement, avec le regrett\u00e9 Taoufik Ben Braham et d\u2019autres confr\u00e8res, le matin au Tribunal Militaire de Tunis, avenue Bab Menara, le si\u00e8ge actuel du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale et, l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 la prison militaire de la Kasbah ou \u00e0 la prison civile de Tunis pour rendre visite \u00e0 nos militants. C\u2019est pendant cette p\u00e9riode que j\u2019ai connu le plus grand nombre de ces militants, hommes et femmes pleins d\u2019abn\u00e9gation et qui ont souvent pay\u00e9 de leur vie leur d\u00e9vouement \u00e0 la cause nationale et leur amour de la patrie. J\u2019ai encore en m\u00e9moire l\u2019atmosph\u00e8re lourde et oppressante des audiences qui se prolongeaient parfois assez tard le soir et se terminaient souvent par des condamnations \u00e0 la peine de mort de militants admirables de courage et d\u2019abn\u00e9gation et dont le comportement pendant le proc\u00e8s et apr\u00e8s le prononc\u00e9 de la sentence force le respect.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-3(5).jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"442\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Pour les affaires dites \u00abimportantes\u00bb, les audiences se tenaient \u00e0 la salle des f\u00eates de la caserne du Bardo, rebaptis\u00e9e apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance \u00abCaserne Bouchoucha\u00bb. Dans l\u2019une de ces affaires, le Minist\u00e8re public, repr\u00e9sent\u00e9 par le Commandant Grimau, avait r\u00e9clam\u00e9 neuf condamnations \u00e0 mort. Le Tribunal militaire, apr\u00e8s avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, lui en avait accord\u00e9 douze, ce qui avait provoqu\u00e9 \u00e0 l\u2019audience m\u00eame la col\u00e8re de Me Taoufik Ben Braham qui, exc\u00e9d\u00e9, s\u2019\u00e9tait \u00e9cri\u00e9: \u00abce n\u2019est plus la salle des f\u00eates, c\u2019est la salle des t\u00eates!\u00bb. Plusieurs avocats fran\u00e7ais des barreaux de Paris, de Marseille et d\u2019autres r\u00e9gions de France se joignaient souvent \u00e0 nous pour nous \u00e9pauler dans la d\u00e9fense de nos militants.<\/p>\n<h2>Nous sommes tous des bleus<\/h2>\n<p>Le 8 avril 1956, l\u2019Assembl\u00e9e constituante ouvrait solennellement ses travaux au Palais du Bardo en pr\u00e9sence de Lamine Bey, sous la pr\u00e9sidence de Mhamed Chenik, doyen d\u2019\u00e2ge. Habib Bourguiba est formellement \u00e9lu pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e, sa premi\u00e8re fonction dans l\u2019Etat. Le lendemain, il \u00e9tait propos\u00e9 par le bureau de l\u2019Assembl\u00e9e pour \u00eatre candidat au poste de Premier ministre. Le Bey confirme ce choix. Bourguiba forme son gouvernement le 14 et se pr\u00e9sente devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 17 avril. Dans son discours, il d\u00e9finit les objectifs de son gouvernement : \u00abAsseoir les bases de la souverainet\u00e9, en parfaire les moyens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays, mettre cette souverainet\u00e9 au seul service des int\u00e9r\u00eats du peuple en mettant en \u0153uvre une politique hardie et judicieuse pour lib\u00e9rer l\u2019\u00e9conomie nationale des carcans de l\u2019immobilisme et du ch\u00f4mage\u2026\u00bb<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-4(4).jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"531\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Le 24 avril, alors que je sortais d\u2019une plaidoirie \u00e0 la Driba, on m\u2019apprend \u00e0 la sortie de l\u2019audience que le Pr\u00e9sident m\u2019appelait. Croyant qu\u2019il s\u2019agissait du pr\u00e9sident de la Cour, je\u00a0 m\u2019empresse de monter chez le Pr\u00e9sident Ta\u00efeb Jilani. Mais il s\u2019agissait en fait du Pr\u00e9sident Bourguiba. Je quitte donc ma robe d\u2019avocat et me rends \u00e0 la Kasbah, au Premier minist\u00e8re, directement chez Abdallah Farhat, le Directeur du Cabinet. Deux autres camarades m\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 son bureau, Abderrazak Rassaa et Azzouz Mathari. Mondher Ben Ammar \u00e9tait chef du Cabinet. A travers la porte ouverte, j\u2019entends la voix de Bourguiba : \u00abB\u00e9ji est-il venu ?\u00bb puis il p\u00e9n\u00e8tre dans le bureau et, en nous voyant tous les trois, il s\u2019adresse \u00e0 Abdallah Farhat : \u00abTu leur as d\u00e9sign\u00e9 leur mission ?\u00bb. Je lui d\u00e9clare \u00abMonsieur le Pr\u00e9sident, que puis-je faire dans votre Cabinet, je n\u2019y connais rien, je suis un bleu !\u00bb. Il s\u2019exclame \u00abNous sommes tous des bleus, ce n\u2019est pas une raison pour laisser \u00e0 d\u2019autres la responsabilit\u00e9 de diriger le pays !\u00bb<\/p>\n<h2>Le temps des r\u00e9formes<\/h2>\n<p>On nous installe dans des bureaux voisins et, sur-le-champ, chacun re\u00e7oit ses premiers dossiers, charg\u00e9s dans une brouette d\u00e9bordant de cartons. Mon lot \u00e9tait les affaires sociales. Ayant \u00e9t\u00e9 l\u2019avocat de l\u2019UGTT, je m\u2019y retrouvais. Je commen\u00e7ais \u00e0 traiter mes dossiers en qualit\u00e9 d\u2019attach\u00e9 au Cabinet du Premier ministre. A mesure que je m\u2019engageais, mon travail prenait un sens et une coh\u00e9rence dans le contexte de la prise en charge g\u00e9n\u00e9rale des affaires du pays. Cette br\u00e8ve ann\u00e9e 1956 \u00e9tait exceptionnellement f\u00e9conde. Alors m\u00eame que les instruments de la souverainet\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas encore totalement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, les r\u00e9formes d\u2019une ampleur consid\u00e9rable qui, dans cette conjoncture, visaient \u00e0 changer la structure de la soci\u00e9t\u00e9 et les mentalit\u00e9s des Tunisiens, t\u00e9moignaient de la vision et de la d\u00e9termination de Bourguiba longtemps avant qu\u2019il n\u2019acc\u00e8de au pouvoir : Habib Bourguiba \u00e9tait porteur d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 et il avait h\u00e2te de le d\u00e9livrer. Sa h\u00e2te signifiait que l\u2019imp\u00e9ratif de modernisation \u00e9tait le plus important et qu\u2019il fallait, avec ou sans la souverainet\u00e9 ext\u00e9rieure, s\u2019attaquer aux causes profondes de l\u2019immobilisme et de la r\u00e9gression et d\u00e9livrer la soci\u00e9t\u00e9 des pesanteurs ataviques qui l\u2019\u00e9crasaient.<\/p>\n<h2>Transfert des services de s\u00e9curit\u00e9<\/h2>\n<p>La semaine qui pr\u00e9c\u00e8de mon installation en tant qu\u2019attach\u00e9 au Cabinet du Premier ministre, le 18 avril 1956, la direction des services de police passe sous l\u2019autorit\u00e9 du gouvernement tunisien en vertu d\u2019un \u00e9change de lettres conclu le 8 avril entre Alain Savary et Mongi Slim, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Tahar Ben Ammar. Le 19 avril, deux jours apr\u00e8s l\u2019investiture de son gouvernement, le Premier ministre Bourguiba, accompagn\u00e9 de Ta\u00efeb Mehiri, nouveau ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, s\u2019adresse aux fonctionnaires fran\u00e7ais des services de s\u00e9curit\u00e9 pour les inviter \u00e0 tirer les cons\u00e9quences de l\u2019ind\u00e9pendance.\u00ab Du moment que nous avons tourn\u00e9 la page et que nous estimons que chacun a fait son devoir, leur dit-il, il vous faut faire votre examen de conscience et vous demander si vous vous sentez en mesure de servir cet Etat avec cet enthousiasme, cette passion du service public qui ont toujours \u00e9t\u00e9 et qui sont toujours l\u2019honneur des fonctionnaires fran\u00e7ais. Les droits acquis seront respect\u00e9s : ceux qui ne peuvent servir cet Etat pourront rentrer en France.\u00bb Le m\u00eame jour, Isma\u00efl Zouiten est install\u00e9 Directeur de la S\u00fbret\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-5(1).jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"464\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<h2>Avec Taieb Mehiri, au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur<\/h2>\n<p>Le 30 juin, je me trouvais \u00e0 Gen\u00e8ve dans la d\u00e9l\u00e9gation charg\u00e9e de pr\u00e9senter la candidature de la Tunisie \u00e0 l\u2019Organisation internationale du travail. Mohamed Chakroun, ministre du Travail, dirigeait la d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 laquelle participaient Ferjani Bel Haj Ammar, repr\u00e9sentant le Patronat, Ahmed Ben Salah et B\u00e9chir Bellagha, repr\u00e9sentant les Syndicats, et d\u2019autres experts. J\u2019y repr\u00e9sentais le Premier minist\u00e8re. J\u2019\u00e9tais \u00e9galement convi\u00e9, \u00e0 ce titre, \u00e0 accompagner B\u00e9chir Bellagha dans une d\u00e9marche aupr\u00e8s de Farhat Abbas qui \u00e9tait alors r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Berne, pour lui transmettre une lettre personnelle du Pr\u00e9sident Bourguiba. Farhat Abbas, qui \u00e9tait en compagnie d\u2019Ahmed Francis, nous re\u00e7oit chaleureusement B\u00e9chir Bellagha et moi-m\u00eame. Apr\u00e8s avoir lu attentivement la lettre, il me charge d\u2019assurer le Pr\u00e9sident Bourguiba qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se rendre \u00e0 Tunis et \u00e0 s\u2019y installer. Je d\u00e9duis de son message que Bourguiba l\u2019invitait \u00e0 s\u2019installer en Tunisie et \u00e0 se joindre \u00e0 la direction politique de la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne. Trois ans plus tard, le 28 janvier 1959, le Pr\u00e9sident Bourguiba adressera \u00e0 Messali Hadj une lettre\u00a0 dans le m\u00eame esprit.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-6.jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"396\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Avant que je ne quitte Gen\u00e8ve, je re\u00e7ois le message que le Pr\u00e9sident Bourguiba me r\u00e9clame \u00e0 Paris o\u00f9 il poursuit des entretiens avec le Pr\u00e9sident du Conseil Guy Mollet sur la question de la d\u00e9fense. Je m\u2019envole pour Paris o\u00f9 je remets les pieds pour la premi\u00e8re fois depuis mon d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 en juillet 1952. D\u00e8s qu\u2019il me voit, Bourguiba m\u2019interpelle : \u00abQu\u2019est-ce que tu fais ici ?<\/p>\n<ul>\n<li>Vous m\u2019avez fait appeler, lui dis-je.<\/li>\n<li>Tu vas rejoindre directement le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur aupr\u00e8s de Ta\u00efeb Mehiri.<\/li>\n<li>Pourquoi donc, suis-je de trop dans votre Cabinet?<\/li>\n<li>Tu es d\u00e9sign\u00e9 pour une mission tr\u00e8s importante, nous venons de faire une r\u00e9volution, il faut la mener \u00e0 son terme.\u00bb Il s\u2019agissait du d\u00e9cret du 21 juin 1956 qui r\u00e9organise l\u2019Administration r\u00e9gionale \u2013 l\u2019ancienne \u00absection d\u2019Etat\u00bb \u2013 et qui institue le syst\u00e8me des gouvernorats. J\u2019ai protest\u00e9 pour ce transfert, mais le Pr\u00e9sident me rassure: \u00abC\u2019est une mission de six mois.\u00bb Je ne pouvais soup\u00e7onner qu\u2019elle durerait quatorze ans.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Un gros travailleur<\/h2>\n<p>Au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, Ta\u00efeb Mehiri \u00e9tait assist\u00e9 par Isma\u00efl Zouiten, Directeur de la S\u00fbret\u00e9, Driss Guiga, Directeur de l\u2019Administration r\u00e9gionale et communale, Mohamed Jeddi, chef du Cabinet, ainsi que Mohamed Gherab, charg\u00e9 de mission, et Mahmoud Lafi, charg\u00e9 des r\u00e9sistants. Je retrouvais ainsi Ta\u00efeb Mehiri et je d\u00e9couvrais ses qualit\u00e9s d\u2019administrateur. Ta\u00efeb Mehiri \u00e9tait un gros travailleur et, autant que Bourguiba, avait le don de communiquer le sens de l\u2019Etat. C\u2019\u00e9tait une chance de le c\u00f4toyer et d\u2019apprendre \u00e0 son contact. Sa position au Parti, dont il \u00e9tait le Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral Adjoint, le rangeait parmi les plus puissants de la hi\u00e9rarchie politique. Une activit\u00e9 intense nous accaparait dans nos bureaux et dans nos nombreux d\u00e9placements \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. Nous surmontions la crise youss\u00e9fiste \u00e0 la fois par un effort de persuasion et d\u2019encadrement et par des mesures s\u00e9curitaires: l\u2019Etat et le Parti jouaient leur r\u00f4le dans une partition parfaitement r\u00e9gl\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans%20titre-7(1).jpg\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"394\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<h2>L\u2019Administration r\u00e9gionale<\/h2>\n<p>L&rsquo;effet direct du r\u00e9gime de l\u2019ind\u00e9pendance sur l\u2019Administration r\u00e9gionale \u00e9tait la suppression des contr\u00f4les civils. Les contr\u00f4leurs civils, hauts fonctionnaires ou officiers fran\u00e7ais, relayaient les pouvoirs du R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des r\u00e9gions et exer\u00e7aient de ce fait le pouvoir r\u00e9el au d\u00e9triment des Ca\u00efds qui, de leur c\u00f4t\u00e9, repr\u00e9sentaient le pouvoir du Bey \u00e0 travers son Premier ministre et le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. Les ca\u00efds \u00e9taient \u00e0 la fois administrateurs et juges, au civil pour les actions personnelles et mobili\u00e8res atteignant un certain degr\u00e9 et, au p\u00e9nal, pour les contraventions de simple police. Ils sont par ailleurs charg\u00e9s de recouvrer les imp\u00f4ts directs par l\u2019interm\u00e9diaire des Cheikhs, qui sont leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dans les subdivisions territoriales. Le corps ca\u00efdal, \u00e0 l\u2019image de l\u2019Administration archa\u00efque du pays, \u00e9tait largement discr\u00e9dit\u00e9. La r\u00e9forme consistait \u00e0 regrouper les circonscriptions administratives et \u00e0 accro\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 des repr\u00e9sentants du pouvoir central, tout en modernisant leur statut et en red\u00e9finissant leurs attributions : les services financiers de l\u2019Etat et les pouvoirs judiciaires reviennent dor\u00e9navant aux pr\u00e9rogatives respectives des Finances et de la Magistrature.<\/p>\n<p>La nouvelle organisation instituait 13 gouvernorats en remplacement des 34 ca\u00efdats. Les nouveaux gouverneurs sont assist\u00e9s au si\u00e8ge m\u00eame par un Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral et deux D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et, dans les subdivisions territoriales, par des D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s plac\u00e9s sous leur autorit\u00e9 directe. Seul repr\u00e9sentant du Gouvernement, le Gouverneur assure, sous l\u2019autorit\u00e9 des ministres comp\u00e9tents, la coordination, l\u2019orientation et la surveillance g\u00e9n\u00e9rale des fonctionnaires de l\u2019Etat, ainsi que le contr\u00f4le administratif g\u00e9n\u00e9ral dans sa circonscription. Le Gouverneur assure notamment le maintien de l\u2019ordre et la tutelle des collectivit\u00e9s locales.<\/p>\n<p>Les nouveaux gouverneurs \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s parmi les pr\u00e9sidents de f\u00e9d\u00e9ration du Parti. Seuls deux anciens ca\u00efds \u00e9taient maintenus : Ahmed Zaouche, nomm\u00e9 gouverneur de Tunis, et Mohamed Mohsen, nomm\u00e9 \u00e0 Sfax. Les gouvernorats du Sud \u00e9taient des postes sensibles parce que l\u2019armement alg\u00e9rien qui transitait en partie par la Libye traversait toute une zone encore \u00abterritoire militaire\u00bb o\u00f9 plusieurs casernes de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise constituaient de r\u00e9elles menaces. Nous \u00e9tions en conflit permanent avec l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Il arrive que la route principale traverse physiquement le p\u00e9rim\u00e8tre des casernes de sorte que les v\u00e9hicules sont soumis d\u2019office \u00e0 des contr\u00f4les par les militaires fran\u00e7ais pour pouvoir tout juste poursuivre leur route. Dans ces conditions, c\u2019est parfois le gouverneur lui-m\u00eame qui, se pr\u00e9valant de son immunit\u00e9, convoie les armes alg\u00e9riennes. C\u2019\u00e9tait le cas de Mohamed Lahbib, gouverneur de M\u00e9denine.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Lire aussi:<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27617-en-un-temps-record-un-leaders-special-beji-caid-essebsi-en-160-pages-et-200-photos-et-documents\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">En un temps record, un Leaders Sp\u00e9cial B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi, en 160 pages et 200 photos et documents<\/a><br \/><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27622-taoufik-habaieb-la-revanche-posthume-de-beji-caid-essebsi-sur-nous-tous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Taoufik Habaieb &#8211; La revanche posthume de B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi&#8230; sur nous tous<\/a><br \/><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27616-ahmed-ounaies-les-trois-messages-de-beji-caid-essebsi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ahmed Ouna\u00efes: Les trois messages de B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27645-exclusif-ses-derniers-jours-si-penibles\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Exclusif: Les derniers jours si p\u00e9nibles de B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27644-beji-par-caid-essebsi-bce-au-miroir-de-son-propre-parcours\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">B\u00e9ji par Ca\u00efd Essebsi: BCE au miroir de son propre parcours<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27640-saida-caid-essebsi-si-beji-un-mari-et-un-pere-exceptionnel-responsable\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Sa\u00efda Chedlia Ca\u00efd Essebsi: Si B\u00e9ji, un mari et un p\u00e8re exceptionnel (Photos)<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27637-khemais-jhinaoui-et-beji-caid-essebsi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">La diplomatie tunisienne rend ce jeudi un hommage solennel au pr\u00e9sident Ca\u00efd Essebsi<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27703-bonnes-feuillersd\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ca\u00efd Essebsi: la premi\u00e8re fois o\u00f9 j&rsquo;ai vu Bourguiba<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27694-la-journee-de-bce\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Une journ\u00e9e ordinaire de BCE<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27670-arlette-chabot-ni-technocrate-ni-demagogue\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Arlette Chabot &#8211; B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi : ni technocrate ni d\u00e9magogue&#8230;<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27675-un-bon-eleve-nomme-beji-caid-eessebsi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Un bon \u00e9l\u00e8ve nomm\u00e9 B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi<\/a><\/p>\n<p class=\"c4\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bondou(6).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27730-me-caid-essebsi-premiers-pas-au-barreau\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paru en 2009, chez Sud Editions, le livre autobiographique \u00ab Bourguiba, le bon grain et l\u2019ivraie \u00bb de B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi, est un t\u00e9moignage de premier ordre qui nous renseigne autant sur l\u2019auteur que sur la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance et ses acteurs, notamment Bourguiba. 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