{"id":60842,"date":"2019-09-11T11:32:00","date_gmt":"2019-09-11T15:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/amor-chermiti-lagriculture-tunisienne-face-aux-defis-et-aux-perspectives-davenir\/"},"modified":"2019-09-11T11:32:00","modified_gmt":"2019-09-11T15:32:00","slug":"amor-chermiti-lagriculture-tunisienne-face-aux-defis-et-aux-perspectives-davenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/amor-chermiti-lagriculture-tunisienne-face-aux-defis-et-aux-perspectives-davenir\/","title":{"rendered":"Amor Chermiti: L\u2019agriculture tunisienne face aux d\u00e9fis et aux perspectives d\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<p>Il est admis que les pays d\u00e9velopp\u00e9s n\u2019ont atteint un niveau technologique et industriel assez \u00e9lev\u00e9, sans le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture. De m\u00eame, il est connu que la Tunisie, depuis son ind\u00e9pendance, s\u2019est attel\u00e9e au d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture, \u00e9tant donn\u00e9 que c\u2019est pratiquement la source principale\u00a0 de revenu pour la majorit\u00e9 de ses citoyens, et en cons\u00e9quence son important r\u00f4le \u00e9conomique, social et politique. D\u2019ailleurs, et c\u2019est la raison pour laquelle, si pour certains partis politiques, la religion est consid\u00e9r\u00e9e un v\u00e9ritable fond de commerce, pour de nombreux autres partis, l\u2019agriculture\u00a0 est \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re, \u00e9tant donn\u00e9 que dans leurs programmes ; elle est trait\u00e9e comme secteur strat\u00e9gique et est en mesure de contribuer nettement \u00e0 l\u2019essor \u00e9conomique du pays ; alors que le secteur n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune d\u00e9cision, depuis 2011, pour marquer son histoire ; d\u2019o\u00f9 un foss\u00e9 important entre ce qui est promis et est r\u00e9alis\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9. En cons\u00e9quence, nos agriculteurs doivent faire face, et aux d\u00e9fis d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, mais aussi aux promesses non tenues des politiques.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le secteur a connu, depuis des d\u00e9cennies, diff\u00e9rentes \u00e9tapes qui ont marqu\u00e9 son histoire. Sa contribution au produit int\u00e9rieur brut (PIB), qui a \u00e9t\u00e9 plus de 20% durant les ann\u00e9es 60 \u2013 70 du si\u00e8cle dernier, se situe aujourd\u2019hui inf\u00e9rieur \u00e0 10%. A noter \u00e9galement que la disponibilit\u00e9 des produits agricoles sur le march\u00e9 national peut traduire, pour certains, et notamment les politiciens, que l\u2019agriculture tunisienne se porte bien, mais ceci ne doit pas cacher la fragilit\u00e9 de nos syst\u00e8mes de productions. En effet, durant les p\u00e9riodes pluvieuses, des d\u00e9g\u00e2ts importants sont constat\u00e9s dans de nombreuses r\u00e9gions (stagnation d\u2019eau dans les champs, et en cons\u00e9quence, pertes de r\u00e9coltes, pertes de terres suite \u00e0 l\u2019\u00e9rosion hydrique, pertes de quantit\u00e9s importantes des eaux de ruissellement, apparition de maladies, etc.), en plus des contraintes pour la gestion des surproductions, comme c\u2019est le cas de cette ann\u00e9e pour les c\u00e9r\u00e9ales.<\/p>\n<p>De m\u00eame, et si au cours des ann\u00e9es pluvieuses, les d\u00e9g\u00e2ts sont importants, des cons\u00e9quences similaires sont \u00e9galement constat\u00e9es en ann\u00e9es de s\u00e9cheresse ; mais d\u2019une autre nature, et d\u2019une autre ampleur. En effet, dans de telles conditions, les productions issues des cultures pluviales sont tr\u00e8s r\u00e9duites ; voire nulles. A titre d\u2019exemples, les productions c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res sont tr\u00e8s affect\u00e9es, et en cons\u00e9quence, les importations des produits de base (c\u00e9r\u00e9ales, aliments de b\u00e9tail, etc.) seront de plus en plus importantes, entra\u00eenant des pertes importantes en devises. Le recours \u00e0 la caisse g\u00e9n\u00e9rale des compensations est la solution engag\u00e9e depuis des d\u00e9cennies. Les terres sont de plus en plus d\u00e9grad\u00e9es et le plus souvent d\u2019une mani\u00e8re irr\u00e9versible. D\u2019ailleurs, il est \u00e0 rappeler que la Tunisie perd annuellement de 15 \u00e0 20 mille hectares sous l\u2019effet de l\u2019\u00e9rosion, et les travaux de conservation des sols, entam\u00e9s depuis des d\u00e9cennies, n\u2019ont eu que peu d\u2019impact sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>De nombreux autres constats et d\u00e9fis sont \u00e0 signaler entravant le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture lui permettant d\u2019\u00eatre plus productive, plus comp\u00e9titive et plus rentable tout en pr\u00e9servant l\u2019environnement et les ressources naturelles pour garantir une vie meilleure aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Parmi, ces constats et d\u00e9fis, nous signalons en particulier:<\/p>\n<h2>L\u2019agriculture ne doit plus \u00eatre d\u00e9finie en tant qu\u2019outil de production, mais plut\u00f4t \u00e0 travers l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s<\/h2>\n<ul>\n<li>L\u2019agriculture tunisienne a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue, depuis des d\u00e9cennies et jusqu\u2019\u00e0 nos jours, un outil de production ; alors que de nos jours, elle doit \u00eatre d\u00e9finie \u00e0 travers l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s. Ceci traduit que l\u2019importation des produits agricoles ne doit plus \u00eatre l\u2019affaire des responsables du commerce ; et d\u2019ailleurs, l\u2019on se demande sur l\u2019absence de structure s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la gestion de la production et du commerce des produits agricoles au sein du minist\u00e8re de l\u2019agriculture? De plus, les producteurs agricoles sont souvent laiss\u00e9s entre les mains des interm\u00e9diaires qui b\u00e9n\u00e9ficient de grosses marges ; alors que les prix \u00e0 la production sont le plus souvent inf\u00e9rieurs aux co\u00fbts de production. La cons\u00e9quence de cette politique des prix est la fuite des jeunes au secteur, car peu ou pas rentable, et il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 pour faire \u00e9clore une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de producteurs agricoles ou plut\u00f4t \u00ab d\u2019entrepreneurs agricoles \u00bb.<\/li>\n<li>Les prix impos\u00e9s aux agriculteurs, sous pr\u00e9texte de protection du consommateur, sont souvent d\u00e9finis par les acheteurs, et le cas le plus frappant est celui des c\u00e9r\u00e9ales. En effet, ce sont les collecteurs des c\u00e9r\u00e9ales qui d\u00e9finissent les prix, apr\u00e8s avoir d\u00e9termin\u00e9 la qualit\u00e9 suite aux analyses effectu\u00e9es par eux-m\u00eames. Le collecteur des c\u00e9r\u00e9ales ou plus exactement, le commer\u00e7ant, est \u00e0 la foi, juge et parti ! Une telle originalit\u00e9 n\u2019est \u00e9tablie qu\u2019en Tunisie ! Ceci sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9ation d\u2019une structure ind\u00e9pendante pour l\u2019\u00e9valuation de la qualit\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales, et en cons\u00e9quence, d\u00e9terminer leurs prix. Aussi, nous sugg\u00e9rons l\u2019\u00e9laboration d\u2019une loi dite \u00ab\u00a0 agriculture et alimentation \u00bb permettant d\u2019instaurer les marges de b\u00e9n\u00e9fice, et pour le producteur, et pour le commer\u00e7ant ; tout en envisageant une nouvelle r\u00e9glementation des circuits de distribution. Une telle r\u00e9flexion impose la mobilisation des neurones pour pondre des id\u00e9es innovantes et \u00e9volutives!<\/li>\n<li>Le financement demeure un des points faibles de l\u2019agriculture, d\u2019ailleurs, nous pouvons citer que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des cr\u00e9dits allou\u00e9s par les banques, et \u00e0 un nombre limit\u00e9 d\u2019agriculteurs, est le plus \u00e9lev\u00e9 au monde. Peut-on appeler \u00e7a, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un appui et un soutien aux agriculteurs ?<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Les crises et les contraintes doivent \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de projets innovants!<\/h2>\n<ul>\n<li>Les braquages et les vols se multiplient dans les fermes et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 agricole est devenue une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te. Dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, et m\u00eame en voie de d\u00e9veloppement ; ce sont les crises et les contraintes qui sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019id\u00e9es innovantes visant la cr\u00e9ation de projets innovants et, en cons\u00e9quence, \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de cr\u00e9ation de postes d\u2019emploi additionnels. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 agricole peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019un projet national dont l\u2019objectif principal est de sauver nos entreprises agricoles de ces fl\u00e9aux. Encore une fois, fallait-il que les responsables du secteur aient la capacit\u00e9 de d\u00e9velopper de nouvelles pens\u00e9es?\u00a0<\/li>\n<li>La main d\u2019\u0153uvre s\u2019est aussi appauvrie durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ce sont surtout les femmes rurales qui constituent la part importante de cette main d\u2019\u0153uvre qui compte plus de 400 milles individus, et de ce fait la plupart des agriculteurs sont livr\u00e9s \u00e0 eux m\u00eames, effectuant seuls ou presque leurs travaux dans des conditions difficiles et dans l\u2019indiff\u00e9rence la plus totale du politique. Les conditions de travail, de transport et de r\u00e9mun\u00e9ration de cette importante masse salariale imposent l\u2019\u00e9laboration de d\u00e9cisions urgentes et efficaces ayant un impact direct sur le d\u00e9veloppement du secteur, et non la signature de conventions demeurant non applicables pour diff\u00e9rentes raisons!<\/li>\n<li>Des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s au ch\u00f4mage (techniciens, ing\u00e9nieurs agronomes, v\u00e9t\u00e9rinaires, etc.) provenant de plus de 10 \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur agricole et de 40 centres de formation professionnelle et technique. La Tunisie, a-t-elle besoin d\u2019un nombre si important de structures pour le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s ? La formation actuelle est-elle en mesure de r\u00e9pondre aux attentes et aux besoins des entreprises agricoles?<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Un syst\u00e8me national de recherche scientifique unique au monde et celui de la vulgarisation, demeure statique et inefficace!<\/h2>\n<ul>\n<li>Un syst\u00e8me national de recherche agronomique, unique au monde, caract\u00e9ris\u00e9 par un nombre important de programmes et de structures \u00e9parpill\u00e9s (instituts, centres r\u00e9gionaux, stations r\u00e9gionales de recherche, laboratoires r\u00e9gionaux, sous directions r\u00e9gionales, services r\u00e9gionaux, etc.), dont l\u2019impact sur le d\u00e9veloppement agricole est de plus en plus limit\u00e9, et ce malgr\u00e9 les nombreux acquis disponibles, depuis des d\u00e9cennies. A noter \u00e9galement que parmi les originalit\u00e9s tunisiennes, certains centres r\u00e9gionaux de recherche sont rattach\u00e9s aux instituts de recherche ; alors que d\u2019autres sont compl\u00e8tement ind\u00e9pendants de leur institut d\u2019origine (INRAT). De m\u00eame, l\u2019on se demande, si les th\u00e9matiques abord\u00e9es dans les programmes de recherche actuels r\u00e9pondent, bel et bien, aux attentes des agriculteurs ; alors que de nombreux d\u00e9fis existent et qu\u2019il faut affronter aujourd\u2019hui et demain : changements climatiques, \u00e9nergie, comp\u00e9titivit\u00e9, rentabilit\u00e9, qualit\u00e9 des produits, commerce, exportation aux march\u00e9s ext\u00e9rieurs, comportement consommateurs, etc.<\/li>\n<li>Tous les agriculteurs que je rencontre dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, se posent la m\u00eame question : avons-nous encore un syst\u00e8me de vulgarisation ? Une telle attitude impose aux responsables d\u2019aujourd\u2019hui et de demain de repenser le secteur surtout qu\u2019il dispose d\u2019un pass\u00e9 glorieux lui permettant d\u2019\u00eatre mieux projeter pour l\u2019avenir.\u00a0<\/li>\n<li>Les nouveaux d\u00e9fis li\u00e9s aux syst\u00e8mes de productions imposent\u00a0 une approche diff\u00e9rente de l\u2019innovation et nous sommes convaincus que de nouveaux outils doivent \u00eatre introduits pour stimuler l\u2019innovation par le biais de processus multi-acteurs et ouvrir la voie aux innovations ascendantes, \u00e0 la capitalisation de diff\u00e9rents types de connaissances et \u00e0 leurs \u00e9changes interactifs ax\u00e9s sur les sp\u00e9cificit\u00e9s territoriales. Une telle d\u00e9marche impose un changement radical du r\u00f4le traditionnel de la vulgarisation et du syst\u00e8me de formation et d\u2019information qui doit coop\u00e9rer avec tous les acteurs des syst\u00e8mes d\u2019innovation, du d\u00e9veloppement, de la diffusion et de la valorisation des technologies nouvelles.<\/li>\n<li>La vulgarisation doit \u00eatre r\u00e9orient\u00e9e vers de nouvelles comp\u00e9tences techniques et une attitude d\u2019\u00e9change de connaissances pour soutenir la capacit\u00e9 des agriculteurs \u00e0 changer et \u00e0 r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart entre la science et la pratique.\u00a0\u00a0<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi, et devant cette multitude de d\u00e9fis et de contraintes, l\u2019on se demande sur l\u2019avenir et le devenir de l\u2019agriculture nationale qui doit \u00eatre en mesure d\u2019assurer, aujourd\u2019hui et demain, notre souverainet\u00e9 alimentaire. L\u2019agriculture tunisienne a besoin d\u2019une nouvelle vision pour une meilleure projection pour l\u2019avenir sur la base d\u2019une lecture objective du pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Ainsi, ne fallait-il pas ramener le pass\u00e9 au pr\u00e9sent ? La Tunisie a besoin d\u2019un programme national doublement vert et d\u2019urgence (PNVU), mettant en \u00e9vidence les sp\u00e9cificit\u00e9s des r\u00e9gions et une compl\u00e9mentarit\u00e9 entre elles. La conception et la r\u00e9alisation d\u2019un tel programme n\u00e9cessitent la contribution de toutes les comp\u00e9tences, loin des querelles politiques ; du fait que le minist\u00e8re de l\u2019agriculture est un d\u00e9partement de \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb et o\u00f9 les d\u00e9cisions politiques ne doivent \u00eatre prises que sur la base de propositions scientifiques et techniques. L\u2019importance du savoir et des innovations technologiques est, sans aucun doute, le moyen le plus efficace, pour la projection du secteur pour un avenir radieux. Ceci traduit, bel et bien, l\u2019urgence pour repenser le syst\u00e8me national de la formation professionnelle et technique, la vulgarisation, l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et la recherche scientifique agricoles, dans la mesure o\u00f9 il demeure, depuis 2011, dans une situation statique et non \u00e9volutive ; alors que l\u2019agriculture mondiale est en perp\u00e9tuelles mutations et demeure le pilier fondamental de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p class=\"c2\"><strong>Dr. Amor Chermiti<\/strong><br \/><em>Directeur de Recherche<br \/>Ex DG. INRA Tunisie &#038; membre du conseil ex\u00e9cutif du FARA<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27934-amor-chermiti-l-agriculture-tunisienne-face-aux-defis-et-aux-perspectives-d-avenir\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est admis que les pays d\u00e9velopp\u00e9s n\u2019ont atteint un niveau technologique et industriel assez \u00e9lev\u00e9, sans le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture. 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