{"id":63786,"date":"2019-10-08T16:50:09","date_gmt":"2019-10-08T20:50:09","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/sur-la-route-a-travers-lamazonie-lasphalte-mange-la-foret\/"},"modified":"2019-10-08T16:50:09","modified_gmt":"2019-10-08T20:50:09","slug":"sur-la-route-a-travers-lamazonie-lasphalte-mange-la-foret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/sur-la-route-a-travers-lamazonie-lasphalte-mange-la-foret\/","title":{"rendered":"Sur la route \u00e0 travers l\u2019Amazonie, l\u2019asphalte mange la for\u00eat"},"content":{"rendered":"<p>Erik Fransuer passe des mois d\u2019affil\u00e9e au volant de son poids lourd \u00e0 faire des allers-retours \u00e0 travers la gigantesque for\u00eat amazonienne pour livrer ses cargaisons dans les ports fluviaux du nord du Br\u00e9sil. Voyage apr\u00e8s voyage, il voit l\u2019asphalte avancer.<\/p>\n<p>Le chauffeur est l\u2019un des milliers de routiers qui sillonnent les BR230 et BR163, deux autoroutes qui ont ouvert des saign\u00e9es dans la plus grande for\u00eat tropicale de la plan\u00e8te, dont des r\u00e9gions enti\u00e8res sont aujourd\u2019hui d\u00e9vor\u00e9es par les flammes d\u2019incendies volontaires.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je me sens libre sur la route\u00a0\u00bb, dit Erik Fransuer, 26 ans, alors qu\u2019il se d\u00e9tend avec d\u2019autres routiers dans des hamacs install\u00e9s entre des poids lourds gar\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres dans une station-essence de la ville poussi\u00e9reuse de Ruropolis.<\/p>\n<p>Quand il fait de la route, il conduit au moins 12 heures par jour, install\u00e9 dans sa cabine avec comme fond sonore de la musique rythm\u00e9e, cahotant le long de routes construites il y a pr\u00e8s de 50 ans et parfois toujours pas termin\u00e9es.<\/p>\n<p>Nids-de-poule d\u2019un m\u00e8tre de large, tressautements parfois violents dans la cabine, ponts en bois branlants et tourbillons de poussi\u00e8re rouge qui bouchent la vue rendent hasardeuse la conduite sur ces routes qui ont le plus souvent seulement deux voies et dont certaines portions sont toujours en terre battue.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De ce c\u00f4t\u00e9, il n\u2019y a pas de route\u00a0\u00bb, dit Erik Fransuer, qui porte un T-shirt, un short et des tongs, en montrant de la main la direction de la BR163 qui relie Ruropolis \u00e0 Santarem. La semaine suivante, ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019une piste de terre a \u00e9t\u00e9 asphalt\u00e9.<\/p>\n<p>Car les choses changent.<\/p>\n<p>Press\u00e9 de d\u00e9velopper l\u2019Amazonie dans cette p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie est faiblarde, le gouvernement du pr\u00e9sident Jair Bolsonaro a pr\u00e9vu de terminer d\u2019asphalter cette ann\u00e9e les 1.770 kilom\u00e8tres de la BR163, qui va de Cuiaba, la capitale de l\u2019Etat du Mato Grosso (centre ouest), \u00e0 Santarem, dans celui du Para, au nord.<\/p>\n<p>Des ouvriers goudronnent aussi des sections de la BR230, qu\u2019on appelle \u00e9galement la Transamazonienne, une immense entaille de 4.000 km de long dans la for\u00eat tropicale entre la ville Joao Pessoa, sur la c\u00f4te atlantique, et celle de Labrea, \u00e0 l\u2019ouest.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, des ponts en bois qui ne laissent le passage qu\u2019\u00e0 un v\u00e9hicule et peuvent \u00e0 peine supporter des poids lourds charg\u00e9s de 30 tonnes de c\u00e9r\u00e9ales sont remplac\u00e9s par des structures en b\u00e9ton.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a beaucoup d\u2019accidents, beaucoup de morts, ici,\u00a0\u00bb dit Darlei da Silva, qui construit sous une forte chaleur, avec une \u00e9quipe d\u2019ouvriers, un nouveau pont sur la BR230, l\u2019un des 18 actuellement en chantier, selon lui, le long de la Transamazonienne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a va vraiment am\u00e9liorer les choses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2013 D\u00e9forestation \u2013<\/p>\n<p>Les routes ont \u00e9t\u00e9 construites sous les militaires pendant la dictature au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, pour peupler cette r\u00e9gion tr\u00e8s excentr\u00e9e et seulement habit\u00e9e par des tribus indig\u00e8nes, vuln\u00e9rables \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux venus.<\/p>\n<p>La d\u00e9forestation s\u2019est ensuivie, alors que des \u00ab\u00a0colons\u00a0\u00bb, des ruraux pauvres attir\u00e9s dans la r\u00e9gion par la promesse de l\u2019attribution de centaines d\u2019hectares de terres et d\u2019un meilleur avenir, ont commenc\u00e9 \u00e0 abattre les arbres des essences pr\u00e9cieuses de la for\u00eat: le jatoba, le c\u00e8dre, l\u2019itauba ou le marupa, afin de faire de la place pour les cultures.<\/p>\n<p>Le mouvement s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 lors des d\u00e9cennies suivantes et \u00e9leveurs de bovins, cultivateurs de soja et b\u00fbcherons clandestins se sont enfonc\u00e9s davantage dans la for\u00eat du bassin amazonien, o\u00f9 vivent aujourd\u2019hui quelque 20 millions de personnes.<\/p>\n<p>En circulant dans l\u2019Etat du Para, o\u00f9 se trouve la ville de Ruropolis, des journalistes de l\u2019AFP ont vu des bandes enti\u00e8res de terre sans plus aucun arbre, parsem\u00e9es de ranchs aux noms \u00e9vocateurs de \u00ab\u00a0Meu sonho\u00a0\u00bb (Mon r\u00eave) ou \u00ab\u00a0Boa vista\u00a0\u00bb (Belle vue).<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 s\u2019\u00e9levaient les arbres majestueux de la for\u00eat vierge, on voit pa\u00eetre des troupeaux de vaches de race brahmane ou d\u2019\u00e9normes moissonneuses-batteuses en action dans des champs de c\u00e9r\u00e9ales.<\/p>\n<p>Des zones r\u00e9cemment d\u00e9frich\u00e9es apparaissent calcin\u00e9es. Des surfaces \u00e9taient encore en feu dans la r\u00e9gion r\u00e9cemment, chargeant l\u2019air d\u2019une forte odeur de br\u00fbl\u00e9, en d\u00e9pit de l\u2019interdiction des br\u00fblis d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e fin ao\u00fbt, pour 60 jours, par le gouvernement de Jair Bolsonaro, sous la pression de l\u2019\u00e9tranger. Mais les pluies ont \u00e9teint les foyers.<\/p>\n<p>Les autoroutes et les routes qui les rejoignent ont fait prosp\u00e9rer toutes sortes d\u2019activit\u00e9s ill\u00e9gales dans la r\u00e9gion, comme l\u2019extraction mini\u00e8re sans autorisation ou les invasions de terres.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avec nos recherches (\u2026) dans les zones de la Transamazonienne et de la BR163, nous avons trouv\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 vous construisez une route, vous autorisez la d\u00e9forestation sur environ 100 kilom\u00e8tres le long de cet axe routier, c\u2019est-\u00e0-dire 50 kilom\u00e8tres de part et d\u2019autre\u00a0\u00bb, explique Socorro Pena, ancien chercheur \u00e0 l\u2019Institut de recherche sur l\u2019environnement de l\u2019Amazonie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les grandes routes et les grands projets d\u2019infrastructure provoquent un taux \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9forestation et de probl\u00e8mes environnementaux. Ils portent vraiment atteinte aux populations locales\u00a0\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>\u2013 Ports satur\u00e9s \u2013<\/p>\n<p>Normalement, le trajet de plus de 2.000 km aller et retour entre Sinop, dans l\u2019Etat du Mato Grosso, le grenier \u00e0 c\u00e9r\u00e9ales du Br\u00e9sil, vers les ports de Miritituba ou Santarem, dans l\u2019Etat voisin du Para, devrait prendre trois jours.<\/p>\n<p>Mais les routiers se retrouvent souvent bloqu\u00e9s pendant plusieurs jours d\u2019affil\u00e9e dans les terminaux le long de la rivi\u00e8re Tapajos, un des grands affluents du fleuve Amazone, avant de pouvoir d\u00e9charger leur cargaison dans des ports satur\u00e9s par la demande insatiable de la Chine pour le soja.<\/p>\n<p>Les temps de transport sont encore plus longs pendant la saison humide, de novembre \u00e0 juin, lorsque les pluies transforment des tron\u00e7ons de route de terre en boue \u00e9paisse.<\/p>\n<p>Ou quand des centaines de mineurs clandestins dressent un barrage sur une autoroute pendant des jours pour exiger un statut l\u00e9gal, comme ils l\u2019ont fait r\u00e9cemment \u00e0 Moraes Almeida, sur la BR163.<\/p>\n<p>Erik Fransuer, routier depuis six ans, dit qu\u2019il voit chaque jour en moyenne dix accidents en raison des mauvaises conditions de transport.<\/p>\n<p>Le nombre de poids lourds empruntant les autoroutes devrait exploser dans les prochaines ann\u00e9es alors que les groupes c\u00e9r\u00e9aliers construiront davantage de terminaux portuaires.<\/p>\n<p>Quelque 6.000 camions devraient arriver chaque jour dans les terminaux du port fluvial de Miritituba au cours des cinq prochaines ann\u00e9es, une fois que le nombre de terminaux aura tripl\u00e9, passant de cinq \u00e0 15, explique le maire de la municipalit\u00e9 d\u2019Itaituba, Valmir Climaco de Aguiar.<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, ce ne sont \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 1.500 camions par jour.<\/p>\n<p>\u2013 Terre et boue \u2013<\/p>\n<p>La modernisation des axes routiers et des ports va r\u00e9duire les co\u00fbts de transport pour les cultivateurs de c\u00e9r\u00e9ales du Mato Grosso, qui pourront exporter davantage via les terminaux du Nord plut\u00f4t que ceux du Sud, plus \u00e9loign\u00e9s de leurs terres.<\/p>\n<p>Mais tout le monde dans le Para ne se r\u00e9jouit pas de ces nouveaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Les populations locales craignent que davantage de trafic routier ne rende les routes encore plus dangereuses et g\u00e9n\u00e8re encore plus de cette affreuse poussi\u00e8re qui laisse des traces rouges sur tout.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je fais mes lessives le soir lorsqu\u2019il y a moins de voitures sur la route\u00a0\u00bb, explique Dayana Rodrigues Melo, m\u00e8re de quatre enfants rencontr\u00e9e \u00e0 Ruropolis, o\u00f9 les rues ne sont pas asphalt\u00e9es.<\/p>\n<p>De m\u00eame les temp\u00e9ratures ont augment\u00e9 dans la r\u00e9gion \u00e0 cause de la d\u00e9forestation, disent les habitants.<\/p>\n<p>L\u2019expansion agricole a \u00e9galement pouss\u00e9 \u00e0 la hausse les prix des terres comme des maisons, et sonn\u00e9 le glas des cultures de fruits et l\u00e9gumes qui alimentaient autrefois les march\u00e9s locaux, d\u00e9plore Sandro Leao, un \u00e9conomiste qui enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Para occidental.<\/p>\n<p>Les salaires et les cr\u00e9ations d\u2019emplois n\u2019ont h\u00e9las pas suivi. Et il n\u2019y a pas de signal pour les t\u00e9l\u00e9phones en dehors des grandes villes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique (\u2026) qui se base sur la logistique des transports dans le Nord b\u00e9n\u00e9ficie surtout \u00e0 ceux qui sont impliqu\u00e9s dans l\u2019export\u00a0\u00bb, ajoute le professeur, \u00ab\u00a0ce qui veut dire les grands fermiers, les firmes exportatrices et les groupes c\u00e9r\u00e9aliers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De meilleures infrastructures sont une bonne nouvelle pour Erik Fransuer, qui est pay\u00e9, comme les autres chauffeurs routiers, environ 1.000 r\u00e9ais (220 euros) \u00e0 chaque arriv\u00e9e au port.<\/p>\n<p>Cela lui permettrait de faire plus de voyages chaque mois afin de mieux subvenir aux besoins de sa petite famille qui habite ailleurs dans une localit\u00e9 de l\u2019Etat de Paraiba, dans le Nord-est. Car \u00ab\u00a0c\u2019est dur\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-il.<\/p>\n<p>Auteur: AFP<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.journalducameroun.com\/sur-la-route-a-travers-lamazonie-lasphalte-mange-la-foret\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Erik Fransuer passe des mois d\u2019affil\u00e9e au volant de son poids lourd \u00e0 faire des allers-retours \u00e0 travers la gigantesque for\u00eat amazonienne pour livrer ses cargaisons dans les ports fluviaux du nord du Br\u00e9sil. Voyage apr\u00e8s voyage, il voit l\u2019asphalte avancer. 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