{"id":61555,"date":"2019-09-18T06:30:00","date_gmt":"2019-09-18T10:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mustapha-kamel-nabli-ou-en-sommes-nous-apres-ce-premier-tour-des-elections-presidentielles-en-tunisie-de-septembre-2019\/"},"modified":"2019-09-18T06:30:00","modified_gmt":"2019-09-18T10:30:00","slug":"mustapha-kamel-nabli-ou-en-sommes-nous-apres-ce-premier-tour-des-elections-presidentielles-en-tunisie-de-septembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mustapha-kamel-nabli-ou-en-sommes-nous-apres-ce-premier-tour-des-elections-presidentielles-en-tunisie-de-septembre-2019\/","title":{"rendered":"Mustapha Kamel Nabli: O\u00f9 en sommes-nous apr\u00e8s ce premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en Tunisie de septembre 2019?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">La Tunisie est f\u00e9brile, elle est prise de convulsions. La Tunisie est hyst\u00e9rique, elle est \u00e0 bout de nerfs. La Tunisie est en labeur, elle enfante dans la douleur. Je suis persuad\u00e9 que les Tunisiens se reconna\u00eetront dans cette m\u00e9taphore d\u00e9crivant la situation de la Tunisie.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Apr\u00e8s cette journ\u00e9e historique du 15 septembre 2019, beaucoup de tunisiens sont aussi dans un \u00e9tat de choc et de confusion. Ils se demandent: ou est-ce que nous en sommes? Qu\u2019est-ce-que la Tunisie est en train d\u2019enfanter? Va-t-elle se remettre? Est-ce-que la Tunisie est sur la voie de la r\u00e9mission ou bien de l\u2019aggravation de la maladie? Sommes-nous partis pour une sortie de crise ou bien une entr\u00e9e dans une autre p\u00e9riode de d\u00e9rapage et d\u2019enlisement?<\/span><\/p>\n<p><span class=\"c2\">Je souhaite tenter de donner des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions en soulevant quatrequestions.<\/span><\/p>\n<h2>Est-ce que nous pouvons dire que la d\u00e9mocratie s\u2019est ancr\u00e9e en Tunisie?<\/h2>\n<p>La question de l\u2019enfantement de la d\u00e9mocratie est fondamentale. Tunisie a \u00e9t\u00e9 dans un processus de transition d\u00e9mocratique qui a commenc\u00e9 avec les \u00e9lections d\u2019Octobre 2011. Les sacrifices consentis pendant ces derni\u00e8res ann\u00e9es sont \u00e9normes, et on est en droit de se demander si cela valait le coup. Apr\u00e8s huit ann\u00e9es et plusieurs \u00e9lections, est-ce nous pouvons dire que la Tunisie est devenue un pays d\u00e9mocratique, que la d\u00e9mocratie a atteint un degr\u00e9 de maturation qui nous permet d\u2019anticiper une stabilit\u00e9 institutionnelle qui r\u00e9sout de mani\u00e8re d\u00e9finitive le probl\u00e8me de la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir, et d\u2019ancrer les anticipations dans la volont\u00e9 souveraine du peuple \u00e0 travers des \u00e9lections libres, transparentes et \u00e9quitables.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections de 2019 se distinguent de celles des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, car elles sont les premi\u00e8res o\u00f9 le pouvoir sortant est en concurrence avec d\u2019autres candidats qui aspirent \u00e0 le remplacer. C\u2019est le test crucial d\u2019une d\u00e9mocratie, qu\u2019elle permette par un processus pacifique, \u00e9lectoral transparent, et \u00e9quitable,une transmission du pouvoir d\u2019un groupe politique \u00e0 un autre. Si ces conditions sont r\u00e9unies, on peut consid\u00e9rer que la d\u00e9mocratie est vraiment \u00abn\u00e9e\u00bb et s\u2019est enracin\u00e9e dans le pays.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le premier aspect<\/strong><\/span> est de savoir sile processus d\u00e9mocratique est ancr\u00e9 dans des institutions capables d\u2019assurer son ind\u00e9pendance et sa transparence? La r\u00e9ponse est globalement positive. Le processus \u00e9lectoral et ses r\u00e9sultats ont montr\u00e9 que le pouvoiren place n\u2019est pascapable de maitriser et de contr\u00f4ler le processus et les institutions \u00e0 son avantage. Malgr\u00e9 les moyens et efforts fournispar l\u2019ex\u00e9cutif en place pour contr\u00f4ler et influencer les r\u00e9sultats, il a \u00e9chou\u00e9 et a perdu les \u00e9lections. Les diverses administrations ont acquis suffisamment d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019autonomiepour ne pas \u00eatre de simplesinstruments de l\u2019ex\u00e9cutif en place. Malgr\u00e9 un certain nombre de d\u00e9rapages soulev\u00e9s par les observateurs, on peut prendre acte du fait que le corps des gouverneurs, des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, des \u00abomdas\u00bb ou des responsables de l\u2019administration, ont compris que l\u2019alignement avec le pouvoir en place n\u2019est pas n\u00e9cessairement dans leur int\u00e9r\u00eat. Les diverses tentatives du pouvoir en place d\u2019utiliser ces organismes se sont av\u00e9r\u00e9s inefficaces. C\u2019est un grand progr\u00e8s pour la d\u00e9mocratie, qui doit consolider ces acquis par des mesures concr\u00e8tes pour mieux prot\u00e9ger ces institutions contre leur utilisation partisane.<\/p>\n<p>Ces appr\u00e9ciations s\u2019appliquent dans l\u2019ensemble \u00e0 l\u2019Instance Sup\u00e9rieure Ind\u00e9pendante des Elections (ISIE), les institutions de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, ainsi qu\u2019aux diverses autres structures administratives. C\u2019est un acquis fondamental de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Mais cette appr\u00e9ciation est \u00e0 nuancer par <span class=\"c3\"><strong>le deuxi\u00e8me aspect<\/strong><\/span> qui est celui de la performance des instances de r\u00e9gulation et de supervision des \u00e9lections. On peut estimer que l\u2019ISIE a assur\u00e9 valablement un processus \u00e9lectoral transparent au niveau des inscriptions des \u00e9lecteurs et de l\u2019organisation du scrutin. Mais on peut estimer aussi que l\u2019ISIE ainsi que les autres instances n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 imposer, par une application stricte de la loi, sans interf\u00e9rences politiques, les principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances entre candidats en ce qui concerne le financement, l\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias et l\u2019utilisation des moyens de l\u2019Etat. Ces faiblesses sont dues \u00e0 la fois \u00e0 des lois inadapt\u00e9es, souvent peu claires, mais aussi l\u2019incapacit\u00e9 de ces autorit\u00e9s \u00e0 exercer leur autorit\u00e9 et faire face aux lobbies et forces politiques puissants. Par exemple, une grande faiblesse a \u00e9t\u00e9 le manque d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre candidats, avec deux d\u2019entre eux ne pouvant pas mener leurs campagnes \u00e9lectorales, l\u2019un \u00e9tant en prison, l\u2019autre en fuite pour \u00e9chapper aux poursuites judiciaires. Il est \u00e9vident que seule la justice est en position de se prononcer sur le bien-fond\u00e9 on non de la poursuite judiciaire des deux candidats concern\u00e9s. Par ailleurs ce ne sont pas la qualit\u00e9 et le programme de ces candidats qui sont en question. Mais \u00e9tant donn\u00e9 que leurs candidatures sont l\u00e9gales et accept\u00e9es formellement par l\u2019autorit\u00e9 \u00e9lectorale, ils avaient le droit de mener une campagne comme les autres. Toutes les raisons avanc\u00e9es, m\u00eame judicaires, pour ne pas leur permettre d\u2019exercer leur droit sont inacceptables. Le processus \u00e9lectoral de 2019 restera entach\u00e9 de cette tare, qui pose le probl\u00e8me de l\u2019ind\u00e9pendance de la justice comme un ingr\u00e9dient essentiel du succ\u00e8s d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9mocratique, et du d\u00e9veloppement tout court.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le troisi\u00e8me aspect<\/strong><\/span> \u00e0 appr\u00e9cier concerne la nature du d\u00e9bat politique pendant la campagne \u00e9lectorale, ou plut\u00f4t le non-d\u00e9bat. Les candidats qui ont gagn\u00e9 les \u00e9lections, avec l\u2019un en prison ne pouvant s\u2019exprimer et l\u2019autre ayant poursuivi une campagne du silence qui consiste \u00e0 ne pas s\u2019exprimer et ne pas communiquer ouvertement. La communication est implicite, qui cultive l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, et l\u2019attrait \u00e0 des cibles vari\u00e9es. Ceci est possible avec l\u2019utilisation intensive du digital plut\u00f4t que celui des m\u00e9dias traditionnels. Les moyens de communication dans le monde digital permettent d\u2019amplifier les messages, de constituer des foules adh\u00e9rentes. Cette utilisation du digital a \u00e9t\u00e9 le fait aussi bien des candidats gagnants que par les autres. Le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es et la d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique n\u2019ont pas eu lieu. Comme partout ailleurs une question reste pos\u00e9e: est-ce la d\u00e9mocratie gagne ou pas avec la domination du digital?<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le quatri\u00e8me aspect<\/strong><\/span> \u00e0 appr\u00e9cier est celui du climat dans lequel se sont pass\u00e9es les \u00e9lections. Il est certain qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 souvent tendu, et que les attaques verbales entre candidats ont aussi \u00e9t\u00e9 vicieuses et violentes, surtout dans l\u2019espace digital. Mais il est aussi important de noter que dans l\u2019ensemble on n\u2019est pas rentr\u00e9 dans le processus dangereux de la violence physique, et qu\u2019on soit rest\u00e9 dans un climat pacifique.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le cinqui\u00e8me aspect<\/strong><\/span> est celui de la participation de la population qui doit montrer le degr\u00e9 de son adh\u00e9sion et son engagement dans ce processus d\u00e9mocratique. Les r\u00e9sultats du premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle nous ont donn\u00e9 une appr\u00e9ciation mitig\u00e9e. Le taux de participation a \u00e9t\u00e9 moyen, soit 49% des inscrits, qui est en baisse par rapport aux \u00e9lections de 2014. Mais cette baisse r\u00e9sulte d\u2019une l\u00e9g\u00e8re augmentation des votants au premier tour (3465 mille en 2019 contre 3339 mille en 2014) alors qu\u2019il a eu une augmentation consid\u00e9rable des inscrits 33%.<br \/>Pendant les derni\u00e8res \u00e9lections, seulement pr\u00e8s de 40% de l\u2019ensemble de la population en \u00e2ge de voter s\u2019est rendu aux urnes. Les 60% restants, soit ne sont pas all\u00e9s voter ou bien ne sont m\u00eame pas inscrits pour voter. Il y a eu une partie importante de la population, m\u00eame parmi ceux inscrits dans les registres \u00e9lectoraux, qui a estim\u00e9 que se d\u00e9placer pour voter ne valait pas le coup. Le message doit \u00eatre clair : une bonne partie de la population a estim\u00e9 qu\u2019il existe une discordance fondamentale entre l\u2019importance accord\u00e9e au vote lors des pr\u00e9sidentielles, et les pr\u00e9rogatives effectives limit\u00e9es du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. C\u2019est une carence majeure qui handicape le processus de mise en place de la d\u00e9mocratie, et qui n\u00e9cessite une r\u00e9forme constitutionnelle pour le r\u00e9soudre.<br \/>La qualit\u00e9 du processus d\u00e9mocratique se mesure aussi par sa capacit\u00e9 \u00e0 permettre une large population de la population. Les r\u00e9sultats du premier tour montrent que les deux premiers, qui sont appel\u00e9s \u00e0 s\u2019opposer au deuxi\u00e8me tour, ont obtenu au total seulement pr\u00e8s du tiers des votes exprim\u00e9s. Les deux tiers des votants ne se retrouvent pas au second tour. Ce r\u00e9sultat est conforme aux r\u00e8gles et normes d\u2019un processus transparent. Il est le r\u00e9sultat de la dispersion des voix et de la multiplicit\u00e9 des candidatures, refl\u00e9tant la faiblesse du syst\u00e8me politique dans son ensemble.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble le message essentiel est que la d\u00e9mocratie a avanc\u00e9, et qu\u2019elle s\u2019instaure en profondeur en Tunisie, mais qu\u2019elle souffre encore d\u2019imperfections donttrois faiblesses principales. La premi\u00e8re est la discordance entre la haute signification que donne le citoyen tunisien au poste de Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et les pr\u00e9rogatives qui lui sont d\u00e9volues par la constitution. Les processus \u00e9lectoraux&#8211;pr\u00e9sidentiel et l\u00e9gislatives&#8211;s\u2019en trouvent d\u00e9form\u00e9s, le citoyen restant incertain quant \u00e0 la responsabilit\u00e9 du pouvoir. La deuxi\u00e8me faiblesse r\u00e9side dans la question de l\u2019ind\u00e9pendance de la justice et sa capacit\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le d\u2019arbitre et de mod\u00e9rateur \u00e9quitable dans les conflits politiques. La troisi\u00e8me est la faible capacit\u00e9 des instances de r\u00e9gulation et de supervision des \u00e9lections \u00e0 appliquer la loi et imposer les r\u00e8gles du jeu de mani\u00e8re neutre et \u00e9quitable au niveau de l\u2019utilisation des m\u00e9dias, du financement et autres r\u00e8gles \u00e9lectorales.<\/p>\n<h2>Comment peut-on appr\u00e9cier la performance du syst\u00e8me d\u00e9mocratique?<\/h2>\n<p>Partout dans le reste du monde, dans les pays avanc\u00e9s comme dans les pays \u00e9mergents, la d\u00e9mocratie est en question. Sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux aspirations de la population et d\u2019assurer plus d\u2019\u00e9quit\u00e9 et d\u2019harmonie sociale est mise en cause. C\u2019est \u00e0 la fois une crise de repr\u00e9sentation, que celle de fonctionnement avec l\u2019\u00e9mergence des nouveaux modes d\u2019interaction sociale et de diffusion de l\u2019information.<br \/>Une appr\u00e9ciation d\u2019ensemble de l\u2019apr\u00e8s le premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du 15 septembre 2019, permet de constater que le syst\u00e8me d\u00e9mocratique encore naissant en Tunisie est en train de vivre pleinement les probl\u00e8mes de la d\u00e9mocratie rencontr\u00e9s par les pays d\u00e9mocratiques de longue date.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il soit le meilleur des syst\u00e8mes politiques en g\u00e9n\u00e9ral, le syst\u00e8me d\u00e9mocratique peut produire occasionnellement le pire.<\/p>\n<p>Il peut produire le meilleur, car nous constatons un progr\u00e8s remarquable en Tunisie vers un ancrage plus profond de la d\u00e9mocratie et des libert\u00e9s, par le fait que le \u00ab peuple \u00bb peut effectivement sanctionner la mauvaise performance du pouvoir en place. Il l\u2019a fait avec force en rejetant les candidats qui ont repr\u00e9sent\u00e9 les partis politiques qui ont exerc\u00e9 le pouvoir pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es. La sanction a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re et a m\u00eame pris l\u2019allure d\u2019une \u00abvengeance\u00bb. Malgr\u00e9 les exc\u00e8s de la r\u00e9action, c\u2019est un acquis important et fondamental qui est \u00e0 pr\u00e9server et \u00e0 consolider, qui permet \u00e0 la voix de ceux qui n\u2019avaient pas de voix de s\u2019exprimer.<\/p>\n<p>Il peut produire le pire aussi, car il permet \u00e0 ceux qui savent le mieux agiter la peur, ou mobiliser les \u00e9motions et les sentiments de gagner. Des mouvements \u00abpopulistes\u00bb se sont impos\u00e9s dans les derni\u00e8res \u00e9lections. Le d\u00e9bat rationnel et les choix raisonn\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s. Ce sont les mouvements de foule surtout dans l\u2019espace virtuel, la d\u00e9sinformation, les images floues et les slogans qui ont domin\u00e9.Le champ virtuel permet \u00e0 ces manipulations d\u2019op\u00e9rer avec force et de r\u00e9ussir. Les choix \u00e9lectoraux peuvent ressembler plus \u00e0 des sauts dans l\u2019inconnu, d\u2019expression n\u00e9gative que de construction positive.<br \/>Lorsque la d\u00e9mocratie ne permet pas de faire \u00e9merger une gouvernance efficace, qui r\u00e9sout les probl\u00e8mes de la population et r\u00e9pond \u00e0 ses aspirations, les r\u00e9actions peuvent \u00eatre excessives et devenir m\u00eame destructrices. Ceux qui ont pr\u00e9tendu que la d\u00e9mocratie se r\u00e9duit \u00e0 organiser des \u00e9lections ce qui permet d\u2019asseoir leur pouvoir vont avoir un r\u00e9veil dur. La d\u00e9mocratie doit servir \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins du peuple, sinon elle sera rejet\u00e9e et \u00e9vacu\u00e9e.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie est un syst\u00e8me \u00e0 accepter et appliquer dans son ensemble. On ne peut pas choisir d\u2019accepter ce qui nous convient et rejeter ce qui ne convient pas. Il faut simplement tirer les cons\u00e9quences et corriger les faiblesses du syst\u00e8me qui le rendent susceptible \u00e0 manipulation ou d\u00e9rapage.<\/p>\n<h2>Comment appr\u00e9cier le paysage politique apr\u00e8s le premier tour de la pr\u00e9sidentielle?<\/h2>\n<p>C\u2019est un paysage politique nouveau qui commence \u00e0 \u00e9merger en Tunisie, qui est d\u00e9structur\u00e9 et complexe.Il n\u2019y a plus de bipolarisation ni d\u2019h\u00e9g\u00e9monie. La fracture politique n\u2019est plus centr\u00e9e sur la question islamiste\/moderniste, elle est devenue multi-dimensionnelle. Les partis politiques \u00e9tablis ont \u00e9t\u00e9 lamin\u00e9s. Ce sont les ind\u00e9pendants et les mouvements populistes non-structur\u00e9s qui ont gagn\u00e9 massivement. Le nouveau paysage politique est complexe car aucun de ces mouvements politiques n\u2019est suffisamment coh\u00e9rent et stable pour assurer une bonne gouvernance politique. La capacit\u00e9 \u00e0 gouverner le pays se trouve encore plus compromise qu\u2019auparavant.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le premier aspect<\/strong><\/span> de ce nouveau paysage politique concerne les partis politiques existants, toutes tendances confondues, qui ont \u00e9t\u00e9 lamin\u00e9s. Depuis bien longtemps que les sondages nous ont dit que les partis politiques et que le \u00ab personnel \u00bb politique n\u2019avaient plus de cr\u00e9dibilit\u00e9, et jouissent de peu de confiance aupr\u00e8s des tunisiens. Ces \u00e9lections ont confirm\u00e9 cette attitude avec force, avec un \u00e9chec de tous les partis politiques structur\u00e9s qui ont \u00e9merg\u00e9 depuis 2011. Ils ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s massivement, aussi bien ceux dans pouvoir que dans l\u2019opposition. Le syst\u00e8me des partis politiques a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 plat.<\/p>\n<p>Les partis qui repr\u00e9sentent le courant appel\u00e9 d\u00e9mocrate\/moderniste\/centriste ont essuy\u00e9 un \u00e9chec cuisant. L\u2019ensemble des nombreux partis et candidats appartenant \u00e0 cette mouvance a recueilli 25% des voix exprim\u00e9es. Le nombre de voix recueillies, soit un total de 863 mille voix pour 12 candidats, n\u2019atteint m\u00eame pas la moiti\u00e9 des voix obtenues par feu Beji Caied Essebsi lors du deuxi\u00e8me tour en 2014, et les deux tiers des voix obtenues lors du premier tour. La situation actuelle de ce courant politique repr\u00e9sente l\u2019h\u00e9ritage politique de feu Beji Caied Essebsi, soit un champ d\u00e9vast\u00e9, un champ de ruines, fragment\u00e9 et caract\u00e9ris\u00e9 par la multiplicit\u00e9 de partis et de chefs ambitieux. Il avait toutes les possibilit\u00e9s d\u2019occuper une place centrale dans le paysage politique. Le rassemblement et la moralisation de ce mouvement sont une n\u00e9cessit\u00e9 qui \u00e9tait \u00e9vidente pour tous. Mais il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9chir\u00e9 par les guerres intestines et fratricides, les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour se d\u00e9truire r\u00e9ciproquement, les \u00e9gos d\u00e9mesur\u00e9s et les ambitions personnelles d\u00e9vorantes. Son \u00e9lectorat l\u2019a abandonn\u00e9, et l\u2019a m\u00eame d\u00e9sert\u00e9 \u00e9tant devenu malade de ses luttes et divisions infinies. Son potentiel a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit et il a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au second ou troisi\u00e8me rang en termes d\u2019influence.Ceux appartenant \u00e0 ce mouvement ont exerc\u00e9 le pouvoir ont montr\u00e9 une telle incomp\u00e9tence, une telle incapacit\u00e9 \u00e0 rassembler, une telle arrogance et \u00e9go\u00efsme et une telle mauvaise utilisation du pouvoir qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 encore plus rejet\u00e9s que les autres. Ils ont contribu\u00e9 \u00e0 un pourrissement avanc\u00e9 de la situation. C\u2019est le plus grand \u00e9chec lors de cette transition d\u00e9mocratique en Tunisie : \u00e9chec de ses dirigeants, de ses partis politiques et de sa d\u00e9marche. Sa reconstitution et sa reconstruction sont une condition n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ancrage d\u00e9finitif de la d\u00e9mocratie et de sortie de la Tunisie de sa crise politique.<\/p>\n<p>Ce mouvement doit recouvrer son r\u00f4le central dans l\u2019\u00e9chiquier politique du pays.<\/p>\n<p>Le parti conservateur-islamiste Ennahdha, qui a domin\u00e9 le paysage politique depuis la r\u00e9volution, se trouve affaibli et perd une h\u00e9g\u00e9monie instaur\u00e9e depuis 2011.Le score de son candidat officiel s\u2019est limit\u00e9 \u00e0 13% des voix lors des derni\u00e8res \u00e9lections. Il n\u2019a pas cess\u00e9 de perdre son \u00e9lectorat depuis 2011, et se trouve r\u00e9duit \u00e0 un parti politique similaire aux autres. Le mouvement a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 par les \u00e9lecteurs aux \u00e9checs des derni\u00e8res ann\u00e9es et de la situation difficile du pays. Les ambigu\u00eft\u00e9s de ce mouvement, son action et de ses positions, qui ont \u00e9t\u00e9 un perp\u00e9tuel effort de \u00ab maitriser \u00bb le pouvoir, d\u2019exercer le pouvoir effectif sans en assumer la responsabilit\u00e9, ont fini pas exasp\u00e9rer aussi ses adversaires que ceux qui lui ont fait confiance. Il est appel\u00e9 \u00e0 clarifier son positionnement et ses relations avec les divers groupes politiques, plut\u00f4t que d\u2019essayer continuellement \u00e0 maintenir sa domination. Sa strat\u00e9gie ne marche plus.<\/p>\n<p>Le reste du paysage politique comprend principalement une gauche totalement d\u00e9vast\u00e9e. Elle avait la chance de jouer un r\u00f4le actif d\u2019opposition et de d\u00e9fense d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 alternatif. Mais elle a \u00e9chou\u00e9, se figeant dans des mod\u00e8les id\u00e9ologiques, et dans des attitudes d\u00e9pass\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9es par la population. Il s\u2019en est suivi une fragmentation et des conflits internes qui limitent ses perspectives et son influence. Un petit nombre de partis ont essay\u00e9 de d\u00e9velopper un message coh\u00e9rent et de mobiliser les citoyens par l\u2019action directe. Ils ont r\u00e9alis\u00e9 quelques gains, mais sont rest\u00e9s marginaux.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le deuxi\u00e8me aspect<\/strong><\/span> de ce nouveau paysage apr\u00e8s les derni\u00e8res \u00e9lections politique est celui de l\u2019\u00e9mergence avec fracas des mouvements populistes. Leur \u00e9mergence \u00e9tait pr\u00e9visible \u00e9tant donn\u00e9 le pourrissement de la situation politique et l\u2019enlisement \u00e9conomique et social.Elle est similaire \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans les pays avanc\u00e9s et \u00e9mergents. La demande \u00e9tait latente et forte pour un mouvement populiste qui cristallise les ranc\u0153urs et les insatisfactions de la population, et qui sanctionne le \u00ab syst\u00e8me existant \u00bb. Elle a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e et reconnue dans les sondages et par les observateurs les plus avertis. L\u2019offre n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 venir d\u2019une multitude de candidats pour l\u2019essentiel ind\u00e9pendants, ou appartenant \u00e0 des partis cr\u00e9\u00e9s r\u00e9cemment pour la circonstance. Les sept candidats en question ont des offres diff\u00e9rentes, mais ont r\u00e9ussi \u00e0 accaparer plus que 55% des voix exprim\u00e9es.<\/p>\n<p>Les diverses tendances de ce mouvement n\u2019ont pas de programme pr\u00e9cis ou des fondements clairs qui pourront guider leur action. Ils font appel \u00e0 l\u2019\u00e9motion, ils font des promesses, mais il est difficile de voir comment ils pourront les r\u00e9aliser. Ce mouvement populiste est encore \u00abimmature\u00bb , car les deux conditions principales pour une grande r\u00e9ussite de tels mouvements ne sont pas bien remplies. Un mouvement populiste mature doit avoir un message clair concernant la \u00abpartie adverse ou ennemi\u00bb, et avoir un \u00abchef charismatique\u00bb. Ces deux conditions ne sont r\u00e9unies dans aucune des composantes de ce mouvement.<\/p>\n<p>Il existe des \u00e9l\u00e9ments de discours qui d\u00e9finissent le \u00absyst\u00e8me en place\u00bb ou \u00ables \u00e9lites qui ont gouvern\u00e9 et se sont accapar\u00e9 les richesses du pays\u00bb comme l\u2019adversaire, qu\u2019il s\u2019agit de combattre. Les populistes rejettent le syst\u00e8me en place dans son ensemble, comprenant \u00e0 la fois les partis qui ont exerc\u00e9 le pouvoir et ceux de l\u2019opposition. Mais les contours de leur message sont flous, se limitant souvent \u00e0 l\u2019expression de certaines \u00abvaleurs\u00bb comme la probit\u00e9, la proximit\u00e9 du peuple ou l\u2019empathie avec les pauvres et d\u00e9favoris\u00e9s. La personnalit\u00e9 des leaders est pour la plupart opaque, ayant une faible capacit\u00e9 de mobiliser les masses.<\/p>\n<p>Ce mouvement a certes ramass\u00e9 un nombre consid\u00e9rable de voix. Mais il n\u2019est pas homog\u00e8ne, et m\u00eame plus fragment\u00e9 que les autres courants politiques.Il existe plusieurs tendances, et il est repr\u00e9sent\u00e9 par plusieurs personnalit\u00e9s. Mais on peut distinguer deux principales tendances.<\/p>\n<ul>\n<li>Il y a une tendance qui n\u2019a pas de base id\u00e9ologique, et qui a pour principal programme la redistribution. C\u2019est celle repr\u00e9sent\u00e9e par Nabil Karoui, qui est soutenu principalement par la partie la plus pauvre, non \u00e9duqu\u00e9e et marginalis\u00e9e de la population. Cette tendance est semblable aux mouvements populistes qui ont vu le jour en Am\u00e9rique Latine, et qui se sont caract\u00e9ris\u00e9s par leur message plut\u00f4t redistributif. Ils aspirent \u00e0 appliquer des programmes qui permettent la redistribution des richesses vers les moins nantis et les plus faibles.<\/li>\n<li>La deuxi\u00e8me tendance poss\u00e8de une base id\u00e9ologique plus forte qui est islamo-r\u00e9volutionnaire, repr\u00e9sent\u00e9e surtout par Kais Sa\u00efed, mais incluant d\u2019autres candidats dont les id\u00e9es sont proches. Elle est ancr\u00e9e dans un ensemble de valeurs d\u2019anti-corruption, de rejet des \u00e9lites et syst\u00e8mes existants, avec un certain contenu de redistribution du pouvoir et des richesses. Elle combine ces valeurs avec un conservatrice du point de vue social.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces appr\u00e9ciations montrent que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un paysage politique en reconstitution profonde, qui sera d\u00e9terminante pour l\u2019avenir de la d\u00e9mocratie et des possibilit\u00e9s de d\u00e9passement de la crise politique que vit le pays.La d\u00e9composition du syst\u00e8me des partis, en m\u00eame temps que l\u2019importance du populisme vont rendre la t\u00e2che d\u2019organisation de la vie politique extr\u00eamement difficile. La gouvernance du pays en souffrira.<\/p>\n<h2>O\u00f9 allons-nous et quelles perspectives?<\/h2>\n<p>Au vu de ces clarifications, o\u00f9 en sommes-nous et quelles sont les perspectives du pays? Plusieurs le\u00e7ons et implications sont \u00e0 relever et \u00e0 m\u00e9diter.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Il y a d\u2019abord le message d\u2019une partie importante de la population<\/strong><\/span> qui ne se reconnaissent pas dans le syst\u00e8me politique en place, et qui ont exprim\u00e9 leur adh\u00e9sion au diverses offres populistes. Parmi les votants on estime l\u2019ensemble de ces citoyens, \u00e0 1 million et 900 mille votants, soit presque 22% de la population en \u00e2ge de voter ou 55% des votants. Il y a certainement d\u2019autres citoyens qui n\u2019ont pas vot\u00e9 qui partagent leur avis. La d\u00e9mocratie leur a donn\u00e9 une occasion pour s\u2019exprimer et ils l\u2019ont fait avec force, avec le rejet du syst\u00e8me en place. Ces citoyens, pour la plupart parmi les plus pauvres et les marginalis\u00e9s, parmi les jeunes et les femmes, se sentent \u00abexclus\u00bb et non-repr\u00e9sent\u00e9s. Des \u00e9tudes approfondies socio-\u00e9conomiques, culturelles et politiques sont n\u00e9cessaires pour mieux comprendre cette population et ses motivations. Mais on peut d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 affirmer que le caract\u00e8re r\u00e9gional est compl\u00e8tement impertinent, car les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux sont similaires dans toutes les r\u00e9gions du pays, et contiennent le m\u00eame message.<\/p>\n<p>Ind\u00e9pendamment de la personnalit\u00e9 et de la qualit\u00e9 des candidats qui ont obtenu leur vote, ce d\u00e9fi lanc\u00e9 par cette cat\u00e9gorie de la population \u00e0 l\u2019\u00e9lite et \u00e0 la classe politique doit \u00eatre entendu.On peut m\u00eame avancer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une nouvelle \u00ab r\u00e9volution d\u00e9mocratique \u00bb par les urnes, celle de 2011 ayant atteint ses limites ou m\u00eame une impasse. Il reste \u00e0 comprendre s\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9surgence de la r\u00e9volution de 2011, ou bien s\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9volution diff\u00e9rente avec des acteurs et des pr\u00e9occupations diff\u00e9rents. Mais le r\u00e9sultat est le m\u00eame, soit une nouvelle rupture politique est enclench\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous sommes loin de sortir de la phase de transition d\u00e9mocratique, mais plus proches d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition de la phase d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution de 2011 qui est porteuse aussi bien de risques majeurs que d\u2019un potentiel de progr\u00e8s et d\u2019acquis. C\u2019est un nouveau pari qu\u2019ont pris les Tunisiens, qui certes ouvre des horizons de changement, d\u2019essayer d\u2019autres solutions ou approches, mais il est risqu\u00e9. La Tunisie restera f\u00e9brile, hyst\u00e9rique, et en labeur. Le temps de la reconstitution et consolidation de l\u2019Etat est diff\u00e9r\u00e9, les perspectives de r\u00e9solution de la crise politique se sont \u00e9loign\u00e9es, et les risques d\u2019aggravation de la situation \u00e9conomique et sociale se sont renforc\u00e9s. Il y aura une augmentation des incertitudes, une plus grande instabilit\u00e9, et un manque de confiance renforc\u00e9!<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La deuxi\u00e8me le\u00e7on<\/strong><\/span> est que l\u2019ensemble du paysage politique qui a \u00e9merg\u00e9 du vote du 15 septembreest lui-m\u00eame aussi porteur de grands risques et dangers. Il est hautement probable que ce paysage \u00e9mergeant et nouveau sera compl\u00e9t\u00e9 et confirm\u00e9 lors des prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives. Il est le plus plausible que les diverses composantes de la famille centriste\/moderniste ne feront rien pour rassembler leurs forces ou m\u00eame essayer de coordonner leur action dans les l\u00e9gislatives. Cela s\u2019appliquera aussi pour les partis de gauche. La combinaison d\u2019une grande faiblesse des partis politiques et d\u2019une domination du paysage par des mouvements populistes forts, mais qui n\u2019ont ni une vision ni un programme de sortie de la crise, est plus qu\u2019inqui\u00e9tante et porteuse de danger. Les groupes populistes ne sont ni coh\u00e9rents ni structur\u00e9s. Ce sont des groupes qui n\u2019ont pas l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019exercice du pouvoir, et dont la capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer l\u2019Etat est pour le moins incertaine. Les personnages qui les repr\u00e9sentent ne semblent pas porter de visions ou programmes clairs pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande de leurs \u00e9lecteurs. Ils ne font que cultiver le flou et les messages faisant appel \u00e0 l\u2019\u00e9motion et aux sentiments. Combien de temps faudra-t-il pour que les \u00e9lecteurs se rendent compte et que l\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9 sonne ? Le co\u00fbt de l\u2019apprentissage risque d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 pour le pays.\u00a0 Une p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9 politique accrue s\u2019ouvre, avec de grandes difficult\u00e9s \u00e0 gouverner le pays.<\/p>\n<p>Les risques et les dangers sont d\u2019autant plus importants que la situation g\u00e9opolitique est tr\u00e8s mouvante et l\u2019instabilit\u00e9 r\u00e9gionale est grande, surtout avec la situation critique en Libye.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La troisi\u00e8me le\u00e7on \u00e0 m\u00e9diter<\/strong><\/span> est que le succ\u00e8s des populistes est aussi bien le r\u00e9sultat de la demande d\u2019une partie des citoyens \u00e0 rejeter le syst\u00e8me, que celui de la faiblesse et d\u2019irresponsabilit\u00e9 de la classe politique actuelle. La voix des autres 78% de la population en \u00e2ge de voter, qui n\u2019ont pas vot\u00e9 pour les populistes, a \u00e9t\u00e9 perdue: celle de ceux qui n\u2019ont pas vot\u00e9 ou celle de ceux dont le vote s\u2019est dissip\u00e9 dans la multiplicit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e des candidatures \u00e9limin\u00e9es. En particulier, l\u2019\u00e9lite politique de la famille centriste\/moderniste a failli lamentablement et s\u2019est fait abattre sur l\u2019autel de ses \u00e9go\u00efsmes, son manque de vision et de son incomp\u00e9tence politique. La reconstruction de cette mouvance est une priorit\u00e9, qui doit partir des valeurs fondamentales \u00e0 porter, pour arriver \u00e0 une construction institutionnelle moderne \u00e0 la mesure des enjeux et des d\u00e9fis de la Tunisie d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9vident depuis longtemps, mais devient encore plus urgent apr\u00e8s ces \u00e9lections. Continuer \u00e0 essuyer des \u00e9checs successifs sans tirer les cons\u00e9quences est un crime envers la Tunisie.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Il y a, enfin, la n\u00e9cessit\u00e9 de reconnaitre que la grande le\u00e7on des derni\u00e8res \u00e9lections est<\/strong><\/span> que le syst\u00e8me politique est en faillite, il ne r\u00e9pond pas aux besoins de la Tunisie. Il est dysfonctionnel et incapable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes fondamentaux de la Tunisie. Par syst\u00e8me politique nous entendons l\u2019ensemble des m\u00e9canismes \u00e9tablis par la constitution dont surtout la r\u00e9partition du pouvoir au sein de l\u2019ex\u00e9cutif et la nature du r\u00e9gime politique, le fonctionnement des institutions dont la Parlement et la Pr\u00e9sidence, les partis politiques, le syst\u00e8me \u00e9lectoral ainsi que les valeurs et normes qui les r\u00e9gissent.Les derni\u00e8res \u00e9lections ont montr\u00e9 la gravit\u00e9 de la situation \u00e0 propos de ces questions, et l\u2019urgence de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes pos\u00e9s. Mais il semble plus douteux que jamais que des progr\u00e8s puissent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s dans ce domaine.<\/p>\n<p>La Tunisie n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 affronter ses d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux. La divergence entre le processus de transition politique ayant r\u00e9alis\u00e9 des progr\u00e8s, et le processus de transformation \u00e9conomique et sociale caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019enlisement et m\u00eame la r\u00e9gression finit par produire un choc qui s\u2019est traduit dans les urnes. Avec ses crises politiques, \u00e9conomiques et sociales, la Tunisie est bloqu\u00e9e, et embourb\u00e9e dans la question des choix fondamentaux qu\u2019elle doit confronter. Il y a certaines pr\u00e9occupations qui sont importantes et centrales pour la remise sur pied de la Tunisie, comme les valeurs morales dans la vie politique et \u00e9conomique ou dans les m\u00e9dias, la lutte contre la corruption et l\u2019exclusion, ou la question de la justice sociale et de la distribution et redistribution des richesses. Mais d\u2019autres pr\u00e9occupations qui sont soulev\u00e9es ouvrent des clivages et des fractures multiples et difficiles. Elles concernent la nature de l\u2019Etat et sa l\u00e9gitimit\u00e9, l\u2019identit\u00e9 et le r\u00f4le de la religion en politique, notre place dans le monde et nos relations avec les autres, le mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 et les choix soci\u00e9taux, ainsi que les valeurs morales qui doivent nous guider dans les domaines des libert\u00e9s et des droits individuels.Ces questions sont susceptibles de raviver les animosit\u00e9s entre groupes de la population ainsi que les risques de violence dans le domaine politique et m\u00eame social.<br \/>La Tunisie fait certes des progr\u00e8s au niveau politique, mais elle est en train de voir son r\u00e9tablissement vers la bonne sant\u00e9 diff\u00e9r\u00e9 encore plus.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mustapha K. Nabli<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/27997-mustapha-k-nabli-ou-est-ce-que-nous-en-sommes-apres-ce-premier-tour-des-elections-presidentielles-de-septembre-2019\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie est f\u00e9brile, elle est prise de convulsions. La Tunisie est hyst\u00e9rique, elle est \u00e0 bout de nerfs. La Tunisie est en labeur, elle enfante dans la douleur. Je suis persuad\u00e9 que les Tunisiens se reconna\u00eetront dans cette m\u00e9taphore d\u00e9crivant la situation de la Tunisie. 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