{"id":64173,"date":"2019-10-12T04:00:00","date_gmt":"2019-10-12T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-les-perses-achemenides\/"},"modified":"2019-10-12T04:00:00","modified_gmt":"2019-10-12T08:00:00","slug":"ammar-mahjoubi-les-perses-achemenides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-les-perses-achemenides\/","title":{"rendered":"Ammar Mahjoubi: Les Perses ach\u00e9m\u00e9nides"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\">Vers 912 av. J.-C., en ce d\u00e9but du premier mill\u00e9naire avant le Christ, se constitue l\u2019Empire n\u00e9o-assyrien ; et entre cette date et 610 av. J.-C., trois si\u00e8cles durant, il va dominer et remodeler le Proche-Orient, en reliant durablement la M\u00e9sopotamie avec le Levant. Mais il s\u2019\u00e9puise \u00e0 contr\u00f4ler ce vaste territoire, et lorsqu\u2019apr\u00e8s 630 av. J.-C. une guerre civile pour le pouvoir se conjugue avec une attaque des cavaliers m\u00e8des venus d\u2019Iran, l\u2019Empire \u00e9branl\u00e9 est tout pr\u00e8s de sa chute. L\u2019une de ses provinces les plus importantes, la Babylonie, se r\u00e9volte en effet en 626 av. J.-C. et Nabopolasssar, fondateur de l\u2019Empire n\u00e9o-babylonien, seproclame roi de Babylone. Son alliance avec le roi des M\u00e8des, Cyaxare, porte le coup fatal aux Assyriens ; Ninive est prise et d\u00e9truite en 612 et le dernier roi d\u2019Assyrie est vaincu en 609 av. J.-C.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ammar-Mahjoubi(12).jpg\" alt=\"\" width=\"30%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Sur la ruine de l\u2019Assyrie se constitue le dernier des grands empires s\u00e9mites du Proche-Orient, l\u2019Empire n\u00e9o-babylonien. Mais il doit disputer le Sud du Levant \u00e0 l\u2019Egypte, qui y entretient jusqu\u2019au d\u00e9but du Vle si\u00e8cle avant le Christ, l\u2019instabilit\u00e9 politique. Pour r\u00e9tablir la domination n\u00e9o-babylonienne sur cette r\u00e9gion, le roi Nabuchodonosor II intervient contre le petit royaume de Juda \u00e0 deux reprises, en 597 puis en 587 av. J.-C. Cette deuxi\u00e8me campagne se termine par la destruction du temple de J\u00e9rusalem et la d\u00e9portation de l\u2019\u00e9lite gouvernante; les intellectuels et les religieux des vaincus sont d\u00e9port\u00e9s en Babylonie. Mais cet exil est loin d\u2019\u00eatre une mesure isol\u00e9e : il s\u2019inspire d\u2019une pratique assyrienne habituelle, qui avait frapp\u00e9 auparavant d\u2019autres populations rebelles, comme les habitants de Tyr et d\u2019Ascalon. Mais il est mont\u00e9 en \u00e9pingle par les H\u00e9breux, et mis en avant comme un \u00e9v\u00e9nement incommensurable et exceptionnel ; c\u2019est ainsi, dans ce cadre de \u00abL\u2019Exil \u00e0 Babylone\u00bb que la Bible devient, apr\u00e8s la destruction du Temple, le support privil\u00e9gi\u00e9 du culte h\u00e9bra\u00efque.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce au butin vers\u00e9 par les vassaux, l\u2019empire n\u00e9o-babylonien multiplie dans la ville de Babylone palais et constructions prestigieuses, comme la fameuse porte d\u2019Ishtar. Gigantesque, le palais imp\u00e9rial est orn\u00e9 de richesses provenant de toutes les provinces. Les souverains de la dynastie manifestent la plus grande attention \u00e0 la Babylonie, \u00e0 l\u2019exception du dernier, Nabonide, qui transf\u00e8re pendant dix ans sa capitale \u00e0 Tayma, au c\u0153ur de la p\u00e9ninsule arabique. A l\u2019Est, cependant, se profile un changement majeur : en 539 av. J.-C. Cyrus II, le roi des Perses, s\u2019empare de Babylone et, \u00e0 l\u2019instar de ses devanciers assyriens et babyloniens, \u00e9difie un nouvel empire \u00e0 vocation mondiale, celui des Perses ach\u00e9m\u00e9nides.<\/p>\n<p>Auparavant, vers la fin du VIIe si\u00e8cle avant le Christ, un certain Achim\u00e9n\u00e8s, anc\u00eatre mythique des Ach\u00e9m\u00e9nides, aurait fond\u00e9 au Nord de la plaine de Suse un petit royaume vassal des M\u00e8des. Ces derniers avaient particip\u00e9 avec les babyloniens \u00e0 la destruction de l\u2019Empire n\u00e9o-assyrien et l\u2019avaient partag\u00e9 avec leurs alli\u00e9s ; si bien que leur roi Astyage se trouva, vers le milieu du Vle si\u00e8cle av. J.-C., dans sa capitale Ecbatane, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un Empire m\u00e8de qui mena\u00e7a celui de Babylone, malgr\u00e9 les faiblesses de sa coh\u00e9sion. Le roitelet Cambyse, \u00e0 la t\u00eate du petit royaume des Ach\u00e9m\u00e9nides, \u00e9pousa la fille de son suzerain m\u00e8de Astyage, et de cette union naquit Cyrus II. Men\u00e9s par celui-ci, les Perses soumirent plus tard le royaume des M\u00e8des, leurs anciens ma\u00eetres ; ils surent, cependant, les m\u00e9nager, en gardant pour capitale du nouvel empire la ville d\u2019Ecbatane, m\u00e9tropole des vaincus.<\/p>\n<p>A son av\u00e8nement, donc, Cyrus ne r\u00e8gne que sur une petite principaut\u00e9 de l\u2019Iran m\u00e9ridional. Avec l\u2019aide du roi de Babylone, Nabonide, il se r\u00e9volte vers 550 av. J.-C. contre son grand-p\u00e8re et suzerain Astyage, et r\u00e9ussit, en 550, \u00e0 le d\u00e9poser et \u00e0 s\u2019emparer de sa capitale. Pacifiquement, et gr\u00e2ce \u00e0 un prestige d\u00e9sormais acquis, il unifie l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre les tribus iraniennes dispers\u00e9es, et entame sa conqu\u00eate, par la soumission des nomades, dans les steppes orientales. En les repoussant ou en leur imposant son autorit\u00e9, il atteint l\u2019Araxe, ainsi que les montagnes qui surplombent la vall\u00e9e de l\u2019Indus. Vers l\u2019Ouest, son proche voisin occidental est le royaume florissant de Lydie. Non seulement l\u2019agriculture du voisin lydien est r\u00e9put\u00e9e pour sa fertilit\u00e9, mais ce royaume b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement du commerce pratiqu\u00e9 par les colonies grecques de sa bordure maritime, interm\u00e9diaires oblig\u00e9es du trafic entre l\u2019Orient et l\u2019Occident. Le roi lydien Cr\u00e9sus, dont la richesse est devenue proverbiale, puise ainsi sa fortune des imp\u00f4ts pr\u00e9lev\u00e9s sur les nombreuses collectivit\u00e9s du pays, ainsi que de l\u2019or que Pactole, l\u2019affluent du fleuve Hermos, roule dans ses graviers. Aussi, n\u2019est-il gu\u00e8re \u00e9tonnant que la Lydie ait \u00e9t\u00e9, peut-\u00eatre, la premi\u00e8re \u00e0 inventer la monnaie, principalement pour faciliter ses \u00e9changes commerciaux. Battu et assi\u00e9g\u00e9 dans sa ville de Sardes en 546 av. J.-C., Cr\u00e9sus est \u00e9pargn\u00e9, mais Cyrus s\u2019empare de son royaume. Les colonies grecques, sur la c\u00f4te de l\u2019Asie Mineure, sont aussi conquises \u2013 sauf Milet, qui s\u2019incline sans combat, et se laisse acheter.<\/p>\n<p>Les territoires perses enveloppent ainsi la Babylonie, dont Cyrus finit par s\u2019emparer ais\u00e9ment, en profitant de ses dissensions internes. Dans le cadre de sa politique de tol\u00e9rance religieuse et ethnique, il permet \u00e0 l\u2019\u00e9lite des Jud\u00e9ens, d\u00e9port\u00e9s en Babylonie par Nabuchodonosor II, de retourner en Jud\u00e9e et d\u2019y reconstruire le Temple de Yahv\u00e9. A sa capitale Ecbatane, le roi perse en ajoute deux autres : Suse et Babylone. Reste le pays que les N\u00e9o-Babyloniens ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir, l\u2019Egypte, dont la conqu\u00eate permettrait d\u2019unifier tout le Proche-Orient dans un m\u00eame empire. Cambyre II, successeur de Cyrus, de 530 \u00e0 522 av. J.-C., et continuateur de sa politique d\u2019expansion, s\u2019en empare ; prenant possession de la vall\u00e9e du Nil jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re cataracte, il r\u00e9ussit \u00e9galement \u00e0 \u00e9tendre ses nouvelles conqu\u00eates en dominant la Cyr\u00e9na\u00efque et les ports grecs de sa rive. Apr\u00e8s le royaume des M\u00e8des, la Lydie, la Babylonie puis l\u2019Egypte, la dynastie perse fond\u00e9e par Cyrus ach\u00e8ve ainsi de b\u00e2tir un empire \u00e0 pr\u00e9tention universelle, \u00e0 unifier un territoire immense o\u00f9 cohabitent les ethnies, les langues, les cultures et les religions. Pour la premi\u00e8re et derni\u00e8re fois dans l\u2019Histoire, les territoires qui s\u2019\u00e9tendent, d\u2019Ouest en Est, de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l\u2019Indus, et du Nord au Sud, du fleuve Syr-Daria de l\u2019actuel Kazakhstan \u00e0 Assouan au Sud de l\u2019Egypte, font partie d\u2019un empire unifi\u00e9 qui, plus de deux si\u00e8cles durant, reste dirig\u00e9 par la dynastie des Ach\u00e9m\u00e9nides, avec l\u2019aide des familles perses \u00e0 son service.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la mort de Cambyse II, les troubles d\u00e9j\u00e0 apparus apr\u00e8s Cyrus recommencent, et les pays conquis, si diff\u00e9rents sous tous les rapports, choisissent tour \u00e0 tour leur propre dynastie royale. Darius Ier (522-486 av. J.-C.), satrape (gouverneur de province) du pays des Parthes, issu de la branche cadette des Ach\u00e9m\u00e9nides, doit vaincre successivement ses rivaux pour que l\u2019Empire retrouve son unit\u00e9. Renouant avec la politique de conqu\u00eate, il ajoute \u00e0 l\u2019Est la bande territoriale entre les montagnes et la rive droite de l\u2019Indus. Au Nord et au Nord-Est, la menace des cavaliers nomades, qui ne peut \u00eatre totalement jugul\u00e9e, explique peut-\u00eatre une exp\u00e9dition au Sud-Est de l\u2019Europe. Darius franchit l\u2019Hellespont (nom antique du d\u00e9troit des Dardanelles), et soumet toute cette r\u00e9gion europ\u00e9enne jusqu\u2019au Danube. Puis, comme le souligne avec insistance l\u2019histoire officielle de la Gr\u00e8ce, l\u2019intervention dans les affaires hell\u00e9niques est ponctu\u00e9e par la r\u00e9pression implacable de la r\u00e9volte des colonies ioniennes et par des \u00e9checs mineurs en Gr\u00e8ce, pourtant bien exag\u00e9r\u00e9s par les historiographes hell\u00e8nes, comme par les contemporains occidentaux. De nouveau, \u00e0 la mort de Darius, des soul\u00e8vements se succ\u00e8dent en Babylonie et en Egypte : Xerx\u00e8s Ier (486-465 av. J.-C.) les brise et s\u2019acharne \u00e0 ravager les provinces rebelles. Livr\u00e9e par la suite \u00e0 des princes faibles, et paralys\u00e9e par les intrigues de cour, la puissance de l\u2019Empire d\u00e9cline rapidement; si bien que l\u2019Ath\u00e9nien X\u00e9nophon raconte comment un corps de mercenaires grecs rassembl\u00e9s par Cyrus le Jeune (les Dix mille) a pu, au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle, traverser sans encombre, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, tout le territoire de l\u2019Empire, de Babylone jusqu\u2019\u00e0 la Thrace. Comme Artaxerx\u00e8s Ier, le roi Artaxerx\u00e8s III (358-332 av. J.-C.) fait tuer tous ses fr\u00e8res pour assurer son tr\u00f4ne ; il incendie Sidon et reprend l\u2019Egypte, dans une derni\u00e8re manifestation d\u2019un empire pr\u00e8s de sa fin. Entre 334 et 323, l\u2019Empire perse est conquis par Alexandre le Grand. Mais, jusqu\u2019\u00e0 la mort du conqu\u00e9rant mac\u00e9donien, il garde ses bases territoriales.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-001.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s Cyrus et son fils Cambyse, c\u2019\u00e9tait le r\u00e8gne de Darius Ier le Grand (522-486 av. J.-C.), qui avait auparavant inaugur\u00e9 une deuxi\u00e8me fondation de l\u2019empire. Et c\u2019est le mieux connu des rois perses, gr\u00e2ce aux t\u00e9moignages qu\u2019il avait lui-m\u00eame grav\u00e9s sur la pierre et l\u2019argile, sur l\u2019or aussi et sur l\u2019argent ; gr\u00e2ce \u00e9galement \u00e0 H\u00e9rodote dans \u00abLes Histoires\u00bb, et \u00e0 Eschyle, dans \u00abLes Perses\u00bb : des proclamations, des affirmations, un programme qui lui conf\u00e8rent la stature d\u2019un b\u00e2tisseur d\u2019empire. Ahura-Mazda est le grand dieu qui prot\u00e8ge le roi, dont la volont\u00e9 est loi. Sa l\u00e9gitimit\u00e9 est fond\u00e9e sur l\u2019iranisme, avec la conscience aigu\u00eb qu\u2019il r\u00e8gne sur un peuple distinct, un peuple dominateur. Il s\u2019affirme Ach\u00e9m\u00e9nide, Perse fils de Perse, Aryen fils d\u2019Aryen. A Behistoun (pr\u00e8s de l\u2019actuelle Kermanshah), Darius est repr\u00e9sent\u00e9 en pied, couronn\u00e9 et v\u00eatu de la robe royale, le pied pos\u00e9 sur le corps couch\u00e9 de l\u2019usurpateur Gaumata ; arc \u00e0 la main, il fait face \u00e0 une file de neuf \u00abrois menteurs\u00bb. L\u2019inscription trilingue (babylonien, vieux perse et \u00e9lamite) en cun\u00e9iforme, raconte ses victoires dans les provinces, sur les chefs r\u00e9volt\u00e9s. Sur sa tombe rupestre, \u00e0 Naqsh-e-Roustam, il d\u00e9clare : \u00abVois ces statues qui portent le tr\u00f4ne, l\u00e0 tu les conna\u00eetras ; alors tu sauras que la lance de l\u2019homme perse est all\u00e9e au loin, alors tu sauras que l\u2019homme perse a combattu loin de la Perse.\u00bb Sur une statue trouv\u00e9e \u00e0 Suse mais sculpt\u00e9e en Egypte, les motifs et les inscriptions de la base sont typiquement \u00e9gyptiens ; mais Darius est v\u00eatu de la robe royale perse, avec les insignes royaux des Ach\u00e9m\u00e9nides. Qualifi\u00e9 de \u00abRoi de Haute et Basse-Egypte, ma\u00eetre de l\u2019accomplissement des rites\u00bb, il \u00aba ordonn\u00e9 de faire cette statue de pierre en Egypte, afin que celui qui, plus tard, la voie, sache que l\u2019homme perse a pris l\u2019Egypte\u00bb.<\/p>\n<p>Les 1 200 lignes du texte trilingue de Behistoun ont donn\u00e9 la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9criture cun\u00e9iforme, et les innombrables tablettes ach\u00e9m\u00e9nides ont beaucoup apport\u00e9 \u00e0 notre connaissance de la gigantesque logistique imp\u00e9riale qui avait permis \u00e0 Darius d\u2019administrer \u00e9troitement les diff\u00e9rentes provinces. L\u2019empire est divis\u00e9 en une vingtaine de satrapies, o\u00f9 le pouvoir est r\u00e9parti entre un administrateur civil, satrape issu de la noblesse perse, et un commandant militaire. Des inspecteurs itin\u00e9rants, \u00ables yeux et les oreilles du roi\u00bb, exercent une surveillance suppl\u00e9mentaire. Diverses, les capitales Pasargades, Pers\u00e9polis, Ecbatane, Suse, Sardes sont reli\u00e9es par des routes qui irriguent des territoires immenses. Une s\u00e9rie de tablettes, d\u00e9couvertes \u00e0 Pers\u00e9poliset dat\u00e9es du r\u00e8gne de Darius, d\u00e9taille l\u2019organisation minutieuse de ce r\u00e9seau routier : des magasins, situ\u00e9s sur tous les itin\u00e9raires, peuvent livrer des rations de voyage, aussi bien \u00e0 des personnes et \u00e0 des groupes munis d\u2019un document officiel, qu\u2019\u00e0 leurs animaux de transport. On imagine la complexit\u00e9 de la mise en place et du fonctionnement r\u00e9gulier d\u2019un tel syst\u00e8me, attest\u00e9 durant toute la p\u00e9riode des rois ach\u00e9m\u00e9nides.<\/p>\n<p>Dans l\u2019atelier mon\u00e9taire de Sardes, en Asie Mineure, o\u00f9 les premi\u00e8res monnaies avaient \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9es avant m\u00eame la cr\u00e9ation de l\u2019empire, Darius innove en frappant des monnaies royales en or (les dariques) et en argent (les si\u00e8cles). A l\u2019avers de ces pi\u00e8ces, la figure du roi combattant porte l\u2019arc et la lance. Utilis\u00e9es pour payer les mercenaires, ces monnaies ont beaucoup circul\u00e9 en Gr\u00e8ce, car les Ach\u00e9m\u00e9nides enr\u00f4laient souvent dans les r\u00e9gions occidentales. Mais la mon\u00e9tarisation est loin d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9rale: tant en Babylonie qu\u2019en Egypte, on se sert encore des talents d\u2019argent pes\u00e9. Darius est cr\u00e9dit\u00e9 aussi de la conqu\u00eate d\u2019une partie de la vall\u00e9e de l\u2019Indus, de la Thrace et de la Mac\u00e9doine, ainsi que de l\u2019occupation et de la r\u00e9pression des villes grecques d\u2019Asie Mineure ; avant d\u2019essuyer, en 490 av. J.-C., face aux Grecs, la d\u00e9faite de Marathon.<\/p>\n<p>Ce qui caract\u00e9rise, cependant, l\u2019empire perse de fa\u00e7on singuli\u00e8re, c\u2019est son extraordinaire diversit\u00e9 ethnique, linguistique et culturelle. Chacun des peuples conquis continue \u00e0 parler et \u00e0 \u00e9crire sa propre langue, \u00e0 observer ses us et coutumes, \u00e0 maintenir ses particularit\u00e9s culturelles. D\u2019une province \u00e0 l\u2019autre, on parle babylonien, ph\u00e9nicien, h\u00e9breu, \u00e9gyptien, grec\u2026Les archives officielles trouv\u00e9es \u00e0 Pers\u00e9polis sont \u00e9crites en cun\u00e9iforme \u00e9lamite, tandis que les inscriptions royales sont trilingues: au vieux perse, la langue des conqu\u00e9rants, s\u2019ajoutent le babylonien et l\u2019\u00e9lamite ; sauf en Egypte o\u00f9 elles deviennent quadrilingues, avec une version hi\u00e9roglyphique. Les provinces, dans les relations officielles ou priv\u00e9es, recourent ainsi aux interpr\u00e8tes, bien que se r\u00e9pande une langue internationale, l\u2019aram\u00e9en, qu\u2019affectionnent les administrateurs de l\u2019empire. Depuis l\u2019Egypte, la province la plus occidentale, jusqu\u2019en Bactriane, au Nord-Est, la correspondance officielle exhum\u00e9e par les fouilles en porte le t\u00e9moignage.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-nn1.jpg\" alt=\"\" width=\"40%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>A cette exceptionnelle diversit\u00e9 linguistique correspond une grande vari\u00e9t\u00e9 religieuse. Les Perses professent la religion \u00abmazd\u00e9enne\u00bb : Ahura-Mazda, grand dieu de la Perse est invoqu\u00e9 par le Roi, qui implore sa protection sur le pays et sur la famille royale. D\u2019autres divinit\u00e9s sont aussi ador\u00e9es comme Anahita et surtout Mithra : dieu solaire des Ach\u00e9m\u00e9nides, et dieu de la guerre, auquel on sacrifie pendant la nuit des taureaux, il est issu, sans doute, du Mitra indien. Mais bien que ma\u00eetres de l\u2019Empire, les Perses n\u2019ont jamais entrepris de diffuser leur religion; pas plus, d\u2019ailleurs, qu\u2019ils n\u2019ont r\u00e9pandu leur langue ou leur culture. Chaque peuple, chaque province a conserv\u00e9 ses cultes, ses sanctuaires. Cette \u00abtol\u00e9rance\u00bb religieuse des Ach\u00e9m\u00e9nides s\u2019explique, sans doute, par la ligne politique qu\u2019impose la gouvernance d\u2019un empire immense et vari\u00e9, n\u00e9cessitant l\u2019entente avec les autorit\u00e9s religieuses autant qu\u2019avec les \u00e9lites locales. C\u2019est ainsi que Cyrus II annonce \u00e0 la population de Babylone, lorsqu\u2019il entre dans la ville, qu\u2019il reconna\u00eet et respecte leur dieu principal Mardouk, ainsi que toutes les divinit\u00e9s locales. Et on a d\u00e9j\u00e0 vu que les Jud\u00e9ens sont autoris\u00e9s \u00e0 revenir de leur exil et \u00e0 reconstruire le Temple.<\/p>\n<p>Les M\u00e8des, anciens ma\u00eetres des Perses, ont une d\u00e9votion particuli\u00e8re pour le feu, qui transporte les sacrifices aux dieux. Pour le culte, il n\u2019est besoin ni de temples, ni m\u00eame d\u2019autels : il suffit d\u2019un lieu \u00e9lev\u00e9. Quant \u00e0 Zoroastre (Zarathoustra), on peine encore \u00e0 dater sa pr\u00e9dication, situ\u00e9e peut-\u00eatre vers le milieu du Vle si\u00e8cle avant le Christ, bien qu\u2019on sache que Darius fut Zoroastrien. Les g\u00e9n\u00e9rations suivantes ont incorpor\u00e9 l\u2019ancien fonds pa\u00efen \u00e0 la nouvelle doctrine, si bien que le contenu m\u00eame du message est discut\u00e9. Zoroastre aurait enseign\u00e9 un v\u00e9ritable monoth\u00e9isme : le seul dieu est Ahura-Mazda et les autres divinit\u00e9s ne sont ador\u00e9es que par les sectateurs du mensonge. Les sacrifices sanglants sont interdits et la doctrine pr\u00eache la douceur et la bont\u00e9 envers les animaux. La haute \u00e9l\u00e9vation morale de cette simplicit\u00e9 religieuse est toutefois corrompue par la r\u00e9surgence du polyth\u00e9isme ancestral. Artaxerx\u00e8s II, au IVe si\u00e8cle avant le Christ, revient aux cultes d\u2019Anahita et de Mithra\u2026 Face \u00e0 Ahura-Mazda se dresse Ahriman, le Mal. Le Bien triomphe \u00e0 la fin des temps, mais tout homme doit lutter pour h\u00e2ter cette victoire. Apr\u00e8s la mort, on est jug\u00e9 d\u2019apr\u00e8s ses \u0153uvres, les purs vont au paradis et les mauvais subissent des ch\u00e2timents. En outre, \u00e0 la fin du monde se d\u00e9roule un jugement g\u00e9n\u00e9ral par le feu. Les cadavres doivent \u00eatre laiss\u00e9s aux vautours, pour ne pas souiller la terre, ni l\u2019eau ; il ne faut pas les br\u00fbler, pour ne pas souiller le feu.<\/p>\n<p>La puissance imp\u00e9riale des Grands Rois perses est exhib\u00e9e dans les imposantes r\u00e9sidences royales, construites dans les capitales des provinces. La cour, selon la saison, y partage son temps. Trois de ces palais ont \u00e9t\u00e9 fouill\u00e9s et sont maintenant suffisamment connus : Suse dans la plaine, Pasargades et Pers\u00e9polis dans le haut pays, soit le Fars proprement dit, \u00e0 l\u2019initiative de Cyrus II et de Darius Ier ; apr\u00e8s le r\u00e8gne duquel chaque roi construit son palais \u00e0 Pers\u00e9polis. Cette architecture perse, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Ach\u00e9m\u00e9nides, est le r\u00e9sultat de diverses influences ; les caract\u00e9ristiques et les apports les plus importants \u00e9tant dus aux N\u00e9o-Babyloniens et aux Assyriens : ils concernent, en particulier, l\u2019emploi de la brique et de la terre cuite. L\u2019architecture perse, cependant, se distingue de cette empreinte m\u00e9sopotamienne par un emploi important des colonnes, qui r\u00e9v\u00e8le une influence nette de l\u2019architectonique \u00e9gyptienne. Gr\u00e2ce aux archives grav\u00e9es sur l\u2019argile \u00e0 Pers\u00e9polis, on est bien inform\u00e9 sur les ouvriers du b\u00e2timent requis dans toutes les r\u00e9gions de l\u2019empire, ainsi d\u2019ailleurs que sur des hommes, femmes et enfants qui, sous la surveillance minutieuse de l\u2019administration, travaillent dans les champs et les ateliers.<\/p>\n<p>Des repr\u00e9sentations iconiques multiples sont sculpt\u00e9es en relief sur les murs. Elles montrent le roi assis sur un tr\u00f4ne monumental, tenant une audience et devant lequel s\u2019incline l\u2019un des hauts personnages de l\u2019assistance ; le roi en marche escort\u00e9 d\u2019un porte-parasol et d\u2019un chasse-mouches ; le roi sur son tr\u00f4ne, support\u00e9 par les peuples de l\u2019empire. Des porteurs de dons ou de tributs, venus de toutes les r\u00e9gions, et des soldats m\u00e8des et perses, sculpt\u00e9s en relief, bordent les escaliers ouest du palais de Darius \u00e0 Pers\u00e9polis ; riches de d\u00e9tails, ils permettent d\u2019imaginer la vie de cour. Avec les reliefs, des briques \u00e9maill\u00e9es participent aussi au d\u00e9cor architectural. A Suse, seules subsistent les fondations des palais construits par Artaxerx\u00e8s Ier et Artaxerx\u00e8s II, mais c\u2019est de leurs ruines que proviennent les c\u00e9l\u00e8bres plaquettes \u00e9maill\u00e9es et color\u00e9es, qui t\u00e9moignent du go\u00fbt raffin\u00e9 des Perses : sphinx ail\u00e9s, conserv\u00e9s au mus\u00e9e de T\u00e9h\u00e9ran, briques expos\u00e9es au British Museum et au Louvre, qui repr\u00e9sentent des archers de la garde du roi ; avec l\u2019arc et le carquois, les soldats tiennent une longue lance avec un pommeau d\u2019appui en or ou en argent. D\u2019\u00e9normes statues de colosses imposants gardent les entr\u00e9es des palais ach\u00e9m\u00e9nides, o\u00f9 des \u00e9l\u00e9ments de colonnades ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts \u00e0 Pers\u00e9polis: fragments d\u2019un chapiteau gigantesque figurant deux taureaux adoss\u00e9s, chapiteaux qui repr\u00e9sentent des lions et des dragons\u2026 Parmi les nombreux objets exhum\u00e9s, citons enfin ces cylindres en agate grav\u00e9s finement, divulguant les portraits du roi (Darius Ier ou Darius II) sur son char, chassant le lion; ou ces rhytons en m\u00e9tal, vases \u00e0 boire typiquement perses, figurant \u00e0 la base des t\u00eates de griffons ou de caprid\u00e9s; ou encore ces amphores et ces coupes en or ou en argent, ces plaques de rev\u00eatement en or d\u00e9cor\u00e9s en relief.<\/p>\n<p>Ces palais sont entour\u00e9s par des jardins luxuriants, sur lesquels ouvrent les pi\u00e8ces de r\u00e9ception du palais \u00e0 Pasargades. Dans toutes les r\u00e9gions de l\u2019empire, la g\u00e9ographie urbaine a m\u00e9nag\u00e9 ces \u00abparadis\u00bb, parcourus par des canaux, o\u00f9 circule l\u2019eau destin\u00e9e \u00e0 l\u2019irrigation ; deux d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9s sur le territoire de l\u2019empire, l\u2019un en Jud\u00e9e, non loin de J\u00e9rusalem, et l\u2019autre en Azerba\u00efdjan, dans cette r\u00e9gion du Caucase conquise par les Perses<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Ammar Mahjoubi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bandeau-Leaders-1-copie(22).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"c4\">\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/28184-ammar-mahjoubi-les-perses-achemenides\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers 912 av. J.-C., en ce d\u00e9but du premier mill\u00e9naire avant le Christ, se constitue l\u2019Empire n\u00e9o-assyrien ; et entre cette date et 610 av. J.-C., trois si\u00e8cles durant, il va dominer et remodeler le Proche-Orient, en reliant durablement la M\u00e9sopotamie avec le Levant. Mais il s\u2019\u00e9puise \u00e0 contr\u00f4ler ce vaste territoire, et lorsqu\u2019apr\u00e8s 630 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":64174,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-64173","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64173","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64173"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64173\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64173"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64173"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}