{"id":63761,"date":"2019-10-08T11:44:00","date_gmt":"2019-10-08T15:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ferid-ben-brahim-lexplosion-de-la-dette-publique-tunisienne-a-son-origine-dans-lample-deficit-budgetaire-de-2012-a-2014\/"},"modified":"2019-10-08T11:44:00","modified_gmt":"2019-10-08T15:44:00","slug":"ferid-ben-brahim-lexplosion-de-la-dette-publique-tunisienne-a-son-origine-dans-lample-deficit-budgetaire-de-2012-a-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ferid-ben-brahim-lexplosion-de-la-dette-publique-tunisienne-a-son-origine-dans-lample-deficit-budgetaire-de-2012-a-2014\/","title":{"rendered":"F\u00e9rid Ben Brahim: L\u2019explosion de la dette publique tunisienne a son origine dans l\u2019ample d\u00e9ficit budg\u00e9taire de 2012 \u00e0 2014"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019origine de l\u2019explosion de la dette publique tunisienne est d\u2019abord et surtout endog\u00e8ne: le d\u00e9ficit commercial de la Tunisie avoisine actuellement les 20% du PIB alors m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait inf\u00e9rieur \u00e0 10% avant 2010. Ce sont aujourd\u2019hui, plus de 73 milliards de dinars de d\u00e9ficit commercial qui se sont cumul\u00e9s (2014-2018).<\/p>\n<p>Pour les facteurs qui permettent de redresser la situation, m\u00eame si le tourisme en 2019 a permis d\u2019oublier les ann\u00e9es sombres 2015-2017; il ne comble qu\u2019en partie la mauvaise performance des exportations de biens. Les transferts des tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (RTE) se sont aussi am\u00e9lior\u00e9es en 2019 tout comme les IDE, mais le recours \u00e0 l\u2019endettement ext\u00e9rieur reste la variable d\u2019ajustement et c\u2019est cela qui explique le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit ci-dessous.<\/p>\n<p>La dette int\u00e9rieure qui s\u2019accroit aussi est, quant \u00e0 elle, guid\u00e9e par le d\u00e9ficit budg\u00e9taire qui passe de 1% en 2010 (en r\u00e9alit\u00e9 un exc\u00e9dent d\u00e9guis\u00e9 en d\u00e9ficit) \u00e0 6,9% en 2013 et 6,1% en 2017.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tab-1(11).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>Le niveau d\u2019endettement public devient inqui\u00e9tant<\/h2>\n<p>La Tunisie a connu ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es une hausse spectaculaire de sa dette publique tant int\u00e9rieure qu\u2019ext\u00e9rieure. Ce doublement de la dette exprim\u00e9e en dinars est essentiellement le fruit de la dette ext\u00e9rieure qui progresse annuellement en moyenne de 50% sur la p\u00e9riode. Cette croissance provient de la forte hausse du volume d\u2019endettement mais aussi de l\u2019effet de change.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tab-2(9).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>A un niveau d\u2019endettement ext\u00e9rieur public de 24,8 milliards de dinars fin 2014, nous ajoutons un effet de change de 21,8 milliards de dinars qui se subdivise ainsi:<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tab-3(8).jpg\" alt=\"\" width=\"50%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>A ceci, nous ajoutons un effet de \u00ab volume \u00bb de la dette publique ext\u00e9rieure qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 14,1 milliards de dinars.<\/p>\n<p>Ce qui nous ram\u00e8ne naturellement au chiffre de 60,7 milliards de dinars \u00e0 la fin du 1er trimestre 2019 (voir le graphique ci-dessous).<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-1(21).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>Une dette publique int\u00e9rieure maitris\u00e9e<\/h2>\n<p>Le probl\u00e8me de la dette tunisienne n\u2019est absolument pas sa partie int\u00e9rieure qui reste parfaitement sous contr\u00f4le et qui a m\u00eame tendance \u00e0 reculer, en % du revenu brut int\u00e9rieur, au vu des chiffres annuels durant la p\u00e9riode 2014-2018 avec une l\u00e9g\u00e8re remont\u00e9e en mars 2019.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tab-4(4).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>Une dette publique ext\u00e9rieure qui explose<\/h2>\n<p>Le principal souci vient de la dette ext\u00e9rieure. En 2014, cette dette repr\u00e9sentait 31% du Revenu National Brut de la Tunisie et au 31\/12\/2018 elle passe \u00e0 57%.<br \/>Le remboursement de cette dette p\u00e8se de mani\u00e8re continue et croissante comme un pr\u00e9l\u00e8vement de plus en plus lourd sur le Revenu National Brut du pays (passant de 8% \u00e0 16,2% avec un pic de 19,8% fin mars 2019).<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Tab-5(2).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>L\u2019autre facteur d\u2019inqui\u00e9tude est qu\u2019une partie, sans cesse croissante au fil des ans, de la nouvelle dette contract\u00e9e est consacr\u00e9e au remboursement de l\u2019ancienne dette.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-2(21).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>Une structure de la dette moins diversifi\u00e9e qu\u2019il y a 5 ans<\/h2>\n<p>La structure de la dette tunisienne n\u2019est pas une surprise. Au 30 mars 2019, elle r\u00e9v\u00e8le la place presque majoritaire de l\u2019euro, suivie par le $ am\u00e9ricain et le yen japonais.<br \/>En tendance sur les 5 derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019euro renforce sa position (passant de 43% en 2014 \u00e0 48% en 2019), le yen recule de moiti\u00e9 (passant sur la m\u00eame p\u00e9riode de 16% \u00e0 11%) et l\u2019US dollar conserve la m\u00eame part \u00e0 28%.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-3(18).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>Bouleversement de la structure de la dette<\/h2>\n<p>La Tunisie peut avoir recours \u00e0 plusieurs sources de financement ext\u00e9rieur. Si elle emprunte directement aupr\u00e8s d\u2019un pays en particulier, nous sommes dans le cas d\u2019un endettement bilat\u00e9ral. Ce type d\u2019endettement est pass\u00e9 de 22% en 2014 \u00e0 13% en 2018 de la dette ext\u00e9rieure totale. Cette baisse incombe principalement \u00e0 la baisse de la part de la France et du Japon dans ce type de dettes.<br \/>Les sources d\u2019endettement multilat\u00e9rales repr\u00e9sentent des dettes prises aupr\u00e8s de banques d\u2019aides r\u00e9gionales comme la BERD, la BAD, la BEI le FADES, le FMI et d\u2019autres moins importantes. La part de cette cat\u00e9gorie dans l\u2019endettement total reste stable passant de 49% en 2014 \u00e0 50% en 2018. Les \u00e9l\u00e9ments significatifs sont la baisse de la part de la BAD de 17% \u00e0 14%, de la BEI de 5% \u00e0 3% tandis que le FMI progresse de 7,5% en 2014 \u00e0 9,5% en 2018 et la BERD de 14,5% \u00e0 17%. Ces \u00e9volutions n\u2019ont pas de significations strat\u00e9giques pertinentes, elles sont le reflet des lignes ouvertes par ces institutions qui diversifient leurs emplois r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution de la part du financement souscrit directement par la Tunisie sur les march\u00e9s internationaux est, quant \u00e0 lui, significatif. Par le pass\u00e9, la R\u00e9publique tunisienne a eu acc\u00e8s aux march\u00e9s financiers internationaux par le biais de plusieurs emprunts bancaires internationaux souscrits, qu&rsquo;elle a directement sign\u00e9s, ainsi que par un certain nombre de placements en obligations et de placements priv\u00e9s (libell\u00e9s en yen japonais, en dollars am\u00e9ricains et en euros). Elles furent \u00e9mises par la Banque Centrale de Tunisie, en qualit\u00e9 de mandataire, pour le compte de la R\u00e9publique tunisienne. Cette partie est tr\u00e8s sensible \u00e0 la notation des agences internationales et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la perception que les march\u00e9s internationaux ont de la situation int\u00e9rieure tunisienne. Cette part passe de 29% en 2014 \u00e0 37% en 2018 avec, selon les ann\u00e9es, une part de hausse plus importante sur le $US (en 2015 et 2016) et une part de progression plus forte pour l\u2019euro en 2017 et 2018.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-4(12).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La dette relative aux march\u00e9s financiers est en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00e9ch\u00e9ances plus courtes que les dettes bilat\u00e9rales et multilat\u00e9rales et entrainent donc un calendrier du service de la dette plus serr\u00e9 comme en t\u00e9moigne le calendrier des \u00e9ch\u00e9ances 2019 \u00e0 2024 du service de la dette. Ainsi, les ann\u00e9es 2021 et 2024 seront particuli\u00e8rement charg\u00e9es en dollar pour 2021 et en euro pour 2024.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-5(4).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Pour les sorties sur les march\u00e9s financiers internationaux, six \u00e9missions datant d\u2019avant 2011 ne\u00a0 sont pas encore arriv\u00e9es \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance. Il s&rsquo;agit de quatre \u00e9missions sur le march\u00e9 japonais (en 2000, 2001, 2003 et 2007) qui totalisent 95 milliards de yen, une \u00e9mission sur le march\u00e9 am\u00e9ricain en 1997, de 150 millions de dollars et une \u00e9mission sur le march\u00e9 europ\u00e9en en 2005 de 400 millions d&rsquo;euros.<br \/>Apr\u00e8s 2011, les premi\u00e8res \u00e9missions \u00e9taient garanties par les USA et le Japon. En effet, trois sorties sur le march\u00e9 obligataire am\u00e9ricain (en 2012, 2014 et 2016) \u00e9taient garanties par l&rsquo;USAID pour un montant total de 1,485 milliard de dollars. La JBIC a garantie trois \u00e9missions sur le march\u00e9 japonais (en 2012, 2013 et 2014) totalisant un montant de 97,4 milliards de Yen.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les \u00e9missions sans garantie, la Tunisie a eu recours \u00e0 deux reprises au march\u00e9 am\u00e9ricain. La premi\u00e8re \u00e9tait en 2015 pour un montant d&rsquo;un milliard de dollars et la seconde en 2017 pour le m\u00eame montant. Du c\u00f4t\u00e9 du march\u00e9 europ\u00e9en, il s&rsquo;agit de deux sorties en 2017 et 2018 pour respectivement 850 et 500 millions d&rsquo;euro. Notons que r\u00e9cemment en Juillet 2019 l&rsquo;Etat Tunisien a \u00e9mis des euros-bonds pour une valeur de 700 millions d&rsquo;euros.<\/p>\n<p class=\"c2\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graph-6(3).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>La Tunisie n\u2019a jamais r\u00e9\u00e9chelonn\u00e9 sa dette et devrait continuer sur la voie de la cr\u00e9dibilit\u00e9 vis-\u00e0-vis des march\u00e9s. Cependant, les ann\u00e9es difficiles qui nous font face et notamment 2021 et 2024 devraient inciter les pouvoirs publics \u00e0 n\u00e9gocier d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 un emprunt long, de source bilat\u00e9rale de pr\u00e9f\u00e9rence, qui servira de cr\u00e9dit relais sur la p\u00e9riode 2020-2025.<\/p>\n<p><a href=\"\/uploads\/FCK_files\/Revue%20%C3%A9co%20Oct%202019%20VF-compress%C3%A9(2).pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><strong>T\u00e9l\u00e9charger la revue de la conjoncture \u00e9conomique &#8211; Octobre 2019<\/strong><\/a><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>F\u00e9rid Ben Brahim<\/strong><br \/><em>Directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AFC<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28160-ferid-ben-brahim-l-explosion-de-la-dette-publique-tunisienne-a-son-origine-dans-l-ample-deficit-budgetaire-de-2012-a-2014\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019origine de l\u2019explosion de la dette publique tunisienne est d\u2019abord et surtout endog\u00e8ne: le d\u00e9ficit commercial de la Tunisie avoisine actuellement les 20% du PIB alors m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait inf\u00e9rieur \u00e0 10% avant 2010. 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