{"id":59346,"date":"2019-08-27T06:00:00","date_gmt":"2019-08-27T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pourquoi-la-devaluation-du-dinar-est-inopportune\/"},"modified":"2019-08-27T06:00:00","modified_gmt":"2019-08-27T10:00:00","slug":"pourquoi-la-devaluation-du-dinar-est-inopportune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pourquoi-la-devaluation-du-dinar-est-inopportune\/","title":{"rendered":"Pourquoi la d\u00e9valuation du dinar est inopportune"},"content":{"rendered":"<p><em>Par Ahc\u00e8ne Amarouche,<br \/>universitaire<\/em><\/p>\n<p><strong>Introduction<br \/><\/strong> La d\u00e9valuation du dinar peut-elle contribuer \u00e0 une sortie de crise en Alg\u00e9rie ? En l\u2019\u00e9tat actuel de l\u2019\u00e9conomie et au regard de la situation sociale et politique du pays la r\u00e9ponse est non.<br \/>Cette question fait l\u2019objet de d\u00e9bats dans les colonnes de la presse \u00e9crite et \u00e9lectronique depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, quoique de fa\u00e7on \u00e9pisodique. La derni\u00e8re contribution en date (El Watan du 28 juillet 2019) \u00e9mane de l\u2019ancien gouverneur de la Banque centrale d\u2019Alg\u00e9rie, Badredine Nouioua. Sous le titre : \u00abL\u2019Alg\u00e9rie a besoin d\u2019un dinar stable\u00bb, l\u2019auteur s\u2019oppose \u00e0 l\u2019id\u00e9e de d\u00e9valuer la monnaie alg\u00e9rienne en affirmant que \u00ables d\u00e9valuations et les d\u00e9pr\u00e9ciations du dinar n\u2019ont eu, dans l\u2019ensemble, que des effets n\u00e9gatifs sur l\u2019\u00e9conomie nationale\u00bb. A contrario, dans leur \u00e9tude parue le 5 mai 2019 dans le m\u00eame organe de presse, Hartmut Elsenhans et Rachid Ouaissa associent la d\u00e9valuation du dinar \u00e0 \u00abune transition \u00e9conomique efficace\u00bb. En invoquant les racines politiques du marasme \u00e9conomique auquel le pays est confront\u00e9 depuis plusieurs d\u00e9cennies, j\u2019avais moi-m\u00eame soulign\u00e9 le caract\u00e8re quelque peu m\u00e9caniste du raisonnement de ces deux auteurs qui font de la d\u00e9valuation la pi\u00e8ce ma\u00eetresse d\u2019une politique de sortie de crise (TSA, 26 mai 2019). Dans le contexte d\u2019une remise en cause radicale du syst\u00e8me sociopolitique actuel et de ses avatars \u00e9conomiques ayant conduit \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation du pays, il m\u2019avait paru plus urgent de rompre avec les pratiques client\u00e9listes (que les r\u00e9gimes de Chadli Bendjedid d\u2019abord, d\u2019Abdelaziz Bouteflika ensuite avaient \u00e9rig\u00e9es en mode de gouvernance), pour redonner aux Alg\u00e9riens la confiance qu\u2019ils ont perdue en leurs gouvernants et en leur monnaie, et pour leur insuffler l\u2019ambition de reconstruire le pays sur les ruines de l\u2019\u00e9conomie l\u00e9gu\u00e9es par ces deux r\u00e9gimes.<br \/>El\u00e9ments centraux de mon argumentation, la refondation de l\u2019ensemble des institutions, l\u2019instauration de l\u2019acc\u00e8s au m\u00e9rite aux postes de responsabilit\u00e9 et la reconstruction de l\u2019\u00e9cole sur des bases saines m\u2019ont paru de nature \u00e0 assurer le succ\u00e8s des r\u00e9formes que les autorit\u00e9s futures du pays devront engager de toute n\u00e9cessit\u00e9. A eux seuls, ces trois piliers de la r\u00e9forme auront un impact si \u00e9lev\u00e9 sur le budget de l\u2019Etat qu\u2019une nouvelle d\u00e9valuation du dinar la rendrait inop\u00e9rante en l\u2019absence de contrepartie r\u00e9elle \u00e0 l\u2019exc\u00e9dent de masse mon\u00e9taire qu\u2019elle induirait.<br \/>Mais ce n\u2019est pas cet aspect du probl\u00e8me que j\u2019aimerais d\u00e9velopper dans la pr\u00e9sente contribution : ce sont d\u2019autres effets pervers de la d\u00e9valuation que j\u2019essaierai d\u2019\u00e9voquer ici en partant des encha\u00eenements logiques \u00e9tablis par la th\u00e9orie \u00e9conomique et de certaines exp\u00e9riences \u00e9trang\u00e8res pour introduire par touches successives les \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 la situation de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne. Pour ce faire, on examinera successivement les questions de d\u00e9valuation et de d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taires et leurs effets pervers avant de traiter de la m\u00eame probl\u00e9matique en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9valuation<\/strong><br \/>Dans son principe, la d\u00e9valuation est un acte volontaire, une d\u00e9cision politique qui pr\u00e9suppose une monnaie sur\u00e9valu\u00e9e dont le seul r\u00e9f\u00e9rent mesurable est son rapport \u00e0 une monnaie \u00e9trang\u00e8re (ou \u00e0 un panier de monnaies comme c\u2019est le cas pour le dinar alg\u00e9rien depuis 1974). Ce r\u00e9f\u00e9rent est le taux de change qui indique le nombre d\u2019unit\u00e9s mon\u00e9taires du pays que l\u2019on doit c\u00e9der pour obtenir une unit\u00e9 mon\u00e9taire de l\u2019une des monnaies \u00e9trang\u00e8res de r\u00e9f\u00e9rence. Pour l\u2019essentiel, ces monnaies de r\u00e9f\u00e9rence sont le dollar \u00e9tats-unien (principale monnaie des r\u00e8glements internationaux) et l\u2019euro (monnaie de moindre importance dans les r\u00e8glements internationaux mais jouissant d\u2019un fort cr\u00e9dit international pour \u00eatre la monnaie du plus grand ensemble d\u00e9mo-\u00e9conomique du globe).<br \/>Quoique les banques alg\u00e9riennes, \u00e0 l\u2019instar des banques \u00e9trang\u00e8res, pr\u00e9sentent toujours, \u00e0 leurs guichets, un tableau de taux de change plus complet, ceux-ci n\u2019ont qu\u2019un degr\u00e9 limit\u00e9 d\u2019op\u00e9rabilit\u00e9 dans le commerce international. Servant le plus souvent d\u2019indicateurs pour les transactions crois\u00e9es, ils sont davantage utilis\u00e9s dans le tourisme que dans le commerce. Toujours est-il que le taux de change d\u2019une monnaie en une autre n\u2019a de sens et d\u2019int\u00e9r\u00eat que dans les relations commerciales du pays avec l\u2019\u00e9tranger.<br \/>Au contraire de la d\u00e9pr\u00e9ciation, la d\u00e9valuation est donc en lien direct avec le commerce ext\u00e9rieur du pays et se traduit par une hausse (en monnaie nationale) du prix des importations et une baisse (en monnaie \u00e9trang\u00e8re) du prix des exportations des biens et services et des capitaux. Elle est suppos\u00e9e agir positivement sur la balance commerciale du pays (qui r\u00e9capitule en monnaie nationale les entr\u00e9es et sorties des biens et services) et sur la balance des paiements (qui ajoute \u00e0 la balance commerciale les entr\u00e9es et sorties de capitaux). En termes mon\u00e9taires et d\u2019un point de vue comptable, les sorties de biens et services et les entr\u00e9es de capitaux constituent une ressource tandis que les entr\u00e9es de marchandises et les sorties de capitaux constituent un emploi.<br \/>Le pays a donc, en principe, un double avantage \u00e0 d\u00e9valuer : il augmente dans sa propre monnaie les ressources et diminue les emplois des deux cat\u00e9gories de flux. Cet encha\u00eenement logique aurait alors pour effets de stimuler la production nationale et de favoriser les exportations des biens et services, de dissuader les sorties et de favoriser les entr\u00e9es des capitaux ; ce qui devrait affecter positivement l\u2019investissement. Au surplus, tous ces effets seraient sans cons\u00e9quence notable sur les prix int\u00e9rieurs parce qu\u2019ils n\u2019affecteraient pas (ou marginalement) le pouvoir d\u2019achat de la monnaie en interne (ce qui n\u2019est, cependant, le cas que si les importations n\u2019entrent pas de fa\u00e7on structurelle et durable dans les processus productifs comme on le constate dans les pays \u00e0 faible niveau de d\u00e9veloppement industriel). Notons que la d\u00e9valuation est associ\u00e9e dans son principe au r\u00e9gime de change fixe.<br \/>Parmi les autres effets positifs de la d\u00e9valuation, on retiendra principalement les suivants :<br \/>&#8211; \u00e0 niveau de droits de douane donn\u00e9, les recouvrements d\u2019imp\u00f4ts et taxes douaniers augmentent, alimentant ce faisant le Tr\u00e9sor en ressources suppl\u00e9mentaires susceptibles de r\u00e9duire s\u2019il y a lieu le d\u00e9ficit budg\u00e9taire ;<br \/>&#8211; en proportion du r\u00f4le que joue le commerce ext\u00e9rieur dans les structures productives, la d\u00e9valuation peut agir positivement sur l\u2019emploi dans les secteurs exportateurs et (si existent des capacit\u00e9s internes de substitution aux importations) dans les secteurs importateurs (l\u2019effet inverse \u00e9tant obtenu dans le cas contraire) ;<br \/>&#8211; en raison des nouveaux besoins en liquidit\u00e9s qu\u2019elle implique, la d\u00e9valuation peut inciter les m\u00e9nages et autres agents th\u00e9sauriseurs \u00e0 remettre en circulation tout ou partie de la monnaie en leur possession.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9pr\u00e9ciation<\/strong><br \/>Au contraire de la d\u00e9valuation, la d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire est un ph\u00e9nom\u00e8ne automatique purement interne qui se traduit par une perte de pouvoir d\u2019achat de la monnaie due \u00e0 l\u2019inflation et donc par une augmentation des prix int\u00e9rieurs. Si elle affecte prioritairement les prix des produits domestiques, elle n\u2019en induit pas moins un accroissement des prix des produits import\u00e9s (et une baisse des prix des produits export\u00e9s en monnaie \u00e9trang\u00e8re) en raison de l\u2019unicit\u00e9 de la valeur de la monnaie en sorte que, en r\u00e9gime de change flottant auquel elle est associ\u00e9e, elle produit le m\u00eame effet sur le commerce ext\u00e9rieur du pays que la d\u00e9valuation en r\u00e9gime de change fixe : quand, dans les ann\u00e9es 1970 et \u00e0 la suite de la d\u00e9cision des Etats-Unis de d\u00e9connecter le dollar d\u2019avec l\u2019or, les grands pays industrialis\u00e9s laiss\u00e8rent flotter leurs monnaies, \u00abla question de l&rsquo;opportunit\u00e9 pour un pays de d\u00e9valuer sa monnaie apparut quelque peu d\u00e9mod\u00e9e\u00bb (Guillaumont-Jeanneney S., D\u00e9valuer en Afrique ? in Observations et diagnostics \u00e9conomiques n\u00b025\/octobre 1988, p. 124). Mais leurs \u00e9conomies, inter-reli\u00e9es par des flux incessants de marchandises et de capitaux qui pr\u00e9supposaient une convertibilit\u00e9 totale des monnaies, gage d\u2019une fluidit\u00e9 commerciale et financi\u00e8re cens\u00e9e soutenir la croissance, n\u2019en \u00e9taient pas moins puissamment charpent\u00e9es par l\u2019industrie pour, le cas \u00e9ch\u00e9ant, suppl\u00e9er aux importations en cas de grippage du commerce ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong>Les effets pervers de la d\u00e9valuation et de la d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taires<\/strong><br \/>N\u00e9anmoins, m\u00eame dans ce type d\u2019\u00e9conomie, d\u00e9valuation et d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taires n\u2019ont pas que des effets positifs. Il en est \u00e9videmment ainsi de la d\u00e9valuation, mesure instantan\u00e9e aux effets durables sur le commerce ext\u00e9rieur : bien qu\u2019elle vise \u00e0 am\u00e9liorer la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale des biens \u00e9changeables du pays et qu\u2019\u00e0 ce titre elle puisse favoriser la croissance, elle peut s\u2019av\u00e9rer d\u00e9sastreuse pour l\u2019\u00e9conomie si la d\u00e9pr\u00e9ciation de la monnaie qui en r\u00e9sulte est trop \u00e9lev\u00e9e (ou inefficace si les pays partenaires proc\u00e8dent eux aussi \u00e0 une d\u00e9valuation comp\u00e9titive). C\u2019est ce qui explique que les autorit\u00e9s d\u2019un pays ne manquent jamais d\u2019assortir la d\u00e9valuation d\u2019un dispositif protectionniste et anti-inflationniste comme ce fut le cas le 15 ao\u00fbt 1971 \u00e0 l\u2019annonce par Richard Nixon de d\u00e9connecter le dollar d\u2019avec l\u2019or (ce qui \u00e9quivalait \u00e0 une d\u00e9valuation). Bien qu\u2019il n\u2019ait consacr\u00e9 qu\u2019un court passage de son discours \u00e0 la d\u00e9fense du dollar, le Pr\u00e9sident Nixon avait affirm\u00e9 alors que ce dernier devait demeurer un pilier de la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire mondiale\u00bb (Le Monde du 17 ao\u00fbt 1971).<br \/>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la d\u00e9valuation ne provoque pas syst\u00e9matiquement une am\u00e9lioration de la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale du pays si les importations sont peu \u00e9lastiques aux prix ou si les partenaires \u00e9trangers prennent des contre-mesures pour endiguer l\u2019afflux de marchandises \u00e0 bas prix du pays exportateur comme le montre la guerre commerciale qui a pr\u00e9sentement lieu entre la Chine et les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, entre les Etats-Unis et l\u2019Union europ\u00e9enne \u2013 laquelle guerre use du puissant levier des droits de douane pour ne rien dire de celui des sanctions \u00e9conomiques. Ces effets pervers sont \u00e0 prendre en compte dans l\u2019\u00e9tude de la situation de l\u2019Alg\u00e9rie dont les importations sont justement peu \u00e9lastiques aux prix.<br \/>En ce qui concerne la d\u00e9pr\u00e9ciation, il convient de signaler d\u2019abord qu\u2019elle induit une augmentation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des prix dont le risque, si elle est suffisamment forte, est de perturber les circuits productifs internes qui vont de l\u2019achat de mati\u00e8res \u00e0 la vente de produits. Ce faisant, la d\u00e9pr\u00e9ciation peut conduire \u00e0 une baisse substantielle de la productivit\u00e9 et affecter n\u00e9gativement la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale du pays qu\u2019elle \u00e9tait cens\u00e9e stimuler. Ensuite, elle peut susciter une d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la monnaie du pays et entra\u00eener une fuite des capitaux dommageable pour l\u2019investissement et, in fine, avoir le m\u00eame impact n\u00e9gatif sur le syst\u00e8me productif.<br \/>Enfin, elle r\u00e9duit la consommation, donc la demande domestique, et, en fin de compte, l\u2019activit\u00e9 dans son ensemble. Encore ne tenons-nous pas compte ici des attaques sp\u00e9culatives que des op\u00e9rateurs financiers internationaux sont toujours prompts \u00e0 mener contre une monnaie en difficult\u00e9 en l\u2019inscrivant dans une spirale d\u00e9pr\u00e9ciative aux cons\u00e9quences impr\u00e9visibles sur l\u2019\u00e9conomie.<br \/>La d\u00e9valuation \u00abcomp\u00e9titive\u00bb des ann\u00e9es 1930 dans les pays d\u2019Europe occidentale et la d\u00e9pr\u00e9ciation jusqu\u2019\u00e0 la perte de toute substance de la monnaie en Allemagne dans les ann\u00e9es 1920 sont des cas d\u2019\u00e9cole des effets n\u00e9fastes des manipulations mon\u00e9taires.<br \/><strong>De quelques exp\u00e9riences malheureuses de d\u00e9valuation ou de d\u00e9pr\u00e9ciation<br \/><\/strong> Les exemples suivants ne sont pas pris au hasard : ils illustrent le d\u00e9rapage incontr\u00f4l\u00e9 des manipulations mon\u00e9taires dans des pays en grande difficult\u00e9 conjoncturelle ou structurelle.<br \/>Ce fut le cas en Russie, au Br\u00e9sil et au Mexique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 o\u00f9 \u00abune vague de turbulences s\u2019est abattue sur leurs monnaies sous la force d\u2019intenses pressions sp\u00e9culatives\u00bb (Banque des r\u00e8glements internationaux, 69e rapport annuel, p. 117). Ce fut \u00e9galement le cas dans d\u2019autres pays d\u2019Am\u00e9rique latine comme l\u2019Argentine dans les ann\u00e9es 2000 et, last but not least, le Venezuela depuis plusieurs ann\u00e9es.<br \/>Sans doute tous ces pays ne fournissent-ils des contre-exemples de grippage de la m\u00e9canique bien huil\u00e9e de la r\u00e9gulation mon\u00e9taire par la d\u00e9pr\u00e9ciation ou la d\u00e9valuation que parce que leurs \u00e9conomies ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00e9conomies de march\u00e9 constitu\u00e9es. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en cela que leurs exp\u00e9riences sont \u00e0 m\u00e9diter dans le cas alg\u00e9rien : pareille m\u00e9canique ne fonctionne correctement en effet (et seulement en dehors des grandes crises mon\u00e9taires) qu\u2019en \u00e9conomie de march\u00e9 constitu\u00e9e et les difficult\u00e9s des pays \u00e9voqu\u00e9s signalent le hiatus qui existe entre ce type d\u2019\u00e9conomie et les \u00e9conomies r\u00e9elles (\u00e9mergentes ou en transition).<br \/>Dans le cas de la Russie par exemple, ce sont des erreurs flagrantes de politique mon\u00e9taire des gouvernements successifs de l\u2019\u00e8re eltsinienne (politique cens\u00e9e acc\u00e9l\u00e9rer la transition vers l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9), qui ont \u00e9t\u00e9 la cause de la crise. La machine infernale de la dette et de l\u2019emprunt (selon l\u2019expression de Jacques Sapir \u2013 voir La crise financi\u00e8re russe comme r\u00e9v\u00e9lateur des carences de la transition lib\u00e9rale in Diog\u00e8ne 2001\/2, n\u00b0 194, pages 119 \u00e0 132) en \u00e9tait le moteur et l\u2019ouverture du march\u00e9 de la dette interne aux non-r\u00e9sidents offrant des occasions de sp\u00e9culation sur le rouble alimentait le risque de change.<br \/>Le passage sans transition de l\u2019\u00e9conomie dirig\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 ou suppos\u00e9e telle a produit les pires comportements \u2013 entre autres comportements la ru\u00e9e vers l\u2019accaparement priv\u00e9 des entreprises d\u2019Etat par d\u2019anciens potentats du syst\u00e8me de parti unique devenus des oligarques du jour au lendemain.<br \/>La corruption battait son plein, le r\u00e9gime eltsinien ouvrant en grand la possibilit\u00e9 d\u2019une connivence entre les nouveaux hommes d\u2019affaires et les nouveaux hommes de pouvoir.<br \/>Dans le cas de l\u2019Argentine, une crise mon\u00e9taire sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire du pays, pourtant riche en crises de ce type, s\u2019est produite en 2001.<br \/>Celle-ci a culmin\u00e9 dans l\u2019adoption d\u2019une dollarisation partielle mais les d\u00e9valuations successives du peso, qui lui ont fait perdre 75% de sa valeur par rapport au dollar, ont induit des probl\u00e8mes de solvabilit\u00e9 bancaire jusqu\u2019\u00e0 pousser les d\u00e9posants \u00e0 retirer en masse leurs d\u00e9p\u00f4ts (crise de confiance). Il s\u2019ensuivit une rupture du change ayant oblig\u00e9 les autorit\u00e9s \u00e0 revenir \u00e0 des mesures de contr\u00f4le du change plus strict pour \u00e9viter un effondrement imm\u00e9diat du peso. Le plus \u00e9tonnant dans le cas de l\u2019Argentine, c\u2019est que, pays de 35 millions d\u2019habitants \u00e0 revenu national \u00e9lev\u00e9 en comparaison des autres pays d\u2019Am\u00e9rique latine, son PIB a chut\u00e9 de plus de 300 milliards de dollars en 2001 \u00e0 un peu plus de 100 milliards en 2003, soit de pr\u00e8s des 2\/3. Son \u00e9conomie n\u2019\u00e9tant pas bas\u00e9e sur le p\u00e9trole ou quelque autre ressource mini\u00e8re pour susciter des convoitises d\u2019appropriation de rentes, c\u2019est le choix des gouvernements successifs de mettre en \u0153uvre une politique mon\u00e9taire n\u00e9olib\u00e9rale qui a d\u00e9cid\u00e9 de la descente aux enfers de ce pays.<br \/>\u00abLa transformation de l\u2019Argentine en une place attrayante pour les capitaux \u00e9trangers se fera \u00e0 travers une course effr\u00e9n\u00e9e aux privatisations, \u00e0 l\u2019assainissement budg\u00e9taire, \u00e0 la lib\u00e9ralisation de la circulation des biens, services et capitaux et \u00e0 une profonde r\u00e9forme de l\u2019Etat\u00bb (Sebastian Santander, La crise argentine, faillite d\u2019un syst\u00e8me et crise g\u00e9opolitique, Les Cahiers des Am\u00e9riques latines, 2001, p. 6-12). Ceci a eu pour cons\u00e9quence l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9sindustrialisation et de la d\u00e9pendance de l\u2019\u00e9conomie argentine par rapport aux investissements \u00e9trangers.<br \/>La situation est aggrav\u00e9e par une vague d&rsquo;affaires de corruption impliquant les plus hautes autorit\u00e9s de l&rsquo;Etat, dont le Pr\u00e9sident en exercice de l\u2019\u00e9poque (Carlos Menem) et ses proches, qui ont agi en h\u00e9ritiers des g\u00e9n\u00e9raux tout-puissants de l\u2019\u00e8re de la dictature.<br \/>La situation du Venezuela est bien diff\u00e9rente de celle de l\u2019Argentine mais (toutes proportions gard\u00e9es) proche de celle de l\u2019Alg\u00e9rie. L\u00e0, c\u2019est la disparition de son charismatique Pr\u00e9sident en mars 2013 \u2013 Hugo Chavez \u2013 qui fit entrer le pays dans la spirale infernale de l\u2019inflation, des p\u00e9nuries et de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Excessivement d\u00e9pendant de ses exportations de p\u00e9trole comme les nombreux pays p\u00e9troliers rest\u00e9s en marge du d\u00e9veloppement industriel, le pays conna\u00eet, depuis ao\u00fbt 2014, une d\u00e9t\u00e9rioration acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de tous les indicateurs \u00e9conomiques. Le PIB a chut\u00e9 de 10% en 2015 tandis que l\u2019inflation passait, d\u00e8s 2016, le cap du taux \u00e0 trois chiffres.<br \/>En 2018, le bolivar s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9, l\u2019inflation se mesurant en centaines de milliers de points de pourcentage, et le gouvernement eut beau chercher \u00e0 le remplacer par une crypto-monnaie (le p\u00e9tro) : l\u2019\u00e9conomie ne connut pas de redressement.<br \/>Des facteurs externes s\u2019ajoutent aux causes internes de cette descente aux enfers. Sous l\u2019Administration Obama d\u00e9j\u00e0, les rapports entre les Etats-Unis et le Venezuela \u00e9taient tendus au possible sans donner lieu, toutefois, \u00e0 des sanctions \u00e9conomiques comme c\u2019est le cas depuis l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la Maison Blanche de Donald Trump. En outre, le gouvernement de Nicolas Maduro fait face \u00e0 une coalition de pays latino-am\u00e9ricains contre lui, dont la Colombie, pays voisin du Venezuela, est le fer de lance et le Br\u00e9sil le principal fournisseur et client du pays.<br \/>Le gel des avoirs v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens aux Etats-Unis, le retrait des entreprises \u00e9trang\u00e8res op\u00e9rant dans l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re et la rupture des relations commerciales existantes avec les pays de la coalition anti-Maduro ont conduit l\u2019\u00e9conomie du Venezuela au bord du chaos. Mais les causes internes de cette situation ne sont pas de moindre effet. Si l\u2019inflation a atteint des sommets en 2018, ce n\u2019est pas seulement \u00e0 cause de la guerre \u00e9conomique foment\u00e9e par le capital priv\u00e9, national et international, contre laquelle le contr\u00f4le strict des prix instaur\u00e9 par le gouvernement ne peut rien faire. Comme l\u2019\u00e9crit Temir Porras Poncell\u00e9on, ancien conseiller d\u2019Hugo Chavez : \u00abUne telle d\u00e9marche ignore que l\u2019inflation rel\u00e8ve de m\u00e9canismes macrosociaux qu\u2019il est extr\u00eamement difficile, sinon impossible, d\u2019endiguer en contraignant les individus \u2014 du moins, tant que les fondamentaux macro\u00e9conomiques qui produisent la hausse des prix n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9s\u00bb (\u00abPour sortir de l\u2019impasse au Venezuela\u00bb, in Le Monde diplomatique, novembre 2018). Ces erreurs de politique \u00e9conomique se doublent d\u2019une corruption end\u00e9mique : \u00abDepuis pr\u00e8s de quinze ans, les grandes entreprises d\u00e9tournent le contr\u00f4le des changes avec la complicit\u00e9 de hauts fonctionnaires par des surfacturations d\u2019importations ou des demandes de dollars subventionn\u00e9s pour des importations non r\u00e9alis\u00e9es avec la complicit\u00e9 du gouvernement\u00bb (in \u00abVenezuela, Nicol\u00e0s Maduro \u00e0 la t\u00eate d\u2019un pays en crise, Rapport \u00e9conomique mondial sur le syst\u00e8me \u00e9conomique et les strat\u00e9gies, Dunod pour l\u2019Institut fran\u00e7ais des relations internationales\u00bb, p.274).<br \/>Ces exemples montrent qu\u2019une politique mon\u00e9taire inad\u00e9quate, doubl\u00e9e de la corruption des \u00e9lites, peut venir \u00e0 bout de toute volont\u00e9 politique de sortir de la crise et rendre inefficace toute mesure tendant \u00e0 contrer la d\u00e9pr\u00e9ciation de la monnaie nationale. Les classes poss\u00e9dantes s\u2019assurent de la s\u00e9curit\u00e9 de leurs avoirs en les transf\u00e9rant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou en les pla\u00e7ant dans des valeurs-refuge tels l\u2019immobilier et le foncier (comme c\u2019est le cas en Alg\u00e9rie), voire dans l\u2019or et l\u2019argent non mon\u00e9taires. Ce que r\u00e9sument aussi ces exp\u00e9riences, c\u2019est que le d\u00e9ficit de bonne gouvernance dont rel\u00e8verait la corruption et que la Banque mondiale et le FMI n\u2019ont de cesse de d\u00e9noncer n\u2019en est pas un en r\u00e9alit\u00e9 : la corruption est un mode de gouvernance \u00e0 part enti\u00e8re en ce qu\u2019il ob\u00e9it \u00e0 une logique propre, associant les gouvernants, les classes poss\u00e9dantes et la frange la plus \u00e9lev\u00e9e des entrepreneurs dans la dilapidation des biens publics et dans la conduite de l\u2019\u00e9conomie selon des r\u00e8gles qui d\u00e9finissent ce que certains \u00e9conomistes appellent le client\u00e9lisme et le corporatisme (Samir Bellal, Une approche r\u00e9gulationniste de la d\u00e9sindustrialisation en Alg\u00e9rie, Les cahiers du Cread n\u00b095 \/2011 27). Celui-ci se d\u00e9ploie en un syst\u00e8me de relations sociales et politiques o\u00f9 les uns et les autres se soutiennent mutuellement dans la prosp\u00e9rit\u00e9 comme dans l\u2019adversit\u00e9.<br \/>En d\u00e9pit de l\u2019existence de ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, c\u2019est dans les pays \u00e0 \u00e9conomie de rente qu\u2019il s\u2019\u00e9rige en syst\u00e8me, facilit\u00e9 par l\u2019amenuisement, voire l\u2019annihilation de toute conscience de la valeur des choses acquises par le travail. La rente est l\u2019objet de toutes les convoitises.<br \/>D\u00e9tenue \u00e0 la source par les autorit\u00e9s du pays, lesquelles autorit\u00e9s tra\u00eenent le plus souvent sinon toujours un d\u00e9ficit de l\u00e9gitimit\u00e9 pour avoir acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir par des \u00e9lections truqu\u00e9es ou par la force des armes, elle leur sert \u00e0 acheter la paix sociale par une redistribution de revenus qui jure avec les lois de l\u2019\u00e9conomie ; ou \u00e0 aider \u00e0 la constitution de fortunes que jamais les m\u00eames lois n\u2019auraient permis en un si court laps de temps.<br \/>Bien entendu, la monnaie est l\u2019instrument privil\u00e9gi\u00e9 de ces pratiques anti\u00e9conomiques. Adoss\u00e9e aux r\u00e9serves de change dont elle repr\u00e9sente la contrepartie en monnaie nationale, celle-ci tend naturellement \u00e0 \u00eatre sur\u00e9valu\u00e9e (\u00e0 masse mon\u00e9taire inchang\u00e9e) si les r\u00e9serves de change (et donc les prix et\/ou les quantit\u00e9s de ressources export\u00e9es) augmentent. Mais si, d\u2019aventure, les r\u00e9serves de change fondent, la monnaie tend \u00e0 s\u2019effondrer comme on l\u2019a vu dans le cas du Venezuela. Dans les trois cas analys\u00e9s supra, il n\u2019y a pas eu de demi-mesures \u2013 \u00e0 savoir une d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taire ou une d\u00e9valuation mod\u00e9r\u00e9es qui font sortir le pays de la crise. Ceci est d\u00fb \u00e0 la nature des revenus sur lesquels est gag\u00e9e la monnaie, lesquels ne r\u00e9sultent pas des activit\u00e9s productives internes, r\u00e9guli\u00e8res et p\u00e9rennes mais des secteurs de rente dont l\u2019activit\u00e9 \u00e9volue en dents de scie, affect\u00e9e qu\u2019elle est par des d\u00e9cisions politiques dict\u00e9es par les tensions internationales. Quant \u00e0 esp\u00e9rer r\u00e9tablir les grands \u00e9quilibres (en particulier l\u2019\u00e9quilibre de la balance commerciale) par des manipulations mon\u00e9taires, on oublie que le commerce international est profond\u00e9ment marqu\u00e9 par la structure des \u00e9conomies r\u00e9elles qu\u2019aucun pays ne peut modifier sur le court terme.<\/p>\n<p><strong>Le cas de l\u2019Alg\u00e9rie<\/strong><br \/>Qu\u2019en est-il \u00e0 pr\u00e9sent du cas alg\u00e9rien ? Telle est la question de d\u00e9part ayant n\u00e9cessit\u00e9 ce d\u00e9tour par la th\u00e9orie \u00e9conomique et par les exp\u00e9riences de d\u00e9valuation et de d\u00e9pr\u00e9ciation mon\u00e9taires.<br \/>Inutile de pr\u00e9ciser ici que l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne est enti\u00e8rement adoss\u00e9e au secteur p\u00e9trolier et gazier et que les crises p\u00e9troli\u00e8res l\u2019affectent directement et durablement comme ce fut le cas en 1986 et depuis 2014.<br \/>Le d\u00e9ficit de gouvernance du r\u00e9gime Bouteflika s\u2019est av\u00e9r\u00e9 un mode de gouvernance par la corruption dont on d\u00e9couvre, chaque jour, depuis le mois d\u2019avril, l\u2019effarante \u00e9tendue \u00e0 travers la presse, corrobor\u00e9e par le nombre d\u2019affaires instruites par la justice dont les sommes en jeu laissent abasourdi le citoyen le plus averti de ces affaires.<br \/>A l\u2019incroyable gabegie en devises que r\u00e9v\u00e8lent les surfacturations d\u2019importations, voire les d\u00e9clarations fictives d\u2019importation et, depuis l\u2019obligation faite aux concessionnaires automobiles d\u2019investir dans le montage, le nombre de cas d\u2019importation de voitures pr\u00e9-mont\u00e9es pass\u00e9es pour des montages en usine de ces derniers, s\u2019ajoutent de gigantesques malversations en dinars au profit de pr\u00e9tendus hommes d\u2019affaires qui ont partie li\u00e9e avec le clan des Bouteflika. L\u2019incapacit\u00e9 de ces oligarques \u00e0 s\u2019\u00e9riger en capitaines d\u2019industries capables de faire sortir le pays du tout-p\u00e9trole en situation de crise durable du march\u00e9 p\u00e9trolier n\u2019a eu d\u2019\u00e9gale que leurs nouvelles pr\u00e9tentions \u00e0 entrer en politique et \u00e0 s\u2019ing\u00e9rer ouvertement dans la politique \u00e9trang\u00e8re du pays, pourtant remarquablement coh\u00e9rente et saine depuis l\u2019ind\u00e9pendance jusqu\u2019\u00e0 la fin du deuxi\u00e8me mandat d\u2019Abdelaziz Bouteflika.<br \/>Si, n\u00e9anmoins, des sommes faramineuses circulaient sans le moindre contr\u00f4le entre oligarques et personnel politique ou s\u00e9curitaire (comme l\u2019attestent les affaires li\u00e9es \u00e0 l\u2019ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00fbret\u00e9 nationale), les citoyens de conditions modestes majoritairement jeunes, en butte au ch\u00f4mage et \u00e0 la mal-vie, voient s\u2019envoler toute perspective d\u2019existence d\u00e9cente et n\u2019ont de souci que de s\u2019expatrier au risque de sombrer en mer ou de vivre \u00e9ternellement dans la clandestinit\u00e9 en pays \u00e9tranger. Des familles aux revenus infimes tentent, tant bien que mal, d\u2019\u00e9lever leurs enfants en les envoyant \u00e0 l\u2019\u00e9cole dont ils doutent qu\u2019elles leur assurent un meilleur avenir que le leur. Ces situations pr\u00e9caires sont le lot de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers de familles alg\u00e9riennes auxquelles l\u2019ind\u00e9pendance du pays avait fait des promesses vaines. Des retrait\u00e9s vivent d\u2019une pension de mis\u00e8re et d\u2019autres font la cha\u00eene aux guichets des banques \u00e0 quatre heures du matin pour percevoir leur faible pension de retraite d\u2019ouvriers \u00e9migr\u00e9s des ann\u00e9es pourtant fastes (1960-1980).<br \/>Telle est la situation qui, avec la mont\u00e9e de la corruption et la chute de l\u2019activit\u00e9 productive dans le pays amorc\u00e9e par le programme d\u2019ajustement structurel du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, caract\u00e9rise l\u2019Alg\u00e9rie des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es.<br \/>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il convient de resituer le d\u00e9bat sur la d\u00e9valuation du dinar ainsi d\u2019ailleurs que le d\u00e9bat initi\u00e9 fin 2005 par Ali Benouari sur la convertibilit\u00e9 du dinar (voir sa contribution parue dans le quotidien El Watan du 25\/12\/2005).<br \/>L\u2019effet imm\u00e9diat de la d\u00e9valuation comme de la d\u00e9pr\u00e9ciation du dinar sur les couches populaires et sur les couches moyennes de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne sera un surcro\u00eet de charge qu\u2019induirait la r\u00e9duction instantan\u00e9e de leur pouvoir d\u2019achat si ce surcro\u00eet de charge n\u2019est pas compens\u00e9 par de nouvelles subventions ; ceci \u00e0 cause du poids des importations de produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 dans la structure des importations (bl\u00e9, lait, m\u00e9dicaments pour ne citer que ces produits). Mais voyons l\u2019affaire sous l\u2019angle macro\u00e9conomique et mon\u00e9taire. Plusieurs questions de compr\u00e9hension de la situation se posent \u00e0 ce sujet.<br \/>D\u2019abord l\u2019existence de surliquidit\u00e9s bancaires : jusqu\u2019en 2013, les banques alg\u00e9riennes croulaient litt\u00e9ralement sous le poids des surliquidit\u00e9s repr\u00e9sent\u00e9es par l\u2019\u00e9pargne priv\u00e9e (des m\u00e9nages et des entreprises), alors m\u00eame que l\u2019\u00e9pargne budg\u00e9taire (publique) restait pr\u00e9dominante au moins jusqu\u2019\u00e0 2009, aux dires de l\u2019ancien ministre des Finances \u2013 Abdellatif Benachenhou (L\u2019Alg\u00e9rie, sortir de la crise, 2015, pp. 51-53). C\u2019est seulement avec la crise p\u00e9troli\u00e8re de 2014 que l\u2019exc\u00e9dent d\u2019\u00e9pargne bancaris\u00e9e (nous ne tenons pas compte ici de l\u2019\u00e9pargne th\u00e9sauris\u00e9e qui n\u2019est nullement n\u00e9gligeable) a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019amenuiser pour, de nouveau, appara\u00eetre avec la d\u00e9cision du gouvernement Ouyahia d\u2019instaurer le financement non conventionnel. Malgr\u00e9 le gel de ce mode de financement fin mai 2019, les surliquidit\u00e9s qu\u2019il a engendr\u00e9es \u00ab demeuraient au niveau des banques \u00bb (dixit Mohamed Loukal, nouveau ministre des Finances et ancien gouverneur de la Banque d\u2019Alg\u00e9rie \u2013 APS, 14\/07\/2019). Selon ce dernier, et en plus des surliquidit\u00e9s bancaires, pas moins de 4 800 milliards de dinars circulent en dehors des circuits bancaires dont 1 500 \u00e0 2 000 milliards sont d\u00e9tenus par les m\u00e9nages ; le reste \u00e9tant \u00e9chang\u00e9 dans les circuits informels (chiffres \u00e0 fin avril 2019).<br \/>Ces chiffres sont \u00e0 comparer avec la faiblesse structurelle de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne dont le taux de croissance nominale hors hydrocarbures pouvait faire illusion avant 2014 (7,1% en 2013, ce chiffre tombant \u00e0 2,9 % en 2019 selon les projections du FMI \u2013 voir le rapport \u00abConsultations de 2016 au titre de l\u2019article IV avec l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb). Comme le note Abdellatif Benachenhou, \u00abl\u2019investissement productif, notamment dans les industries manufacturi\u00e8res et les services modernes, manque dramatiquement\u00bb (id. p. 56). La cause de ce manque est claire : il s\u2019agit de la faiblesse caract\u00e9ris\u00e9e des capacit\u00e9s d\u2019absorption de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne ; faiblesse \u00e9videmment li\u00e9e \u00e0 la structure de celle-ci \u2013 \u00e0 savoir une \u00e9conomie adoss\u00e9e \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re.<br \/>De ce point de vue, ni les surliquidit\u00e9s bancaires, ni l\u2019\u00e9pargne oisive des m\u00e9nages et autres agents th\u00e9sauriseurs, ni m\u00eame les fuites organis\u00e9es de capitaux en devises ne doivent \u00eatre analys\u00e9es autrement que comme la manifestation de cette incapacit\u00e9 impliquant l\u2019absence d\u2019opportunit\u00e9s d\u2019investissement productif dans les deux sens de l\u2019expression (cr\u00e9ateur de richesses et producteur de profits).<br \/><strong>En guise de conclusion<\/strong><br \/>Dans ces conditions, on peut l\u00e9gitimement se demander si une d\u00e9valuation peut changer la donne en sachant de surcro\u00eet que l\u2019\u00e9conomie du pays d\u00e9pend fortement des importations de biens d\u2019\u00e9quipement et de biens interm\u00e9diaires dont toutes les entreprises ont un cruel besoin pour simplement \u00e9viter une rupture d\u2019activit\u00e9s.<br \/>Il serait d\u2019autant plus inappropri\u00e9 de miser sur une d\u00e9valuation pour relancer l\u2019investissement industriel et placer le pays sur un sentier de croissance saine que, comme l\u2019affirment, \u00e0 juste titre, Hartmut Elsenhans et Rachid Ouaissa dans leur contribution du 5 mai susmentionn\u00e9e : \u00abL\u2019Alg\u00e9rie est une \u00e9conomie renti\u00e8re d\u00e9form\u00e9e par des d\u00e9cennies de faux d\u00e9veloppement qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019appropriation de la rente par les pouvoirs corrompus.\u00bb Le risque que ne soul\u00e8ve pas la contribution des auteurs pr\u00e9cit\u00e9s est que, comme en Russie, en Argentine ou au Venezuela, la d\u00e9valuation appelle la d\u00e9valuation jusqu\u2019\u00e0 la perte quasi-compl\u00e8te de la substance du dinar dont on a dit qu\u2019il \u00e9tait adoss\u00e9 aux r\u00e9serves de change du pays. La trop courte exp\u00e9rience industrielle du pays avait certes \u00abfini par g\u00e9n\u00e9rer une capacit\u00e9 propre d\u2019ing\u00e9nierie et une \u00e9lite apte \u00e0 relever les d\u00e9fis du passage d\u2019une gestion n\u00e9ocoloniale classique \u00e0 plus d\u2019autonomie et plus d\u2019ind\u00e9pendance\u00bb comme le souligne fort justement Abderrahmane Hadj Nacer lors d\u2019une rencontre avec la presse tenue le 23 juin 2019 au si\u00e8ge de SOS Bab-El-Oued (voir le compte rendu de Fay\u00e7al M\u00e9taoui sur le site TSA du m\u00eame jour). Mais la rel\u00e8ve n\u2019a pas eu lieu tant en raison des faiblesses caract\u00e9ris\u00e9es de l\u2019enseignement depuis l\u2019\u00e9cole primaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019universit\u00e9 qu\u2019en raison du transfert du pouvoir d\u00e9cisionnel \u00e0 un personnel pr\u00e9varicateur, corrompu et incomp\u00e9tent que le r\u00e9gime de Chadli Bendjedid avait inaugur\u00e9 et que le r\u00e9gime d\u2019Abdelaziz Bouteflika a port\u00e9 \u00e0 son acm\u00e9.<br \/>Des alternatives \u00e0 la d\u00e9valuation existent \u00e9videmment comme le signalait d\u00e9j\u00e0 Max Weber \u00e0 l\u2019adresse des pays d\u2019Europe ayant subi de plein fouet la Grande D\u00e9pression (voir son article : Inflation \u2014 D\u00e9flation \u2014 D\u00e9valuation in Revue syndicale suisse, 1935) et comme le rappelle cruellement aux \u00e9conomistes n\u00e9olib\u00e9raux la politique protectionniste de Donald Trump faite d\u2019instauration de droits de douane et de sanctions \u00e9conomiques. Dans le cas de l\u2019Alg\u00e9rie, une remise \u00e0 plat des accords commerciaux (en particulier de l\u2019accord l\u00e9onin Alg\u00e9rie-UE), une reconsid\u00e9ration compl\u00e8te des pratiques d\u2019importation et plus g\u00e9n\u00e9ralement la red\u00e9finition de la politique \u00e9conomique en faveur de l\u2019investissement productif sont de nature \u00e0 suppl\u00e9er au moins partiellement \u00e0 ce que les auteurs pr\u00e9cit\u00e9s consid\u00e8rent comme la mesure politique pour une transition \u00e9conomique efficace.<br \/>A.\u2008A.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/contribution\/pourquoi-la-devaluation-du-dinar-est-inopportune-29243\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ahc\u00e8ne Amarouche,universitaire Introduction La d\u00e9valuation du dinar peut-elle contribuer \u00e0 une sortie de crise en Alg\u00e9rie ? En l\u2019\u00e9tat actuel de l\u2019\u00e9conomie et au regard de la situation sociale et politique du pays la r\u00e9ponse est non.Cette question fait l\u2019objet de d\u00e9bats dans les colonnes de la presse \u00e9crite et \u00e9lectronique depuis plusieurs ann\u00e9es [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1741,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,53],"tags":[],"class_list":["post-59346","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-algerie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59346","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1741"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59346"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59346\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59346"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59346"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59346"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}