{"id":62527,"date":"2019-09-27T09:50:57","date_gmt":"2019-09-27T13:50:57","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/randa-maroufi-ma-recherche-se-situe-entre-le-reportage-le-cinema-et-letude-sociologique\/"},"modified":"2019-09-27T09:50:57","modified_gmt":"2019-09-27T13:50:57","slug":"randa-maroufi-ma-recherche-se-situe-entre-le-reportage-le-cinema-et-letude-sociologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/randa-maroufi-ma-recherche-se-situe-entre-le-reportage-le-cinema-et-letude-sociologique\/","title":{"rendered":"Randa Maroufi : \u00abMa recherche se situe entre le reportage, le cin\u00e9ma et l\u2019\u00e9tude sociologique\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"post_layout_5_img\" src=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Randa-Maroufi-artiste-plasticienne-et-re%CC%81alisatrice.jpg?x29840\" alt=\"Randa Maroufi : \u00abMa recherche se situe entre le reportage, le cin\u00e9ma et l\u2019\u00e9tude sociologique\u00bb\"\/><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"c5\"><strong><span class=\"c4\"><em>Entretien avec<\/em> Randa Maroufi, <em>artiste plasticienne et r\u00e9alisatrice<\/em><\/span><\/strong><\/span> <span id=\"more-318812\"\/><\/p>\n<div class=\"base-box mom_box_sc_custom mom_box_sc clear c6\" readability=\"11\">\n<p class=\"p1\"><strong>La dimension formelle et th\u00e9\u00e2trale du film est un gage de libert\u00e9 par rapport au sujet. Je d\u00e9sirais m\u2019\u00e9loigner le plus possible de l\u2019image m\u00e9diatique habituelle qui couvre ce lieu, pour laisser aux personnes film\u00e9es la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer dans un espace-temps autre que celui de la fronti\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>ALM : Votre dernier court m\u00e9trage \u00abBab Sebta\u00bb sera pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Kulte Gallery \u00e0 Rabat et \u00e0 plusieurs festivals internationaux dont le Festival Actoral \u00e0 Marseille, au Festival 25fps en Croatie, au Black Canvas FCC au Mexique, aux Rencontres cin\u00e9matographiques de Cerb\u00e8re-Portbou en France\u2026 Parlez-nous de l\u2019id\u00e9e de cette \u0153uvre\u2026<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>Randa Maroufi :<\/strong> Mon film \u00abBab Sebta\u00bb est une suite de reconstitutions de situations observ\u00e9es a\u0300 la fronti\u00e8re de Sebta. Il est enti\u00e8rement tourn\u00e9 dans un studio \u00e0 Azla avec de vraies personnes travaillant r\u00e9ellement \u00e0 la fronti\u00e8re. On voit trois diff\u00e9rents moments de la travers\u00e9e pour les porteurs et porteuses de la marchandise mais aussi pour des personnes qui traversent la fronti\u00e8re (touristes ou autres). Des moments d\u2019attente, de pr\u00e9paration de la marchandise au niveau des hangars, le moment de ce que j\u2019appelle lib\u00e9ration, quand une avalanche humaine se produit.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La dimension formelle et th\u00e9\u00e2trale du film est un gage de libert\u00e9 par rapport au sujet. Je d\u00e9sirais m\u2019\u00e9loigner le plus possible de l\u2019image m\u00e9diatique habituelle qui couvre ce lieu, pour laisser aux personnes film\u00e9es la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer dans un espace-temps autre que celui de la fronti\u00e8re. Loin des vrais lieux, je souhaitais donner aux travailleurs une importance qu\u2019ils ont beaucoup moins dans le vrai paysage. Le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 avec 2 points de vue diff\u00e9rents, un z\u00e9nithal et un frontal. Le choix du point de vue z\u00e9nithal me semblait important, ad\u00e9quat et plus juste pour analyser un sujet li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration de deux territoires, cela permet de se rendre compte de la dimension cartographique du projet, cela peut rappeler l\u2019architecture, la topographie mais aussi la surveillance.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> Les travellings frontaux me permettaient d\u2019obtenir une finesse des d\u00e9tails et des situations, mais aussi laissent une place \u00e0 la figure humaine et d\u00e9voilent les visages.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>Pourquoi avez-vous choisi ce th\u00e8me?\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est important pour moi de parler du c\u00f4t\u00e9 anecdotique du projet parce que cela a jou\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre dans mon d\u00e9sir de vouloir travailler sur ce sujet peut-\u00eatre. Je suis enfant d\u2019un inspecteur de douane, plusieurs membres de ma famille travaillent dans l\u2019import et l\u2019export, la douane, la fronti\u00e8re de Sebta. Il nous est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de consommer de la marchandise de saisie douani\u00e8re en provenance de Sebta. J\u2019ai v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es dans la r\u00e9gion de Tanger et \u00e9tudi\u00e9 4 ann\u00e9es \u00e0 l\u2019Institut national des beaux-arts de T\u00e9touan. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019influence espagnole sur cette r\u00e9gion, quasi omnipr\u00e9sente, que l\u2019on trouve dans le dialecte r\u00e9gional, le mode de vie, et particuli\u00e8rement dans la culture de consommation.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> En d\u00e9cembre 2015, j\u2019ai eu l\u2019occasion de s\u00e9journer \u00e0 la r\u00e9sidence d\u2019artiste Trankat sous l\u2019invitation de B\u00e9r\u00e9nice Saliou, directrice artistique actuelle de l\u2019ICI.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span> J\u2019ai pass\u00e9 trois semaines \u00e0 faire des allers-retours \u00e0 pied et en voiture pour observer \u00able ballet\u00bb des individus autour de la fronti\u00e8re de Bab Sebta. Le territoire tr\u00e8s particulier de Sebta g\u00e9n\u00e8re des rapports humains hors du commun. Il y a une perte de rep\u00e8res, une folie de l\u2019espace. Ma volont\u00e9 est de retranscrire cette tension si particuli\u00e8re ressentie sur ce petit territoire qui s\u00e9pare l\u2019Afrique de l\u2019Europe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>A l\u2019initiative de l\u2019Institut des cultures d\u2019Islam (ICI), vous d\u00e9voilez \u00e9galement en plein air votre photographie \u00abPlace Houwaert\u00bb. Pouvez-vous nous en parler ?\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019id\u00e9e de ce projet est n\u00e9e en 2016 lorsque je prenais la ligne 2 du m\u00e9tro parisien en passant par la station Barb\u00e8s Rochechouart. Je remarquais l\u2019occupation majoritaire masculine dans une partie du paysage. Ce regroupement d\u2019individus m\u2019a donn\u00e9 l\u2019envie de travailler sur le d\u00e9tournement des genres dans ces situations pr\u00e9sentes. En 2018, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par Moussem Nomadic Arts Centre \u00e0 Bruxelles afin d\u2019adapter le projet au territoire bruxellois. La photographie intitul\u00e9e \u00abPlace Houwaert\u00bb est le fruit de cette r\u00e9sidence. Elle est le d\u00e9but de la s\u00e9rie \u00abLes intruses\u00bb. C\u2019est une mise en sc\u00e8ne o\u00f9 des femmes \u00abintruses\u00bb occupent l\u2019espace d\u2019un caf\u00e9 communautaire \u00e0 Bruxelles. Elles empruntent la m\u00eame gestuelle, la m\u00eame posture que celles des hommes : elles jouent aux cartes, regardent un match de foot dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. En occupant les terrasses, elles se mettent en vitrines dans un espace public qui exclut le genre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J\u2019avais parl\u00e9 de mon id\u00e9e de 2016 \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice Saliou, directrice artistique de l\u2019ICI, et d\u00e8s qu\u2019elle a vu passer l\u2019appel \u00e0 projet \u00abEmbellir Paris\u00bb lanc\u00e9 par la ville de Paris, elle a vite pens\u00e9 \u00e0 mon travail. L\u2019ICI m\u2019a donc propos\u00e9 de cr\u00e9er une \u0153uvre r\u00e9pondant au contexte de Barb\u00e8s. Les images install\u00e9es le long du boulevard de la Chapelle cherchent \u00e0 susciter une prise de conscience sur l\u2019occupation majoritairement masculine de certains sites. J\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 des femmes d\u2019inverser les r\u00f4les lors d\u2019une prise de vue. Les femmes ont remplac\u00e9 les hommes. Bien que cette repr\u00e9sentation aille \u00e0 l\u2019encontre des intentions \u00e9galitaires, je propose avant tout d\u2019interroger le partage de l\u2019espace public entre les genres. Le projet est visible pour la dur\u00e9e d\u2019une ann\u00e9e sous le m\u00e9tro a\u00e9rien de Barb\u00e8s, au niveau de la promenade urbaine Barb\u00e8s-La Chapelle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>Pouvez-vous nous expliquer le processus de vos cr\u00e9ations et la gen\u00e8se de vos \u0153uvres ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ma recherche se situe entre le reportage, le cin\u00e9ma et l\u2019\u00e9tude sociologique, que je poursuis en d\u00e9veloppant diff\u00e9rents projets ax\u00e9s sur la question du genre et le statut de l\u2019image. Je d\u00e9veloppe des probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la transition, \u00e0 la surveillance, au r\u00e9veil et \u00e0 l\u2019affranchissement. En quelques mots: un lieu, des gens, une cam\u00e9ra. Un travail se construit au fur et \u00e0 mesure de rencontres, ou s\u2019appuie parfois sur une image que je trouve sur les r\u00e9seaux sociaux, un souvenir de la vie de tous les jours ou un \u00e9v\u00e9nement fugace. Lorsque j\u2019ai saisi cet instant, je couche l\u2019id\u00e9e sur le papier, puis, dans un second temps, apr\u00e8s l\u2019avoir dig\u00e9r\u00e9e et imagin\u00e9 un moyen pour traiter le sujet, j\u2019y reviens. Ensuite je fais des rep\u00e9rages. L\u2019id\u00e9al est de pouvoir travailler avec les personnes pr\u00e9sentes sur place, ou qui connaissent bien le lieu. J\u2019ai besoin d\u2019\u00eatre entour\u00e9e, tant pour le contenu que pour sa r\u00e9alisation concr\u00e8te. Seule, il me serait impossible de produire mes films. J\u2019ai besoin d\u2019\u00e9changer en permanence, depuis les pr\u00e9mices d\u2019un film \u00e0 son montage, en passant par le tournage. Puis j\u2019essaie de faire partie du paysage, d\u2019habiter le lieu, de cr\u00e9er des liens avec les gens, plut\u00f4t de confiance que d\u2019amiti\u00e9. J\u2019explique aux gens d\u00e8s le d\u00e9part que nous allons travailler ensemble. J\u2019essaie de rester bienveillante. Je ne sors jamais ma cam\u00e9ra. Mon t\u00e9l\u00e9phone suffit pour quelques images prises discr\u00e8tement sur place. Je prends des sons, des notes. J\u2019attends. J\u2019\u00e9change beaucoup avec les gens, je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qu\u2019ils font. Je leur montre ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait pour qu\u2019ils aient une id\u00e9e de ce que nous pouvons faire ensemble. Petit \u00e0 petit, les gens sont de plus en plus curieux, motiv\u00e9s, et veulent commencer le tournage. Le jour J, l\u2019\u00e9quipe technique arrive, ainsi que le mat\u00e9riel. Pas d\u2019inqui\u00e9tude. Les gens sont contents. Je sors cette cam\u00e9ra enfin et on tourne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><strong>Pr\u00e9parez-vous d\u2019autres projets ?\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Je suis actuellement en r\u00e9sidence au Qu\u00e9bec o\u00f9 j\u2019exp\u00e9rimente des choses et je pr\u00e9pare deux expositions, la premi\u00e8re, solo au Centre d\u2019Art l\u2019\u00c9cart, et une seconde au Mus\u00e9e MA avec l\u2019artiste Martin Beauregard, et sous le commissariat de Marie Moignard. Je pr\u00e9pare aussi une version serbe de la s\u00e9rie \u00abLes Intruses\u00bb, j\u2019irai \u00e0 Belgrade en novembre pour des rep\u00e9rages. Et je pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une version marocaine (j\u2019avais rep\u00e9r\u00e9 un d\u00e9cor \u00e0 Martil et quelqu\u2019un m\u2019a parl\u00e9 d\u2019un autre d\u00e9cor int\u00e9ressant \u00e0 Marrakech).<\/p>\n<p>Auteur: Siham Jadraoui<br \/>\n<a href=\"http:\/\/aujourdhui.ma\/culture\/randa-maroufi-ma-recherche-se-situe-entre-le-reportage-le-cinema-et-letude-sociologique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Randa Maroufi, artiste plasticienne et r\u00e9alisatrice La dimension formelle et th\u00e9\u00e2trale du film est un gage de libert\u00e9 par rapport au sujet. 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