{"id":60542,"date":"2019-09-08T04:00:00","date_gmt":"2019-09-08T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-la-corruption-electorale-a-rome\/"},"modified":"2019-09-08T04:00:00","modified_gmt":"2019-09-08T08:00:00","slug":"ammar-mahjoubi-la-corruption-electorale-a-rome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-la-corruption-electorale-a-rome\/","title":{"rendered":"Ammar Mahjoubi: La corruption \u00e9lectorale \u00e0 Rome"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">La valeur des dons et des \u00abservices\u00bb qu\u2019\u00e9changeaient entre eux les grands oligarques, ma\u00eetres \u00e0 l\u2019\u00e9poque r\u00e9publicaine de Rome, de l\u2019Italie et du monde antique, devait \u00eatre substantielle. Beaucoup plus modestes, sans doute, mais tout aussi effectifs \u00e9taient \u00e9galement les \u00e9changes qu\u2019entretenaient entre eux les notables, qui gouvernaient les cit\u00e9s provinciales. Obligeances, faveurs r\u00e9ciproques et relations personnelles, qui n\u2019\u00e9taient point exemptes d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es politiques, ou qui y \u00e9taient m\u00eame m\u00eal\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9quivoque. Des \u00abbienfaits\u00bb \u00e9taient aussi, parfois, destin\u00e9s \u00e0 la pl\u00e8be des citoyens ; mais, \u00e0 coup s\u00fbr, ils \u00e9taient fort modiques et plut\u00f4t symboliques. Mais lorsque les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales mettaient aux prises les candidats aux magistratures et la foule de leurs \u00e9lecteurs, ces \u00abbienfaits\u00bb changeaient de valeur et de nature : ils ouvraient alors la voie \u00e0 la corruption. C\u2019est \u00e0 l\u2019examen des diff\u00e9rents modes de s\u00e9duction et de subornation des \u00e9lecteurs que P. Veyne consacre plusieurs pages (Le pain et le cirque, Seuil, pp. 390-407).<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ammar-Mahjoubi(11).jpg\" width=\"28%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Vers la fin de l\u2019\u00e9poque r\u00e9publicaine, \u00e0 Rome, il \u00e9tait tout \u00e0 fait courant, lorsqu\u2019on postulait \u00e0 une magistrature, d\u2019offrir \u00e0 la pl\u00e8be de l\u2019argent, des banquets, ou de la convier \u00e0 l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre o\u00f9 on la divertissait on\u00e9reusement avec des combats de gladiateurs. Il en \u00e9tait de m\u00eame dans les cit\u00e9s provinciales, sous l\u2019Empire, mais les joutes des gladiateurs \u00e9taient remplac\u00e9es, dans la province africaine, par des chasses aux fauves dans l\u2019ar\u00e8ne. Ces pratiques avaient du reste leur origine dans la vie familiale de l\u2019oligarchie romaine. Une coutume quasi g\u00e9n\u00e9rale, dans ce milieu social, imposait en effet aux riches d\u2019inviter la population pour festoyer \u00e0 leurs noces, ou pour participer \u00e0 leurs banquets fun\u00e9raires. Veyne note qu\u2019 \u00abainsi se passaient encore les noces, dans les villages de France ou d\u2019Allemagne au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier\u00bb. C\u2019\u00e9taient les fun\u00e9railles, cependant, qui fournissaient plus souvent l\u2019occasion des banquets ; on y exhibait les portraits des anc\u00eatres, et le repas devenait une sorte de c\u00e9r\u00e9monie dynastique, \u00e0 tel point que le festin offert en 59 av. J.-C. par Arrius \u00e0 la mort de son p\u00e8re, et aussi sans doute pour sa candidature personnelle au consulat, \u00e9tait cit\u00e9 en proverbe (Veyne se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Ciceron, Contre Vatinius, 12, 30, et Horace, Satires, 2, 3, 86). En 328 av. J.-C., Flaminius, un grand oligarque, distribua de la viande \u00e0 toute la foule qui avait suivi le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de sa m\u00e8re. \u00abCette distribution lui valut aussi un honneur public : aux \u00e9lections suivantes, il fut nomm\u00e9 tribun de la pl\u00e8be, quoiqu\u2019il f\u00fbt absent, de pr\u00e9f\u00e9rence aux candidats qui \u00e9taient pr\u00e9sents.\u00bb (Tite-Live, 8, 22, cit\u00e9 par Veyne).<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-2(43).jpg\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>C\u2019est ainsi, par cons\u00e9quent, que s\u2019effectua le passage de la c\u00e9r\u00e9monie familiale \u00e0 la corruption \u00e9lectorale, car l\u2019habitude fut prise, par les oligarques les plus riches, de retarder la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019un banquet fun\u00e9raire ou l\u2019offre, dans cette intention, d\u2019un spectacle de gladiateurs, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 ils \u00e9taient candidats \u00e0 une magistrature. Ils conviaient alors tous les membres de leur \u00abtribu\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de leur circonscription \u00e9lectorale, et on dressait des lits de repas sur le Forum pour le peuple, qui s\u2019y installait, pendant que les s\u00e9nateurs rejoignaient leurs tables r\u00e9serv\u00e9es au Capitole. C\u2019est ce que fit C\u00e9sar qui \u00abrehaussa encore l\u2019\u00e9clat de son \u00e9dilit\u00e9, fondement d\u2019une belle carri\u00e8re, en y ajoutant\u2026 un munus gladiatorium, \u00e0 la m\u00e9moire de son p\u00e8re, mort vingt ans plus t\u00f4t\u00bb.<\/p>\n<p>Des lois furent vot\u00e9es contre la brigue qui se r\u00e9pandait au Ier si\u00e8cle avant le Christ. En vain, car leurs auteurs furent les premiers \u00e0 les violer, alors qu\u2019elles tentaient d\u2019interdire aux pr\u00e9tendants \u00e0 une magistrature de choisir l\u2019ann\u00e9e de leur candidature pour se souvenir de leurs chers d\u00e9funts. La loi admettait qu\u2019il y avait brigue lorsque, pr\u00e9textant l\u2019antique coutume, le candidat invitait au repas fun\u00e9raire tous les \u00e9lecteurs de sa circonscription, ou lorsqu\u2019il leur r\u00e9servait les meilleures places de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, quand il y offrait une repr\u00e9sentation. Mais pouvait-on interdire \u00e0 un fils de c\u00e9l\u00e9brer la m\u00e9moire de son p\u00e8re, m\u00eame avec quelque retard ? Soulignons, cependant, comme le dit Veyne, que \u00able munus et les largesses de toute esp\u00e8ce que les candidats r\u00e9servaient \u00e0 leurs \u00e9lecteurs \u00e9taient un mur d\u2019argent qui ne laissait passer que les grosses fortunes.\u00bb<\/p>\n<p>Mais quelle influence avaient les \u00ablargesses\u00bb sur l\u2019issue du vote, et de quel poids pesaient les \u00e9lections sur la politique de Rome, en cette fin de l\u2019\u00e9poque r\u00e9publicaine ? Ces g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9s, certes, avaient un effet r\u00e9el sur le choix des \u00e9lecteurs ; mais d\u2019autres consid\u00e9rations entraient \u00e9galement en jeu: les int\u00e9r\u00eats personnels, d\u2019abord, sentimentaux m\u00eame, et aussi des int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux. S\u00fbrement pas, ou presque pas, \u00e0 coup s\u00fbr, des consid\u00e9rations de grande politique. Si, pour l\u2019\u00e9lecteur, le vote n\u2019\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement que simulacre, son issue \u00e9tait pour le candidat, par contre, d\u2019une importance capitale ; car la fonction politique, pour l\u2019oligarque, \u00e9tait la seule carri\u00e8re convenable et digne. Aussi s\u2019\u00e9vertuait-il \u00e0 se rendre populaire, et avait-il recours \u00e0 des moyens aussi nombreux que divers. Un certain Flavius distribua de la viande, et un autre fit une distribution d\u2019huile: mais le don fut d\u2019une autre nature, lorsque Cassius d\u00e9voila \u00e0 Brutus son projet de conspiration contre C\u00e9sar. \u00abCe qu\u2019on attend des autres pr\u00e9teurs, lui dit-il, ce sont des largesses, des gladiateurs ; mais d\u2019un pr\u00e9teur comme toi, on attend autre chose, la suppression de la tyrannie de C\u00e9sar\u00bb (Plutarque, Brutus, 10, cit\u00e9 par Veyne).<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-3(22).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>D\u2019autres facteurs s\u2019ajoutent cependant, pour d\u00e9cider du choix des \u00e9lus : les relations personnelles, le client\u00e9lisme entre candidats et \u00e9lecteurs, les intrigues, la manipulation des dispositions et des proc\u00e9dures de vote, ainsi que l\u2019avis du S\u00e9nat ou la protection d\u2019un s\u00e9nateur. Comptaient aussi, sans doute, la prestance et l\u2019apparat du candidat, accompagn\u00e9 souvent d\u2019une suite impressionnante de partisans et de clients ; fort important \u00e9tait aussi son prestige personnel, qui explique l\u2019\u00e9lection de Cic\u00e9ron \u00e0 ses quatre magistratures \u00e0 une tr\u00e8s forte majorit\u00e9. \u00abCe prestige, cette existimatio d\u00e9pendaient de beaucoup de choses : la naissance, les exploits des anc\u00eatres, le m\u00e9rite personnel, les mani\u00e8res, la lib\u00e9ralit\u00e9, le nombre de partisans.\u00bb (Veyne, p. 397). Mais il ne faut pas perdre de vue qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Antiquit\u00e9, et qu\u2019\u00e0 l\u2019encontre des \u00e9lections actuelles, dans les d\u00e9mocraties occidentales du monde contemporain, et aussi \u00e0 pr\u00e9sent, fort heureusement dans notre pays, les \u00e9lecteurs \u00e0 Rome ne d\u00e9signaient pas leurs gouvernants. Ils votaient pour pourvoir, chaque ann\u00e9e, une trentaine de fonctions administratives, judiciaires et militaires, qui sont d\u00e9tenues, de nos jours, par des fonctionnaires et des techniciens. Les oligarques convoitaient ces charges, non pas seulement pour le pouvoir qu\u2019elles octroyaient pendant une ann\u00e9e, mais surtout pour la suite de leur carri\u00e8re : au S\u00e9nat, d\u00e9sormais, ils pourraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une sorte de noblesse conf\u00e9r\u00e9e par leur prestige et la pr\u00e9s\u00e9ance unanimement reconnus \u00e0 ceux qui avaient acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9ture ou au consulat. Les r\u00e9sultats des \u00e9lections ne permettaient de modifier d\u2019ailleurs, chaque ann\u00e9e, qu\u2019\u00e0 hauteur de 3% environ, dans la composition du S\u00e9nat : \u00e9taient, en effet, s\u00e9nateurs, la vie durant, tous ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9lus une seule fois \u00e0 une seule magistrature, et ces \u00e9lus \u00e9taient toujours issus de la m\u00eame classe dirigeante, celle des oligarques.<\/p>\n<p>Si le syst\u00e8me \u00e9lectoral, compliqu\u00e9 et tr\u00e8s particulier, rendait la classe moyenne ma\u00eetresse des \u00e9lections, celle-ci faisait g\u00e9n\u00e9ralement confiance aux oligarques qu\u2019elle admirait ; vantant les vertus de tel s\u00e9nateur, la lib\u00e9ralit\u00e9, la conduite ou les faits d\u2019armes de tel autre, choisissant le fr\u00e8re ou le parent du s\u00e9nateur qui pr\u00e9sidait au vote. On n\u2019\u00e9lisait ainsi, en pratique, que des candidats recommand\u00e9s par des s\u00e9nateurs ; si bien que l\u2019\u00e9lection aux deux magistratures les plus importantes, celles des pr\u00e9teurs et des consuls, \u00e9tait de fait command\u00e9e par une institution singuli\u00e8re, celle de la \u00abcenturie pr\u00e9rogative\u00bb. Avant d\u2019engager les op\u00e9rations de vote, on proc\u00e9dait \u00e0 un tirage au sort parmi les circonscriptions \u00e9lectorales les plus riches, pour d\u00e9signer celle qui \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 voter avant toutes les autres. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est au candidat choisi par cette centurie que se ralliaient docilement les autres centuries de riches ; et ce ralliement suffisait d\u2019ordinaire \u00e0 l\u2019heureux candidat pour obtenir la majorit\u00e9 absolue. L\u2019\u00e9trange privil\u00e8ge conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette centurie, selon P. Veyne, est d\u00fb au d\u00e9sir de l\u2019oligarchie qui, pour sauver son unit\u00e9 malgr\u00e9 les rivalit\u00e9s internes, s\u2019en remettait \u00e0 la d\u00e9cision du sort, mais avec un tirage au sort parmi les centuries des riches ; quitte \u00e0 invoquer une superstition religieuse, pr\u00e9sentant le vote de la centurie pr\u00e9rogative comme une sorte de pr\u00e9sage qui s\u2019impose aux autres centuries.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections n\u2019\u00e9taient que rarement politis\u00e9es, car les conflits sociaux ou politiques ne se d\u00e9claraient pas, \u00e0 Rome, dans l\u2019ar\u00e8ne \u00e9lectorale; c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t dans le champ l\u00e9gislatif que s\u2019affrontaient les grands antagonismes ; les lois r\u00e9volutionnaires y \u00e9taient propos\u00e9es par les populares. Si, lors des \u00e9lections, beaucoup de pl\u00e9b\u00e9iens \u00e9taient favorables \u00e0 ces derniers, les \u00e9lecteurs ne choisissaient, en temps ordinaire, qu\u2019entre les seigneurs, les candidats les plus riches et les plus influents ; car un v\u00e9ritable parti populaire n\u2019avait jamais exist\u00e9 qu\u2019en puissance, jamais une campagne \u00e9lectorale n\u2019avait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e selon une ligne politique de cette ob\u00e9dience, et il n\u2019y avait pas chaque ann\u00e9e un candidat \u00abpopulaire\u00bb. R\u00e9duite \u00e0 une gu\u00e9rilla politique, l\u2019action des populares ne pouvait donc l\u2019emporter, au plan \u00e9lectoral, sur les optimates, qui dominaient l\u2019Etat romain.<\/p>\n<p>Cette absence du politique, de programmes traduisant les antagonismes sociopolitiques, explique la d\u00e9moralisation de l\u2019\u00e9lectorat et le succ\u00e8s de la corruption qui, habituellement, d\u00e9terminait les suffrages : client\u00e8le, bienfaits, largesses, parfois sous leur forme la plus grossi\u00e8re, \u00e9taient d\u00e9cisives pour pr\u00e9f\u00e9rer tel candidat \u00e0 tel autre, avec m\u00eame des distributions d\u2019argent le jour du vote. Mais, quelquefois, les \u00e9lecteurs refusaient de se vendre. Veyne cite Plutarque, \u00e0 propos de la candidature de Caton d\u2019Utique \u00e0 la pr\u00e9ture. Contre lui \u00ables consulaires mirent en avant quelques-uns de leurs clients et de leurs amis, distribuant de l\u2019argent de leur propre bourse pour acheter les suffrages, et prirent la pr\u00e9sidence des op\u00e9rations de vote\u00bb. En vain, \u00abla valeur et la r\u00e9putation de Caton allaient triompher de tout, car le peuple, plein de respect pour lui, craignait de se d\u00e9shonorer s\u2019il vendait l\u2019\u00e9lection d\u2019un homme que la cit\u00e9 se serait honor\u00e9e d\u2019acheter ; la centurie pr\u00e9rogative donna sa voix \u00e0 Caton\u00bb. Pour emp\u00eacher l\u2019\u00e9lection, Pomp\u00e9e en fut r\u00e9duit \u00e0 manipuler la religion d\u2019Etat; invoquant la col\u00e8re de Jupiter, \u00abil feignit d\u2019avoir entendu tonner, et, gr\u00e2ce \u00e0 ce honteux mensonge, suspendit la s\u00e9ance.\u00bb (Plutarque, Caton le Jeune, 42, cit\u00e9 par Veyne).<\/p>\n<p>La loi n\u2019interdisait pas aux candidats de distribuer de l\u2019argent aux membres de leur propre \u00abtribu\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire aux membres de la circonscription o\u00f9 ils \u00e9taient inscrits, mais interdisait de l\u2019offrir \u00e0 d\u2019autres \u00abtribus\u00bb ; et cet achat de consciences constituait un d\u00e9lit de brigue. Or dans les ann\u00e9es 50, en ce dernier si\u00e8cle de la R\u00e9publique avant l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Empire, la brigue se r\u00e9pandit jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre pratiqu\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle, avec des offres de sommes exorbitantes \u00e0 la centurie pr\u00e9rogative. Veyne compare cet \u00e9garement, cette abondance de l\u2019argent facile, \u00e0 la fi\u00e8vre des sp\u00e9culations survenue en Angleterre vers 1720 ou aux Etats-Unis en 1927-1929, assortie de ce go\u00fbt de l\u2019argent, de cette habilet\u00e9 \u00e0 le gagner tout en restant oisif. Membre des ordres s\u00e9natorial et \u00e9questre, fortun\u00e9s de tout poil guettaient les occasions de s\u2019enrichir encore plus. \u00abCrassus rachetait \u00e0 bas prix, aux propri\u00e9taires constern\u00e9s, le terrain des maisons qui venaient de br\u00fbler\u2026 disettes r\u00e9gionales, pr\u00eats d\u2019argent aux cit\u00e9s ou aux rois, ventes aux ench\u00e8res, fermes d\u2019Etat\u2026et le brigandage pur et simple.\u00bb (Veyne, p. 401).<\/p>\n<p>Vint ensuite le moment o\u00f9 la vente des suffrages devint une sp\u00e9culation parmi d\u2019autres. Au dernier si\u00e8cle du r\u00e9gime r\u00e9publicain, les lois contre la brigue se multipli\u00e8rent : la fa\u00e7ade l\u00e9galiste \u00e9tait ainsi maintenue. Au reste, certes, ces lois \u00e9taient bien accueillies par les candidats, car elles limitaient malgr\u00e9 tout les surench\u00e8res ruineuses et par trop d\u00e9loyales. Veyne cl\u00f4t son paragraphe sur la corruption \u00e9lectorale en affirmant qu\u2019on aurait abouti \u00e0 une tarification des distributions d\u2019argent, si la monarchie imp\u00e9riale n\u2019avait pas fait place \u00e0 la R\u00e9publique, et avait fini par supprimer les \u00e9lections. Aux membres de sa propre circonscription \u00e9lectorale, qui regrettaient l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les candidats leur distribuaient argent et \u00abbienfaits\u00bb, le Prince \u2013 qui accapara le pouvoir et ne tarda pas \u00e0 prendre le nom d\u2019Auguste, faisant de son \u00abPrincipat\u00bb l\u2019antichambre du r\u00e9gime imp\u00e9rial \u2013 fit distribuer une indemnit\u00e9 tarifi\u00e9e \u00e0 mille sesterces par \u00e9lecteur.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ammar Mahjoubi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(21).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"c3\">\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27900-ammar-mahjoubi-la-corruption-electorale-a-rome\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La valeur des dons et des \u00abservices\u00bb qu\u2019\u00e9changeaient entre eux les grands oligarques, ma\u00eetres \u00e0 l\u2019\u00e9poque r\u00e9publicaine de Rome, de l\u2019Italie et du monde antique, devait \u00eatre substantielle. 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