{"id":59224,"date":"2019-08-26T06:00:00","date_gmt":"2019-08-26T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/du-processus-de-transfert-de-souverainete\/"},"modified":"2019-08-26T06:00:00","modified_gmt":"2019-08-26T10:00:00","slug":"du-processus-de-transfert-de-souverainete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/du-processus-de-transfert-de-souverainete\/","title":{"rendered":"Du processus de transfert de souverainet\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>Par Mourad Betrouni<\/em><br \/>Examiner objectivement les conditions et modalit\u00e9s de transfert de souverainet\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019arch\u00e9ologie, de sites, de monuments, de collections et de mus\u00e9es, dans le sillage des Accords d\u2019Evian, c\u2019est d\u2019abord ajuster les outils d\u2019examen et les instruments d\u2019analyse \u00e0 la nature des objets et des sujets sollicit\u00e9s, qui peuvent recouvrir de multiples facettes, allant du champ scientifique et technique \u00e0 ceux juridique, politique et id\u00e9ologique. Par outils et instruments s\u2019entend, \u00e9galement, la proximit\u00e9 ou la distance \u00e0 observer devant l\u2019objet et le sujet, les concepts, notions et terminologies utilis\u00e9s ainsi que l\u2019approche m\u00e9thodologique envisag\u00e9e.<br \/>Il serait utile, voire m\u00eame n\u00e9cessaire, dans cette analyse r\u00e9trospective, de revisiter le sujet, non pas dans le seul sens politique de recouvrement de la souverainet\u00e9, mais dans celui, aussi, technique, d\u2019appropriation des infrastructures, des \u00e9quipements et du mobilier arch\u00e9ologique, support d\u2019une identit\u00e9 et d\u2019une m\u00e9moire recouvr\u00e9es. L\u2019acte de diagnostic, \u00e0 une premi\u00e8re \u00e9chelle d\u2019observation, consiste \u00e0 examiner, analyser et \u00e9valuer le sujet dans tous ses compartiments, la recherche scientifique, la protection et la conservation, la restauration, la valorisation, la patrimonialisation des biens arch\u00e9ologiques mobiliers et immobiliers, les mus\u00e9es et les politiques et strat\u00e9gies envisag\u00e9es.<br \/>C\u2019est un exercice fort complexe et difficile en m\u00eame temps, surtout dans le cas sp\u00e9cifique de l\u2019Alg\u00e9rie, dont la g\u00e9ographie et l\u2019histoire sont si singuli\u00e8res.<br \/>Un exercice qu\u2019il s\u2019agira de mener selon deux postures diff\u00e9rentes, voire antagoniques : la premi\u00e8re, relative \u00e0 un contexte colonial, qui a dur\u00e9 132 ans, de 1830 \u00e0 1962, marqu\u00e9 par des politiques et des strat\u00e9gies de fabrication d\u2019une m\u00e9moire et d\u2019une conscience coloniales, pour justifier et l\u00e9gitimer la possession fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie, avec un corpus documentaire, conceptuel et terminologique des plus fournis, et la seconde, correspondant \u00e0 un contexte national, dans lequel l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante est appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9tablir, r\u00e9habiliter et restaurer son identit\u00e9 et sa conscience nationales.<br \/>Il est utile de souligner, ici, que dans le contexte colonial, le monde dit arabo-musulman, sph\u00e8re consid\u00e9r\u00e9e d\u2019appartenance id\u00e9ologique et politique de l\u2019Alg\u00e9rien, n\u2019a jamais sollicit\u00e9 la science arch\u00e9ologique, pour produire un corpus minimum pouvant servir de base au processus de r\u00e9appropriation de l\u2019arch\u00e9ologie alg\u00e9rienne, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019arch\u00e9ologique demeurant le domaine exclusif de l\u2019Occident ou plus exactement de la France (corpus bibliographique exclusif). Il s\u2019agira, devant ces difficult\u00e9s \u00e9pist\u00e9mologiques, conceptuelles et m\u00e9thodologiques, d\u2019analyser les conditions et modalit\u00e9s de transition \u2014 si transition il y a \u2014 du colonial au national.<\/p>\n<p><strong>L\u2019arch\u00e9ologie classique et la pr\u00e9histoire<\/strong><br \/>Etablie sur un peu moins d\u2019un si\u00e8cle et demi, la colonisation fran\u00e7aise avait dessin\u00e9 une cartographie arch\u00e9ologique pour les besoins de fabrication d\u2019une m\u00e9moire coloniale, en mettant en relief les r\u00e9f\u00e9rents d\u2019une identit\u00e9 et d\u2019une conscience romano-latino-chr\u00e9tienne, partant d\u2019une politique d\u2019inventaire, de classement, de protection, de conservation et de restauration de monuments immobiliers et mobiliers et de sites arch\u00e9ologiques et historiques.<br \/>Cet effort d\u2019investissement dans l\u2019h\u00e9ritage arch\u00e9ologique s\u2019adressait non pas aux populations \u00abindig\u00e8nes\u00bb, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es et refoul\u00e9es, mais \u00e0 des populations europ\u00e9ennes qui les rempla\u00e7aient progressivement pour s\u2019y \u00e9tablir d\u00e9finitivement.<br \/>Le dispositif de l\u00e9gitimation et de justification du fait colonial \u00e9tait port\u00e9 par deux mondes du savoir et de la connaissance : l\u2019arch\u00e9ologie classique et la pr\u00e9histoire, qui vont emprunter deux voies parall\u00e8les, la premi\u00e8re, r\u00e9unissant le monde de l\u2019arch\u00e9ologie classique, o\u00f9 arch\u00e9ologues, historiens, architectes, appuy\u00e9s par tout un contingent d\u2019\u00e9rudits organis\u00e9s en soci\u00e9t\u00e9s savantes, et renforc\u00e9s par les moyens logistiques et humains du g\u00e9nie militaire, constituera le capital constitutif de la batterie d\u2019administration et de gestion de l\u2019h\u00e9ritage arch\u00e9ologique; la seconde, rassemblant le monde de la pr\u00e9histoire, de l\u2019anthropologie et de l\u2019ethnologie, o\u00f9 g\u00e9ographes, g\u00e9ologues, pal\u00e9ontologues, anthropologues et ethnologues, notamment, appuy\u00e9s par des correspondants amateurs, s\u2019orientera plut\u00f4t vers des objectifs scientifiques (congr\u00e8s, colloques, publications), pour la production d\u2019id\u00e9es et de concepts inscrits dans une strat\u00e9gie d\u2019int\u00e9gration de consid\u00e9rants \u00e0 la fois scientifiques et id\u00e9ologiques qui, loin de se chevaucher, participaient \u00e0 la mise en place d\u2019un sch\u00e9ma des cultures et du peuplement nord-africains, adapt\u00e9 aux objectifs id\u00e9ologiques et politiques d\u2019une colonisation de peuplement.<br \/>Il faut souligner que la pr\u00e9histoire n\u2019avait pas encore acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un socle \u00e9pist\u00e9mologique requis et un support m\u00e9thodologique suffisant qui lui aurait permis de participer, d\u00e8s le d\u00e9part, \u00e0 la conception d\u2019une cartographie pr\u00e9historique au service de la colonisation, l\u2019arch\u00e9ologie classique, par contre, tout particuli\u00e8rement antique, est rentr\u00e9e de plain pied dans l\u2019ar\u00e8ne politique et id\u00e9ologique, servant de pi\u00e9destal confortable \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement colonial. Le financement gouvernemental destin\u00e9 aux sites arch\u00e9ologiques cibles (mise en affleurement des \u00e9difices antiques) participait de cette vision id\u00e9ologico-scientifique de l\u00e9gitimation de l\u2019acte colonial<br \/>Sur le plan institutionnel, l\u2019arch\u00e9ologie classique \u00e9tait administr\u00e9e par la Sous-Direction des Beaux-arts, qui relevait du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l&rsquo;Int\u00e9rieur et qui \u00e9tait r\u00e9partie entre un Service des antiquit\u00e9s, dont la principale mission \u00e9tait de mener des fouilles arch\u00e9ologiques, et un Service des monuments historiques, sp\u00e9cialis\u00e9 dans les monuments antiques. La pr\u00e9histoire, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019anthropologie et l\u2019ethnographie \u00e9tait, quant \u00e0 elle, prise en charge, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1955, par le Centre alg\u00e9rien de recherches anthropologiques, pr\u00e9historiques et ethnographiques d\u00e9nomm\u00e9 Carape, dont le Mus\u00e9e de pr\u00e9histoire et d\u2019ethnographie du Bardo constituait le prolongement. Cr\u00e9\u00e9 en 1955, ce centre \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 promouvoir, coordonner et contr\u00f4ler l\u2019ensemble des recherches concernant l\u2019anthropologie, la pr\u00e9histoire et l\u2019ethnographie en Alg\u00e9rie. \u00abil sera une sorte de Mus\u00e9e de l\u2019Homme, \u00e0 l\u2019instar de celui de Paris ; l\u2019actuel Mus\u00e9e d\u2019ethnographie et de pr\u00e9histoire constituera la partie accessible au public du nouvel organisme dont les trois sections seront essentiellement \u00e9quip\u00e9es en vue de la recherche scientifique.\u00bb (L. Balout, directeur du Carape et du Mus\u00e9e du Bardo).<\/p>\n<p><strong>Les circonscriptions arch\u00e9ologiques<\/strong><br \/>Sur le plan de la gestion territoriale de l\u2019h\u00e9ritage arch\u00e9ologique, les trois anciens d\u00e9partements (Oran, Alger, Constantine) \u00e9taient subdivis\u00e9s en circonscriptions arch\u00e9ologiques, en vertu de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 26 avril 1949 portant cr\u00e9ation, en Alg\u00e9rie, des circonscriptions territoriales pour la surveillance des gisements arch\u00e9ologiques et pr\u00e9historiques. Il s\u2019agit d\u2019un quadrillage m\u00e9thodologique qui co\u00efncide avec la carte de r\u00e9partition des vestiges romains (Atlas arch\u00e9ologique de St\u00e9phane Gsell). Ces territoires seront ainsi soumis \u00e0 une r\u00e9glementation, un contr\u00f4le et un suivi. La circonscription int\u00e9ressait \u00e0 la fois l&rsquo;arch\u00e9ologie pr\u00e9historique, libyque, punique, romaine, chr\u00e9tienne et musulmane.<br \/>Ce d\u00e9coupage territorial voulait consacrer, par la preuve arch\u00e9ologique, la partition d&rsquo;un territoire g\u00e9ographique entre une \u00abAlg\u00e9rie du Nord\u00bb, marqu\u00e9e par l\u2019omnipr\u00e9sence des sites et monuments romains, et un Sahara dit \u00abterritoires du Sud\u00bb, une surface dix fois plus grande, o\u00f9 la romanisation n\u2019a pu s\u2019\u00e9tablir.<br \/>La ville de Messa\u00e2d constituait la limite d&rsquo;extension vers le Sud des traces romaines. La circonscription arch\u00e9ologique n\u2019allait pas au-del\u00e0 de cette limite. Ainsi, le Sahara ne sera jamais soumis au r\u00e9gime des circonscriptions arch\u00e9ologiques.<\/p>\n<p><strong>De la strat\u00e9gie du repli et du red\u00e9ploiement (1945)<\/strong><br \/>Pour acc\u00e9der aux cl\u00e9s de lecture des conditions et modalit\u00e9s de transfert de souverainet\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019arch\u00e9ologie, de sites et monuments historiques et de mus\u00e9es, il faut remonter, au moins, \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1945 et l\u2019issue de la Seconde Guerre mondiale, ses incidences et ses retomb\u00e9es multiples, notamment l\u2019aspiration des peuples \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, qui commandait \u00e0 la France coloniale de reconsid\u00e9rer sa politique arch\u00e9ologique dans les trois pays maghr\u00e9bins (Alg\u00e9rie, Maroc, Tunisie). C\u2019est dans ce contexte de reformulation politique et dans un souci de sauvegarde des acquis de la France coloniale, que le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) avait donn\u00e9 mandat, en 1955, \u00e0 Michel Le Jeune, linguiste et hell\u00e9niste fran\u00e7ais, pour \u00abpr\u00e9parer le repli n\u00e9cessaire des organismes de recherche fran\u00e7ais d\u2019Afrique du Nord\u00bb, en le d\u00e9signant \u00e0 la t\u00eate de la Direction scientifique pour les sciences humaines, qu\u2019il occupera jusqu\u2019en 1963.<br \/>Une nouvelle organisation de la recherche arch\u00e9ologique a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e, conjointement en France et dans les trois pays du Maghreb, pour prendre en charge un long processus de transition et de r\u00e9partition des acquis et des responsabilit\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019arch\u00e9ologie, selon les modes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de chacun des trois pays maghr\u00e9bins. Il s\u2019agissait, dans un premier temps, de pallier les difficult\u00e9s provoqu\u00e9es par le retrait des institutions fran\u00e7aises de Tunisie et du Maroc et de cr\u00e9er de nouvelles institutions relayant celles \u00e9tablies sous protectorat.<br \/>En 1955, les nouvelles institutions \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 mises en place. Seule l\u2019Alg\u00e9rie demeurait sous administration fran\u00e7aise, l\u2019arch\u00e9ologie demeurant, jusqu\u2019en 1962, sous l\u2019\u00e9gide de la section 26 du CNRS, cr\u00e9\u00e9e en 1959, pour les \u00abAntiquit\u00e9s nationales et l\u2019histoire m\u00e9di\u00e9vale\u00bb.<br \/>En 1960, Lionel Balout, doyen de la Facult\u00e9 des lettres et sciences humaines d\u2019Alger et directeur du Centre de recherches alg\u00e9rien en pr\u00e9histoire, anthropologie et ethnographie (Carape), fut charg\u00e9, par le m\u00eame Michel Le Jeune, dans le cadre de la strat\u00e9gie de repli et de transition, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Centre de documentation et de recherches sur le Maghreb (CDRM).<br \/>Une initiative prise par le pr\u00e9sident du Comit\u00e9 d\u2019action scientifique de d\u00e9fense nationale, le g\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9rin, qui avait repris un projet de m\u00eame nature con\u00e7u pour le Maroc en 1956, qui privil\u00e9giait une strat\u00e9gie d\u2019am\u00e9lioration de la situation politique en Alg\u00e9rie, par le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes en droit, sociologie et psychologie, en ethnologie et anthropologie. Un projet, qui ne verra jamais le jour en Alg\u00e9rie, mais qui sera repris dans son contenu, par la section moderne et contemporaine du Centre de recherches sur l\u2019Afrique m\u00e9diterran\u00e9enne (Cram).<\/p>\n<p><strong>Le Cram d\u2019Alger<\/strong><br \/>En 1962, le Service des antiquit\u00e9s alg\u00e9riennes, dirig\u00e9 par Jean Lassus, passait sous administration alg\u00e9rienne avec maintien du responsable fran\u00e7ais \u00e0 son poste. Ce dernier aura pour mission principale la poursuite des travaux d\u2019exploration et de fouilles arch\u00e9ologiques dont Paul-Albert F\u00e9vrier assurait le contr\u00f4le et le suivi.<br \/>C\u2019est dans ce contexte de transition, qu\u2019en janvier 1962, le CNRS mit en place, \u00e0 Hydra (Alger), un Centre de recherches sur l\u2019Afrique m\u00e9diterran\u00e9enne (Cram), dont la direction fut confi\u00e9e \u00e0 P.-A. F\u00e9vrier, qui assura, en m\u00eame temps et jusqu\u2019en 1968, l\u2019enseignement de l\u2019histoire ancienne et de l\u2019arch\u00e9ologie \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres d\u2019Alger. Il sera, \u00e0 partir de 1964, d\u00e9sign\u00e9 inspecteur des Antiquit\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 de Si Ahmed Baghli, alors directeur des Beaux-arts du gouvernement alg\u00e9rien.<br \/>A travers le Cram d\u2019Alger, le CNRS mettra \u00e0 la disposition du Service alg\u00e9rien des antiquit\u00e9s, un personnel technique et scientifique pour assurer les missions et maintenir les activit\u00e9s arch\u00e9ologiques sur le terrain.<\/p>\n<p><strong>Le Cram bis d\u2019Aix-en-Provence<\/strong><br \/>Entre 1962 et 1964, devant les difficult\u00e9s de la transition \u2014 les Accords d\u2019\u00c9vian mettant fin \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, parachevant la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique du Nord et confirmant l\u2019effacement des institutions fran\u00e7aises \u2014 le CNRS envisagea la cr\u00e9ation, dans le Midi de la France, d\u2019un centre \u00abdestin\u00e9 aux recherches arch\u00e9ologiques dans le bassin occidental de la M\u00e9diterran\u00e9e\u00bb. Un projet qui sera concr\u00e9tis\u00e9 en 1964, par la cr\u00e9ation du Centre de recherches sur l\u2019Afrique m\u00e9diterran\u00e9enne, dont le si\u00e8ge, qualifi\u00e9 de \u00abprincipal\u00bb, sera fix\u00e9 \u00e0 Aix-en-Provence.<br \/>Ce centre sera \u00e9quip\u00e9 de moyens pour organiser des missions de fouilles, exploiter les r\u00e9sultats et former des \u00e9quipes de chercheurs et de techniciens. Il sera \u00e9rig\u00e9 en structure administrative m\u00e8re, qui va recueillir et rassembler les travaux des diff\u00e9rentes \u00e9quipes de recherches fran\u00e7aises. Celles-ci seront rattach\u00e9es ensuite au Centre d\u2019\u00e9tudes nord-africaines de l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques d\u2019Aix, ainsi que les services arch\u00e9ologiques fran\u00e7ais rapatri\u00e9s du Maroc et ceux maintenus en Alg\u00e9rie, sur le site d\u2019Hydra.<br \/>En 1965, deux antennes du Cram seront ouvertes respectivement \u00e0 Tunis et \u00e0 Rabat. Le Cram d\u2019Aix-en-Provence se mettra, ainsi, en synergie avec les trois pays du Maghreb. La liaison \u00e9tant r\u00e9tablie, le Maroc, l\u2019Alg\u00e9rie et la Tunisie seront d\u00e9sormais inscrits dans la filiation arch\u00e9ologique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p><strong>Du Cram d\u2019Alger au Service des antiquit\u00e9s<\/strong><br \/>En Alg\u00e9rie, la collaboration entre le Cram d\u2019Alger et le Service des antiquit\u00e9s sera concr\u00e9tis\u00e9e par la poursuite des fouilles arch\u00e9ologiques du site d\u2019Hippo Regius (Annaba, l\u2019ancienne Hippone), le soutien et l\u2019appui des travaux et activit\u00e9s arch\u00e9ologiques engag\u00e9s avant l\u2019ind\u00e9pendance : les \u00abMosa\u00efques\u00bb, les \u00abMonuments in\u00e9dits des grands sites\u00bb et les \u00abInventaires des inscriptions latines\u00bb. Tous ces travaux, dits de la \u00absection d\u2019Alger\u00bb, seront men\u00e9s sous la responsabilit\u00e9 de P.-A. f\u00e9vrier. La collaboration alg\u00e9ro-fran\u00e7aise \u00e9tait encadr\u00e9e par les dispositions de la loi n\u00b062.157 du 31 d\u00e9cembre 1962, qui avait reconduit la l\u00e9gislation fran\u00e7aise \u00abdans ses dispositions non contraires \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale\u00bb.<br \/>En 1962, la sous-direction des Beaux-arts, relevant jadis du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019Int\u00e9rieur, est pass\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 du minist\u00e8re alg\u00e9rien de l&rsquo;Education nationale, comme subdivision de la Direction des affaires culturelles (DAC), qui h\u00e9ritera de tout le passif arch\u00e9ologique colonial, essentiellement mat\u00e9riel (arts, monuments, sites, mus\u00e9es, biblioth\u00e8ques) et pour lequel l\u2019Alg\u00e9rie ne disposait pas de comp\u00e9tences et d\u2019exp\u00e9riences requises pour r\u00e9aliser les ordonnancements n\u00e9cessaires et l\u2019ancrage \u00e0 une politique nationale en mati\u00e8re de patrimoine culturel. La prise en charge de ce patrimoine culturel suivra un itin\u00e9raire tout \u00e0 fait singulier qui emp\u00eachera la r\u00e9alisation des ruptures escompt\u00e9es.<br \/>C\u2019est dans ce contexte de passations que s\u2019\u00e9tablira une passerelle entre le Cram d\u2019Alger, dirig\u00e9 par P.-A. F\u00e9vrier, et le nouveau Service alg\u00e9rien des antiquit\u00e9s, dirig\u00e9 par J. Lassus, jusqu\u2019en 1964 avant d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 par P.-A. F\u00e9vrier. Ce dernier constituera, par un cumul de responsabilit\u00e9s, le principal \u00e9l\u00e9ment d\u2019articulation des actions et activit\u00e9s de recherches et investigations en arch\u00e9ologie : \u00e0 la fois directeur du Cram, enseignant de l\u2019histoire ancienne et de l\u2019arch\u00e9ologie \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres d\u2019Alger et inspecteur aupr\u00e8s du minist\u00e8re de l\u2019Education nationale, il dirigera tous les travaux, inscrits dans les programmes de la \u00absection d\u2019Alger\u00bb. Il sera confort\u00e9 d\u2019une douzaine d\u2019experts scientifiques et techniciens fran\u00e7ais envoy\u00e9s, d\u00e8s 1964, en Alg\u00e9rie pour soutenir les travaux et activit\u00e9s arch\u00e9ologiques.<br \/>Les premiers jalons d\u2019une arch\u00e9ologie alg\u00e9rienne seront mis en place, bien que s\u2019inscrivant dans les projections fran\u00e7aises, usant des m\u00eames instruments cognitifs et techniques. Ils ont permis l\u2019\u00e9mergence des premiers arch\u00e9ologues alg\u00e9riens.<br \/>L\u2019encadrement fran\u00e7ais continua d\u2019assurer la Direction des affaires culturelles, notamment les domaines de l\u2019arch\u00e9ologie, des mus\u00e9es, des monuments et sites historiques, en garantissant la poursuite des programmes de recherches engag\u00e9s et en assurant l\u2019enseignement de l\u2019histoire ancienne et de l\u2019arch\u00e9ologie \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres d\u2019Alger.<\/p>\n<p><strong>Le Carape et le Mus\u00e9e du Bardo<\/strong><br \/>Au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019Etat alg\u00e9rien avait h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un centre de recherche de renomm\u00e9e mondiale, par sa production et la qualit\u00e9 de ses chercheurs, le Carape, et d\u2019un mus\u00e9e qui lui \u00e9tait rattach\u00e9, le Mus\u00e9e de pr\u00e9histoire et d\u2019ethnographie du Bardo. Il \u00e9tait, en fait, plus embarrass\u00e9 qu\u2019int\u00e9ress\u00e9 par une recherche pr\u00e9historique dont il ne voyait pas l\u2019int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de recouvrement de la souverainet\u00e9 nationale, plut\u00f4t marqu\u00e9es par le souci de r\u00e9appropriation du territoire et des richesses nationales.<br \/>En effet, apr\u00e8s une br\u00e8ve interruption \u00e0 la fin de la guerre de Lib\u00e9ration nationale, le Carape a pu reprendre ses activit\u00e9s dans un cadre nouveau de coop\u00e9ration, celui de l\u2019Organisme de coop\u00e9ration scientifique (OCS), qui succ\u00e9da au (CRS). C\u2019est dans ce cadre que Gabriel Camps, un Fran\u00e7ais natif de Misserghin, pr\u00e8s d\u2019Oran, passionn\u00e9 de l\u2019histoire antique de l\u2019Afrique du nord, ayant fait toutes ses \u00e9tudes en Alg\u00e9rie et fr\u00e9quent\u00e9 le laboratoire d\u2019arch\u00e9ologie pr\u00e9historique du Mus\u00e9e du Bardo, est affect\u00e9 \u00e0 la direction du Carape et du Mus\u00e9e du Bardo, en remplacement de L. Balout. Les Accords d\u2019Evian avaient accord\u00e9 une gestion fran\u00e7aise du Carape pendant encore quatre ans, avec un financement de fonctionnement dans le cadre d\u2019une commission franco-alg\u00e9rienne de la coop\u00e9ration.<br \/>En 1964, le Carape, devenu Crape, passe sous la gestion du Conseil provisoire de la recherche scientifique (CPRS). En 1969, arriv\u00e9 au terme du programme des Accords d\u2019Evian, G. Camps rejoint la France ainsi que l\u2019\u00e9quipe de chercheurs et d\u2019administrateurs fran\u00e7ais (une dizaine) qui se reconstitueront sous une autre forme \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres et sciences humaines d\u2019Aix-en-Provence. Il sera remplac\u00e9 par feu Mouloud Mammeri.<\/p>\n<p><strong>Les mus\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie : quels devenirs ?<\/strong><br \/>Les mus\u00e9es h\u00e9rit\u00e9s de la colonisation ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s entre la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle.<br \/>Ce sont, essentiellement, des mus\u00e9es arch\u00e9ologiques et historiques. A l\u2019ind\u00e9pendance, ils ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre r\u00e9gis par l\u2019ordonnance n\u00b045-1546 du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des mus\u00e9es des beaux-arts, dont les dispositions ont \u00e9t\u00e9 reconduites par la loi n\u00b062-157 du 31 d\u00e9cembre 1962. Ces mus\u00e9es se r\u00e9partissaient en quatre cat\u00e9gories :<br \/>&#8211; <strong>les mus\u00e9es nationaux,<\/strong> qui relevaient de la tutelle de l\u2019Etat : le Mus\u00e9e des antiquit\u00e9s classiques et musulmanes, le Mus\u00e9e de pr\u00e9histoire et d\u2019ethnographie du Bardo, le Mus\u00e9e des Beaux-arts et le Mus\u00e9e du Mont-Riant. Ces quatre mus\u00e9es sont situ\u00e9s sur les hauteurs de Mustapha, \u00e0 Alger ;<br \/><strong>&#8211; le Mus\u00e9e des arts populaires,<\/strong> qui d\u00e9pendait des Services de l\u2019artisanat au minist\u00e8re du Tourisme, est situ\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de La Casbah d\u2019Alger ;<br \/><strong>&#8211; les mus\u00e9es communaux,<\/strong> g\u00e9r\u00e9s par les municipalit\u00e9s et les soci\u00e9t\u00e9s savantes priv\u00e9es et qui \u00e9taient contr\u00f4l\u00e9s par le Service des antiquit\u00e9s. Ils sont au nombre de quinze : les mus\u00e9es, d\u2019Oran, de Constantine, de Tlemcen, de Cherchell, de Bougie, de Philippeville, de Guelma, de Souk Ahras (Mus\u00e9e Saint-Augustin), de Lamb\u00e8se et les 6 mus\u00e9es sahariens ;<br \/><strong>&#8211; les mus\u00e9es des circonscriptions arch\u00e9ologiques,<\/strong> qui relevaient, \u00e0 la fois, du Service des antiquit\u00e9s (gestion des biens mobiliers) et du Service des monuments pour les biens immobiliers. Ces mus\u00e9es \u00e9margeaient au budget de l\u2019Etat, selon les disponibilit\u00e9s et l\u2019importance du site. Il s\u2019agit des Mus\u00e9es de Djemila, Timgad, Tipasa, Hippone, El Kantara, Khemissa, Setif, T\u00e9bessa. A ces mus\u00e9es de sites d\u2019importance, il faut ajouter les lieux de d\u00e9p\u00f4t, notamment, de collections \u00e9pigraphiques et dont la surveillance est conf\u00e9r\u00e9e par le Service des antiquit\u00e9s \u00e0 un personnel local, tels les sites de Khemissa, Madaure, Announa, Zana, Sigus, Hammam Meskhoutine, A\u00efn-el-Kebira, Sidi Mimoun, El Asnam et Messa\u00e2d.<\/p>\n<p><strong>Quelle politique mus\u00e9ale nationale ?<br \/>&#8211; Du premier rapport de la mission Unesco de 1964, sur \u00abune \u00e9tude d\u2019ensemble sur les mus\u00e9es alg\u00e9riens, r\u00e9formes et modernisation\u00bb<\/strong><br \/>En 1964, sur demande du gouvernement alg\u00e9rien, un expert syrien de l\u2019Unesco, le Dr Selim Abdul-Hak, directeur g\u00e9n\u00e9ral des antiquit\u00e9s et des mus\u00e9es de Syrie, Consultant \u00e0 l\u2019Unesco \u2014 il deviendra, plus tard, chef de la division des mus\u00e9es et des monuments historiques \u00e0 l\u2019Unesco \u2014 est d\u00e9p\u00each\u00e9 en Alg\u00e9rie, pour une mission de 38 jours (du 30 mars au 10 avril) ayant pour termes de r\u00e9f\u00e9rence \u00aba : proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9tude d\u2019ensemble des mus\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie ; b : \u00e9tablir un programme pour le d\u00e9veloppement futur de ces mus\u00e9es, en ce qui concerne notamment la constitution et les m\u00e9thodes de pr\u00e9sentation des collections, l\u2019\u00e9tude et la mise en \u0153uvre d\u2019un plan de recherche, la formation du personnel sp\u00e9cialis\u00e9\u00bb. Cette mission a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e par MSA Baghli, directeur des mus\u00e9es alg\u00e9riens, M. Jean Lassus, toujours directeur du Service des antiquit\u00e9s et des monuments historiques et P.-A. F\u00e9vrier, directeur du Cram, auxquels il faut ajouter les directeurs, conservateurs des mus\u00e9es, les directeurs des fouilles et le personnel de la Direction des mus\u00e9es alg\u00e9riens.<br \/><strong>&#8211; L\u2019id\u00e9e d\u2019un Office national alg\u00e9rien des mus\u00e9es et des antiquit\u00e9s<\/strong><br \/>Aux termes de son diagnostic des mus\u00e9es alg\u00e9riens, tels qu\u2019h\u00e9rit\u00e9s de la colonisation, le Dr Selim Abdul-Hak avait soulign\u00e9, en pr\u00e9ambule de ses propositions op\u00e9rationnelles, que pour pouvoir appliquer une r\u00e9forme radicale aux mus\u00e9es alg\u00e9riens, dans le sens de la modernisation compl\u00e8te voulue par le gouvernement alg\u00e9rien, il faudrait commencer par r\u00e9former les r\u00e8glements des administrations r\u00e9gissant les mus\u00e9es. \u00abJ\u2019ai propos\u00e9, disait-il, \u00e0 la Direction des mus\u00e9es alg\u00e9riens sur sa demande, un projet de r\u00e9organisation de tous les services travaillant pour la d\u00e9couverte, la conservation, et la mise en valeur des biens culturels alg\u00e9riens, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Direction des mus\u00e9es alg\u00e9riens , le Service des antiquit\u00e9s et le Service des monuments historiques (qui a cess\u00e9 pratiquement d\u2019exister) et de les grouper en un seul grand Office national alg\u00e9rien des mus\u00e9es et des antiquit\u00e9s\u00bb (p. 38).<br \/><strong>&#8211; L\u2019id\u00e9e d\u2019un Mus\u00e9e national central<\/strong><br \/>Parall\u00e8lement \u00e0 la proposition de cr\u00e9ation d\u2019un grand Office national alg\u00e9rien des mus\u00e9es et des antiquit\u00e9s, le Dr Selim Abdul-Hak pr\u00e9conisa la cr\u00e9ation d\u2019un Mus\u00e9e national et central, qui regroupera les trois grands mus\u00e9es centraux, des antiquit\u00e9s classiques et musulmanes, de pr\u00e9histoire et d\u2019ethnographie du Bardo et des Beaux-arts d\u2019Alger.<br \/>\u00abLe Grand Mus\u00e9e national en question pourrait reconstituer tout le pass\u00e9 de la nation alg\u00e9rienne, exposer les meilleures cr\u00e9ations des civilisations s\u2019\u00e9tant succ\u00e9d\u00e9\u2008sur son sol, \u00e9claircir ce qu\u2019elle avait re\u00e7u et donn\u00e9, et ce, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s mus\u00e9ographiques qu\u2019il accomplirait, servir de mod\u00e8le pour tous les autres mus\u00e9es alg\u00e9riens. De tels mus\u00e9es ont prosp\u00e9r\u00e9 et atteint un degr\u00e9 de d\u00e9veloppement \u00e9lev\u00e9 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, Baghdad, Damas, Beyrouth, et la r\u00e9union de l\u2019Icom \u00e0 Neuch\u00e2tel en juin 1962 en a recommand\u00e9 le type aux pays en voie de d\u00e9veloppement rapide\u00bb (p.41).<br \/>Le Mus\u00e9e central, \u00e0 caract\u00e8re national \u00e0 Alger, sera organis\u00e9, selon l\u2019expert, en \u00ab plusieurs d\u00e9partements et comprenant le mat\u00e9riel le plus repr\u00e9sentatif pour illustrer l\u2019art et la culture du pays dans les principes modernes adopt\u00e9s en mus\u00e9ologie mondiale\u00bb.<br \/>Cette proposition avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le gouvernement alg\u00e9rien et un architecte a m\u00eame \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un plan inspir\u00e9 de l\u2019id\u00e9e de Le Corbusier \u00abun mus\u00e9e dit \u00e0 croissance illimit\u00e9e\u00bb avec de grands avantages d\u2019agrandissement.<br \/><strong>&#8211; Pour doctrine mus\u00e9ale alg\u00e9rienne<\/strong><br \/>Le Dr Selim Abdul-Hak avait consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019\u00abil serait souhaitable, si le projet de d\u00e9cret portant cr\u00e9ation d\u2019un Office national alg\u00e9rien des mus\u00e9es et des antiquit\u00e9s \u00e9tait accept\u00e9 par le gouvernement de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique et populaire d\u2019Alg\u00e9rie, tel qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9 ou bien modifi\u00e9 pour le rendre conforme aux dispositions juridiques, administratives, etc. en Alg\u00e9rie, qu\u2019il soit compl\u00e9t\u00e9 par le projet d\u2019un autre d\u00e9cret parachevant l\u2019organisation mus\u00e9ographique alg\u00e9rienne\u00bb (p.40). Par cette proposition, l\u2019expert syrien voulait signifier au gouvernement alg\u00e9rien que l\u2019organisation mus\u00e9ale, dans le nouveau contexte d\u2019ind\u00e9pendance, devait n\u00e9cessairement \u00eatre support\u00e9e par une doctrine mus\u00e9ale qui pr\u00e9cisera, notamment, les modalit\u00e9s de r\u00e9partition et les programmes des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de mus\u00e9es (centraux, sp\u00e9cialis\u00e9s, r\u00e9gionaux et de sites arch\u00e9ologiques).<\/p>\n<p><strong>Du deuxi\u00e8me rapport de la mission Unesco de 1966, sur les mus\u00e9es et la l\u00e9gislation<\/strong><br \/>En 1966, une autre mission Unesco est organis\u00e9e pour assister et conseiller les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes en mati\u00e8re de l\u00e9gislation, de modernisation des mus\u00e9es et d\u2019\u00e9changes internationaux entre mus\u00e9es.<br \/>C\u2019est le Dr Kazimierz Michalowski, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme consultant charg\u00e9 d\u2019effectuer la mission d\u2019expertise, qui a dur\u00e9 49 jours. Il a pu diagnostiquer neuf mus\u00e9es classiques (Mus\u00e9e des antiquit\u00e9s classiques et musulmanes, Mus\u00e9e d\u2019ethnographie et de pr\u00e9histoire du Bardo, Mus\u00e9e des arts populaires, Mus\u00e9e des beaux-arts, Mus\u00e9e du Mont-Riant, Mus\u00e9e d\u2019Oran, Mus\u00e9e de Tlemcen, Mus\u00e9e de S\u00e9tif, Mus\u00e9e de Constantine) et sept mus\u00e9es de sites (Cherchell, Tipasa, Djemila, Hippone, Timgad, Lamb\u00e8se, T\u00e9bessa). Dans son compte-rendu, il ne fait que reprendre les recommandations d\u00e9j\u00e0 faites deux ann\u00e9es auparavant (1964) par M. Selim Abdulhak. Il s\u2019agit, en clair, d\u2019un diagnostic r\u00e9alis\u00e9 sur tout le r\u00e9seau mus\u00e9al d\u2019Alg\u00e9rie, tel que laiss\u00e9 par la France coloniale en 1962.<br \/>Le projet du \u00abMus\u00e9e central national\u00bb ne sera jamais r\u00e9alis\u00e9 et la modernisation des mus\u00e9es aussi. Les millions de pi\u00e8ces, expos\u00e9es dans des vitrines ou entrepos\u00e9es dans les r\u00e9serves des mus\u00e9es, ne feront l\u2019objet d\u2019aucune politique ou strat\u00e9gie mus\u00e9ales, continuant dans les m\u00eames techniques de pr\u00e9sentation et d\u2019exposition de collections permanentes, et les mus\u00e9es dits de sites prenant toujours en \u00abotage\u00bb des biens culturels mobiliers non encore \u00e9rig\u00e9s en collections nationales.<\/p>\n<p><strong>Les mus\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie et le contexte l\u00e9gislatif<\/strong><br \/>Les mus\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie, quelle que soit leur tutelle, publique ou priv\u00e9e, ne sont, jusque-l\u00e0, r\u00e9gis par aucun texte l\u00e9gislatif. Seule une loi domaniale, \u00e9tablie en 1990, \u00e9voque, dans le chapitre relatif au domaine public artificiel de l\u2019Etat, la cat\u00e9gorie \u00abmus\u00e9e\u00bb sans aucune d\u00e9finition ou contenu de port\u00e9e juridique. Ni l\u2019ordonnance n\u00b067-281, ni la loi n\u00b098-04, n\u2019ont consacr\u00e9 une disposition juridique relative aux mus\u00e9es et aux collections mus\u00e9ales.<br \/>Au lendemain de son ind\u00e9pendance (5 juillet 1962), l&rsquo;Alg\u00e9rie avait reconduit la l\u00e9gislation fran\u00e7aise applicable aux monuments historiques. Cinq ans plus tard, une autre loi, sous la forme d\u2019une ordonnance, est promulgu\u00e9e. Il est surprenant de constater que cette ordonnance, qui a reconduit l\u2019essentiel de l\u2019ancrage juridique colonial relatif aux monuments et sites, n\u2019ait pas repris les dispositions int\u00e9ressantes de \u00abl&rsquo;ordonnance n\u00b045-1546 du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des mus\u00e9es des beaux-arts\u00bb dont l\u2019article 2 d\u00e9finissait le mus\u00e9e comme \u00abtoute collection permanente et ouverte au public d&rsquo;\u0153uvres pr\u00e9sentant un int\u00e9r\u00eat artistique, historique ou arch\u00e9ologique\u00bb.<br \/><strong>&#8211; Le premier statut-type de mus\u00e9es nationaux (1985)<\/strong><br \/>Face \u00e0 un vide juridique en mati\u00e8re de mus\u00e9es et de collections mus\u00e9ales, il a \u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e9, en 1985, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un statut-type des mus\u00e9es, qui organise et administre l\u2019activit\u00e9 mus\u00e9ale dans le cadre d\u2019un \u00e9tablissement public \u00e0 caract\u00e8re administratif (EPA) qui garantit l\u2019exercice des deux missions essentielles de service public, la conservation et la pr\u00e9sentation.<br \/>Dans son article 1er, le texte r\u00e9glementaire d\u00e9finit \u00ables mus\u00e9es nationaux\u00bb comme \u00ab\u00e9tablissements publics \u00e0 caract\u00e8re administratif, dot\u00e9s de la personnalit\u00e9 morale, et de l\u2019autonomie financi\u00e8re\u00bb. Son article 2 stipule que \u00ables mus\u00e9es nationaux ont pour mission, dans le cadre du plan national de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel, l\u2019acquisition, la r\u00e9cup\u00e9ration, la restauration, la conservation et la pr\u00e9sentation au public, d\u2019objets et de collections \u00e0 caract\u00e8re historique ou culturel ou artistique\u00bb.<br \/>Huit mus\u00e9es nationaux ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en vertu de ce statut-type. Bien qu\u2019usant de la proximit\u00e9 de l\u2019ordonnance 67-281, ce statut ne renvoie \u00e0 aucune mission de protection selon le principe classique du classement ou de l\u2019inscription sur l\u2019inventaire suppl\u00e9mentaire, les deux seuls m\u00e9canismes de reconnaissance officielle des biens culturels \u00e0 valeur patrimoniale.<br \/><strong>&#8211; Le second statut-type de mus\u00e9es nationaux et r\u00e9gionaux (1987)<\/strong><br \/>En 2007, et devant l\u2019absence d\u2019ancrage l\u00e9gislatif, un nouveau texte r\u00e9glementaire est pris, pour fixer les conditions de cr\u00e9ation des mus\u00e9es, leurs missions, organisation et fonctionnement. Outre la forme de l\u2019\u00e9tablissement public \u00e0 caract\u00e8re administratif (article 1), le mus\u00e9e est d\u00e9fini comme \u00ab toute institution permanente disposant de collections culturelles et\/ou scientifiques compos\u00e9es de biens dont la conservation et la pr\u00e9sentation rev\u00eatent un int\u00e9r\u00eat public et organis\u00e9es en vue de la connaissance, de l\u2019\u00e9ducation, de la culture et de la d\u00e9lectation \u00bb (article 2). Le fait nouveau dans ce statut r\u00e9side dans la distinction \u00e9tablie entre le \u00abmus\u00e9e national , class\u00e9 par la valeur de ses collections du point de vue historique, artistique, culturel et scientifique (art.13) et le \u00abmus\u00e9e r\u00e9gional\u00bb, par la qualit\u00e9 r\u00e9gionale de ses collections (article 24).<br \/>Apr\u00e8s trois ann\u00e9es de mise en \u0153uvre de ce statut, la cat\u00e9gorisation national-r\u00e9gional a montr\u00e9 ses limites, consid\u00e9rant, d\u2019une part, l\u2019essence nationale des collections mus\u00e9ales \u2013 sauf dans le cas de collections priv\u00e9es \u2013 et, d\u2019autre part, l\u2019inexistence du concept r\u00e9gional dans le jargon juridique et administratif du territoire.<br \/><strong>&#8211; Le troisi\u00e8me statut-type des mus\u00e9es et des centres d\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 caract\u00e8re mus\u00e9al (2011)<\/strong><br \/>En 2011, un examen critique du statut-type des mus\u00e9es nationaux et r\u00e9gionaux a permis d\u2019envisager une nouvelle mouture qui, bien que non confort\u00e9e par un dispositif l\u00e9gislatif, ouvre de nouvelles perspectives de cr\u00e9ation d\u2019institutions mus\u00e9ales \u00e0 caract\u00e8re national, avec ou sans collections. Le mus\u00e9e sera d\u00e9fini comme \u00abinstitution permanente disposant de collections et\/ou d\u2019objet constitutifs de collections dont la conservation et la pr\u00e9sentation rev\u00eatent un int\u00e9r\u00eat public et qui sont organis\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s en vue de la connaissance, de l\u2019\u00e9ducation, de la culture et du divertissement\u00bb (article 2). Ce nouveau statut ouvre le champ mus\u00e9al aux collectivit\u00e9s locales et aux acteurs priv\u00e9s et institue, pour la premi\u00e8re fois, le centre d\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 caract\u00e8re mus\u00e9al.<br \/>En 1998, dans une conjoncture d\u2019ouverture d\u00e9mocratique et devant une forte demande sociale en mati\u00e8re d\u2019identit\u00e9 et de m\u00e9moire, une volont\u00e9 politique d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un autre niveau de conscience du patrimoine culturel s\u2019est exprim\u00e9e \u00e0 travers une loi de protection du patrimoine culturel. D\u00e9passant le concept de \u00abmonument\u00bb, cette loi a op\u00e9r\u00e9 un recadastrage du patrimoine cultuel, allant au-del\u00e0 des notions de sites et monuments arch\u00e9ologiques, en int\u00e9grant la dimension vivante, le caract\u00e8re habit\u00e9, les savoir-faire traditionnels, les m\u00e9tiers, l\u2019artisanat, et en introduisant une cat\u00e9gorie fondamentale de notre patrimoine culturel, le centre historique, c\u2019est-\u00e0-dire les casbahs, m\u00e9dinas, ksour, z\u00e9ribas et autres mechtas qui font l\u2019essentiel de nous-m\u00eames. H\u00e9las, encore une fois, elle a occult\u00e9 les deux dimensions fondamentales de la patrimonialisation collective : le mus\u00e9e et les collections.<\/p>\n<p><strong>Du mus\u00e9e \u00abcolonial\u00bb au mus\u00e9e \u00abnational\u00bb<\/strong><br \/>Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, la \u00abnationalisation\u00bb des mus\u00e9es coloniaux n\u2019a pu supprimer le message dont ils \u00e9taient toujours porteurs. Des mus\u00e9es destin\u00e9s \u00e0 produire un discours, par l&rsquo;objet et l&rsquo;image, sur l&rsquo;autre, dans un style et une m\u00e9thode qui refl\u00e8tent l&rsquo;esprit et les objectifs de la colonisation. Le d\u00e9cor, le mode d&rsquo;exposition, la qualit\u00e9 des objets, l&rsquo;\u00e9clairage, les d\u00e9coupages chronologiques, th\u00e9matiques ou r\u00e9gionaux, l&rsquo;itin\u00e9raire des visites, sont autant de composants d&rsquo;un cadre total, coh\u00e9rent et significatif, d&rsquo;une vision et d&rsquo;une \u0153uvre coloniales. D\u00e9ranger ce cadre, c&rsquo;est s\u00e9parer l&rsquo;esprit colonial de sa pratique. En \u00abmanipulant\u00bb l&rsquo;ordre \u00abcolonial\u00bb de ces mus\u00e9es, nous n\u2019avons pas fait autre chose qu&rsquo;effacer les traces de tout un esprit et une pratique coloniaux.<br \/>Sur un simple num\u00e9ro d\u2019inventaire, qui renvoie \u00e0 un nom, \u00e0 un explorateur, un chercheur ou un missionnaire de la colonisation, qui avait fait don de \u00absa villa\u00bb pour en faire un mus\u00e9e \u2014 nous pensons aux belles villas et palais somptueux \u2014 ou de \u00absa collection\u00bb, il est entendu qu&rsquo;\u00e0 travers cet acte transparait l&rsquo;id\u00e9e de concours, de participation et de contribution \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre coloniale par la voie pacifique de la culture et de l&rsquo;\u00e9rudition.<br \/>Or, l&rsquo;institution de ce geste symbolique, de noblesse et de grandeur morale, qui p\u00e9rennise par l&rsquo;exposition des souvenirs coloniaux faits de troph\u00e9es, de butins et d&rsquo;autres objets exotiques, si elle participe d&rsquo;un certain rituel de bienfaisance et d&rsquo;un souci d&rsquo;humanit\u00e9, ne peut et ne doit occulter cette dimension destructrice d&rsquo;une colonisation qui a annihil\u00e9 des populations et des cultures enti\u00e8res et dont les signes demeurent entrepos\u00e9s dans des r\u00e9serves ou emmur\u00e9s dans des mus\u00e9es.<br \/>Refaire les \u00e9tiquettes des vitrines ou changer la distribution d\u2019une collection, ne r\u00e9soudra point le probl\u00e8me, le mus\u00e9e colonial conservera son historicit\u00e9 en ce sens qu\u2019il est la marque d\u2019une \u00ab\u0153uvre\u00bb coloniale dans toute sa pl\u00e9nitude.<br \/>Derri\u00e8re chaque pi\u00e8ce il y a un nom et donc une histoire, l\u2019inventaire n\u2019\u00e9tant pas un simple d\u00e9nombrement statistique mais une preuve d\u2019identit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce niveau que le paradoxe demeure encore entretenu, y compris dans nos ultimes lois qui font de l\u2019inventaire des biens culturels un acte de recensement d\u2019objets sans statut patrimonial. Le Mus\u00e9e \u00abnational\u00bb des Beaux-arts et celui d\u2019Etienne-Dinet \u00e0 Boussa\u00e2da sont les deux illustrations les plus \u00e9loquentes de ce paradoxe.<br \/>Le Mus\u00e9e national, au sens de la nationalisation, c\u2019est-\u00e0-dire de la patrimonialisation, doit exprimer, par la qualit\u00e9 de ses collections, l&rsquo;\u00e9tat des lieux d&rsquo;un peuple et de sa culture. C&rsquo;est une carte d&rsquo;identit\u00e9 o\u00f9 sont transcrits les signes les plus distinctifs, ceux qui r\u00e9alisent le plus s\u00fbrement, d&rsquo;une mani\u00e8re syncr\u00e9tique, la relation de son pass\u00e9 \u00e0 son pr\u00e9sent, dans une perspective de projection dans le futur. L\u2019objectif, en perspective, \u00e9tant de d\u00e9passer le cadre global et encyclop\u00e9dique dans lequel est rest\u00e9e enferm\u00e9e la mus\u00e9ographie alg\u00e9rienne, en proc\u00e9dant \u00e0 sa sp\u00e9cialisation progressive, et en r\u00e9pondant aux op\u00e9rations urgentes d\u2019inventaire, de redistribution et de r\u00e9partition des milliards de pi\u00e8ces, toutes cat\u00e9gories confondues, entrepos\u00e9es dans les r\u00e9serves des mus\u00e9es nationaux et des mus\u00e9es dits de sites arch\u00e9ologiques. Les mus\u00e9es \u00abcoloniaux\u00bb, de caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9raliste, ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour un public d\u2019adultes cultiv\u00e9, instruit et \u00e9litiste. Leur message p\u00e9dagogique et didactique est uniforme. Ils n\u2019ont pas produit un langage mus\u00e9al simple et simplifi\u00e9, s\u2019inspirant des techniques attractives de la communication et de la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale.<br \/>Dans le long processus de mise en mus\u00e9e, nombre de questions demeurent sans r\u00e9ponses : comment se sont constitu\u00e9es les collections de nos mus\u00e9es nationaux ? Qui en a d\u00e9fini les crit\u00e8res de s\u00e9lection ? Comment s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 le passage de la fouille arch\u00e9ologique au mus\u00e9e ? Quelle est la composante des produits de fouille ? Quel est le devenir des produits de fouille ? Qui en est le responsable et quelle est la couverture juridique de tous ces produits de fouille ?<br \/>Les objets, de diff\u00e9rentes natures (\u0153uvres, cailloux, fossiles, os, m\u00e9taux, tissu\u2026), constituant les mus\u00e9es nationaux, regroup\u00e9s en \u00abcollections permanentes\u00bb sont le produit d\u2019un processus historique de ramassage, de collecte, de recensement, d\u2019enregistrement, de publication et de publicit\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 produire et reproduire une m\u00e9moire documentaire coloniale, source de l\u00e9gitimation d\u2019une identit\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie. Comment s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e la translation du colonial au postcolonial, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance, en termes de transfert du mat\u00e9riau (mobilier) et de son corpus documentaire pour aboutir \u00e0 la reconstruction de \u00abcollections nationales\u00bb ? C\u2019est en \u00e9valuant les besoins en collections nationales par rapport au capital bien culturel mobilier, qu\u2019une cartographie mus\u00e9ale est envisageable, dans le cadre d\u2019un renouveau conceptuel et m\u00e9thodologique. Par renouveau conceptuel et m\u00e9thodologique s\u2019entend la d\u00e9finition explicite des politiques de chaque mus\u00e9e, d\u2019abord en fonction de l\u2019audience, du niveau d\u2019\u00e9ducation et d\u2019instruction du public cibl\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une mus\u00e9ographie \u00e0 vocation esth\u00e9tique et artistique ou d\u2019une pr\u00e9sentation th\u00e9matique scientifique et historique, n\u00e9cessitant un discours p\u00e9dagogique et didactique contr\u00f4l\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><br \/>Au terme de cette contribution sur les collections et les mus\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie, comme artefacts techniques et symboliques de mesure du niveau de production, d\u2019appropriation, d\u2019assimilation, voire de rejet de valeurs constitutives d\u2019une esth\u00e9tique et d\u2019une sensibilit\u00e9 culturelle, et \u00e0 la lumi\u00e8re du corpus de donn\u00e9es et d\u2019informations, que nous avons d\u00e9clin\u00e9es, en partie successives, pour y faire ressortir la place de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante dans la construction d\u2019une culture de la collection et du mus\u00e9e, il en est ressorti qu\u2019apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle d\u2019ind\u00e9pendance, la collection, le mus\u00e9e et le patrimoine arch\u00e9ologique, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9s dans la perspective d\u2019une production sociale et d\u2019une construction collective, en rupture avec l\u2019\u00e9difice conceptuel fran\u00e7ais, les mod\u00e8les culturels et les pratiques h\u00e9rit\u00e9es. L\u2019Alg\u00e9rie demeure dans une forme d\u2019appropriation artificielle de l\u2019identit\u00e9 et de la m\u00e9moire. Une situation qui participe d\u2019un processus de d\u00e9substantialisation et d\u2019\u00e9rosion de la m\u00e9moire de l\u2019Alg\u00e9rien \u00abindig\u00e8ne\u00bb, coup\u00e9 de sa relation historique, affective et \u00e9motionnelle \u00e0 l\u2019endroit de son patrimoine total \u00abberb\u00e9ro-punico-romano-latino-chr\u00e9tien-musulman\u00bb.<br \/>La cartographie des m\u00e9canismes politiques et techniques, qui ont pr\u00e9sid\u00e9 au passage d\u2019une situation coloniale \u00e0 une situation nationale, dans le domaine de l\u2019arch\u00e9ologie, des sites, monuments et des mus\u00e9es \u2014 qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre document\u00e9e davantage \u2014 constitue un outil de base pour la r\u00e9alisation d\u2019un examen-bilan des politiques et strat\u00e9gies nationales envisag\u00e9es dans ces domaines, pendant les cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019ind\u00e9pendance. La r\u00e9alisation de cet examen-bilan est une n\u00e9cessit\u00e9, dans la perspective d\u2019une nouvelle gouvernance, pour \u00e9valuer et mesurer les efforts et les investissements consentis dans ces domaines, apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle d\u2019ind\u00e9pendance, et y apporter les correctifs et les r\u00e9ajustements \u00e9ventuels, pour l\u2019\u00e9laboration des futures politiques publiques et strat\u00e9gies porteuses.<br \/>M.\u2008B.<br \/><em>(*) Les parties consacr\u00e9es au Sahara, par la sp\u00e9cificit\u00e9 du sujet, seront trait\u00e9es ult\u00e9rieurement.<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/contribution\/du-processus-de-transfert-de-souverainete-29184\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mourad BetrouniExaminer objectivement les conditions et modalit\u00e9s de transfert de souverainet\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019arch\u00e9ologie, de sites, de monuments, de collections et de mus\u00e9es, dans le sillage des Accords d\u2019Evian, c\u2019est d\u2019abord ajuster les outils d\u2019examen et les instruments d\u2019analyse \u00e0 la nature des objets et des sujets sollicit\u00e9s, qui peuvent recouvrir de multiples facettes, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1741,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,53],"tags":[],"class_list":["post-59224","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-algerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1741"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59224"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59224\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}