{"id":61157,"date":"2019-09-14T03:50:00","date_gmt":"2019-09-14T07:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-retour-du-prince-de-vincent-martigny-quand-lart-de-gouverner-change-de-sens-et-de-style\/"},"modified":"2019-09-14T03:50:00","modified_gmt":"2019-09-14T07:50:00","slug":"le-retour-du-prince-de-vincent-martigny-quand-lart-de-gouverner-change-de-sens-et-de-style","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-retour-du-prince-de-vincent-martigny-quand-lart-de-gouverner-change-de-sens-et-de-style\/","title":{"rendered":"Le Retour du prince de Vincent Martigny: quand l&rsquo;art de gouverner change de sens et de style"},"content":{"rendered":"<p>\u00e9lecteur est d\u00e9sempar\u00e9. Entre d\u00e9mocrates lib\u00e9raux et populistes autoritaires qu\u2019il voit s\u2019affronter dans des duels ubuesques, assassins, et qu\u2019il croit totalement distincts les uns des autres. Entre ce pouvoir horizontal qu\u2019il revendique en antisyst\u00e8me vertical oppressif et usurpateurs des droits du peuple et cette adoration du chef. Entre cet \u00ab homme fort \u00bb, charismatique, rock star, \u00e9blouissant, mais qui ne tiendra gu\u00e8re ses promesses et ce serviteur des masses, discret, mais efficace. Entre celui qui incarne et celui qui repr\u00e9sente. Entre l\u2019\u00eatre et le faire&#8230;<\/p>\n<p>Dans ce nouveau monde qui s\u2019installe en Tunisie comme un peu partout, les nouveaux codes de conqu\u00eate m\u00e9t\u00e9orique du pouvoir changent la donne. Les tyrannies se multiplient : du charisme, du narcissisme, du c\u0153ur, des m\u00e9dias, des lobbys, des contestataires sans leaders, ni programmes, ni organisations&#8230; L\u2019art de gouverner change de sens et de style. Le \u00abgenre pr\u00e9sidentiel\u00bb devient atypique. Exiger un superman, encore plus fort que superman, doubl\u00e9 d\u2019un magicien, s\u00e9ducteur, l\u2019aduler et accepter son autoritarisme, pour s\u2019en lasser tr\u00e8s rapidement et l\u2019\u00e9jecter de toute r\u00e9pudiation : l\u2019id\u00e9e hante les esprits.<\/p>\n<p>D\u00e9faite de la presse classique, obsolescence des m\u00e9dias conventionnels, tropisme des m\u00e9dias nouveaux, manipulation des r\u00e9seaux sociaux, mont\u00e9e du storytelling en feuilletons sans fin, \u00e9puisement de la pens\u00e9e politique et banalisation du parler-faux : il n\u2019y pas qu\u2019en Tunisie que cela se passe. D\u00e9sormais dans le monde entier.<\/p>\n<p>Pour s\u2019en convaincre, il suffit de lire\u00a0 Le Retour du prince<span class=\"c2\"><sup><strong>*<\/strong><\/sup><\/span> de Vincent Martigny. Ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sciences politiques \u00e0 l\u2019Ecole polytechnique, il diss\u00e8que les nouveaux g\u00e8nes du \u00abPolitique\u00bb, qu\u2019il s\u2019appelle Obama, Trump, Macron, ou autres. Minutieusement, il passe au peigne fin le d\u00e9cor o\u00f9 ce nouveau prince \u00e9volue, mesurant les changements intervenus, soulignant les mystifications pernicieuses, montrant les contre-v\u00e9rit\u00e9s flagrantes.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Rania-Barrak.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>S\u2019il met en exergue les d\u00e9g\u00e2ts de la d\u00e9responsabilisation, Vincent Martigny en fait porter le tort aux politiques, aux m\u00e9dias et aux \u00e9lecteurs. Et l\u2019explique amplement. En guise de conclusion d\u2019une analyse tr\u00e8s pertinente, bien document\u00e9e, il s\u2019interroge sur les conditions d\u2019une nouvelle incarnation d\u00e9mocratique \u00e0 m\u00eame de repenser les institutions. Sa conviction est faite : <em>\u00abC\u2019est seulement par l\u2019\u00e9dification d\u2019une communaut\u00e9 civique nouvelle o\u00f9 le pouvoir sera redistribu\u00e9 et mieux partag\u00e9 que nous pourrons remettre les chefs \u00e0 leur place.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Vincent Martigny, qui \u00e9tait venu d\u00e9but juillet dernier \u00e0 Tunis pr\u00e9senter son livre \u00e0 l\u2019Agora, \u00e0 La Marsa, prom\u00e8ne son regard sur le monde. Tout en s\u2019int\u00e9ressant de pr\u00e8s \u00e0 ce qui se passe chez nous. Son essai est \u00e9difiant \u00e0 plus d\u2019un titre. Instructif.<\/p>\n<p><em><strong>Le retour du prince<br \/>de Vincent Martigny<br \/>Flammarion, 2019<\/strong><\/em><\/p>\n<p><span class=\"c4\"><em><strong>(*) A l\u2019exception des citations directes, les autres intertitres sont de la r\u00e9daction<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<h2>Bonnes feuilles<\/h2>\n<h3>Le spectacle de la politique se substitue aux r\u00e9formes<sup>(*)<\/sup><\/h3>\n<p>(La complexification et l\u2019internationalisation des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, l\u2019\u00e9volution de la d\u00e9mocratie d\u2019opinion et la \u00abculturalisation\u00bb de la politique).<\/p>\n<p>Cette triple \u00e9volution modifie l\u2019\u00e9quilibre entre le r\u00e9cit et l\u2019action dans l\u2019art de gouverner. Dans un monde trop embrouill\u00e9 pour que les r\u00e9sultats tangibles de l\u2019activit\u00e9 politique puissent \u00eatre directement visibles, alors que les m\u00e9dias convertissent le r\u00e9el en narrations, et que la culturalisation des enjeux encourage les interpr\u00e9tations affectives, tout participe \u00e0 faire triompher le r\u00e9cit de l\u2019agir sur l\u2019agir lui-m\u00eame. Une tension in\u00e9dite affleure : le spectacle de la politique se substituant \u00e0 la mise en oeuvre de r\u00e9formes concr\u00e8tes, commentateurs et citoyens en sont r\u00e9duits \u00e0 analyser ou \u00e0 incriminer le r\u00e9cit des actes des dirigeants plut\u00f4t que les r\u00e9percussions sur leur vie quotidienne. Un tel changement dans notre rapport au r\u00e9el ne peut que transformer la nature des dirigeants et celle de la comp\u00e9tence politique.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>Des politiques rock stars<\/h3>\n<p>Dans ce contexte de mutation rapide des r\u00e8gles qui structuraient jusqu\u2019alors la vie politique, on assiste \u00e0 l\u2019apparition de nouveaux hommes forts, \u00e0 l\u2019ascension fulgurante et non conventionnelle. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la comp\u00e9tition politique consistait en une course de fond, jalonn\u00e9e d\u2019\u00e9tapes et parsem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. Elle justifiait des carri\u00e8res longues, dont l\u2019enjeu \u00e9tait de permettre \u00e0 l\u2019imp\u00e9trant de construire patiemment un ensemble de convictions et une exp\u00e9rience de terrain, en vue d\u2019acqu\u00e9rir les ficelles du \u00abm\u00e9tier\u00bb politique, mais aussi de mobiliser les r\u00e9seaux et les soutiens indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9lection. Ce monde-l\u00e0 est sur le point d\u2019\u00eatre r\u00e9volu. Barack Obama, Donald Trump, Emmanuel Macron, Justin Trudeau, Pedro Sanchez, Jair Bolsonaro, Andrej Babis, Sebastian Kurz ou Matteo Salvini sont des m\u00e9t\u00e9orites de la politique, dont l\u2019ascension a pris de court jusque dans leur entourage. D\u2019abord consid\u00e9r\u00e9s comme des personnalit\u00e9s de second rang \u2013 quand ils n\u2019\u00e9taient pas totalement inconnus du grand public \u2013, ils ont gravi \u00e0 pleine vitesse les escaliers du pouvoir.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/rock-stars.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>Une nouvelle mani\u00e8re de conqu\u00e9rir le pouvoir<\/h3>\n<p>Certes, ces profils atypiques d\u2019outsiders traduisent d\u2019abord une lassitude vis\u2011\u00e0-vis des proc\u00e9dures \u00e9lectorales classiques de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, qui s\u2019ajoute au souhait de voir se renouveler les visages de la politique. Mais le processus qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur \u00e9mergence est en r\u00e9alit\u00e9 plus complexe. Il indique une nouvelle mani\u00e8re de conqu\u00e9rir le pouvoir et de l\u2019exercer. Face \u00e0 la triple \u00e9volution (complexification \/ m\u00e9diatisation \/ culturalisation) expos\u00e9e plus haut, ces dirigeants d\u2019un nouveau type proposent des r\u00e9ponses in\u00e9dites et distinctes de celles de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Ils ont d\u2019abord pleinement int\u00e9gr\u00e9 l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019une simplification de leur discours, qui vise \u00e0 pr\u00e9senter des narrations accessibles et rassurantes du r\u00e9el. Produits m\u00e9diatiques par excellence, ils partagent en outre un sens aigu de la communication et une capacit\u00e9 spectaculaire \u00e0 formuler un r\u00e9cit personnel autour de leur parcours.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit est renforc\u00e9 par le soutien de la presse people et des r\u00e9seaux sociaux, leviers d\u2019une personnalisation qui peut se muer en v\u00e9ritable mania. Ces b\u00eates de sc\u00e8ne politiques sont devenues le produit d\u2019une \u00abid\u00e9ologie de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9\u00bb, qui repose sur la valorisation d\u2019une r\u00e9ussite personnelle fond\u00e9e sur la seule popularit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/conqu%C3%A9rir-le-pouvoir.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Par ailleurs, tous ont \u00e9galement en commun de n\u00e9gliger les programmes politiques jug\u00e9s aujourd\u2019hui secondaires et rejet\u00e9s dans \u00abl\u2019id\u00e9ologie\u00bb. Seule compte l\u2019\u00e9toffe, la carrure, mise en sc\u00e8ne \u00e0 travers un r\u00e9cit fond\u00e9 sur une trajectoire personnelle, mouill\u00e9e d\u2019\u00e9motion, qui se substitue \u00e0 l\u2019exposition d\u2019id\u00e9es. Les \u00e9lecteurs deviennent un public qu\u2019il s\u2019agit de divertir, d\u2019\u00e9mouvoir ou d\u2019impressionner, et la vie politique un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres o\u00f9 pr\u00e9vaut la strat\u00e9gie. Alors que les leaders traditionnels se contentaient de cultiver des relations avec les vedettes \u2013 artistes, intellectuels ou hommes d\u2019affaires en vue \u2013, Macron, Obama, Trump, Trudeau ou Salvini sont devenus eux-m\u00eames des stars que la foule des anonymes veut toucher, embrasser, prendre en photo ou en selfie. Des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s dont les journaux \u00e0 scandale guettent les moindres faits et gestes, m\u00ealant vie personnelle et activit\u00e9 politique. Des performers que le public s\u2019arrache dans des meetings de campagne devenus de v\u00e9ritables shows o\u00f9 l\u2019\u00e9motion et l\u2019adr\u00e9naline l\u2019emportent sur la r\u00e9flexion et les propositions. Des politiques rock stars, la drogue, le sexe et le rock\u2019n\u2019roll en moins.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>L\u2019\u00eatre contre le faire<\/h3>\n<p>L\u2019obsession de l\u2019incarnation n\u2019est pas simplement affaire de d\u00e9guisements. Elle marque une m\u00e9tamorphose de l\u2019exercice du pouvoir, int\u00e9gralement r\u00e9investi dans la figure du Prince et dans les spectacles qu\u2019il met en sc\u00e8ne pour sa propre gloire. Elle s\u2019accompagne d\u2019un transfert du faire, condition du changement en politique, vers l\u2019\u00eatre du gouvernant. Alors que la politique en d\u00e9mocratie s\u2019\u00e9tait historiquement donn\u00e9 comme objectif de contribuer \u00e0 la transformation du r\u00e9el, les citoyens donnant pour mission \u00e0 leurs repr\u00e9sentants de les servir, l\u2019extr\u00eame personnalisation s\u2019affranchit progressivement de l\u2019action comme horizon de l\u2019art de gouverner. La conception classique de la repr\u00e9sentation qui dominait jusqu\u2019ici consistait \u00e0 confier un mandat \u00e0 un leader distinct de ses \u00e9lecteurs en vue de changer (ou de maintenir) l\u2019ordre des choses. Cette conception s\u2019efface aujourd\u2019hui devant une forme nouvelle de \u00abrepr\u00e9sentation-incarnation\u00bb : le dirigeant pr\u00e9tend s\u2019identifier, de mani\u00e8re r\u00e9elle ou sublim\u00e9e, au peuple mandataire, mais sans pour autant fixer de contenu sp\u00e9cifique au mandat qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9. Une telle mutation renoue symboliquement avec la figure ancienne du monarque, cens\u00e9 incarner la t\u00eate de la nation, les citoyens en constituant le corps.<\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>Une \u00ab masculinit\u00e9 offensive \u00bb<\/h3>\n<p>Le \u00ab genre pr\u00e9sidentiel\u00a0 \u00bb reste ainsi essentiellement masculin. Il prend chez les nouveaux Princes deux allures distinctes : celle du gendre id\u00e9al (Obama, Trudeau, Macron, Sanchez, Kurz), caract\u00e9ris\u00e9 par sa \u00abfra\u00eecheur\u00bb et sa jeunesse dans un univers politique longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme le territoire d\u2019une \u00e9lite socialement homog\u00e8ne constitu\u00e9e de m\u00e2les blancs \u00e2g\u00e9s, et jouant \u00e9ventuellement la carte d\u2019une d\u00e9mocratie plus \u00ab f\u00e9minine \u00bb, en ce qu\u2019elle permet l\u2019usage d\u2019\u00e9motions traditionnellement r\u00e9fr\u00e9n\u00e9es dans l\u2019espace public par les hommes de pouvoir. \u00c0 l\u2019inverse, le leader peut choisir d\u2019endosser une \u00abmasculinit\u00e9 offensive\u00bb, voire \u00abmascarade\u00bb, \u00e0 travers une exhibition caricaturale des crit\u00e8res de la virilit\u00e9 (Berlusconi, Sarkozy, Trump, Bolsonaro, Orban, ou Erdogan). Dans certains syst\u00e8mes politiques, la demande de proximit\u00e9 peut \u00e9galement prendre des formes fusionnelles entre le Prince et le peuple. Il n\u2019est alors plus question d\u2019incarner \u00abl\u2019homme du peuple\u00bb mais \u00abl\u2019homme-peuple\u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/une-masculinit%C3%A9-offensive.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>\u00abBains de selfies \u00bb<\/h3>\n<p>Les citoyens \u00e9mettent le souhait de voir les gouvernants de plus pr\u00e8s, de les observer \u00e0 hauteur d\u2019homme, \u00e0 port\u00e9e d\u2019appareil photo. En France, en Italie ou aux \u00c9tats-Unis, un tel ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019exprime dans les bains de foule auxquels ils se livrent, d\u2019ailleurs progressivement transform\u00e9s en \u00abbains de selfies\u00bb, comme si le toucher ne suffisait plus et qu\u2019il fallait conserver une image de ces c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s mondiales que sont devenus les Princes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bains-de-selfies.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>Un espace public remodel\u00e9 et \u00e9largi<\/h3>\n<p>Amplifi\u00e9e \u00e0 l\u2019infini par les r\u00e9seaux sociaux, la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle m\u00e9diatique \u00abpilonne le temps\u00bb, selon l\u2019expression de l\u2019\u00e9crivain Sylvain Tesson, et transforme notre rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Nous partageons d\u00e9sormais un sentiment permanent d\u2019urgence et de crise, mais aussi une forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de malaise face \u00e0 ce qui nous semble une dramatisation du monde lui-m\u00eame. La mise en sc\u00e8ne de l\u2019actualit\u00e9 par les m\u00e9dias a depuis longtemps pris l\u2019aspect d\u2019un ensemble de menaces et d\u2019espoirs bien \u00e9loign\u00e9s de la vie quotidienne de ceux qui les observent. Elle promeut des \u00e9v\u00e9nements et des enjeux qui n\u2019auraient parfois jamais retenu notre attention s\u2019ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 valoris\u00e9s de mani\u00e8re artificielle et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce bouleversement m\u00e9diatique, accentu\u00e9 par la r\u00e9volution num\u00e9rique, a des cons\u00e9quences directes sur notre rapport au pouvoir et \u00e0 la participation politique. Il a \u00e9largi et remodel\u00e9 l\u2019espace public n\u00e9 avec les libelles \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle, engendrant une nouvelle irruption des masses dans le jeu d\u00e9mocratique. Jusqu\u2019ici relativement passifs face \u00e0 l\u2019information, les citoyens disposaient d\u2019une participation politique limit\u00e9e, essentiellement centr\u00e9e sur le vote, auquel venait s\u2019adjoindre une palette de possibilit\u00e9s suppl\u00e9mentaires allant de la simple discussion politique \u00e0 l\u2019engagement dans un parti ou \u00e0 la manifestation publique.<\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>Se substituer aux \u00e9lites politiques traditionnelles<\/h3>\n<p>La participation ne garantit pas non plus l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la prise de parole sur les r\u00e9seaux. Twitter n\u2019a pas fait dispara\u00eetre les leaders d\u2019opinion mais a, au contraire, renforc\u00e9 leur visibilit\u00e9. Alors qu\u2019un intellectuel ou un journaliste qui publiait un article dans un quotidien ou une revue de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tait jusqu\u2019alors tr\u00e8s peu confront\u00e9 \u00e0 ses lecteurs, il re\u00e7oit aujourd\u2019hui potentiellement des centaines, voire des milliers de commentaires ou de partages. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019\u00e9mergence sur les r\u00e9seaux sociaux de relais d\u2019opinion d\u2019un type nouveau: les activistes et les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. Les premiers, fortement engag\u00e9s dans une cause, surinvestissent cette nouvelle agora et tentent de mobiliser les citoyens, voire de nourrir leur col\u00e8re ou leur adh\u00e9sion sur un enjeu pr\u00e9cis. Les seconds sont des personnalit\u00e9s du monde culturel ou m\u00e9diatique, sans comp\u00e9tence sociale ou politique particuli\u00e8re, dont l\u2019opinion est partag\u00e9e sur les r\u00e9seaux en vertu de leur seul statut. Ces derniers en sont venus \u00e0 jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant et parfois m\u00eame \u00e0 se substituer aux \u00e9lites politiques traditionnelles.<\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>\u00ab\u00c9crire des livres, oui ; en lire, non\u00bb<\/h3>\n<p>Plusieurs facteurs expliquent cet \u00e9puisement du langage en d\u00e9mocratie. Le d\u00e9clin des id\u00e9ologies a entra\u00een\u00e9 une m\u00e9fiance vis\u2011\u00e0-vis des r\u00e9f\u00e9rences intellectuelles ou historiques trop marqu\u00e9es, qui semblent autant de carcans enfermant une action d\u00e9j\u00e0 passablement contrainte par le r\u00e9el. Alors que les dirigeants de la fin du XXe si\u00e8cle ont largement abus\u00e9 des symboles politiques pour compenser leur incapacit\u00e9 \u00e0 transformer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique et sociale, le contraste entre discours et actes a progressivement d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9 le \u00ab dire \u00bb comme moteur du \u00abfaire\u00bb. Autres \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse, la th\u00e9\u00e2tralisation de la vie politique et son acc\u00e9l\u00e9ration li\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019agenda m\u00e9diatique. Il faut aller vite, alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019espace pour l\u2019expression d\u2019id\u00e9es complexes, de propos construits. \u00c0 cela s\u2019est ajout\u00e9e l\u2019incapacit\u00e9 croissante du monde politique \u00e0 produire de la pens\u00e9e, qui a contribu\u00e9 \u00e0 la neutralisation du langage, \u00e0 sa simplification et \u00e0 son affadissement. Le d\u00e9clin de l\u2019\u00e9crit s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019un mouvement paradoxal du personnel politique dans sa relation aux livres et aux id\u00e9es, que l\u2019on pourrait r\u00e9sumer par une formule : \u00ab\u00c9crire des livres, oui ; en lire, non.\u00bb La prise de contr\u00f4le du discours technocratique et \u00e9conomiste sur la sph\u00e8re politique a fait le reste : le triomphe des politiques publiques et de la gouvernance sur les id\u00e9es a fig\u00e9 le discours en le technicisant.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>\u00abL\u2019\u00e8re de l\u2019arc narratif\u00bb<\/h3>\n<p>La politique, d\u00e9j\u00e0 structurellement th\u00e9\u00e2trale, a assimil\u00e9 le principe du feuilleton, l\u2019importance de l\u2019\u00e9motion et, par-dessus tout, la dimension centrale de la s\u00e9rie : l\u2019arc narratif. Lors de l\u2019\u00e9laboration d\u2019une s\u00e9rie, les sc\u00e9naristes construisent pour chaque personnage un ensemble de sous-histoires qui nourrissent la trame principale. Ces arcs narratifs permettent de retarder la r\u00e9solution finale de l\u2019intrigue en tenant le spectateur en haleine, construisant des r\u00e9cits \u00e0 multiples niveaux.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9mocraties contemporaines, l\u2019arc narratif est devenu l\u2019une des mani\u00e8res de contr\u00f4ler l\u2019agenda m\u00e9diatique et politique. La capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir leur mandat est la premi\u00e8re storyline (le sch\u00e9ma narratif) des dirigeants politiques : \u00e0 partir de leur \u00e9lection, ils reportent la r\u00e9solution des v\u00e9ritables enjeux en captant l\u2019attention du spectateur-\u00e9lecteur avec des sous-histoires m\u00ealant personnalisation et objectifs interm\u00e9diaires, dont l\u2019objet est d\u2019entretenir l\u2019espoir d\u2019une r\u00e9solution ultime de l\u2019intrigue principale \u2013 en d\u2019autres termes, l\u2019obtention de r\u00e9sultats tangibles.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019objectif de l\u2019action publique devient essentiellement l\u2019entretien d\u2019un capital narratif du pouvoir ex\u00e9cutif, en fournissant des histoires qui sont autant d\u2019arguments cens\u00e9s justifier les raisons pour lesquelles le travail fourni et les r\u00e9sultats obtenus ne sont pas imm\u00e9diatement perceptibles par le plus grand nombre. Cette dimension nouvelle est d\u2019autant plus accentu\u00e9e que la croyance dans le succ\u00e8s ou l\u2019\u00e9chec des dirigeants figure parmi les plus arbitraires des convictions politiques. La complexification de l\u2019exercice de l\u2019\u00c9tat et, au-del\u00e0, de la vie sociale tout enti\u00e8re, a ouvert la voie \u00e0 une \u00e8re du doute g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 sur l\u2019efficacit\u00e9 de la politique.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>La cause directe de notre d\u00e9responsabilisation<\/h3>\n<p>Nous sommes p\u00e9tris de certitudes famili\u00e8res selon lesquelles certains individus seraient plus aptes \u00e0 diriger en raison de leurs vertus (courage, esprit d\u2019initiative, sens du sacrifice et de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral) . Penser que l\u2019aptitude au commandement, qui permet \u00e0 certains de s\u2019\u00e9lever au-dessus de leurs semblables, serait naturelle, ou r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les circonstances, revient \u00e0 exprimer des lieux communs qui ne sont pas assez mis en question. L\u2019impuissance, qui est le lot de la plupart des citoyens, a aliment\u00e9 jusqu\u2019ici le besoin de croire en des chefs porteurs d\u2019esp\u00e9rance et capables de se mesurer \u00e0 des forces complexes. O\u00f9 en sommes-nous aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p>La gratification psychologique que nous procure le leadership est la cause directe de notre d\u00e9responsabilisation, fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e que les chefs sont \u00e0 m\u00eame de g\u00e9rer des probl\u00e8mes trop complexes ou trop impr\u00e9visibles \u00e0 notre place. D\u00e9munis face \u00e0 des probl\u00e8mes trop abstraits, nous pouvons facilement nous projeter dans des individus auxquels nous attribuons des qualit\u00e9s ou des d\u00e9fauts essentialis\u00e9s : repr\u00e9sentant alternativement le bien ou le mal, ils nous d\u00e9livrent de la lourde charge de devoir prendre notre part dans la destin\u00e9e collective. Il est d\u00e8s lors facile de les soutenir ou de les rejeter, de les adorer ou de les ha\u00efr, puisqu\u2019ils portent sur leurs \u00e9paules les vertus, les faiblesses, et surtout les devoirs dont nous ne souhaitons pas nous encombrer. En retour, nous leur confions le pouvoir de nous diriger et donc de nous demander des sacrifices auxquels, en vertu de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique de leur autorit\u00e9 et de la loi sur laquelle il repose, nous consentons.<\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>\u00abQu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00bb, qu\u2019ils \u00abd\u00e9gagent\u00bb<\/h3>\n<p>Ces doutes ont conduit \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du cycle illusion-d\u00e9ception qui structure nos d\u00e9mocraties. Plus grandes les illusions, plus graves les d\u00e9ceptions sur la capacit\u00e9 des nouveaux Princes \u00e0 \u00ab changer la vie \u00bb. \u00c0 moins qu\u2019une d\u00e9rive autoritaire, telle qu\u2019elle s\u2019exprime en Turquie, en Pologne ou en Hongrie, stabilise le pouvoir au d\u00e9triment de la majorit\u00e9, nous nous lassons bien vite de ces Princes que nous avons port\u00e9s aux responsabilit\u00e9s sans avoir assez r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 leurs id\u00e9es, \u00e0 leur comp\u00e9tence, et aux responsabilit\u00e9s \u00e9crasantes que nous leur confions. Apr\u00e8s les avoir adul\u00e9s, voil\u00e0 que nous souhaitons \u00abqu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00bb, qu\u2019ils \u00abd\u00e9gagent\u00bb, selon la formule n\u00e9e pendant la r\u00e9volution tunisienne, et qui depuis a fait flor\u00e8s des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>(***)<\/strong><\/p>\n<h3>\u00abLa confiscation de la notion de peuple par les populismes autoritaires\u00bb<\/h3>\n<p>Des courants politiques d\u2019un type nouveau, le plus souvent situ\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, apparaissent en r\u00e9action \u00e0 une homog\u00e9n\u00e9isation des diff\u00e9rences id\u00e9ologiques entre les partis qui occupent l\u2019espace central de la vie politique. Longtemps confin\u00e9s \u00e0 une posture contestatrice et protestataire, ces mouvements acc\u00e8dent au pouvoir depuis quelques ann\u00e9es, tant en Europe (Hongrie, Pologne, R\u00e9publique tch\u00e8que), qu\u2019en Inde, en Turquie ou aux \u00c9tats-Unis. Ils sont aujourd\u2019hui per\u00e7us comme la principale menace \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale.<br \/>La confiscation de la notion de peuple par les populismes autoritaires entra\u00eene deux mouvements parall\u00e8les. Le premier consiste en une construction symbolique d\u2019un peuple en ad\u00e9quation avec l\u2019id\u00e9ologie du parti au pouvoir. Le r\u00e9gime populiste \u00abse cr\u00e9e le peuple au nom duquel il s\u2019est toujours exprim\u00e9 et a toujours agi\u00bb : un peuple aux couleurs chr\u00e9tiennes-nationales du Fidesz de Viktor Orban en Hongrie ou du parti Droit et Justice (PiS) d\u2019Andrzej Duda en Pologne, un peuple ultraconservateur et anti-islam \u00e0 l\u2019image du parti nationaliste BJP en Inde ou libertarien et r\u00e9actionnaire comme le Tea Party am\u00e9ricain, qui a contribu\u00e9 \u00e0 porter Donald Trump \u00e0 la pr\u00e9sidence. Le second mouvement consiste en la mainmise quasi syst\u00e9matique des populistes sur l\u2019\u00c9tat apr\u00e8s la prise du pouvoir. Puisque ces mouvements se veulent l\u2019expression exclusive du peuple et leur leader son \u00e9manation directe, l\u2019administration est somm\u00e9e de servir ses nouveaux ma\u00eetres sans les possibles recours que pr\u00e9voit g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00c9tat de droit. Cette appropriation de l\u2019\u00c9tat s\u2019accompagne d\u2019ordinaire de mesures visant \u00e0 restreindre les libert\u00e9s et \u00e0 emp\u00eacher la d\u00e9lib\u00e9ration, \u00e0 commencer par le d\u00e9mant\u00e8lement et le musellement de la presse. Le populisme autoritaire se maintient ainsi au pouvoir par une double manoeuvre d\u2019\u00e9viction du d\u00e9bat d\u00e9mocratique et de \u00abclient\u00e9lisme de masse\u00bb. La redistribution sociale devient une monnaie d\u2019\u00e9change pour s\u2019assurer la loyaut\u00e9 des citoyens.<\/p>\n<p class=\"c3\">(***)<\/p>\n<h3>\u00ab Le phantasme du peuple-un \u00bb<\/h3>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les fondements de l\u2019ordre politique et de l\u2019ordre social se d\u00e9robent, o\u00f9 l\u2019acquis ne porte jamais le sceau de la pleine l\u00e9gitimit\u00e9, o\u00f9 la diff\u00e9rence des statuts cesse d\u2019\u00eatre irr\u00e9cusable, o\u00f9 le droit s\u2019av\u00e8re suspendu au discours qui l\u2019\u00e9nonce, o\u00f9 le pouvoir s\u2019exerce dans la d\u00e9pendance du conflit, la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement de la logique d\u00e9mocratique reste ouverte. Quand l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 des individus s\u2019accro\u00eet, en cons\u00e9quence d\u2019une crise \u00e9conomique, ou des ravages d\u2019une guerre, quand le conflit entre les classes et les groupes s\u2019exasp\u00e8re et ne trouve plus sa r\u00e9solution symbolique dans la sph\u00e8re politique, quand le pouvoir para\u00eet d\u00e9choir au plan du r\u00e9el, en vient \u00e0 appara\u00eetre comme quelque chose de particulier au service des int\u00e9r\u00eats et des app\u00e9tits de vulgaires ambitieux [\u2026] alors se d\u00e9veloppe le phantasme du peuple-un, la qu\u00eate d\u2019une identit\u00e9 substantielle, d\u2019un corps social soud\u00e9 \u00e0 sa t\u00eate, d\u2019un pouvoir incarnateur, d\u2019un \u00c9tat d\u00e9livr\u00e9 de la division..<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(21).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27957-le-retour-du-prince-de-vincent-martigny-quand-l-art-de-gouverner-change-de-sens-et-de-style\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e9lecteur est d\u00e9sempar\u00e9. Entre d\u00e9mocrates lib\u00e9raux et populistes autoritaires qu\u2019il voit s\u2019affronter dans des duels ubuesques, assassins, et qu\u2019il croit totalement distincts les uns des autres. Entre ce pouvoir horizontal qu\u2019il revendique en antisyst\u00e8me vertical oppressif et usurpateurs des droits du peuple et cette adoration du chef. Entre cet \u00ab homme fort \u00bb, charismatique, rock [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":61158,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-61157","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61157","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61157"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61157\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61157"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61157"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61157"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}